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samedi 14 décembre 2019

« La victoire des bleus » par Serge Viallet


Arte diffusera le 15 décembre 2019, dans le cadre de « Mystères d'archives » (Verschollene Filmschätze), « 1998 - La victoire des bleus » (1998. Frankreich ist Fußball-Weltmeister) par Serge Viallet.

« Mystères d'archives »  est « une collection d'enquêtes fouillées qui interroge les images historiques ».

« Les Brésiliens étaient favoris, ce 12 juillet 1998, mais pour la première fois depuis 1930, l'équipe française "black blanc beur" de football s'impose en finale de la Coupe du monde, avec un record d'audience et de popularité à la clé... »

Une foule d'environ 1,5 million de personnes acclament les Bleus installés dans leur bus  à impériale célébrant leur victoire sur l'avenue des Champs-Élysées, puis au palais de l'Élysée où Jacques Chirac, alors Président de la République, les accueille ainsi que leurs familles. Le 14 juillet, ils sont distingués par le titre de Chevaliers de la Légion d'honneur. En 2018, la communication du Président de la République Emmanuel Macron s'inspire de ce "rituel", populaire puis solennel, après la victoire de l'équipe de France.

"L'effet Mondial" sur l'économie, la croissance ou le moral des ménages a été surestimé, voire inventé par des médias : cet impact positif s'est révélé très temporaire, et n'a concerné que les sponsors de l'équipe hexagonale, la presse sportive, essentiellement L'Equipe, pourtant critique auparavant de la stratégie du sélectionneur Aimé Jacquet et du style de jeu de l'équipe française - augmentation du tirage et du nombre d'exemplaires vendus - et les droits télévisés qui enregistrent une hausse importante. Et des clubs de football ont accueilli de jeunes licenciés enthousiasmés par leurs champions.

"Comme après la victoire des Bleus en 1998, McDonald's a relancé en 2018 son Mega Mac. "Lancé en 1998 avec Fabien Barthez, le Mega Mac, un hamburger Big Mac avec quatre steaks au lieu de deux, sera de nouveau proposé par McDonald's du 12 au 15 octobre 2018. [Dans la publicité de 1998], Fabien Barthez ôte un à un les graines de sésame du pain avant d'embrasser le sandwich. Un clin d'oeil au rituel au sein de l'équipe de France championne du monde entre le gardien de but et le défenseur Laurent Blanc. La chaîne de fast-food américaine sera proposé dans les restaurants seulement entre le 12 et le 15 octobre prochain. La marque n'associera pas les joueurs de l'équipe de France comme en 1998. A l'époque, la campagne s'était étalée sur l'ensemble du mois de septembre alors que cette année, le burger ne sera vendu que durant trois jours. Régulièrement disponible dans d'autres pays comme le Japon, l'Australie ou la Thaïlande, ce double Big Mac n'était jamais revenu en France. Sans doute à cause de sa taille et de sa charge calorique. Avec ses quatre steaks, le Mega Mac émarge en effet à 736 kcalories contre "seulement" 495 pour son petit frère, le Big Mac. Un sandwich très riche donc un peu à contre courant de la politique de McDonald's qui cherche à proposer des aliments plus sains dans ses restaurants depuis quelques années."

En revanche, l'impact sur la popularité du Président Jacques Chirac et du Premier ministre socialiste Lionel Jospin a été réel : la popularité du Président avait enregistré une hausse de sept points en un mois selon des sondages. Or, après la victoire en finale de l'équipe de France sur celle de Croatie alors de la Coupe du Monde de 2018, en juillet 2018, "six Français sur 10 (61%) pensent toujours que le chef de l'Etat [Emmanuel Macron] n'est pas un "bon président." Cela représente une baisse de popularité de deux points par rapport à la dernière mesure effectuée le 26 juin dernier".

Un slogan "Black Blanc Beur" instrumentalisé politiquement pour promouvoir le multiculturalisme, pour vanter le triomphe de l'anti-racisme.

Lors de la Coupe du monde de football en 2010, des joueurs français des joueurs de l'équipe de France ont fait grève : au centre d'entrainement situé à Knysna (Afrique du Sud), ils ont refusé publiquement de participer à l'entraînement. Pourquoi ? Lors de la mi-temps du match contre le Mexique, vainqueur de l'épreuve, dans le vestiaire, l'attaquant Nicolas Anelka avait insulté le sélectionneur Raymond Domenech. La Fédération de football a décidé d'exclure Nicolas Anelka, ce qui a suscité l'opposition d'autres joueurs qui, en signe de solidarité, ont refusé de descendre du bus les ayant accompagnés jusqu'au centre sud-africain.

