lundi 10 août 2015

« Alfred Nakache, le nageur d’Auschwitz » de Christian Meunier



Alfred Nakache (1915-1983) était un champion français, Juif, sioniste, de natation. Né dans une famille Juive de Constantine, il détient dans l'entre-deux guerres des titres notamment en brasse papillon. Il est déporté à Auschwitz ; sa femme Paule et leur fille Annie y sont tuées. Pour l’humilier, les nazis l’obligent à retrouver des objets qu’ils lancent dans un espace de rétention d’eau sale. Survivant d'Auschwitz, ce nageur renoue avec la compétition au plus haut niveau. Article republié après les Championnats du monde de natation à Kazan (24 juillet-9 août 2015).



Point of no return published a biographical article about Alfred Nakache.


Alfred Nakache « marchait comme Charlie Chaplin, riait comme Henri Salvador et nageait avec passion », se souvient un de ses proches.



Ce documentaire bouleversant « rend hommage à ce sportif au destin exceptionnel qui croisa la folie des hommes ».

Alfred Nakache est né le 18 novembre 1915 à Constantine (Algérie), cette « Jérusalem  » d'Afrique du Nord.

Grâce à deux officiers français, cet enfant surmonte sa peur de l’eau. A force d’entraînements et grâce à ses qualités exceptionnelles d’athlète et de nageur, il se distingue dans une nage difficile, la brasse papillon, en remportant des titres de plus en plus prestigieux.

En 1931, Alfred Nakache est champion d'Afrique du Nord, puis concourt en 1936 aux Jeux Olympiques où il gagne, avec l'équipe de France, le relais 4 x 200 mètres.

En 1941, il est recordman du monde du 200 mètres brasse.

Les persécutions antisémites du régime de Vichy le chassent de son poste de professeur d’éducation physique au prestigieux lycée Janson de Sailly (Paris).

Avec sa femme Paule et leur fille Annie, Alfred Nakache gagne Toulouse où il est accueilli par les Dauphins du TOEC, un club de natation fameux.

Des journaux français dénoncent ce champion qui « souille les eaux des piscines françaises ».

En 1943, Alfred Nakache est arrêté par la Gestapo, emprisonné, puis transféré à Drancy avec sa famille.

Tous trois sont déportés à Auschwitz. Paule et Annie Nakache sont rapidement assassinées.

Alfred Nakache est amené au camp de travail d’Auschwitz III, puis à l’hôpital du camp. Il fait « preuve de courage et de solidarité » et se lie d’amitié avec « Young » Perez, son aîné né en Tunisie en 1911, et Noah Klieger. Juif déporté de France, « Young » Perez est le plus jeune champion du monde dans sa catégorie poids mouches en 1931.

Pour l’humilier, les nazis l’obligent à retrouver des objets qu’ils lancent dans un espace de rétention d’eau sale.

Transféré à Buchenwald, Alfred Nakache survit durement.

Il retourne en France en 1945 et rétablit son honneur entaché par une fausse accusation.

L’épuration épargne nombre d’individus. Ainsi, E.G. Drigny, qui avait soutenu les sanctions contre les TOEC en 1943, demeure président de la Fédération française de natation (FFN).

 A Toulouse, il s’entraîne et redevient champion de France à 31 ans avant de battre un nouveau record du monde.

Alfred Nakache épouse une jeune Sétoise, Marie. Il arrête sa carrière sportive dans les années 1950. Il se consacre à sa salle de sports, à son métier d’enseignant auprès d’étudiants à Toulouse puis à La Réunion : il est décoré des Palmes académiques.


Il participe aussi à l’entraînement d’un talentueux nageur, Jean Boiteux.

Il accueille à Toulouse sa famille ayant du quitter l'Algérie : l'assassinat en 1961 du réputé musicien juif Raymond Leyris, dit Cheikh Raymond, induit le départ de la communauté juive de Constantine. Les parents âgés d'Alfred Nakache ne supportent pas ce déracinement et meurent peu après leur installation à Toulouse.

Alfred Nakache décède à Sète d’un arrêt cardiaque le 4 août 1983.

Le 7 juillet 1993, son nom est inscrit au tableau de l’International Jewish Sports Hall of Fame (IJSHOF) de l’Institut Wingate à Netanya (Israël). Au côté notamment de « Young » Perez.



Christian Meunier, Alfred Nakache, le nageur d’Auschwitz. Doriane Films, 2011. Texte dit par Pierre Arditi. 52 minutes. ASIN: B004DW5V0K


Articles sur ce blog concernant :

Cet article avait été commandé par L'Arche. Il a été publié les 4 avril et :
- 26 novembre 2012 à l'approche de la projection de ce documentaire au MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) le 26 novembre 2012, à 18 h 30 ;
- 26 novembre 2012..

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