Citations

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« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

mercredi 4 avril 2018

« Et l'homme créa la vache » par Jean-Christophe Ribot


Arte diffusa le 7 avril 2018 « Et l'homme créa la vache » (Das Leben der Kühe) par Jean-Christophe Ribot. « Comment, par la sélection des reproducteurs puis le génie génétique, l’homme a "fabriqué" des vaches parfaitement adaptées à la production et la consommation intensives. Sur un ton cocasse, une enquête édifiante sur ce glissement démiurgique ».

Thé, café ou chocolat ? L’essor des boissons exotiques au XVIIIe siècle

« Au commencement étaient les aurochs, immortalisés par l’art pariétal ».

« Puis vint le temps de la domestication. En régentant la vie sexuelle des bovins, l’homme s’octroyait ainsi la possibilité d’améliorer la race ».

« Au XXe siècle, qui voit l’invention de l’agriculture industrielle, le phénomène connaît un coup d’accélérateur grâce à l’insémination artificielle. Les tests de descendance, mis en œuvre pour élire les meilleurs reproducteurs, accouchent d’un véritable star-system et… de maladies de la consanguinité, la semence des taureaux les plus en vue inondant le marché (à l’image du vaillant Jocko Besné, né en 1994 dans le Morbihan et père de quatre cent mille femelles sans n'avoir jamais sailli une comparse) ».

« Au début des années 2000, une nouvelle étape est franchie avec le séquençage du génome d’une vache. Désormais, il s’agit pour les éleveurs, guidés par des algorithmes, d’acquérir le sperme du mâle génétiquement idéal pour leurs femelles ».

« Mais puisque l'on peut décrypter le génome des bovins, pourquoi ne pas le modifier ? En Argentine, des chercheurs sont allés jusqu’à donner naissance à Rosita, une vache porteuse de deux gènes de femmes censés reproduire les propriétés du lait maternel humain ».

« Musclée ? Sans cornes ? Avec des petits pis ? Grâce aux progrès de la génétique, il n’y a plus qu’à choisir son modèle et passer commande ».

« Tourné dans les élevages et les laboratoires, auprès d’agriculteurs, de généticiens et de philosophes, ce film dresse un état des lieux stupéfiant du pouvoir de l’homme sur le vivant, qu’il modèle selon ses désirs, et s’interroge sur le sens des rapports qu’entretiennent les humains avec les bovins, soumis à des cadences infernales ».

Alain Finkielkraut
Pour personnaliser le fourreau de son épée d’académicien, l’essayiste Alain Finkielkraut a choisi d’y faire graver notamment d’y faire la tête d’une vache normande. Il avait hésité entre la vache et l’éléphant : « Mais l'éléphant, c'était trop exotique. Non, la vache c'est bien mieux. C'est Delphine et Marinette. C'est Marcel Aymé. C'est la France ! J'ai vu, il y a peu, à la télévision, un documentaire sur l'élevage intensif qui montrait en contrepoint d'images très éprouvantes cette scène adorable : des vaches si contentes de quitter l'étable quand reviennent les beaux jours qu'elles gambadent comme des petites filles une fois arrivées dans le pré. Le paysan qui les accompagne appelle cela « la danse des vaches » et confie qu'il gagne peut-être moins d'argent en ne se pliant pas aux critères de la rentabilité contemporains, mais qu'un tel spectacle, pour lui, n'a pas de prix. Que la danse des vaches puisse encore avoir lieu sur la Terre, telle est l'ultime finalité qui survit en moi à tous les accommodements », a déclaré Alain Finkielkraut à Marianne (24 avril 2016). 