Les médias révèlent alors les divisions internes à l'équipe de France écartelée entre des « clans » -footballeurs « issus de quartiers dits sensibles » (Ribéry, Anelka…), footballers « provinciaux » (Lloris, Toulalan, Gourcuff, Govou) -, ostracisme visant Yoann Gourcuff cible de l'animosité de Franck Ribéry... Un scandale sportif aux volets politiques et qui a terni l'image de la sélection hexagonale et l'adhésion des Français à leur équipe.

Succédant à Raymond Domenech, Laurent Blanc présente lors de son premier match comme sélectionneur face à la Norvège le 11 août 2010, une équipe sans aucun des 23 footballeurs membres de l'équipe ayant participé à la Coupe du monde.

"Dans une interview publiée le 23 avril 2017 dans Ouest France, le journaliste Pierre Ménès" est revenu "sur un sombre épisode de l'histoire du football français, évoquant notamment le “racisme anti-blanc” de certains joueurs. “Moi, je veux bien défendre pour Zidane, mais je ne veux pas défendre pour Gourcuff…”, aurait ainsi lancé Florent Malouda, l'un des attaquants de l'équipe de France, à propos de son collègue, Yoann Gourcuff, comme le rapporte Pierre Ménès, qui ajoute : “Ce que le groupe ou une partie du groupe a fait à Gourcuff, avant l’histoire du bus, c’est inique, ça n’a pas de mot… C’est du racisme anti-blanc.”

Lilian Thuram
En 2011, Christophe Dugarry a révélé une scène qui s'est déroulée dans le "vestiaire de France 98, le soir de la finale contre le Brésil" : «On était en train de prendre des photos avec la Coupe du monde, entre nous. Et Lilian dit : "Allez les Blacks, on fait une photo tous ensemble". Moi, je n'ai pas relevé, je n'ai pas fait l'amalgame, je n'ai pas mal interprété ses propos. Franck Leboeuf, lui, a remarqué et a lancé : "Lilian, qu'est-ce que tu dis ? Et si, moi, je disais : allez les Blancs, on fait une photo tous ensemble ?". Mais à aucun moment on s'est dit que Lilian était raciste. Lilian ne doit pas oublier qu'il arrive à tout le monde de dire des choses qui dépassent sa pensée ou qui peuvent être mal interprétées.»

En 2016, le musée du quai Branly a présenté l'exposition partiale Exhibitions. L’invention du sauvage dont commissaire général est Lilian Thuram.

En septembre 2019, "dans une longue interview donnée au Corriere dello Sport, Lilian Thuram est revenu sur les cris racistes adressés au joueur de l'Inter Milan Romelu Lukaku, dimanche dernier à Cagliari, et propose de s'inspirer de la France : « Il y a une hypocrisie incroyable et il manque la volonté de résoudre le problème. Ne rien faire équivaut à être d'accord avec ceux qui poussent des cris racistes. Si quelque chose vous dérange, vous faites tout pour la changer. En France, on interrompt les matches en cas de comportement contre l'homosexualité dans les tribunes : suspendre la rencontre et renvoyer les joueurs aux vestiaires, cela veut dire éduquer les gens... Il faut prendre conscience que le monde du foot n'est pas raciste mais qu'il y a du racisme dans la culture italienne, française, européenne et plus généralement dans la culture blanche, poursuit l'ancien défenseur de Parme et de la Juventus Turin. Il est nécessaire d'avoir le courage de dire que les blancs pensent être supérieurs et qu'ils croient l'être. De toutes les manières, ce sont eux qui doivent trouver une solution à leur problème. Les noirs ne traiteront jamais les blancs de cette façon, et pour n'importe quelle raison. L'histoire le dit. »

Des déclarations qui ont suscité l'indignation, notamment de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) qui, dans un communiqué, a déclaré :
"Ces propos témoignent des risques d’une dérive du combat antiraciste dans lequel Lilian Thuram s’est toujours investi.
L’universalisme républicain, c’est-à-dire cette idée selon laquelle la République est indivisible, demande un travail constant et exigeant : il n’est pas possible d’essentialiser un groupe – en l’occurence « les Blancs » en le définissant globalement par des caractéristiques uniques qui vaudraient pour  l’ensemble de ses membres. Surtout, ce serait un poison que de vouloir en permanence définir des individus en fonction de la couleur de leur peau car c’est précisément le piège tendu par les racistes.
Cette assignation, qui crée un monde avec les « Blancs » d’un côté et les « Noirs » de l’autre, n’est pas acceptable si on prétend, comme souhaite le faire Lilian Thuram, combattre le racisme. La division de la société en groupes de couleur est une lourde erreur qui produira l’effet inverse au but recherché : celui d’une société fragmentée là où il y a urgence à réunir, à rassembler, à faire renaître un idéal commun".
Lilian Thuram a répondu que ses propos avaient été sortis de leur contexte.

  
« La victoire des bleus » par Serge Viallet
France, 2017, 27 min
Sur Arte le 15 décembre 2019 à 13 h 15

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Les citations sont d'Arte.

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