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lundi 20 janvier 2020

Justin Godart (1871-1956)


Justin Godart (1871-1956) était un avocat et politicien radical-socialiste français remarquable des IIIe et IVe Républiques : maire de Lyon, député et sénateur du Rhône, Secrétaire d’Etat, notamment de la Santé durant la Première Guerre mondiale, et ministre, fondateur d’associations humanitaires, résistant, Juste parmi les Nations, sioniste, bibliophile et collectionneur de marionnettes. Le 20 janvier 2020, à 14 h 30, la synagogue Adath shalom accueillera la conférence « Portrait de Justin Godart, avocat, député de Lyon et sénateur du Rhône, président de l’Ose et Juste parmi les nations », par Philippe Boukara, historien. 
Né à Lyon dans un milieu humble, Justin Godart (1871-1956), il étudie pendant une année la médecine, puis s'oriente vers le droit. Il devient docteur en droit en 1899 en soutenant sa thèse L’ouvrier en soie. Il exerce la profession d’avocat.

Membre du parti radical-socialiste, il est élu conseiller municipal ainsi qu'Herriot sur la liste du Bloc républicain et socialiste, et adjoint au maire de Lyon en 1904. Sa carrière politique prend rapidement une dimension nationale : il est élu député de Lyon (1906-1926), puis sénateur du Rhône (1926-1940). Il acquiert une expertise dans le domaine de la santé et se distingue par son attention aux faibles.

Avant la Première Guerre mondiale, Justin Godart, alors député du Rhône, a été le secrétaire de Jean Jaurès.

La Première Guerre mondiale
Durant ce conflit, Justin Godart est nommé Sous-secrétaire d’Etat à la Guerre. Il adopte des mesures cruciales, notamment en assurant l’évacuation rapide des blessés au front et en réorganisant le Service de santé militaire (1915-1918). Il veille aussi aux traumatismes psychologiques en impulsant la création du centre neurologique au fort de Salins.

Sur ces faits, les Presses des Sciences Politiques ont publié "La santé en guerre 1914-1918. Une politique pionnière en univers incertain" de Vincent Viet (2015).

"La Première Guerre mondiale a suscité, en France, une grande politique de santé publique finalement abandonnée dans les années 1920. Cette vaste fresque vient en rappeler l'histoire et l'inspirateur en la personne de Justin Godart, ministre de la Santé. Un livre clef pour décrypter les usages controversés de la santé en temps de guerre. La première guerre mondiale va provoquer une hécatombe. En quatre ans, elle occasionnera en France près de 1,4 million de morts, 4 millions de blessés hospitalisés, 5 millions de malades et quelque 400 000 victimes de la grippe espagnole."

"Dès les premiers jours du conflit, la situation réclame des décisions cruciales : reconstituer le capital humain pour renvoyer les soldats au front est la priorité. Dans cet univers imprévisible, tributaire d'armes nouvelles et exposé aux germes pathogènes, le Service de santé militaire met en place des procédures d'évacuation, de soin, de veille, d'alerte, d'accréditation, de contrôle et de régulation par l’État. À travers des hôpitaux, des formations sanitaires mobiles et une logistique, tout un système de santé s’instaure, voué à l’urgence médicale, à la protection réciproque des populations civiles comme militaires contre les épidémies et à la réadaptation des mutilés et des traumatisés mentaux. De fait, la période constitue un moment de vérité pour le « gouvernement des risques », puisque le pronostic vital de centaines de milliers de citoyens est engagé, et un cas d’école, puisque pour la première fois les pouvoirs publics ont pleine autorité sur le corps médical. C’est l’histoire de cette grande politique de santé publique et de cette « médecine d’urgence », pilotées par Justin Godart - futur résistant et juste parmi les Nations -, que cette vaste fresque vient tirer de l’oubli, tout en décryptant les usages discutables de la santé en temps de guerre."

Le 14 mars 1918, Justin Godart crée la Ligue franco-anglo-américaine contre le cancer, et en 1934 la Ligue internationale contre le cancer.

L'entre deux-guerres
Actif dans le mouvement associatif, il est membre de la direction de la Ligue des droits de l’homme.

Il s’implique également dans l’Organisation internationale du travail et le Bureau international du travail.

Sous la IIIe République, il est plusieurs fois ministre – du Travail et de l’Hygiène, de la Santé (1932) - ou secrétaire d’État.

En 1926, Justin Godart fonde l’association France-Palestine, qui se muera en association France-Israël après la refondation de l’Etat Juif.

Dans les années 1930 et la montée des périls, il s’investit dans la défense des Juifs, notamment des immigrés, veille sur l’Œuvre de Secours aux Enfants (OSE). Engagé dans de nombreux combats, cet avocat radical socialiste et sioniste a aussi été président d’honneur de l’OSE de 1934 à 1956. A ce titre, il s’est occupé en 1938-1939 de l’accueil des enfants de réfugiés juifs d’Allemagne, d’Autriche, de Pologne et de Roumanie. Sous l’Occupation, il a participé au sauvetage des enfants juifs. Fin novembre 1944, il a contribué également à remettre l’OSE sur les rails. En 1954, il présidait à l’Unesco une réunion de l’Union internationale OSE. Ce sioniste assure la prise en charge par l’OSE des enfants de l’Exodus qui rejoint la France en 1947.

