dimanche 1 mai 2016

Yehudi Menuhin (1916-1999), violoniste et chef d’orchestre


En 1929, lors d’un concert légendaire à Berlin (Allemagne), l’Orchestre philharmonique de Berlin placé sous la direction de Bruno Walter, Yehudi Menuhin, alors âgé de 13 ans, interpréta les grands concertos de Bach, Brahms et Beethoven. Dans la salle, un auditeur enthousiaste, Albert Einstein, s’est exclamé : « Maintenant, je sais que Dieu existe ». 

Yehudi Menuhin est né en avril 1916, à New York, dans une famille juive originaire de Biélorussie. Ses parents, Moshe, issu d'une dynastie de rabbins, et Marutha Menuhin, s’étaient rencontrés à Jaffa.

"Contraints de trouver un appartement, mes parents en ont cherché un proche du parc. Après leur avoir fait visiter l'appartement, la propriétaire leur a dit : "Et vous serez heureux d'apprendre que je ne prends pas de Juif". Mes parents ont trouvé un autre appartement. Mais la remarque de cette propriétaire antisémite a laissé des traces. Ma mère a fait un vœu : son futur bébé aurait un prénom proclamant sa race au monde. Il s'appellerait "Le Juif" ", relatait Yehudi Menuhin.

Soucieux d’accélérer la carrière de leur fils si talentueux, Moshe et Marutha Menuhin ont quitté les Etats-Unis pour l’Europe avec Yehudi et ses deux sœurs, Hephzibah (1920-1981) et Yaltah (1921-2001). Celles-ci deviendront des pianistes concertistes.

Enfant prodige, Yehudi Menuhin bénéficie de l’enseignement de Louis Persinger, Georges Enesco et Adolf Busch (1929-1930).

Agé de dix ans, il donne son premier concert en Europe avec l’orchestre Lamoureux.

Sa jeune carrière est ponctuée en 1927 par un brillant concert à Carnegie Hall avec le New York Symphony Orchestra dont le maestro est Fritz Busch. Au programme : le triple concerto de Beethoven.

Yehudi Menuhin enregistre son premier disque en 1928. Le début d'une collaboration prolifique - plus de 300 œuvres enregistrées en près de 70 ans - avec EMI. Et deux ans plus tard, la famille Menuhin se fixe à Ville-d’Avray, où elle y demeurera pendant cinq ans. Ses voisins ? La famille de Boris Vian. L’hiver, le jeune prodige assure des tournées en Europe et en Amérique. En 1932, à l’invitation du compositeur britannique Edward Elgar, le jeune adolescent Yehudi Menuhin enregistre au Royal Albert Hall le célèbre concerto.

Il se mue en célèbre violoniste dont le jeu sensible et virtuose séduit le public et la critique. Peut-être l’un des artistes les plus fameux du XXe siècle. Un violoniste qui a aussi assuré la direction d’orchestres.

En 1938, il épouse Nola Ruby Nicholas, avec laquelle il a deux enfants, Krov et Zamira.

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, soldat dans l’armée américaine, il soutient le moral des troupes alliées. Un rythme épuisant – trois concerts par jour – qui le tient éloigné de sa famille.

En 1944, Yehudi Menuhin s’éprend de Diana Gould, danseuse britannique. Divorcé, il l’épouse en 1947. Le couple a deux fils, Jeremy, pianiste, et Gerard.

Après la guerre, il soutient le chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler pendant la dénazification : il souligne que ce maestro avait aidé des musiciens juifs allemands à fuir l'Allemagne nazie. A Berlin, il interprète le concerto pour violon de Beethoven avec cet artiste.

Accompagné au piano par le compositeur britannique Benjamin Britten, il joue pour les survivants au camp nazi de Bergen-Belsen après sa libération en avril 1945.


