Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 15 octobre 2020

« 17 octobre 1961, un massacre colonial » de Juliette Garcias

Durant la Guerre d'Algérie, pour protester contre le couvre-feu imposé aux nord-Africains, la fédération de France du FLN (Front de libération nationale) organise une manifestation, non déclarée à la préfecture de police, d'enfants et d'adultes algériens le 17 octobre 1961 à Paris. La police assure le maintien de l'ordre. Le nombre de morts s'élèverait à des dizaines de personnes. Arte diffusera le 18 octobre 2020, dans le cadre de « Quand l'histoire fait dates », (Zahlen schreiben Geschichte), « 17 octobre 1961, un massacre colonial » (17. Oktober 1961, Massaker von Paris), documentaire partial de Juliette Garcias.

« -33 - Crucifixion de Jésus » par Denis van Waerebeke 

« 315, la donation de Constantin » de Denis van Waerebeke 
« 24 septembre 622 : l'an 1 de l'islam » par Denis van Waerebeke 

« 25 août 1270, la mort de Saint Louis » de Benoît Laborde

« 29 mai 1453, la prise de Constantinople » de Denis van Waerebeke
« 1492 : un nouveau monde » par Denis van Waerebeke 
« 17 octobre 1961, un massacre colonial » de Juliette Garcias 

Interview de David G. Littman et de Paul B. Fenton sur « L’exil au Maghreb, la condition juive sous l’islam 1148-1912 »


Nommé au Collège de France en 2015, Patrick Boucheron dirige l’« Histoire mondiale de France » (Seuil, 2017) présentant "les nouvelles grandes dates mondiales qui ont façonné l’hexagone", "mettant en valeur les colonisés et l’islam" et assumant une "islamophilie systématique". Un anti-« Lieux de mémoire » du professeur Pierre Nora.

Un best-seller analysé dans « Histoire de l'islamisation française 1979-2019 » (Ed. L’Artilleur), controversé, critiqué notamment par Pierre Nora (« Politiquement, l’objectif est de lutter, « par une conception pluraliste de l’histoire, contre l’étrécissement identitaire qui domine aujourd’hui le débat public »).

Et fustigé par Eric Zemmour : « En près de 800 pages et 146 dates, on ne déviera pas de la ligne du parti: tout ce qui vient de l’étranger est bon. Les invasions barbares sont des « migrations germanique s» ; la défaite des Gaulois leur permit d’entrer dans la mondialisation romaine ; les conquérants arabes étaient bien plus brillants que les minables défenseurs carolingiens ; les martyrs chrétiens de Lyon venaient d’ailleurs et saint Martin était hongrois. Les théologiens chrétiens doivent tout au grand talmudiste Rachi ; « l’honteux traité de Troyes » de 1420 (qui donnait le royaume de France à la monarchie anglaise) est une heureuse tentative de construire la paix perpétuelle par l’union des couronnes ».