La Deuxième Guerre mondiale
Durant la Deuxième Guerre mondiale, Justin Godart est l’un des 80 parlementaires qui votent en 1940 contre la remise des pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il est actif dans la Résistance en dirigeant le Comité du Front national clandestin pour la libération de la Zone Sud, aide des Juifs en les abritant et cache dans le jardin de sa demeure de Pommiers (Rhône) l’argent destiné au sauvetage des Juifs. Il distribue un journal quotidien Le Patriote beaujolais.

La IVe République
En 1944, il noue des relations avec le grand rabbin de Lyon, David Feuerwerker.

Maire de Lyon jusqu’au retour d’Edouard Herriot (1944-1945), il préside la Conférence internationale du travail à San Francisco, en 1948 et s’intéresse aux personnes déplacées.

Fil conducteur de son engagement politique : son engagement en faveur des Arméniens, des peuples des Balkans, Indochinois puis vietnamiens.

Juste parmi les Nations
Le 3 février 2003, l'Institut Yad Vashem de Jérusalem a décerné à Justin Godart et à son épouse Louise Godart le titre de Justes parmi les Nations. Leur dossier mentionne les faits suivants.                                     

"Justin Godart est connu par sa belle carrière politique et sociale. Sénateur, Ministre du Travail du Cartel des gauches en 1924 et Ministre de la Santé en 1932, il appuya très tôt le mouvement sioniste".

"Président de l’association «France-Palestine» créée en 1926, il devint président d’honneur de la branche française du Keren Kayemeth le Israël - KKL (Fonds National Juif). Sous l’Occupation, il se replia avec sa femme Louise et leurs enfants à Pommiers (Rhône). Outre son engagement dans la Résistance en Beaujolais, le couple oeuvra sans relâche pour sauver les Juifs de la déportation. Justin Godart intervint personnellement auprès de l’administration de Vichy pour mettre en place des circuits financiers qu’utilisa le KKL pour débloquer les fonds nécessaires au sauvetage des Juifs en France".

"Quand il devint trop dangereux de faire transiter ces fonds par voie bancaire, l’argent fut tout simplement enterré dans le jardin des Godart à Pommiers. Le couple hébergea sous son toit à titre gracieux, Joseph Fisher, président du KKL en France recherché par la police, et sa famille. Louis Ascher, autre leader sioniste en France, séjourna chez les Godart pendant deux ans. Sa présence sous leur toit fut signalée dans un rapport du Commissariat général aux questions juives (CGQJ), à la suite d’une filature de contrôle de leur résidence. Son appartement parisien fut réquisitionné, comme étant propriété d’un « Juif et Franc-maçon ». Godart fit intervenir Xavier Vallat, chef du CGQJ pour lever cette réquisition".

"Le couple offrit le gîte et le couvert à l’écrivain Pierre Paraf et au professeur d’histoire Pierre Lévi. En mars 1944, Fernande Israël, 19 ans, juive réfugiée de Mulhouse à Villefranche-sur-Saône avec sa famille, fut cachée chez les Godart jusqu’à la Libération. A cette date, sa mère avait été arrêtée par la Milice. Une chaîne de solidarité d’amis et de collègues s’organisa pour avertir les autres membres de la famille de la menace et les cacher. L’amie d’un de ses camarades de cours connaissait les Godart qui acceptèrent de la recevoir chez eux. Ils la faisaient passer pour leur aide-cuisinière mais elle aidait souvent M. Godart à dactylographier et polycopier des textes clandestins".

« Justin Godart, Un homme dans son siècle (1871-1956)  »
En 2004, les éditions CNRS ont publié « Justin Godart, Un homme dans son siècle (1871-1956)  ».

Justin Godart (1871-1956) « est une figure singulière de la IIIe République. La défense des petits, des humbles et des faibles parcourt en effet, comme un fil rouge, la vie de cet homme politique radical, député, sénateur, ministre et en constitue la trame. La vie de cet homme politique radical, député, sénateur, ministre fut consacrée à la défense des humbles et des faibles, de tous les « petits » : les ouvriers, les étrangers, les Juifs, les blessés de la guerre 14-18, les petites nations, les peuples opprimés : Albanais, Arméniens, Vietnamiens. La vision du monde de Justin Godart fondée sur les droits de l’homme autant que sur le droit des peuples, comporte une modernité certaine. Il est un des « 80 » qui ont dit non aux pleins pouvoirs au maréchal Pétain, fut résistant et a œuvré après la guerre pour inscrire dans le paysage national la mémoire du génocide des Juifs".