Il multiplie les concerts enregistrés du concerto de Beethoven à Lucerne (1947) et Londres (1953), et le concerto pour violon de Brahms (1949), de Béla Bartók (1953) et de Felix Mendelssohn (1952). L’acmé de sa carrière.

La carrière de chef d’orchestre de Yehudi Menuhin débute à Dallas en 1942. Et se poursuit à Gstaad (Suisse), Bath (1959). En 1981, Menuhin devient le chef d'orchestre du Royal Philharmonic Orchestra de Londres

Membre du jury du Prix du concours Reine Élisabeth en 1955 à Bruxelles (Belgique), Yehudi Menuhin découvre le jeune Alberto Lysy, dont il devient le professeur.

En 1962, Yehudi Menuhin fonde l’Ecole Yehudi Menuhin à Cobham (Surrey) et en 1980 à Paris la fondation Yehudi Menuhin, « présence de la Musique ». ¨Parmi ses lauréats : Nigel Kennedy, Jorge Chaminé, le Trio Wanderer, Claire Désert, Henri Demarquette, Yves Henry, Laurent Korcia, Jean-Marc Luisada, Irene Kudela,ou encore Pierre Lenert.

Artiste engagé, distingué par de nombreux prix, anobli par la reine Elisabeth II, il milite pour la paix. Il soutient Mstislav Rostropovitch et Estrella. De 1969 à 1975, il préside le Conseil international de la musique de l'Unesco, entreprend de nombreuses actions humanitaires et contribue à rapprocher les musiciens aux styles divers.

Avec Robert Masters, il crée la Yehudi Menuhin International Competition for Young Violinists.

Membre d'honneur du Club de Budapest, lauréat du Nehru Peace Prize for International Understanding en 1960, cet ambassadeur de bonne volonté pour l'UNESCO (1992-1999) joue pour les "réfugiés palestiniens" et milite pour un État unique laïc israélo-palestinien !? Ce qui suscite l'ire d'Israël. Récipiendaire en 1991 du prestigieux Prix Wolf Prize, Menuhin prononce un discours politisé, partial à la Knesset, parlement israélien. Il y fustige le "gouvernement par la peur, par le mépris des dignités basiques de la vie, l'asphyxie d'une peuple dépendant".

En 1994, Yehudi Menuhin lance MUS-E, programme européen d’éducation artistique, actif actuellement dans douze pays européens, auprès de près de 50 000 enfants dans plus de 450 écoles primaires.

Ses violons ? Un Stradivarius de 1950 à 1986 - Menuhin le cède à Itzhak Perlman - et un Guarnerius del Gesù.

Pour le centième anniversaire de sa naissance, ARTE Concert a conçu une programmation particulière. Le 1er mai 2016, ARTE propose  « une plongée dans l’intimité de ce grand humaniste et virtuose en diffusant le portrait que lui a consacré Bruno Monsaingeon. Egalement au programme, un concert de 1966 sous la direction de Herbert von Karajan. Daniel Hope, un des élèves de Menuhin, se produira par ailleurs lors d’un concert en hommage au « violoniste du siècle » où il sera à la fois soliste et présentateur ».

Le violon du siècle. Album-souvenir
Yehudi Menuhin « tourne les pages d’un album-souvenir pour un documentaire de référence sur le virtuose absolu du violon ».

Quinze heures d’interviews réalisées chez Yehudi Menuhin « en juin 1994 dans son refuge de Mykonos, des documents d'archives collectés à travers le monde : voici les ingrédients d'un portrait documentaire magistral du « violon du siècle ».

« Composé de huit chapitres, le film s'organise tel un album souvenir dont le violoniste tourne les pages ». Yehudi Menuhin « explique et commente avec candeur les étapes et les rencontres décisives de sa vie, de sa plus tendre enfance au temps présent. À chaque instant, la noblesse de l'homme côtoie ainsi le génie du musicien.

