samedi 14 janvier 2017

A l’époque de l’affaire Dreyfus


En 2002, la Maison de la Bibliophilie a présenté une centaine de documents originaux sur l’Affaire Dreyfus confiés par un collectionneur privé, le Dr. B. Cet amateur les a éclairés par une chronologie et des notices sur les acteurs, le contexte et les enjeux de l'affaire Dreyfus. Il a montré aussi les échos à l’étranger de cette injustice teintée d’antisémitisme. Des « trésors » passionnants sur ce « drame qui a fait avancer la conscience humaine ». Le 13 janvier 1898, le quotidien L'Aurore publiait en première page l'article intitulé J'accuse... !, lettre ouverte de l'écrivain Emile Zola au Président de la République, Félix Faure.

Inaugurée en novembre 2001, « la Maison de la Bibliophilie  offre l’opportunité à un amateur de présenter sa collection (livres, documents, objets) liée à l’histoire et aux grands faits de société ».

Pour le Dr B., c’est l’achat de l’édition originale du Procès de Zola dédicacé par un expert qui a initié voici une trentaine d’années une passion pour l’Affaire Dreyfus, si « fertile en événements politiques et littéraires ».

Des gravures du Journal illustré, du Petit journal et de L’Illustration ont évoqué la condamnation du capitaine français Juif Alfred Dreyfus, le 22 décembre 1894, pour trahison « à la destitution de son grade, à la dégradation militaire, et à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée », c'est-à-dire au bagne en Guyane (Amérique du Sud).

Au combat solitaire du frère Mathieu Dreyfus, succède des ralliements progressifs à la cause : dreyfusards, convaincus de l’innocence d’un individu, se battent dès le début et pour la réhabilitation de Dreyfus, les dreyfusistes combattent pour la justice et la vérité contre les valeurs d’autorité et d’ordre et songent à un meilleur fonctionnement de la République, et les dreyfusiens, apparus vers 1898, souhaitent clore cette Affaire pour revenir à une normalité politique et sociale et sauvegarder le régime républicain parlementaire. Pour certains, la personne du capitaine Dreyfus s’efface derrière le symbole. Une défense duale et divisée s’élabore : primauté de l’individu ou celle de principes ?

L’exposition rappelle que l’adhésion à la cause dreyfusarde n’a pas été immédiate pour Zola, Clemenceau, Jaurès ou Blum. Pour des raisons diverses : Dreyfus est bourgeois, Juif, militaire.

Le 13 janvier 1898, le quotidien L'Aurore publiait en première page l'article intitulé J'accuse... !lettre ouverte de l'écrivain Emile Zola au Président de la République, Félix Faure. C'est Georges Clémenceau (1841-1929), qui travaille pour ce journal, qui trouve ce titre.

Des livres et photographies laissent imaginer les souffrances endurées par le capitaine Dreyfus au bagne de l’île du Diable (1895-1899).

Cette condamnation injuste et flagrante a révolté en Italie - carte postale de soutien d’Iesa - et en Alsace occupée par l’Allemagne impériale : image d’Epinal sur le procès de 1899.

Hermann-Paul a illustré La campagne de révision (La revue blanche). Parmi les dreyfusards : Bernard Lazare (Une erreur judiciaire, 1897), Lucien Herr et la Librairie Bellais, etc.

En 1898, Stock publiait Les lettres d’un innocent, recueil de celles de Dreyfus, depuis sa condamnation, à son épouse Lucie, née Hadamard.

Par le rôle des intellectuels – terme apparu avec l’affaire Dreyfus -, par « la médiatisation de la presse », c’est « le prototype d’une affaire d’opinion publique ». « La presse est devenue le lieu d’un grand mouvement de démocratie argumentaire ». Apparaissent la Ligue des Droits de l’Homme (1898), les pétitions, etc. C’est aussi une ère où une librairie antisémite publiait librement à Paris…

Le caricaturiste anti-dreyfusard, Caran d’Ache, a légendé un dessin dans Psst... ! : « La Révision ?... soit, mais avec le poteau et les douze balles, cette fois » (1898). Il est l’auteur des deux célèbres œuvres dessinées publiées par Le Figaro, le 14 février 1898, révélant les fractures profondes et violentes suscitées par cette affaire. Premier dessin : « - Surtout ! Ne parlons pas de l'affaire Dreyfus! », prévient un homme aux personnes attablées. Le second dessin montre ces convives se bagarrant avec fureur et violence : « - Ils en ont parlé…»

Quant à la Librairie antisémite, elle éditait Le péril judéomaçonnique (1897) et l’Antijuif Le jeu des 36 têtes (1899) avec « le traître Dreyfus, le pornographe Zola, Clémenceau la honte », etc.

