Citations

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mercredi 21 octobre 2020

« 1848, le printemps des peuples » par Pascal Goblot

Arte diffusera le 25 octobre 2020, dans le cadre de la série partiale « Quand l'histoire fait dates » (Zahlen schreiben Geschichte), « 1848, le printemps des peuples » (1848, Frühling der Völker) réalisé par Pascal Goblot. Un mouvement qui a contribué à l'émancipation des Juifs de divers Etats européens.

« Marie-Thérèse d'Autriche » par Robert Dornhelm
Les médecins Juifs militaires ou dans les Armées 
Le congrès de Vienne ou l’invention d’une nouvelle Europe 
L’art de la paix. Secrets et trésors de la diplomatie 
Le Second Empire (1852-1870) 
La guerre de 1870
« Clemenceau, le courage de la République »
True Jews and Patriots: Australian Jews and World War One (Vrais Juifs et patriotes : Les Juifs australiens et la Première Guerre mondiale)

Nommé au Collège de France en 2015, Patrick Boucheron dirige l’« Histoire mondiale de France » (Seuil, 2017) présentant "les nouvelles grandes dates mondiales qui ont façonné l’hexagone", "mettant en valeur les colonisés et l’islam" et assumant une "islamophilie systématique". Un anti-« Lieux de mémoire » du professeur Pierre Nora.

Un best-seller analysé dans « Histoire de l'islamisation française 1979-2019 » (Ed. L’Artilleur), controversé, critiqué notamment par Pierre Nora (« Politiquement, l’objectif est de lutter, « par une conception pluraliste de l’histoire, contre l’étrécissement identitaire qui domine aujourd’hui le débat public »).

Et fustigé par Eric Zemmour : « En près de 800 pages et 146 dates, on ne déviera pas de la ligne du parti: tout ce qui vient de l’étranger est bon. Les invasions barbares sont des « migrations germanique s» ; la défaite des Gaulois leur permit d’entrer dans la mondialisation romaine ; les conquérants arabes étaient bien plus brillants que les minables défenseurs carolingiens ; les martyrs chrétiens de Lyon venaient d’ailleurs et saint Martin était hongrois. Les théologiens chrétiens doivent tout au grand talmudiste Rachi ; « l’honteux traité de Troyes » de 1420 (qui donnait le royaume de France à la monarchie anglaise) est une heureuse tentative de construire la paix perpétuelle par l’union des couronnes ».


Quant à Alain Finkielkraut, il a estimé : 
« Je découvre, effaré, que ni Rabelais, ni Ronsard, ni La Fontaine, ni Racine, ni Molière, ni Baudelaire, ni Verlaine, ni Proust n’y figurent. Et si Mauriac est cité, ce n’est pas pour son œuvre, c’est pour sa critique honteusement réactionnaire du féminisme. Ainsi s’éclaire le sens de « monde » pour les nouveaux historiens. Mondialiser l’histoire de France, c’est dissoudre ce qu’elle a de spécifique, son identité, son génie propre, dans le grand bain de la mixité, de la diversité, de la mobilité et du métissage. Et c’est répondre au défi islamiste par l’affirmation de notre dette envers l’Islam. De manière générale, l’Histoire mondiale de la France remplace l’identité par l’endettement. Ici doit tout à ailleurs. De la France, patrie littéraire, ce qui surnage, c’est la traduction des Mille et Une Nuits par Antoine Galland et l’audace qui a été la sienne d’ajouter au corpus original des histoires que lui avait racontées un voyageur arabe venu d’Alep.
Instructif aussi est le récit de l’invasion musulmane de 719 à Narbonne, où les cultures se sont mêlées avant que les Francs, hélas, n’arriment par la force cette ville à leur royaume. Ceux qui, en revanche, croient pouvoir mettre au crédit de la France naissante la première traduction latine du Coran par l’abbé de Cluny Pierre le Vénérable en 1143, sont avertis que cette démarche n’était pas inspirée par la curiosité mais par une volonté de dénigrement. Et peu importe le fait que l’Islam de son côté ne pouvait pas même envisager de traduire les Écritures saintes des religions antérieures à son avènement.
Nos éminents universitaires n’ont que l’Autre à la bouche et sous la plume. Ouverture est leur maître mot. Mais ils frappent d’inexistence Cioran, Ionesco, Kundera, Levinas, tous ces étrangers qui ont enrichi notre philosophie et honoré notre littérature. Car c’est à ce «notre» qu’ils veulent faire rendre l’âme...
Le dégoût de l’identité a fait place nette de la culture. Les façonniers de l’Histoire mondiale de la France sont les fossoyeurs du grand héritage français.
« Une histoire libre », dit le journal Libération pour qualifier ce bréviaire de la bien-pensance et de la soumission, cette chronique tout entière asservie aux dogmes du politiquement correct qui ne consacre pas moins de quatorze articles aux intellectuels sans jamais mentionner Raymond Aron, ni Castoriadis, ni Claude Lefort, ni aucun de ceux qui ont médité la catastrophe totalitaire et la bêtise de l’intelligence au XXe siècle…
« Histoire jubilatoire », ajoute Libération. Ce mot – le plus insupportablement bête de la doxa contemporaine – convient particulièrement mal pour une histoire acharnée à priver la France de son rayonnement et à l’amputer de ses merveilles.
Il n’y a pas de civilisation française, la France n’est rien de spécifiquement français: c’est par cette bonne nouvelle que les rédacteurs de ce qui voudrait être le Lavisse du XXIe siècle entendent apaiser la société et contribuer à résoudre la crise du vivre-ensemble.
Quelle misère! »
« Dans cette deuxième saison de la série" « Quand l'histoire fait date », "aussi érudite et ludique que la précédente, le médiéviste Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, poursuit son exploration alerte des dates marquantes de l’histoire, des trésors artistiques ornant la grotte de Lascaux, en 18 000 avant notre ère, au coup d’État militaire contre le président chilien Salvador Allende, le 11 septembre 1973 ». 

