Citations

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« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
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lundi 10 février 2020

Jacques Chirac (1932-2019)


Jacques Chirac (1932-2019) a été un député, ministre, maire de Paris, chef de gouvernement et Président de la République au maigre bilan, aux positions versatiles, aux décisions parfois étonnantes – dissolution de l’Assemblée nationale suivie d’une cohabitation - et à la politique caractérisée par son immobilisme. Racines musulmanes, et non judéochrétiennes, de l’Europe, politique pro-Arabe et anti-israélienne marquée par l’esclandre à Jérusalem et dans l’affaire al-Dura, déni de la vague d’antisémitisme en 2000, déclaration sur la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs, politique muséale choquante, scandales politico-financiers… Quelques rappels.

Pierre Clostermann (1921-2006)


« Sur le plan humain, Jacques Chirac était un homme extrêmement attachant… Il dégageait une chaleur humaine inégalable. Mes propos sont les sentiments d’un militant de la première heure. J’étais engagé au RPR à la première heure, en raison du dynamisme de Jacques Chirac. Sur le plan politique en revanche, Jacques Chirac a été pour moi extraordinairement décevant. Entre le Chirac que j’ai soutenu dans les années 77 à 88 et celui que j’ai découvert sans ligne politique, la déception a été considérable. Sur le plan politique, Chirac a été un désastre. C’est un président qui n’a strictement rien fait. Je retiens tout de même la position de la France sur l’intervention américaine en Irak. Il a sauvé l’honneur et l’intelligence du pays. Il faut lui en savoir gré », observait Christian Vanneste, ancien député.

Esclandre mal jouée dans la vieille ville de Jérusalem lors d'un voyage officiel en Israël, discours du Vél d’Hiv reconnaissant la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs et alerte sur la « maison qui brûle » pour convaincre de l'urgence de mesures pour "sauver la Planète" et de l'instauration d'un "gouvernement mondial" chargé d'adopter des mesures "salvatrices"… Le Président de la République Emmanuel Macron a révélé combien il s’inspirait de Jacques Chirac, un de ses prédécesseurs qui lui était populaire.

Racines de l’Europe
Le Président Jacques Chirac a refusé en 2004 que soient inscrites dans la constitution de l’Union européenne les racines chrétiennes de l’Europe.

Et l’élu d’alléguer : « Les racines de l'Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ».

C'est sous la présidence de Jacques Chirac que fut fermé en 2005 le Musée des arts et traditions populaires dénommé le « Louvre du peuple français » et ouvert en 1937 près du Bois de Boulogne. Une création du Front populaire cédée à la Mairie de Paris dirigée par la socialiste Anne Hidalgo qui la vend à bas prix à Bernard Arnault, chef d'un groupe centré sur le luxe, pour qu'il y édifie la Maison LVMH.

Les musées nés de la volonté de Jacques Chirac, et parfois de celle de son Premier ministre socialiste Lionel Jospin ? Le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) installé dans le port de Marseille, le musée de l’Immigration à la porte Dorée (Paris), le musée du quai Branly, un musée des arts et civilisations d'Afrique, d'Asie à l’emplacement idéal : sur les quais de la Seine. Des musées au narratif « politiquement correct », parfois fallacieux – une notice localise un objet remontant au XIXe siècle en « Palestine » !? Signe de rejet de cette idéologie ? Le public ne fréquente guère ces musées qui bénéficient du public scolaire, captif.

Israël
Le 22 octobre 1996, en visite officielle à Jérusalem (Israël), le Président Jacques Chirac a fait fi de la sécurité. « On voulait serrer la main de Chirac, mais les agents de sécurité israéliens nous repoussaient, raconte Amjad, un vendeur ambulant. Alors votre président s'est énervé et il a dit : C'est de la provocation ! Vous voulez que je reprenne mon avion et que je retourne en France, c'est ça ? » Feignant la colère, le président français a refusé d'entrer dans l'église Sainte-Anne si des soldats israéliens qui assuraient sa protection y entraient. Un lieu devenu Jüdenrein.

« Pour nous, c'était un homme, un vrai. Il n'a pas eu peur des Israéliens. Et il a montré son attachement au peuple palestinien », estime Amjad. Quelques heures après cette visite mouvementée, Jacques Chirac se rendra à Ramallah en Cisjordanie, le siège de l'Autorité palestinienne, situé à une vingtaine de kilomètres au nord de Jérusalem. Dans des rues pavoisées aux couleurs de la France, il est accueilli par une foule en délire ».

« Les Palestiniens n'ont jamais oublié. A l'occasion du départ de Jacques Chirac de l'Elysée, en 2007, la municipalité de Ramallah a inauguré une rue Jack-Chirac ».

Le 4 octobre 2000, le Président Jacques Chirac, accueillant à Paris le Premier ministre israélien Ehud Barak lui a lancé : « Ce n’est pas une politique de tuer des enfants ».

Jacques Chirac est favorable à la « solution à deux Etats », à l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) dirigée par Yasser Arafat, au multilatéralisme et à une solution intégrant l’ONU. « Pourtant quand éclate une crise comme celle de Haïti, durant l’hiver 2004, Bush et Chirac trouvent un terrain d’entente et expédient des troupes à Port-au-Prince pour rétablir directement l’ordre et la sécurité  », a relevé Freddy Eytan (Freddy Eytan, « Jacques Chirac, Israël, les Juifs et les Arabes », Le CAPE de Jérusalem, publié le 26 septembre 2019: https://jcpa-lecape.org/jacques-chirac-israel-les-juifs-et-les-arabes).