Bien que l’innocence de Dreyfus ait été reconnue (1906) et que Dreyfus ait réintégré l'armée avec le grade de chef d'escadron, et ait été décoré de l’ordre de la Légion d'honneur, (grade de chevalier), les préjugés s’opposaient encore à la raison, les attaques virulentes à la raison digne. Ainsi, le 4 juin 1908, lors du transfert des cendres de Zola au Panthéon, le journaliste Louis Grégori a blessé Dreyfus. Un jury de la Seine l’a relaxé peu après ! Ce qu’a relaté Le Procès du Panthéon (La Libre parole, 1908).

Cet amateur a confié des objets exceptionnels sur ce moment crucial de l’histoire de France et du judaïsme, voire du sionisme politique moderne - alors correspondant à Paris du journal Die Neue Freie Presse, Theodor Herzl couvre l’affaire Dreyfus - : facsimile du « bordereau », photographies des « pièces secrètes », extraits de L’Autoforgerie de Bertillon et du dossier d’expertise graphologique, numéro de L’Aurore avec la Lettre au Président Félix Faure : J’accuse du 13 janvier 1998, bon à tirer signé par les magistrats de l’affiche de la Cour de cassation sur la demande de révision du procès (27 mai 1899), calendrier publié par l’Action française (1908), dessins, brochures, photographies de Nadar, vaisselle, exemplaires « truffés », éditions au tirage limité, accompagnés d’un billet d’auteur, etc. Et la belle gravure de Zwy Milsthein unit Zola et Dreyfus.

Cette exposition émouvante a été « une contribution républicaine et civique ».

En mai 2014, de nouveau, Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) a comparé à tort l'affaire Kerviel à l'affaire Dreyfus. Par contre, et à maints égards, le parallèle entre l'affaire Dreyfus et l'affaire al-Dura ou l'affaire du Dr Lionel Krief s'avère pertinent. Une comparaison approuvée par Marine Le Pen du Front national. 

En 2014 (5-22 juillet 2014) et en 2016 (8-30 juillet-jours pairs) à l'Albatros, le festival Off d'Avignon présente Dreyfus, l'amour pour résister (1h20), pièce de théâtre, librement adaptée de la correspondance d’Alfred et de Lucie Dreyfus intitulée "Ecris-moi souvent, écris-moi longuement" (Mille et Une Nuits, Ed Fayard),  par Vincent Duclert. "A travers des lettres d’une beauté à couper le souffle, se révèle le témoignage méconnu et bouleversant d’un homme injustement éclipsé par sa propre Affaire, qui puise dans l’amour la force de résister à cinq années de déportation imméritées. Une page de l’Histoire de France,une formidable leçon d’Humanité, un hymne à l’amour. Ce combat exemplaire et pacifique contre l’Antisémitisme et la raison d’Etat demeure d’une brûlante actualité". Mise en scène par Gilbert Ponté, la pièce de théâtre est interprétée par Joël Abadie et soutenue par Métropole Montpellier, Ligue des Droits de l'Homme, LICRA LR.

À l’occasion de la parution de L’histoire de l’Affaire Dreyfus de 1894 à nos jours par Philippe Oriol, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et les éditions Les Belles Lettres organisent, au musée de l'Armée (Hôtel national des Invalides), le 13 novembre 2014, de 17 h à 19 h 30, une conférence exceptionnelle en partenariat avec la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du Ministère de la Défense. Animée par Nicolas Weill, journaliste au Monde et traducteur, cette conférence réunira Philippe Oriol, historien, Charles Dreyfus, petit-fils du capitaine Dreyfus, vice-président de l’association Maison Zola – Musée Dreyfus, Martine Le Blond-Zola, vice-présidente de l’association Maison Zola – Musée Dreyfus, Vincent Duclert, historien (EHESS / Centre de recherches sociologiques et politiques Raymond-Aron), Henri Mitterand, professeur émérite (Université Paris III / Columbia University, New York), président d’honneur de la Société littéraire des Amis d’Émile Zola et Alain Pagès, professeur de littérature française (Université Paris III).