Quant à Alain Finkielkraut, il a estimé : 
« Je découvre, effaré, que ni Rabelais, ni Ronsard, ni La Fontaine, ni Racine, ni Molière, ni Baudelaire, ni Verlaine, ni Proust n’y figurent. Et si Mauriac est cité, ce n’est pas pour son œuvre, c’est pour sa critique honteusement réactionnaire du féminisme. Ainsi s’éclaire le sens de « monde » pour les nouveaux historiens. Mondialiser l’histoire de France, c’est dissoudre ce qu’elle a de spécifique, son identité, son génie propre, dans le grand bain de la mixité, de la diversité, de la mobilité et du métissage. Et c’est répondre au défi islamiste par l’affirmation de notre dette envers l’Islam. De manière générale, l’Histoire mondiale de la France remplace l’identité par l’endettement. Ici doit tout à ailleurs. De la France, patrie littéraire, ce qui surnage, c’est la traduction des Mille et Une Nuits par Antoine Galland et l’audace qui a été la sienne d’ajouter au corpus original des histoires que lui avait racontées un voyageur arabe venu d’Alep.
Instructif aussi est le récit de l’invasion musulmane de 719 à Narbonne, où les cultures se sont mêlées avant que les Francs, hélas, n’arriment par la force cette ville à leur royaume. Ceux qui, en revanche, croient pouvoir mettre au crédit de la France naissante la première traduction latine du Coran par l’abbé de Cluny Pierre le Vénérable en 1143, sont avertis que cette démarche n’était pas inspirée par la curiosité mais par une volonté de dénigrement. Et peu importe le fait que l’Islam de son côté ne pouvait pas même envisager de traduire les Écritures saintes des religions antérieures à son avènement.
Nos éminents universitaires n’ont que l’Autre à la bouche et sous la plume. Ouverture est leur maître mot. Mais ils frappent d’inexistence Cioran, Ionesco, Kundera, Levinas, tous ces étrangers qui ont enrichi notre philosophie et honoré notre littérature. Car c’est à ce «notre» qu’ils veulent faire rendre l’âme...
Le dégoût de l’identité a fait place nette de la culture. Les façonniers de l’Histoire mondiale de la France sont les fossoyeurs du grand héritage français.
« Une histoire libre », dit le journal Libération pour qualifier ce bréviaire de la bien-pensance et de la soumission, cette chronique tout entière asservie aux dogmes du politiquement correct qui ne consacre pas moins de quatorze articles aux intellectuels sans jamais mentionner Raymond Aron, ni Castoriadis, ni Claude Lefort, ni aucun de ceux qui ont médité la catastrophe totalitaire et la bêtise de l’intelligence au XXe siècle…
« Histoire jubilatoire », ajoute Libération. Ce mot – le plus insupportablement bête de la doxa contemporaine – convient particulièrement mal pour une histoire acharnée à priver la France de son rayonnement et à l’amputer de ses merveilles.
Il n’y a pas de civilisation française, la France n’est rien de spécifiquement français: c’est par cette bonne nouvelle que les rédacteurs de ce qui voudrait être le Lavisse du XXIe siècle entendent apaiser la société et contribuer à résoudre la crise du vivre-ensemble.
Quelle misère! »
« Dans cette deuxième saison de la série" « Quand l'histoire fait date », "aussi érudite et ludique que la précédente, le médiéviste Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, poursuit son exploration alerte des dates marquantes de l’histoire, des trésors artistiques ornant la grotte de Lascaux, en 18 000 avant notre ère, au coup d’État militaire contre le président chilien Salvador Allende, le 11 septembre 1973 ». 

« Mobilisant son talent de conteur, associé à une animation qui s’appuie sur une riche iconographie, et convoquant éclairages de spécialistes et approche réflexive, l’historien bouscule notre regard sur vingt événements majeurs et les traces qu’ils ont laissées dans les mémoires, en les replaçant dans une perspective globale et en assumant les incertitudes de la science historique ». 

« Entrelaçant plaisir du récit, techniques d’animation et esprit critique, Patrick Boucheron dévoile vingt nouvelles enquêtes sur les grandes dates qui ont marqué l’histoire et la mémoire des hommes ». 

« 17 octobre 1961, un massacre colonial »

Arte diffusera le 18 octobre 2020, dans le cadre de « Quand l'histoire fait dates », (Zahlen schreiben Geschichte), « 17 octobre 1961, un massacre colonial » (17. Oktober 1961, Massaker von Paris), documentaire partial de Juliette Garcias.

Durant la Guerre d'Algérie, débutent en 1961 des négociations entre le gouvernement français dirigé par le Premier ministre Michel Debré et le Gouvernement provisoire algérien (GPRA). Les attentats terroristes du FLN visant des policiers français, prennent fin en juillet, lors des pourparlers de Lugrin. Dès le 29 août, ils se produisent de nouveau. Les policiers français sont traumatisés par ces attentats qui les touchent le matin quand ils se rendent à leur travail ou le soir sur le chemin du retour à leur domicile. Certains imputent à des policiers l'assassinat d'Algériens. Le territoire métropolitain devenait un champs de guerre.

Le 5 octobre, Maurice Papon instaure un couvre-feu pour les Nord-Africains. Et ce, afin d'entraver l'action terroriste du FLN.

Pour protester contre ce couvre-feu, la fédération de France du FLN (Front de libération nationale) organise une manifestation non déclarée à la préfecture de police, d'enfants et d'adultes algériens le 17 octobre 1961 à Paris. Le préfet de police de Paris est alors Maurice Papon.