« Mobilisant son talent de conteur, associé à une animation qui s’appuie sur une riche iconographie, et convoquant éclairages de spécialistes et approche réflexive, l’historien bouscule notre regard sur vingt événements majeurs et les traces qu’ils ont laissées dans les mémoires, en les replaçant dans une perspective globale et en assumant les incertitudes de la science historique ». 

« Entrelaçant plaisir du récit, techniques d’animation et esprit critique, Patrick Boucheron dévoile vingt nouvelles enquêtes sur les grandes dates qui ont marqué l’histoire et la mémoire des hommes ». 

« 1848, le printemps des peuples »

« Troisième révolution française, Deuxième République, première révolution européenne : 1848 n'est pas tout à fait une date, c'est un millésime ». 

« Qui ne concerne pas que la France, mais toute l'Europe ». Pendant plusieurs mois en 1848, les royaumes et empires européens sont parcourus par des mouvements révolutionnaires induits par les effets du Congrès de Vienne (1814-1815), par l'essor du nationalisme et du libéralisme. 

Pressentie par Tocqueville dès janvier 1848, la révolution se déroule du 22 au 25 février 1848 à Paris. Instaurée en 1830, la monarchie de Juillet traverse une grave crise économique, financière, morale et politique.

Le gouvernement Guizot interdit les "banquets", réunions politiques de l'opposition réformatrice ou révolutionnaire favorable au suffrage universel, à la place du suffrage censitaire, et annulant in fine une manifestation prévue le 22 février 1848. A cette date, à l'initiative des libéraux et des républicains, de nombreux Parisiens, dont des étudiants, se soulèvent et prennent le contrôle de Paris.

Le 24 février 1848, le roi Louis-Philippe abdique en faveur de son petit-fils, Philippe d'Orléans. Dès 15 heures, Entouré des révolutionnaires parisiens, Alphonse de Lamartine proclame la Deuxième République. Vers 20 heures, un gouvernement provisoire est formé. Ainsi s'achève la Monarchie de Juillet. 

Le 27 avril 1848, l'esclavage est aboli.

Les Journées de Juin sont violemment réprimées (5 700 morts).

« On ramène fréquemment les révolutions de 1848 à leurs échecs. Mais elles ouvrent aussi un possible pour l'avenir. »

« La république sera-t-elle sociale ou libérale ? Comment l'idéal universaliste s'articule-t-il avec l'éveil des nationalismes ? Quel sens donner à l'idée de fraternité ? Quels sont les contours et les limites de la souveraineté du peuple ? Tous les thèmes de la modernité politique sont posés en 1848 ».