Sur BFMTV, il a explicité : « Et qui concerne le bien-être animal... Les animaux sont désormais considérés dans le code civil comme des êtres sensibles. Or, dans la 'ferme des 1.000 vaches', ces dernières sont privées à vie et du ciel et de la terre. On perturbe leur rythme naturel pour en faire des machines à lait, sans cesse plus productives. L'homme aujourd'hui est en train d'outrepasser ses droits et d'oublier la différence entre deux idées du pouvoir : ce qu'il 'peut faire' au sens où il en a la permission, et ce qu'il 'peut faire' au sens où il en a la capacité. Aujourd'hui, possibilité vaut permission. C'est la définition même de la démesure, et cette démesure est en train de transformer le monde en gigantesque technocosme, où il n'y aura plus ni terre, ni mer, et où l'on perdra tout contact, même visuel, avec les vaches, les poules ou les cochons. » 

Judaïsme
La vache est un animal que les juifs peuvent consommer sous certaines conditions de cacherout. En effet, c'est un ruminant ayant les sabots fendus. "Les sabots fendus rappellent notamment que nous devons toujours distinguer le bien du mal. Sans discernement, nous risquons de nous éloigner de D.ieu ! La rumination symbolise l’étude dans lequel l’étudiant doit sans cesse réfléchir et intégrer les enseignements de la Torah".

La viande cacher doit respecter aussi les règles de la chehita. "La chéhita est un procédé d’abattage qui ne fait pas souffrir la bête, car son cerveau se vide immédiatement de son sang. Plusieurs études vétérinaires l’ont confirmé". Avant d'être consommée, la viande est lavée et salée. L'ingestion du sang et de certaines parties de la vache, dont le nerf sciatique, est interdite. Pour la cuisson du foie, la grillade est requise.

La Bible décrit la Terre de Canaan (Eretz Israël) comme le "pays où coule le lait et le miel".

Si le judaïsme autorise la consommation de lait de vache, il interdit de mélanger la viande et le lait animal, les produits lactés et carnés : « Tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère » (Exode XXIII, 19 et XXXIV, 26 et Deutéronome XIV, 21). Un verset qui apparaît à trois reprises dans la Torah.

Pour respecter la cacherout, les Juifs observent un délai de plusieurs heures entre la consommation de la viande et l'ingestion de lait, recourent à des laits végétaux, notamment de soja, d'amandes ou de noix de coco, utilisent des vaisselles distinctes.

"L’interdit de « cuire le chevreau dans le lait de sa mère » a été interprété de plusieurs manières par la tradition rabbinique et les anthropologues : volonté de rompre avec d’anciens rites de fertilité païens, distinction du groupe de fidèles des autres, besoin de spiritualité et d’élévation qui détache l’homme de son animalité, souci d’éviter toute cruauté envers les animaux, séparation de la vie et de la mort, métaphore du tabou de l’inceste…"

La mitzva de la vache rousse (Nombres 19) illustre la rationalité inconnue de certaines mitzvot qui doivent cependant être appliquées avec humilité et confiance en Dieu.

Boucheries attaquées
Boucheries, rôtisseries, charcuteries, restaurants, poissonneries... Des activistes vegan, qui ne consomment aucun aliment provenant d'animaux, les attaquent en 2018 à Lille

Face à ces "violences physiques, verbales et morales" de groupes anti-viande, ces artisans de commerces de bouche s'inquiètent. "Nous comptons sur vos services et sur le soutien de l'ensemble du gouvernement pour que cessent, le plus rapidement possible, les violences physiques, verbales, morales", a demandé la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs (CFBCT) au ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, dans une lettre envoyée le 22 juin 2018. Les bouchers et charcutiers, dans ce courrier, disent "s'inquiéter des conséquences de la surmédiatisation du mode de vie végan", se disant "choqués qu'une partie de la population veuille imposer à l'immense majorité son mode de vie pour ne pas dire son idéologie". Plusieurs faits ont effectivement été constatés ces derniers mois : dans les Hauts-de-France, sept boucheries ont été aspergées de faux sang au mois d'avril, une boucherie et une poissonnerie ont été vandalisées et taguées de l'inscription "stop au spécisme". 

