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lundi 30 mai 2022

« Flee » de Jonas Poher Rasmussen

Arte diffusera le 30 mai 2022 à 20 h 55, lors de la soirée des 30 ans d'ARTE, « Flee », documentaire d'animation de Jonas Poher Rasmussen. Nommé trois fois aux Oscars, « récompensé dans de nombreux festivals, ce remarquable documentaire retrace en animation l’histoire vraie d'Amin, un réfugié afghan qui a fui son pays à la fin des années 1980 pour rejoindre l’Europe. Entre drames et résilience, une odyssée bouleversante ».

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« Pour sa soirée anniversaire des 30 ans, ARTE affirme un geste artistique fort avec en prime time ce documentaire animé, grande coproduction européenne, emblématique de la ligne éditoriale de la chaîne ».

"Flee" est un « documentaire hybride - dans sa forme et dans son récit. Les images d’archives s’alternent avec plusieurs sortes d’animation. La réalité est supportée par le dessin de choses que l’on ne peut représenter, de ce qui n’est jamais filmé, comme la fuite de migrants clandestins, la maltraitance des passeurs, la violence de s’arracher à son pays. »

« Pour la première fois, Amin, 36 ans, un jeune réfugié afghan homosexuel, accepte de raconter son histoire. Allongé les yeux clos sur une table recouverte d’un tissu oriental, il replonge dans son passé, entre innocence lumineuse de son enfance à Kaboul dans les années 1980 et traumatismes de la fuite de sa famille pendant la guerre civile, avant la prise du pouvoir par les talibans. Après des années de clandestinité en Russie, Amin – un pseudonyme – arrive seul à 16 ans au Danemark, où il rencontre le réalisateur qui devient son ami. Au fil de son récit et des douleurs enfouies, l’émotion resurgit. Aujourd’hui universitaire brillant installé avec son compagnon danois Kasper, le jeune homme confie un secret qu'il cachait depuis vingt ans. »

« Pour retranscrire ces poignants entretiens et préserver l’anonymat de son ami, le réalisateur danois Jonas Poher Rasmussen, qui endosse ici à la fois la posture de l’intervieweur et de complice, a choisi la puissance évocatrice de l’animation, laquelle immerge dans le vibrant témoignage d’Amin, doublé par le comédien Kyan Khojandi ». 

« Passeurs au cynisme brutal, familles ballotées de marches éreintantes dans la neige en traversées dantesques à bord d’épaves, violences policières et corruption : si le film raconte en couleurs l’effroyable épopée du jeune demandeur d’asile afghan, les événements les plus traumatiques sont relatés dans des séquences en noir et blanc au fusain, traversées d’ombres fantomatiques. »

« Des archives de journaux télévisés balisent aussi le récit, dont celles du naufrage du ferry "Estonia" en 1994 : ces incursions du réel trouvent une puissante résonance, alors que les drames de réfugiés se répètent, comme l’illustre aujourd’hui la guerre en Ukraine ». 

« Mêlant intime et politique, "Flee" transmet avec une rare sensibilité la dimension universelle de ces traques et exils forcés ». 

« Au travers du parcours d’Amin qui, enfant, aimait arborer les robes de sa sœur, avant de fantasmer sur Jean-Claude Van Damme, ce beau documentaire, distingué par une avalanche de prix (plus de quatre-vingts) et trois nominations aux Oscars, retrace aussi la quête identitaire d'un jeune homosexuel pour trouver sa place et vivre librement ». 

« Une bouleversante confession qui permet à son auteur de se délivrer de son lourd passé. »

« En sélection officielle au Festival de Cannes 2020, primé plus de 80 fois (Cristal du long métrage, FIFA Annecy 2021 - Grand Prix World Documentary, Sundance Film Festival 2021 - Meilleur long métrage documentaire, Gotham Independent Film Awards 2021 - European Film Awards 2021 du meilleur film d’animation et du meilleur documentaire…), Flee est entré dans l’histoire des Oscars en devenant le premier film documentaire nommé dans trois catégories : meilleur long métrage d’animation, meilleur long métrage documentaire et meilleur film étranger. »



De sa rencontre, adolescent, avec Amin, un jeune demandeur d’asile afghan devenu son ami, au poignant documentaire d’animation qui lui a consacré, le Danois Jonas Poher Rasmussen revient sur le long processus de Flee. Propos recueillis par Sylvie Dauvillier.