Pour les Juifs vivant dans ces monarchies et empires européens, 1848 est l'année de leur émancipation, parfois temporaire, ou celle préludé à leurs droits. Des pogroms - en Alsace, où vivent 74 000 Juifs, et notamment dans le Sundgau et dans la région de Saverne, Marmoutier et Hochfelden - ont aussi eu lieu. Le château des Rothschild à Suresnes est incendié.

Ayant bénéficié de certaines mesures religieuses favorables de la Monarchie de Juillet, les Juifs français sont divisés en 1948. 

Dans le gouvernement provisoire français, deux Juifs, l'avocat Adolphe Crémieux et le banquier Michel Goudchaux, s'activent. Ayant défendu les Juifs de Damas accusés à tort par un blood libel en 1840, Adolphe Crémieux, ministre de la Justice (25 février-7 juin 1848), fait adopter un décret disposant que la justice serait désormais rendue au nom du Peuple français - une formule figurant à ce jour sur les décisions judiciaires françaises -, et supprimer par un autre décret le serment de fidélité à la Couronne (1er mars 1848). Le 3 mars 1848, dans l'affaire du procès de Saverne où il défendait le rabbin, il obtient de la Cour de cassation que soit aboli le serment more judaïco, ultime discrimination légale à l'égard des Juifs de France.

En avril 1848, élu par le département de la Seine député à l'Assemblée nationale, Michel Goudchaux joint ses votes à ceux des républicains modérés. Le 28 juin 1848, il est nommé ministre des Finances du gouvernement du général Cavaignac. A l'Assemblée nationale, des députés dont Adolphe Thiers, s'opposent à certaines des mesures proposées par ce ministre : impôt progressif sur les successions, application de la taxe sur le capital des créances hypothécaires... Il écarte le projet de nationalisation des chemins de fer et participe à la réforme postale qui impose un tarif unique pour les lettres diffusées en France et crée le timbre-poste. 

Quant au rabbin Aron, il se joint à l'évêque de Strasbourg et au clergé protestant en 1848 pour bénir les arbres de la liberté et louer la jeune République. A l'unisson des dirigeants consistoriaux.

"Depuis l’ordonnance de 1845 qui définit la réforme du culte israélite sur le modèle consistorial métropolitain, le processus de francisation est amorcé en Algérie. Le judaïsme algérien est réorganisé avec l’installation de consistoires à Alger et à Oran en 1847, puis à Constantine en 1849. À partir de 1848, avec ses trente mille âmes, la population juive est utilisée comme un relais pour la diffusion des valeurs françaises en terre algérienne. Le décret du 16 août 1848 donne le droit de suffrage aux juifs pour l’élection des conseillers municipaux, sous certaines conditions d’âge, de résidence et d’impôt. En 1860, ils se voient astreints au service de la milice. Les rabbins consistoriaux et les élites francisées participent alors activement à l’éducation des masses juives." 

Dans l'empire allemand, le Parlement de Francfort (Paragraphe 13 des droits fondamentaux) confère les droits civils aux Juifs. Mais l'abolition du Parlement s'accompagne de l'apparition du Bundestag et de discriminations antisémites. Le soutien de Juifs allemands à l'unification allemande peut s'expliquer par l'espérance qu'une loi unique favorable pourrait se substituer à la trentaine de statuts locaux restrictifs.

En 1846, la monarchie britannique a aboli les restrictions légales. 

A Vienne, capitale de l'empire autrichien, les Juifs ont grandement participé à la révolution, et contribué à la Constitution autrichienne adoptée en 1867. Le 13 mars 1848, le médecin Adolf Fischhof a élaboré les principales réclamations de la révolution - libertés de religion, de presse, d'enseignement et d'apprentissage - devant la "Landhaus" (assemblée provinciale) dans la Herrengasse.  Certains Juifs viennois sont tués lors de la révolution. En 1852, est autorisée la constitution d'une communauté juive à Vienne (Israelitische Kultusgemeinde). Au cours des décennies suivantes, les Juifs viennois participent au développement économique de l'empire, se hissent dans la haute bourgeoisie et l'aristocratie, brillent comme mécènes d'artistes ou comme écrivains. Et ce, malgré l'antisémitisme du maire Karl Lueger.