"Fin mars, une militante de la cause animale a été condamnée à sept mois de prison avec sursis pour "apologie du terrorisme" après avoir publié sur Twitter, après l'attentat jihadiste de Trèbes, un message injurieux à l'égard d'un boucher tué dans l'attaque : "Ca vous choque, un assassin qui se fait tuer par un terroriste ? J'ai zéro compassion pour lui, il y a quand même une justice", avait écrit la militante".

Vegan, antispéciste, "ces mots peuvent parfois identifier des personnes qui sont sur la même longueur d'ondes, mais qui ont leur spécificité", explique Sébastien Arsac, porte-parole de l'association L214, connue pour ses vidéos choc tournées dans des abattoirs. "Tous les antispécistes sont vegans, mais tous les vegans ne sont pas antispécistes", précise Johan, militant pour une autre association, 269 Libération Animale, qui se distingue par des happenings choc et revendique la désobéissance civile.  "Le mot vegan se réfère à la consommation, au fait de refuser de manger de la chair animale et des produits animaux comme le lait ou les oeufs, ou de remettre en cause les produits cosmétiques testés sur les animaux", explique Sébastien Arsac. "L'antispécisme a une dimension plus philosophique. Quand on est antispéciste, on estime que ce n'est pas parce qu'on appartient à une autre espèce que l'espèce humaine que l'on doit être maltraité ou torturé", poursuit-il. Pour Johan de 269 Libération Animale, l'antispécisme a une dimension politique, même : "L'antispécisme fait référence à _des idées politiques profondes et à une lutte collective contre une oppression_, où l'individualité est mise de côté pour mettre en lumière le sort des victimes", explique-t-il. "L'antispécisme prône un mode de société où la valeur intrinsèque du vivant serait prise en compte (...) C'est un des sujets de tension entre vegans et antispécismes, puisque les vegans considèrent souvent que capitalisme et respect du vivant sont compatibles", explique Johan". 

"Si le mouvement antispéciste est politique, alors, selon Johan, "il est lié à l'activisme : si on est réellement contre une injustice alors il apparît logique de lutter contre", défend-il. Le véganisme permet à un individu de ne pas participer à l'exploitation des animaux non humains mais rien ne l'oblige à combattre cette exploitation. "Peut-on prôner une révolution, en l’occurrence antispéciste, et à un changement de société incluant les animaux dans notre sphère morale, sans être offensifs ?" lance le militant de 269 Libération Animale, qui assure que "certains activistes sont lourdement condamnés" et critique "une justice qui défend des intérêts précis". Là encore, il y a bien deux façons de voir la défense de la cause animale : "En général, les militants animalistes sont non-violents", souligne Sébastien Arsac de L214. "L'essentiel de son activité est fait d'affichages, de campagnes de tractage, de vidéos". "Mais il peut y avoir des gens pressés, qui rêvent d'une révolution et ont envie d'avoir un comportement excessif", ajoute-t-il. "

"Il y a, en revanche, un point sur lequel tous se retrouvent, c'est la dissymétrie entre les actes constatés et la réponse demandée : "Casser une vitrine serait violent, mais tuer des millions d'animaux dans les abattoirs serait non-violent ?", demande Johan. "La protection policière demandée est sans commune mesure, par rapport à trois tags sur une vitrine", abonde dans le même sens Sébastien Arsac, pour qui "c'est clairement une tentative de décrédibilisation d'un mouvement qui, aujourd'hui, est là, de plus en plus puissant, à la fois politique et dans la consommation".


     
« Et l'homme créa la vache » par Jean-Christophe Ribot
France, 2016
Sur Arte le 7 avril 2018 à 22 h 20

Visuels :
Vente aux enchères à Lannaud
Veaux E-U
Veaux à l'étable
Une vache salers
Rosita, vache limousine
Race limousine 
Holstein
Pie Holstein
Monté au centre d'insémination
Joko Besné
Inséminateur
Machine de traite
Ejaculat
Crâne d'auroch
Centre de Lanaud
Carroussel de traite de vaches Holstein
© Bonobo Productions

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Les citations sur l'émission proviennent d'Arte.

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