« Le 17 octobre 1961, plus de 20 000 Algériens de France descendent dans la rue pour s’opposer à la guerre d’Algérie ».

La police assure le maintien de l'ordre et réunit des manifestants dans des espaces sportifs : Palais des sports, stade Pierre-de-Coubertin. "Ce rassemblement pacifique est réprimé dans le sang par la police ».  

Le FLN contraint 1 400 commerçants nord-africains à une grève générale et organise une deuxième manifestation. Face au refus de commerçants d'ouvrir leurs commerces, la police procède à des interpellations. Les autres commerçants finissent par reprendre leur activité professionnelle.

« En Europe, aucune manifestation n’avait été traitée aussi violemment par un État depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ». 

« Aujourd'hui encore, la France peine à reconnaître ce massacre et le nombre exact de victimes reste inconnu ».

Le nombre de décès s'élèverait à des dizaines de personnes. Historien et journaliste communiste, Jean-Luc Einaudi allègue le nombre de 393 morts. Quant au professeur d'histoire normalien spécialise du communisme français, Jean-Paul Brunet, il avance le nombre de 30 à 50 morts pour le 17 octobre et les jours suivants. Concernant la nuit du 17 octobre, l'historien Benjamin Stora cite trois nombres : 38 morts selon un rapport commandé par Jean-Pierre Chevènement, 48 selon celui demandé par Élisabeth Guigou et 98 selon les recherches menées par Linda Amiri et lui ; soit, en élargissant aux semaines précédentes et suivantes, environ 300 morts en 3 mois. Un nombre à comparer au millier d'Algériens tués lors des combats entre le FLN et le MNA (Mouvement national algérien).

A l'évidence, ce documentaire de Juliette Garcias s'aligne sur la thèse de Jean-Luc Einaudi. Au vu du nombre de morts, et des circonstances - guerre ou djihad, opération de maintien de l'ordre public, manifestation illégale, etc. -, le terme "massacre" ne semble pas adéquat.

En outre, il masque les méthodes de coercition exercées par le FLN sur la population algérienne en France : racket, menaces, instrumentalisation des civils, notamment des civils, etc.

Il ternit l'image de la France culpabilisée pour un prétendu "massacre". Ce qui risque d'alimenter le ressentiment de générations d'Algériens.

Jean-Luc Einaudi a consacré plusieurs livres à cette manifestation. "Le 17 octobre 1961, le FLN appelle les Algériens de la région parisienne à manifester pacifiquement à Paris pour protester contre le couvre-feu qui leur est imposé. Interdite par la police, la manifestation est très violemment réprimée. Le 17 octobre et les semaines qui suivirent, plus de 150 personnes sont mortes ou disparues. Le préfet de police Maurice Papon, responsable de cette répression, en niera toujours l’ampleur. Dans cet ouvrage, Jean-Luc Einaudi livre les conclusions de son enquête sur ces massacres, après avoir pu consulter les archives des hôpitaux de Paris, du Parquet, de la gendarmerie, de la préfecture de police, qui confirment et précisent les données recueillies dans ses précédents ouvrages. Dans une longue introduction et une postface inédites, il revient sur les débats et polémiques suscités par son livre, et confirme ses conclusions en répondant à ses contradicteurs.

En 1999, Flammarion a publié "Police contre FLN. Le drame d'octobre 1961" de Jean-Paul Brunet. "Paris, mardi 17 octobre 1961 au soir. Une manifestation de masse déclenchée par le FLN est réprimée par la police parisienne avec la dernière violence. On est en pleine guerre d'Algérie. Des milliers d'Algériens vont être arrêtés et parqués plusieurs jours durant. Un certain nombre trouveront la mort sous les coups des policiers. Combien ? Plusieurs dizaines comme le FLN l'avance quelques jours plus tard ? Deux cents ? Davantage encore ? La Préfecture de Police n'admet que 2 morts et nie toute exaction. Maurice Papon est alors Préfet de Police. La fin de la Guerre d'Algérie et l'amnistie feront sombrer dans l'oubli ce triste épisode. C'est, une vaste enquête à laquelle s'est livré Jean-Paul Brunet pour resituer la vérité historique. À l'aide d'archives jusqu'ici interdites, notamment celles de la Préfecture de Police, il a pu reconstituer la manifestation du 17 octobre, le climat de haine et de terreur qui régnait alors, les pressions du FLN sur les ressortissants algériens et le comportement d'une police à laquelle son patron avait laissé toute liberté. Si le nombre de morts est moins spectaculaire que ce que certains ont pu dire, l'ouvrage apporte une vaste moisson d'informations dont certaines, étonnantes, contribuent à saisir les ingrédients du drame d'octobre. Au-delà, il explique la « mauvaise conscience » algérienne de la France."