"Cet ouvrage collectif réunit les contributions des meilleurs historiens du XXe siècle et envisage toutes les dimensions de la pensée et de l’œuvre de Justin Godart : ses débuts lyonnais et sa « lyonnitude », les aspects nationaux de son action, concernant pour l’essentiel le travail et la santé publique, comme son implication dans les affaires du monde. Il permet de dessiner la figure d’un homme qui ne transige pas avec ses convictions, met ses actes en accord avec ses pensées. Ce Juste parmi les nations est un homme qui ne s’est jamais fourvoyé dans les nombreuses chausse-trappes que le xxe siècle a réservées au personnel politique. La vision du monde de Justin Godart fondée sur les droits de l’homme autant que sur le droit des peuples, comporte une modernité certaine. Sous la direction d’Annette Wieviorka, membre de la commission Archives et Histoire de l’Œuvre de secours aux enfants (OSE), Un ensemble impressionnant d’historiens et d ’acteurs de la vie publique viennent ici retracer les temps forts de son parcours : Jean-Jacques Becker, Bruno Benoît, François Bilange, Simone Blazy, Philippe Boukara, Georges Dominjon, Michel Dreyfus, Alain Drouard, Robert Frank, Martine Lemalet, Manuel Milet-Anselmo, Isabelle Moret Lespinet, Lion Murard, Patrice Pinell, Antoine Prost, Luan Rama, Jean-Louis Robert, Alain Ruscio, Thibault Tellier, Anahide Ter Minassian, Maurice Vaïsse, Vincent Viet, Daniel Virieux, Olivier Wieviorka et Patrick Zylberman ».

Place Justin Godart
Le 10 juin 2006, la place Justin Godart a été inaugurée à Paris en présence notamment de François Bilange, Odette Christienne, Evelyne Haguenauer, adjointe du Maire de Lyon, un adjoint au Maire du VIe arrdt de Paris Jean-Pierre Lecoq, le Maire du IXe arrdt de Paris Jacques Bravo, et l’historien Jacques Bruyas, président des Amis de Justin Godart. 

De Justin Godart (1871-1956), la plaque dévoilée sur le terre-plein entre les quais Malaquais et Voltaire (75006), a retenu ces qualités : « figure du radicalisme, fondateur de l’Organisation internationale du Travail et de la Ligue française contre le cancer, parlementaire, ministre, Maire de Lyon à la Libération (1944-1945), résistant, Juste parmi les Nations ». 

Un hommage ému lui fut rendu par son petit-fils François Bilange en présence d’Odette Christienne, adjointe au Maire de Paris Bertrand Delanoë chargée de la mémoire et du monde combattant, de nombreux élus et amis. 

« Je résume le sens de la vie de Justin Godart en cinq points : Pour le peuple et par le peuple, tous les peuples, le Travail et la Santé, la Justice et la Paix. Orateur né, conférencier subtil, redoutable débatteur, à chaque minutes de ta vie, Grand Père, tu as servi la France dans tes fonctions officielles avec énergie, audace et honnêteté sans jamais dévier de tes convictions et de ton engagement humanitaire. ton engagement humanitaire. Dans ton appartement du quai Voltaire tu as reçu les humbles aussi bien que les grands, je cite au hasard : Einstein, Ho-Chi-Minh, Louis Aragon, Paul Eluard, Al. Thomas, I. Schneersohn, Paul Painlevé, Bidault, le professeur Robert Debré, Paraf, L. Blum, Gustave Roussy, Joliot Curie, A. Briand, Y. Farge, Léon Jouhaux, G. Leygues, Z. Khanzadian, Francis Jourdain, G. Duhamel, etc. Tu as crée ou présidé ce que l’on appelle maintenant les O.N.G. : Ligue Française contre le cancer et l’Union Internationale contre le cancer, l’Hôpital Foch, les Œuvres sociales de l’Armée du Salut, l’Œuvre  de Secours aux Enfants, le C.D.J.C., etc. Amis des Juifs, tu as été pendant la 2ème guerre mondiale, un des premiers résistants, un des plus courageux, cachant dans ton jardin de Pommiers les sommes collectées par J. Fisher pour le Fond National Juif. Fernande Meyer (mon témoin vivant pour la médaille des Justes), cachée à Pommiers, m’a écrit une lettre en 2002 : « Je me souviens avoir tapé à la machine des articles pour le journal clandestin « le Patriote Beaujolais ». On passait ces articles sur une vieille ronéo qui, à chaque fois, était sortie et réintégrait sa cachette dans une fausse cheminée »… Premier Président de l’Entraide Française, à la Libération, tu reprends tes activités humanitaires et, toujours militant tu plaides pour la paix au Vietnam, contre cette guerre stupide… Prochaine étape pour toi, Grand Père : le prix Nobel de la Paix », a déclaré François Bilange.

Conférence
Le 20 janvier 2020, à 14 h 30, la synagogue Adath shalom accueillera la conférence « Portrait de Justin Godart, avocat, député de Lyon et sénateur du Rhône, président de l’Ose et Juste parmi les nations », par Philippe Boukara, historien.


Sous la direction de Annette Wieviorka, Justin Godart, Un homme dans son siècle (1871-1956). CNRS Editions, 2004. 261 pages. ISBN-10 : 2271062357

Le 20 janvier 2020, à 14 h 30
8, rue Georges Bernard Shaw, 75015 Paris

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