dimanche 4 décembre 2016

Le Second Empire (1852-1870)


Le Second Empire est évoqué par l’exposition Spectaculaire Second Empire 1852-1870 au Musée d’Orsay et par Second Empire, le pouvoir en scène (Macht und Pracht. Frankreichs Künste im zweiten Kaiserreich, 2016), documentaire de Laurence Jourdan diffusé par Arte le 4 décembre 2016. Après avoir mis un terme brutal à la IIe République, l'empereur Napoléon III initie une politique mettant en scène son pouvoir, les réussites industrielles et les œuvres artistiques de la France impériale.

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Le Second Empire (1852-1870)

  « Régime décrié en son temps et honni après sa chute, le Second Empire fut longtemps marqué du sceau décadent et superficiel de la « fête impériale ». Sur fond de bouleversements sociaux, cette époque de prospérité fut pourtant un temps de fastes et d'euphorie économique, d'ostentation et de célébrations multiples qu'il convient aujourd'hui de réexaminer. Des décors éphémères aux mutations haussmanniennes de Paris, des joyaux impériaux à l'éclectisme des arts décoratifs, de Cabanel à Manet », le catalogue de l’exposition « brosse le portrait d'une époque foisonnante, brillante et riche de contradictions aux sources de notre modernité ».

« C'est également une période de crise morale et esthétique, écartelée entre les cadres culturels anciens et les nouveaux usages, entre l'hypertrophie des décors et la quête du vrai, autant d'oppositions qui déterminent pour une large part la création française des années 1850 et 1860 ».

Les « fastes de la « fête impériale » et l’humiliante défaite de 1870 contre la Prusse ont longtemps terni la réputation du Second Empire, suspecté de n’avoir été qu’un temps de divertissements, d’affaires et de vices, tel que le décrit Zola dans ses romans écrits sous la IIIe République. L’époque pourtant fut celle d’une prospérité sans équivalent au XIXe siècle et de bouleversements sociaux inédits. Temps d’abondance, d’euphorie et de célébrations multiples - politiques, économiques, religieuses et artistiques - les années 1850-1860 apparaissent aujourd’hui comme le pivot qui voit naître « la France moderne » (Gambetta) ». 

Spectaculaire Second Empire 
« Pour célébrer ses 30 ans à l'automne 2016, le musée d'Orsay se penche sur le Second Empire des spectacles et de la fête, et sur les différentes « scènes » où s'est inventée notre modernité, sur cette première société du spectacle et de la consommation dont nous sommes les héritiers ». 

L’exposition Spectaculaire Second Empire 1852-1870 associe peintures, sculptures, photographies, dessins d’architecture, objets d’art et bijoux dans un parcours foisonnant et thématique construit autour de grandes questions esthétiques et sociales qui n’ont rien perdu de leur actualité : l’art au service de la comédie au pouvoir, l’individu et son image, le goût de l’objet et du décor, les divertissements nouveaux de la société, les grands évènements artistiques que sont les Salons et les Expositions universelles. Elle « brosse le portrait de cette époque foisonnante, brillante et riche en contradictions ».

Elle « est organisée par le musée d’Orsay, avec les participations exceptionnelles de la Bibliothèque nationale de France, du Musée national du palais de Compiègne, du Musée Carnavalet-Histoire de Paris, du Mobilier national et du Victoria and Albert Museum de Londres ».

Le Second Empire « est une période de mise en scène de l’autorité où Napoléon III cherche à apparaître comme le digne héritier de son oncle » l’empereur Napoléon Ier, « et l’impératrice Eugénie, en parfaite « première dame », dévouée aux causes charitables. Installés dans des décors hérités de la monarchie (Les Tuileries, le château de Saint-Cloud) ou sur de nouvelles scènes (le nouveau Louvre, le château de Pierrefonds), l’Empereur use des multiples événements dynastiques ou politiques qui ponctuent son règne pour cimenter l’adhésion de la population à un régime fragile. Le baptême du Prince impérial en 1856 - représenté dans l’exposition par l’incroyable berceau offert par la Ville de Paris à Napoléon III (musée Carnavalet) - apparaît comme le premier apogée du règne, après le succès de l’Exposition universelle de 1855 et les victoires de Crimée ». 

L’Empire de Napoléon III « se met également en scène face à l’Europe lors des Expositions universelles en 1855 et 1867 à Paris, où l’Empire brille de ses derniers feux. S’y affirment l’excellence de l’industrie d’art française et l’éclectisme débridé des sources d’inspiration auxquels puisent les créateurs. L’exposition présente par une scénographie spectaculaire, ces joyeuses accumulations des plus beaux objets créés par la manufacture impériale de Sèvres, les ébénistes Fourdinois et Diehl, les orfèvres Christofle et Froment-Meurice ou encore le bronzier Barbedienne ».