« A partir de 1995, Arafat sera souvent l’invité d’honneur de Jacques Chirac. Le président français sera le premier chef d’Etat au monde à accepter l’hospitalisation d’Arafat à Paris. Aucun leader arabe n’a eu le courage ou le désir de le faire. Ce n’est qu’après la mort du chef palestinien qu’Hosni Moubarak acceptera des obsèques nationales au Caire. Chirac a choisi de rester fidèle à Arafat, qui le surnommait « Docteur Chirac » jusqu’au bout : il sera l’un des derniers à le voir agoniser dans son lit d’hôpital ». « Selon les journalistes Christophe Boltanski et Eric Aeschimann, auteurs de Chirac d’Arabie (Grasset, 2006), il se serait recueilli en secret devant le corps du défunt et serait sorti « de la salle en larmes ».

En 2004, la France a rendu un hommage officiel à l’aérodrome militaire de Villacoublay en présence du Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin.

« Ses tentatives de rapprochement ont échoué en raison d’une forte défiance israélienne et du poids américain, mais aussi à cause de l’obstination de Chirac à obtenir des résultats immédiats et à cause de certaines maladresses. On ne peut pas mener une politique cohérente et équilibrée au Proche-Orient en proclamant ouvertement ses choix ! C’est insensé : d’avance elle est vouée à l’échec. »

« Chirac a eu quelques succès dans ses interventions discrètes au Liban, en Syrie et en Iran pour la libération de juifs « accusés d’espionnage ». Son feu vert pour libérer des terroristes détenus en France dans le cadre d’un échange global avec des prisonniers israéliens disparus, est aussi un signe de bonne volonté et un geste empreint d’humanité. »

« Chirac aurait pu obtenir la confiance des Israéliens et s’imposer face aux Américains dans le règlement du conflit avec Damas et Beyrouth s’il avait prouvé plus d’habilité et modéré son machiavélisme. »

« Son échec sera cuisant lors de sa démarche pour faire admettre Israël au sein de la Francophonie. Les raisons juridiques ne sont que prétexte et les contraintes auraient pu être surmontées : il s’agit de volonté politique dans un domaine purement culturel et la France possède des moyens pour exercer son influence et des pressions ».

« A partir du deuxième mandat de Chirac, il y a plus de fluidité dans les rapports et les relations sont  devenues moins tendues entre Paris et Jérusalem. La France a compris qu’elle doit séparer les relations bilatérales du conflit avec les Palestiniens et être plus sensible aux soucis sécuritaires des Israéliens. Ainsi la France est devenue le troisième partenaire scientifique d’Israël, son sixième fournisseur et la deuxième destination touristique des Israéliens. Un grand centre culturel français est enfin en construction. Les visites officielles en Israël deviennent plus fréquentes ».

« Chirak »
Dans le monde arabe, Jacques Chirac a manifesté un tropisme pour l’Irak à qui il a vendu la centrale nucléaire Osirak… détruite en 1981 par l’armée israélienne.

Concernant l’intervention d’une alliance en Irak en 2003, Jacques Chirac s’y est opposé en lisant des sondages montrant l’hostilité de la « rue islamique » en France à cette guerre. Selon certains experts, la guerre n’a pas été évitée à cause de lui : Saddam Hussein aurait été prêt à négocier son retrait.

Mais Jacques Chirac a aussi manifesté son intérêt pour le Maroc, l'Arabie saoudite, la Syrie et le Liban.

Juifs et antisémitisme
Le 16 juillet 1995, lors de la commémoration du 53e anniversaire de la Rafle du Vél d’Hiv, Jacques Chirac, nouveau Président de la République, a rompu avec le discours officiel de ses prédécesseurs, du général de Gaulle à François Mitterrand. Il a reconnu la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs durant l’Occupation : « La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable… Oui, la folie criminelle de l’Occupant a été secondée par des Français, par l’Etat français ».

En 2003, à l’Elysée, lors du 60e anniversaire du CRIF, le Président Jacques Chirac louait l’action de l’organisation juive et fustigeait « l'antisémitisme, contraire à toutes les valeurs de la France. Il est insupportable. Les actes antisémites doivent être combattus sans relâche et poursuivis avec la plus grande sévérité. Personne, en France, ne doit pouvoir être agressé à cause de son origine ou de sa religion ». Il annonçait la future création d’une autorité administrative indépendante chargée de lutter contre les discriminations. Les organisations juives françaises se sont réjouies de cette création qui, espéraient-ils contribuerait efficacement à lutter contre l’antisémitisme. Il a fallu vite déchanter : l’institution rn 2004 de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (HALDE) correspondait à l’intégration d’une norme européenne par la France. De 2004 à 2011, la HALDE n’a pas manifesté de zèle, et c’est un euphémisme, pour lutter contre l’antisémitisme. Et son premier Président Louis Schweitzer a laissé un « champ de mines », notamment concernant le respect de la laïcité. Le Défenseur des droits a succédé à la HALDE.

« Nous n’oublions pas qu’il s’est spontanément rendu au chevet du Grand Rabbin de France Joseph Sitruk alors très gravement malade », s’est souvenu le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA).

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