vendredi 25 août 2017

Billy Joel, "The PIano Man"



Chanteur pianiste talentueux, populaire, Juif américain,  Billy Joel est née dans une famille dont la branche paternelle allemande a été spoliée par les Nazis. Il a été distingué par de nombreux prix. « Billy Joel, une rock star au pays des soviets » (Billy Joel: A Matter Of Trust - The Bridge To Russia), documentaire de Jim Brown (2013), montre la tournée triomphale de Billy Joel, "The Piano man", à l’été 1987, en Union soviétique. Le 21 août 2017, lors de son concert à New York, Billy Joel a arboré l'étoile de David jaune sur sa veste.

Plus de 150 millions de disques vendus dans le monde, 46 spectacles au Madison Square Garden depuis son premier concert en 1978, le Grammy Legend Award en 1990, présence au Songwriters Hall of Fame en 1992, le Johnny Mercer Award en 2001, le 36th Annual Kennedy Center Honor en 2013, le Library of Congress Gershwin Prize for Popular Song – hommage présenté par Tony Bennett - et l’ASCAP Centennial Award en 2014, seul artiste non classique figurant dans la collection picturale Steinway Hall qui inclut Sergei Rachmaninoff, Franz Liszt, Arthur Rubinstein, Ignacy Paderewski, docteur honoris causa de nombreuses universités américaines, « master classes » dans les campus universitaires depuis vingt ans, philanthrope… Billy Joel demeure un artiste célèbre, même si son activité créatrice s’est fortement ralentie depuis plus de deux décennies marquées par des accidents, cures de désintoxication, mariages et divorces.

Spoliation
Billy Joel est né en 1949 à New York dans une famille Juive américaine, deux ans après sa sœur Judy. Né en Allemagne en 1923, son père, Howard, né Helmuth, Julius Joel, est un pianiste classique et ingénieur à la General Electric. Le père de Howard Joel, Karl Amson Joel (1889-1982), était un industriel allemand avec sa sociéé Joel Macht Fabrik. Rosalind Hyman, mère de Billy Joel, est issue d’une famille Juive britannique.

En 1957, le couple Joel divorce. Howard Joel s’établit à Vienne (Autriche). Il se remarie et a en 1971 un fils, Alexander Joel, chef d’orchestre britannique qui dirige les orchestres des plus célèbre opéras européens, et directeur musical du Staatstheater de Braunschweig (2001-2014).

Dans les années 1970, Billy Joel recherche son père qu’il connait peu. Il renoue des contacts avec lui.

Mais c’est par The Joel Files: A Story of Two Families (2000), documentaire de Beate Thalberg qu’il va mieux connaître sa branche paternelle allemande et découvrir un secret familial douloureux.

A Nuremberg (Bavière), constatant le succès de la vente par correspondance (VPC) par catalogues aux Etats-Unis, Karl Amson Joel a fondé en 1928 une entreprise de VPC de tissus et vêtements. L’année suivante, il a créé une usine textile. Marié à Meta, élevé dans une famille de tailleurs, il a un fils unique, Helmuth Julius Joel né en 1923.

Rapidement, sa société de ventes par correspondance florissante figure parmi les quatre plus importantes en Allemagne. 

En 1933, à l’avènement du nazisme, Karl Amson Joel subit les lois antisémites, est discriminé par les dirigeants nazis, notamment par l’éditeur et député Julius Streicher. 

En 1934, il déménage sa société à Berlin, où il a installé de nouvelles machines. Mais le département de couture est resté à Nuremberg. 

Les discriminations se font plus pesantes : cet homme d’affaires doit marquer la façade de son entreprise d’un « J » pour Juden (Juif, en allemand), des firmes Juives sont aryanisées.

En 1938, Karl Amson Joel est contraint de vendre son affaire à un prix dérisoire à Josef Neckermann. Le prix originel de la vente (2,3 millions de marks) a ensuite été réduit par Neckermann à 1,1 million de marks. L’argent a été transféré à un compte à la banque Hardy & Co à Berlin. En 1935, Neckermann avait acheté, pour un montant inférieur à celui de récents travaux d’aménagement, le grand magasin à Wurtzbourg, en Bavière, d’un self-made man aisé Juif, Siegmund Ruschkewitz, qu’il avait physiquement éjecté de son magasin. Il s’enrichit en fabriquant des uniformes pour l’armée du IIIe Reich. Dans les années 1960, il est médaillé olympique comme cavalier, et a fondé une dynastie de cavaliers.