Pour l'anniversaire de la publication de J'accuse de Zola le 13 janvier 1898, hommage à Alfred Dreyfus et à Emile Zola a été rendu le 13 janvier 2015, à 18 h, en présence de Philippe Oriol, historien, et de Martine Leblond-Zola, arrière-petite-fille d'Emile Zola. Puis, à 20 h 30, le théâtre Pierre Tabard à Montpellier présentera Dreyfus, l'amour pour résister, de Vincent Duclert avec Joël Abadie. La pièce a été représentée jusqu'au 15 janvier 2015.

À l’occasion de la parution de L’Histoire de l’affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, de Philippe Oriol (Les Belles Lettres, 2014), le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) présentera le 18 mai 2015 à 19 h 30. À l’occasion de la parution de L’Histoire de l’affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, de Philippe Oriol (Les Belles Lettres, 2014), L'histoire de l'affaire Dreyfus, en présence de Philippe Oriol et de Nicolas Weill, journaliste au Monde. LHistoire de l’affaire Dreyfus "se propose d’offrir une vision plus proche de ce que fut l’événement et de le dépasser pour en observer les échos jusqu’à 2012. Philippe Oriol, enseignant et chercheur, auteur de nombre d’articles et de publications concernant l’Affaire, a engagé un important travail de documentation : le dépouillement systématique de toute la presse publiée, entre 1894 et 1908, celui des fonds des archives départementales et, surtout, des archives peu ou pas exploitées ou inédites. Il oeuvre depuis dix ans à un Dictionnaire biographique et géographique de l’affaire Dreyfus en trois volumes".

Dans le cadre du Festival Avignon Off, la compagnie de la Traversée présente Dreyfus, l'Amour pour Résister (4-26 juillet 2015, 1 h 20), librement adapté par Joël Abadie, interprète, de « Écris-moi souvent, écris-moi longuement... », correspondance d’Alfred et Lucie Dreyfus par Vincent Duclert (©Mille et Une nuits, Ed Fayard), et de « Cinq années de ma vie » d'Alfred Dreyfus. La pièce est mise en scène par Gilbert Ponte : "A travers des lettres d’une beauté à couper le souffle, se révèle le témoignage d’un homme, injustement éclipsé par sa propre Affaire, qui puise dans l’amour de sa femme la force de résister". Bande visuelle : Amandine Francotte, voix off Lucie : Lorène Hartmann, voix off journaliste : Christophe Guillon, voix off Zola : Xavier Jaillard, création et régie lumières : Benoît Cornard.

Le 20 novembre 2015, dans le cadre de Mystères d'archives, Arte rediffusa 1939. Dernières images du bagne de Guyanedocumentaire de Serge Viallet et Pierre Catalan (2013, 27 minutes) : "En 1939, les reporters Raymond Mejat et Pierre-André Martineau tournent des images dans plusieurs pénitenciers de Guyane. Comment expliquer que le bagne de Cayenne soit encore en activité à la fin des années 1930 ?"

Pierrette Dupoyet présenta son spectacle Dreyfus, l'affaire au théâtre de la Vieille Grille (19-22 mai 2016).

En 2016 (8-30 juillet-jours pairs) à l'Albatros, le festival Off d'Avignon présenta Dreyfus, l'amour pour résister (1h20)pièce de théâtre, librement adaptée de la correspondance d’Alfred et de Lucie Dreyfus intitulée "Ecris-moi souvent, écris-moi longuement" (Mille et Une Nuits, Ed Fayard),  par Vincent Duclert. 

Visuel :
Alfred Dreyfus
Dessin sur le vif réalisé lors du procès de Rennes par Paul-Albert Laurens
©collection Philippe Zoummeroff



Cet article a été publié en une version concise dans Actualité juive. Il a été publié sur ce blog le :
- 20 mai 2014. De nouveau, Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) compare à tort l'affaire Kerviel à l'affaire Dreyfus. Par contre, et à maints égards, le parallèle entre l'affaire Dreyfus et l'affaire al-Dura ou l'affaire du Dr Lionel Krief s'avère pertinent. Une comparaison approuvée par Marine Le Pen du Front national ;
- 17 juillet et 13 novembre 2014, 12 janvier 2015 ;
- 17 mai 2015 : à l’occasion de la parution de L’Histoire de l’affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, de Philippe Oriol (Les Belles Lettres, 2014), le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) présentera le 18 mai 2015 à 19 h 30. À l’occasion de la parution de L’Histoire de l’affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, de Philippe Oriol (Les Belles Lettres, 2014), L'histoire de l'affaire Dreyfusen présence de Philippe Oriol et de Nicolas Weill, journaliste au Monde ;
- 10 juillet et 18 novembre 2015, 19 mai et 13 juillet 2016,

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