Les juifs de Hongrie soutiennent la cause magyar. "Le 31 mars, la diète vota une loi sur l’égalité des religions dont la religion juive était exclue. À un député qui demanda ce qui allait advenir des Juifs, Lajos Kossuth, affirma que compte tenu des émeutes contre les Juifs, une loi d’émancipation ne ferait qu’attiser la vindicte populaire". (Konrád, Miklós. « Entre émancipation et conversion. Dilemmes juifs en Hongrie dans la première moitié du XIXe siècle », Histoire, économie & société, vol. 33e année, no. 4, 2014, pp. 58-74.) Pour échapper aux discriminations, ou par désespoir, des juifs dont Jonás Kunewalder (1803-1888), homme d'affaires et dirigeant de la communauté juive de Pest, se convertissent au christianisme.

Dans l'empire russe, la condition juive demeure inchangée.

« Le temps retrouvé »
(Arte mag n° 36. Le programme du 29 août au 4 septembre 2020)

« Pour sa deuxième saison, Quand l’histoire fait dates offre une exploration audacieuse de grands événements et de leurs représentations. Entretien avec son concepteur, l’historien Patrick Boucheron. Propos recueillis par Benoît Hervieu-Léger ».

« Quels critères ont guidé votre approche pour ces vingt nouveaux épisodes ?
Patrick Boucheron : Nous avons radicalisé notre proposition initiale ! Depuis sa conception, la série interroge les diverses manières de faire événement.
Elle propose une collection de problèmes davantage que de périodes. Nous avons, cette fois-ci, voulu aller plus loin en retenant des dates dont on cherche l’événement, comme l’an mil. Nous avons joué sur le contre-factuel * dans l’épisode sur la mise à sac du palais d’été de Pékin en 1860. 
Nous avons même poussé l’audace jusqu’à dater un événement qui n’a pas eu lieu. Au IVe siècle, l’empereur Constantin est censé avoir donné la moitié de son empire au pape. Le texte de la donation est un faux. Le non-événement a pris une importance que l’événement réel n’aurait pas eue.

La représentation de l’histoire compterait donc plus que l’histoire elle-même ?
Une date a l’apparence de l’évidence, comme Marignan en 1515.
Or derrière chaque date il y a une petite intrigue aussi captivante à explorer que le récit en soi. C’est pourquoi la série inclut deux fils narratifs : le récit que l’on raconte et nous-mêmes en train de le raconter. Cette approche se lit en particulier dans l’épisode sur la révolution religieuse d’Akhenaton, en Égypte ancienne. À la fin de sa vie, Freud, miné par la maladie et l’exil, a voulu en percer le mystère pour expliquer la montée du nazisme et de l’antisémitisme à son époque. La solution aux énigmes du présent se trouve parfois dans le passé.
L’histoire de l’esclavage et de la colonisation resurgit depuis l’affaire George Floyd.

Un épisode aurait-il pu faire écho à ce présent si enraciné dans le passé ?
La question de la justice et de l’égalité, aiguisée par la crise sanitaire, est abordée avec la Déclaration d’indépendance des États-Unis, en 1776. Ce moment marque la première affirmation des droits universels de l’humain dans un pays dont on sait qu’il détruit les nations indiennes et qu’il deviendra esclavagiste. La “question noire”, déjà traitée dans la première saison avec la libération de Mandela, revient maintenant avec le pèlerinage du roi malien Mansa Moussa en 1324.
Nous aurions certes pu aborder plus frontalement la question de la décolonisation. Elle apparaît malgré tout dans l’épisode sur le massacre des Algériens, à Paris le 17 octobre 1961. L’événement pose clairement la question du racisme, de la violence policière et du legs colonial en France.

* Type de raisonnement qui consiste à imaginer l’issue nouvelle d’un événement historique, après avoir modifié l’une de ses causes. »


« 1848, le printemps des peuples » par Pascal Goblot 
France, 2020, 27 min
Sur Arte le 25 octobre 2020 à 17 h 05
Disponible du 18/10/2020 au 23/12/2020
Visuels
1848 Le printemps des peuples
© Les Films d Ici

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