« S’appuyant sur la vivacité de la vie théâtrale et lyrique parisienne, l’Empereur modernise la réglementation des théâtres, détruit de vieilles salles et lance la construction de nouveaux lieux comme les théâtres de la place du Châtelet, et le nouvel Opéra de Charles Garnier, monument-spectacle par excellence. La ville de Paris, en perpétuel chantier, métamorphosée par la scénographie haussmannienne, se fait décor à ciel ouvert et une certaine nature, artificielle, envahie l’espace urbain. Avec l’avènement du loisir et de la villégiature, de Biarritz à Deauville, naît une Nouvelle peinture, évoquée dans l’exposition par des tableaux de Boudin, Degas, Renoir ou Monet ». 

Sous le Second Empire, la « vie parisienne bat au rythme des nombreux bals, soirées et salons organisés par la cour la plus brillante du XIXe siècle, et dont plusieurs grandes aquarelles d’Eugène Lami ou d’Henri Baron gardent le souvenir. Paris devient le cœur de cette « fête impériale » plus politique qu’il n’y paraît, et qui soutient l’industrie du luxe ». 

« Enrichie et triomphante, fascinée par sa propre image, la bourgeoisie démultiplie à l’infini son reflet par le portait peint, sculpté ou photographié. Face à la demande, les artistes perpétuent les traditions néo-classiques (Ingres, Flandrin), ou innovent, en puisant à de nouvelles sources d’inspiration, le brio de la peinture anglaise pour Winterhalter ou le souffle du baroque français pour Carpeaux ». 

Cette société « cultive le goût des tableaux vivants, travestissements et bals costumés, où les identités s’effacent, où le monde et le demi-monde intriguent et se mêlent ». 

« Aux exhibitions narcissiques et aux jeux de travestissements photographiques, comme ceux de la Comtesse de Castiglione ou de l’Impératrice Eugénie, répondent les tentatives réalistes de certains peintres comme Courbet, Manet, Monet ou Degas de dépeindre l’individu « dans son milieu ». La décoration et l’aménagement des intérieurs, écrins de cette société nouvelle, font l’objet d’un soin particulier où sont présentés objets de collections et mobilier flambant neuf. Quelques demeures cristallisent ces enjeux - la Villa Pompéienne du Prince Napoléon, le château d’Abbadia près d’Hendaye, folie néo-gothique, ou le château de Ferrières, luxueux écrin néo-renaissance bâti par la famille Rothschild - et sont évoquées dans l’exposition par une éclectique réunion d’objets et de vues intérieures ». 

« Lieu de la reconnaissance officielle ou du scandale, le Salon de peinture et de sculpture est à la fois un champ de bataille esthétique et un grand marché pour le nouveau public bourgeois qui s’y presse en nombre. En 1863 Napoléon III, face aux protestations des artistes rejetés par le jury, crée en parallèle du Salon officiel un « Salon des refusés », acte de libéralisation majeur. L’exposition évoque, par un accrochage sur plusieurs rangs tel que pratiqué au XIXe siècle, le choc entre les deux Salons, celui de la Naissance de Vénus de Cabanel et du Déjeuner sur l’herbe de Manet ». 

Second Empire, le pouvoir en scène
A l’occasion de l’exposition « Spectaculaire Second Empire 1852-1870 », Second Empire, le pouvoir en scène, documentaire foisonnant de Laurence Jourdan, « éclaire d’un jour nouveau la politique menée par Napoléon III (1808-1873) qui n’a cessé de promouvoir l'image de prestige et de puissance de son régime à travers la culture, qu'il a libéralisée ». 

« Étrange paradoxe, marqué du sceau de la « Fête impériale », le Second Empire peine à se « départir de sa « légende noire », par-delà l’empreinte artistique, culturelle, architecturale, sociale et économique qu’il a laissée. Celle d'un régime autoritaire et humilié par l'accumulation des débâcles militaires, dont la dernière, à Sedan, provoqua sa chute ».

« Jamais pourtant, un pouvoir n’a autant travaillé à la mise en scène de son image. Napoléon III n’a de cesse d’asseoir son prestige sur la scène internationale et d’éblouir par ses réalisations, ce qui ne doit pas faire oublier l’envers social du décor ».

Dès sa proclamation, l’empire de Napoléon III « se veut la vitrine d’une France festive et raffinée, innovante et prospère. Le régime n’a de cesse d’asseoir son prestige sur la scène internationale. Les résidences impériales deviennent le théâtre de festivités splendides dont les artistes sont appelés à transposer les scènes. L’art officiel fait alors autorité, au détriment de la création indépendante dont l’Académie récuse la forme picturale comme les sujets ». Cet art officiel doit traiter un sujet biblique, mythologique ou historique. Jean-Léon Gérôme excelle dans la peinture historique. Ingres et Delacroix sont "au faîte de leur gloire". Les "vendredis du Louvre" réunit une élite de centaines de personnalités. Un art indépendant émerge, transgressant les normes officielles.