Durant le procès de Maurice Papon accusé d'être responsable de la déportation, de juillet 1942 à mai 1944, d'environ 1 600 Juifs de Bordeaux vers le camp de Drancy, près de Paris, Jean-Luc Einaudi a été témoin à charge contre le prévenu.

En 2012, lors du 51e anniversaire de la manifestation, le Président de la République française, alors le socialiste François Hollande, « reconnaît avec lucidité », au nom de la République, la « sanglante répression » durant laquelle ont été tués « des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance ».

« Le temps retrouvé »
(Arte mag n° 36. Le programme du 29 août au 4 septembre 2020)

« Pour sa deuxième saison, Quand l’histoire fait dates offre une exploration audacieuse de grands événements et de leurs représentations. Entretien avec son concepteur, l’historien Patrick Boucheron. Propos recueillis par Benoît Hervieu-Léger ».

« Quels critères ont guidé votre approche pour ces vingt nouveaux épisodes ?
Patrick Boucheron : Nous avons radicalisé notre proposition initiale ! Depuis sa conception, la série interroge les diverses manières de faire événement.
Elle propose une collection de problèmes davantage que de périodes. Nous avons, cette fois-ci, voulu aller plus loin en retenant des dates dont on cherche l’événement, comme l’an mil. Nous avons joué sur le contre-factuel * dans l’épisode sur la mise à sac du palais d’été de Pékin en 1860. 
Nous avons même poussé l’audace jusqu’à dater un événement qui n’a pas eu lieu. Au IVe siècle, l’empereur Constantin est censé avoir donné la moitié de son empire au pape. Le texte de la donation est un faux. Le non-événement a pris une importance que l’événement réel n’aurait pas eue.

La représentation de l’histoire compterait donc plus que l’histoire elle-même ?
Une date a l’apparence de l’évidence, comme Marignan en 1515.
Or derrière chaque date il y a une petite intrigue aussi captivante à explorer que le récit en soi. C’est pourquoi la série inclut deux fils narratifs : le récit que l’on raconte et nous-mêmes en train de le raconter. Cette approche se lit en particulier dans l’épisode sur la révolution religieuse d’Akhenaton, en Égypte ancienne. À la fin de sa vie, Freud, miné par la maladie et l’exil, a voulu en percer le mystère pour expliquer la montée du nazisme et de l’antisémitisme à son époque. La solution aux énigmes du présent se trouve parfois dans le passé.
L’histoire de l’esclavage et de la colonisation resurgit depuis l’affaire George Floyd.

Un épisode aurait-il pu faire écho à ce présent si enraciné dans le passé ?
La question de la justice et de l’égalité, aiguisée par la crise sanitaire, est abordée avec la Déclaration d’indépendance des États-Unis, en 1776. Ce moment marque la première affirmation des droits universels de l’humain dans un pays dont on sait qu’il détruit les nations indiennes et qu’il deviendra esclavagiste. La “question noire”, déjà traitée dans la première saison avec la libération de Mandela, revient maintenant avec le pèlerinage du roi malien Mansa Moussa en 1324.
Nous aurions certes pu aborder plus frontalement la question de la décolonisation. Elle apparaît malgré tout dans l’épisode sur le massacre des Algériens, à Paris le 17 octobre 1961. L’événement pose clairement la question du racisme, de la violence policière et du legs colonial en France.

* Type de raisonnement qui consiste à imaginer l’issue nouvelle d’un événement historique, après avoir modifié l’une de ses causes. »


« 17 octobre 1961, un massacre colonial » de Juliette Garcias

France, 2020, 27 min

Sur Arte les 18 octobre 2020 à 16 h 40 et 12 novembre 2020 à 3 h 40

Disponible du 11/10/2020 au 16/12/2020

Visuels : © Les Films d' Ici

Les citations sur le film proviennent d'Arte.

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