« Quand et comment avez-vous rencontré Amin ?
Jonas Poher Rasmussen : J’avais 15 ans quand, réfugié d’Afghanistan, il a été placé dans une famille d’accueil de mon village. Nous prenions le bus ensemble pour aller au collège. Il a vite appris le danois et nous sommes devenus amis. C’était un adolescent modeste, malheureux et drôle aussi, qui adorait écouter de la musique. Je savais vaguement qu’il avait vécu en Russie et qu’il avait de la famille en Suède. Mais si j’étais curieux de son histoire, lui ne voulait pas en parler, ce que j’ai respecté. Son passé est devenu une sorte de “boîte noire” entre nous pendant vingt-cinq ans.

Comment l’avez-vous convaincu de faire ce film d’animation ?
Cela n’a pas été nécessaire, parce que lui-même a éprouvé, à un moment, le besoin de reconnecter son passé à son présent. Il y a quinze ans, alors que je réalisais des documentaires radio, je lui avais proposé de témoigner. Mais à l’époque, il ne se sentait pas prêt. Il m’a dit que le jour où il se déciderait ce serait avec moi qu’il partagerait son histoire. Un atelier associant au Danemark cinéma documentaire et animation a fourni une forme appropriée à ce projet. Outre qu’elle rendait émotionnellement vivants des événements passés, l’animation garantissait à Amin un anonymat qui, en le soustrayant au regard du public, lui permettait de se raconter librement et de vivre sans être renvoyé à ses traumas. Mais remonter le cours de sa mémoire s'est avéré un lent processus : il lui a fallu du temps pour se replonger dans certains épisodes et les raconter.

Avait-il aussi l’intention de porter la voix de centaines de milliers de migrants et de réfugiés dans le monde ?
Oui et non. Amin n’a pas grandi avec le sentiment d’appartenir à une communauté de destins ni à une identité collective de migrants ou de réfugiés, laquelle les enferme dans un statut. Il souhaitait avant tout se délester d’un passé qu’il avait longtemps caché. Quant à moi, je n’ai pas cherché à faire un film politique : je voulais raconter l’histoire d’un ami, le récit universel de quelqu’un qui cherche sa place. Mais ma perspective a évolué, tant son récit donnait un visage humain à une expérience vécue par des millions de gens.

S’il traverse des épreuves effroyables, Amin impressionne aussi par ses capacités de résilience…
Absolument. Mais il a eu la chance d’être entouré par une famille forte et soudée qui a su l’aider, le protéger et aussi l’accepter comme il était. En ce sens, il n’a pas été seul, à la différence de tant d’autres.

Dans le film, Amin lève le voile sur un secret qui concerne sa famille…
La révélation de cette vérité a été un moment étrange, très puissant. Mais ce qui m’a le plus ému, c’est de comprendre qu’il avait si longtemps tu son passé et combien cela l’avait affecté. Je pense notamment à une scène terrible qu’il avait gardée pour lui : quand le bateau des passeurs sur lequel il a embarqué coule et qu’un paquebot approche avec, à son bord, des touristes qui, d’en haut, prennent en photo les réfugiés paniqués. Le choc de deux conditions : d’un côté des femmes et des hommes en danger et, de l’autre, des gens qui les observent.

Flee retrace aussi son parcours de jeune Afghan homosexuel…
Amin m’avait confié à 17 ans qu’il était gay, et, pour moi, cela a toujours fait partie de son identité. Il m’avait aussi parlé de la difficulté pour lui de devoir cacher son identité sexuelle en Afghanistan, comme il devra plus tard occulter une part de son passé en Europe. Ce film retrace ainsi le chemin d’un homme condamné à fuir, qui cherche sa place pour s’assumer dans toute sa singularité.

Ce film a-t-il eu une dimension cathartique pour lui ?
C’est ce qu’il m’a dit. Vivre avec un secret oblige à maintenir une distance avec les autres pour éviter de s’exposer. S’être libéré de son secret lui permet d’être enfin lui-même et de se sentir davantage chez lui. Aujourd’hui, lui et son mari vivent heureux dans la maison qu’on voit dans le film. Amin tient toujours à garder l’anonymat, d’autant qu’il ne veut surtout pas être considéré comme une victime. »


« Flee » de Jonas Poher Rasmussen
Danemark, France, Suède, Norvège, Pays-Bas, 2020, 85 min
Coproduction : ARTE France, Vivement lundi !, Final Cut For Real, Sun Creature Studios, MostFilm, Mer Film, VPRO, VICE Studios, Ryot Films 
Directeur artistique : Guillaume Dousse
Avec les voix de Kyan Khojandi et Damien Bonnard
Sur Arte le 30 mai 2022 à 20 h 55
Disponible du 23/05/2022 au 28/07/2022

France, 2022, 2 minutes
Disponible du 29/04/2022 au 31/05/2022

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