Le style Napoléon III "ne craint ni le pastiche ni l'ostentatoire". Les festivités se succèdent, mettant en valeur la créativité française, une France "prospère et innovante". Le portraitiste doit "sublimer son commanditaire". Disdéri "a révolutionné le portrait photo".

Avec compassion, Victor Hugo décrit la misère des Parisiens immortalisée par les premiers photographes.  L'industrie dépeuple les campagnes.

L'empereur Napoléon III projette de transformer Paris afin qu'elle rivalise avec les grandes métropoles européennes, comme Londres. Il réunit les palais des Tuileries et du Louvre. Un chantier qui dure cinq ans. Paris passe de 12 à 20 arrondissements. De nouveaux grands magasins comblent les appétits des bourgeois et ouvriers. Une révolution urbanistique et architecturale qui éblouit.

« Confiés au baron Haussmann, de grands travaux de modernisation et d’embellissement révolutionnent la géographie et la vie sociale de la capitale, tandis que l’Empire accueille deux expositions universelles spectaculaires (1855 et 1867) pour forcer l’admiration mondiale par son agriculture, son industrie et ses arts. La France qui brille masque toutefois une grande détresse sociale et la montée des oppositions… » La percée de voies larges vise à éviter d'éventuelles barricades. Expropriations et expulsions se conjuguent pour l'avènement de ce nouveau Paris.

En 1855, Paris est la deuxième capitale à accueillir une Exposition universelle. Des monuments exaltent le fer et le verre. L’ingénierie et l'industrie françaises sont exaltées. Cette exposition se double d'une exposition d'art. Exclu, Courbet organise sa propre exposition.

En 1863, trois mille œuvres sont refusées au Salon. L'Empereur décide de les exposer dans une autre partie du Palais de l'Industrie. Les "peintres indépendants peinent à percer". Paysages et scènes de la vie quotidienne inspirent Monet, Sisley, Manet, Pissarro. Ceux que l'on appellera les Impressionnistes.

Le peuple se presse dans les cafés concerts, L'Alhambra, le Bataclan, dans cette société de spectacles. Des théâtres du Boulevard du Crime sont détruits. Les vaudevilles ou comédies comiques attirent le public qui ovationne Labiche. Situé rue Le Pelletier, l'Opéra vit une soirée ensanglantée par un attentat. L'Empereur décide de construire un Opéra situé près de larges avenues. Il en confie l'édification à l'architecte Garnier, admirateur de Carpeaux. L'impératrice est déçue par le style.

La censure veille, mais le régime impérial se libéralise. Les ouvriers "sont bientôt autorisés à faire gréve".

Le développement des voies ferrées invite à des séjours dans des cités balnéaires, comme Deauville en Normandie ou Biarritz au pays basque, peintes notamment par Corot ou Boudin.


En 1867, l'Exposition universelle se caractérise par une prouesse architecturale sur le champs de Mars. L'opérette empli les salles parisiennes. Offenbach et Hortense Schneider y règnent. Jules Ferry stigmatise ces dépenses impériales.

« Mais c’est une guerre qui sonnera le glas de l’Empire : défait par les Prussiens à Sedan en 1870, l’Empereur est fait prisonnier » et s'exile en Angleterre.

« Aussi foisonnante que paradoxale, l’histoire du Second Empire intrigue. Pour en explorer sa mise en scène si singulière par le pouvoir impérial, Laurence Jourdan s’appuie sur une iconographie d’une diversité et d’une richesse rares, entrecoupée d’extraits de films de fiction et de textes d’écrivains, d’artistes et d’hommes politiques de l’époque ».


Du 27 septembre 2016 au 15 janvier 2017
Niveau 0, Grand espace d'exposition 
1, rue de la Légion d'Honneur, 75007 Paris 
Tél. : +33 (0)1 40 49 48 14
Tous les jours, sauf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu’à 21 h 45.

Second Empire, le pouvoir en scène, documentaire de Laurence Jourdan
2015, 52 min
Sur Arte le 4 décembre à 17 h 25

Visuels
Fronton Pavillon Denon
Carpeaux © musée d'Orsay RMN
Impératrice Eugénie
Famille Impériale-Disderi
Palais de Compiègne © Zadig Productions 2016
Portrait Napoléon III-Disderi
Salle de bal-Grand Café ©Zadig Productions 2016
Second Empire © Zadig Productions 2016
Théâtre de Compiègne © Zadig Productions 2016

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