« Voilà plus de vingt ans que je filme Menuhin ; je ne m'en suis jamais lassé. Il n'est pas facile pour quelqu'un qui est toujours en pleine activité de s'adonner à l'exercice intense, doux et amer du regard en arrière. Menuhin s'y est abandonné sans réserve, avec autant d'humour que de bouleversante humanité. Tout cela, je le crois, transparaît fortement dans le présent film qui porte aussi en lui la marque de mon infinie reconnaissance envers celui qui a donné une part de son sens à ma propre existence », constatait le documentariste Bruno Monsaingeon lors de « la réalisation de ce portrait, devenu l'une des œuvres de référence consacrées à l'immense violoniste ».

Yehudi Menuhin et Herbert Von Karajan 
Le « chef d'orchestre Herbert von Karajan était passionné par les nouvelles technologies de son époque - il a notamment joué un rôle majeur dans l'élaboration des normes du CD - et a pensé dès les années 1950 au rôle que pouvait jouer l'image dans la diffusion de la musique classique auprès d'un plus large public ». 

Ayant admiré « Le mystère Picasso » d'Henri-Georges Clouzot, le maestro Herbert von Karajan suggéra « à ce dernier de réaliser une série de cinq films de concerts sur la musique, dont celui-ci est le premier. 

Avec au programme le Concerto pour violon et orchestre n° 5 en la majeur de Mozart, Henri-Georges Clouzot « filme un échange passionnant » entre le violoniste Yehudi Menuhin et le chef d'orchestre Herbert von Karajan, ainsi que « leurs répétitions avec l'orchestre des Wiener Symphoniker, puis le concert proprement dit. La merveilleuse traduction cinématographique d'une partition musicale ».

Hommage à Yehudi Menuhin. Avec Daniel Hope, Patricia Kopatchinskaja et Anoushka Shankar 
Arte diffusera le concert enregistré au Konzerthaus de Berlin, avec les violonistes Daniel Hope et Patricia Kopatchinskaja, ainsi que la sitariste Anoushka Shankar.

Le Britannique Daniel Hope est un des musiciens dont le talent s'est affirmé grâce à Yehudi Menuhin. 

Dans ce concert hommage, il interprète le Concerto pour violon d'Elgar, une des œuvres préférées de son maestro. 

« Sitariste comme son père, la fille de Ravi Shankar est une invitée « naturelle » de ce concert : une profonde amitié liait Menuhin et le compositeur indien, et leur disque commun, West meets East, enregistré en 1967, avait battu des records de vente ». 

« Avec ses complices Tanmoy Bose, Pirashanna Thevarajah et Kenji Ota, Anoushka Shankar mêle avec bonheur sonorités indiennes classiques et pop sur la scène du Konzerthaus de Berlin. Autre soliste remarquable, la fougueuse violoniste moldave Patricia Kopatchinskaja se joint à eux. Ils sont accompagnés par le Konzerthausorchester Berlin ».


« Yehudi Menuhin et Herbert Von Karajan » par Henri-Georges Clouzot
WDR, 1966, 43 minutes
Direction musicale : Herbert von Karajan
Composition : Wolfgang Amadeus Mozart
Orchestre : Wiener Symphoniker
Avec : Yehudi Menuhin (violon)
Sur Arte les 1er mai à 18 h 30 et 4 mai 2016 à 5 h 20
Visuels : © dpa Picture-Alliance, © dpa Picture-Alliance/AFP, © INTERFOTO/Mike Evans, © dpa PA/Heinz-Jürgen Göttert

Le violon du siècle. Album-souvenir, par Bruno Monsaingeon
Arte, Ideale Audienc, 1994, 115 minutes
Sur Arte le 1er mai 2016 à 22 h 50

RBB, 2016, 90 minutes
Sur Arte le 2 mai à 0 h 45
Visuels : © Harald Hoffmann, © Deutsche Grammophon/Yuval Hen, © Marie Julliard, © Simonyc

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Les citations sont d'Arte.

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