Karl Amson Joel doit aussi quitter sa villa dans le quartier huppé Charlottenburg, à Berlin. Membre du parti nazi, Neckermann y élit son domicile.

Muni de faux passeports, Howard Joel a émigré en Suisse en 1938 où son fils unique Helmuth suit sa scolarité en internat. Mais l’accès à son compte bancaire à Berlin lui est désormais interdit, à moins qu’il ne retourne à Berlin.

Via la France et la Grande-Bretagne, la famille Joel est arrivée à Cuba où elle demeura trois ans, et enfin aux Etats-Unis. 

Là, Karl Amson Joel a créé son entreprise fabriquant des rubans pour cheveux en 1942.

Là, Helmuth, devenu Howard, s’est engagé dans l’armée américaine en 1943. Il se trouvait au sein des troupes américaines ayant libéré le camp de concentration de Dachau en avril 1945. Il a découvert l’usine de son père à Nuremberg en ruines. En 1946, à son retour aux Etats-Unis, il s’est marié, mais il est demeuré marqué par sa guerre.

Dans son autobiographie où il minimise son engagement nazi, Neckermann écrit avoir rencontré Karl Amson Joe  après guerre, à Munich. 

Karl Amson Joel a lancé une procédure judiciaire afin d’obtenir d’être indemnisé en lien avec sa spoliation par Neckerman qui dirigeait alors la société de ventes par correspondances la plus importante à l’époque. Il n’obtient satisfaction qu’en 1959. Avec son épouse Meta, il est retourné vivre à Nuremberg en 1964. Tous deux y sont décédés, et sont enterrés au cimetière Juif de Nuremberg.

Quelques 70 ans plus tard, Billy Joel et Alex Joel rencontrent trois des petits-enfants de Neckermann, à Vienne (Autriche), lors du tournage du documentaire The Joel Files: A Story of Two Families (2000). Si ces trois petits-enfants de Neckermann semblaient contents, Billy Joel demeurait silencieux, distant. « Ni Billy ni moi n’étions en colère contre eux. Ils n’ont rien fait. Mais j’aurais aimé qu’ils disent que ce qui s’est passé n’était pas bien », a confié Alex Joel.

« Piano Man »
« À l’été 1987, alors que la guerre froide se poursuit malgré la détente, Billy Joel  entame sa tournée européenne, « The bridge », qui lui fait franchir le rideau de fer. Le pianiste-chanteur devient ainsi la première star américaine à jouer en Union soviétique depuis la construction du mur de Berlin. Ses performances conquièrent les foules de Moscou, Leningrad ou Tbilissi ». 

Le documentaire « Billy Joel, une rock star au pays des soviets » par Jim Brown « revient sur un grand moment d’histoire de la pop culture, avec des images d’archives qui renversent bien des clichés sur la jeunesse soviétique de l’époque. Revivez ce moment historique ! »

C’est le début de la "Glasnost" (publicité, en russe, et transparence) et la "Perestroika" (reconstruction en russe) de Gorbatchev. En 1985, un accord culturel a été signé entre les Etats-Unis et l’Union soviétique lors du sommet de Genève (Suisse). 

Accompagné de son épouse, la top model Christie Brinkley, (Uptown girl)  et de leur fille Alexa Ray, Billy Joel donne six concerts à Moscou et Leningrad, pendant trois semaines fin juillet et début août 1987. Il y promeut son disque The Bridge.

Billy Joel se lie avec un clown d’un cirque, Victor, qui lui inspirera la chanson « Leningrad » dans l’album Storm Front (1989). 

« Vous n’êtes pas tout à fait le même une fois que vous y êtes allé », a résumé Billy Joel à son retour aux Etats-Unis.

De cette tournée, seize enregistrements sont réunis dans Kohuept (Concert, en russe), album live (1987). 

Et, en 2014, sont sortis A Matter Of Trust: The Bridge To Russia: The Music, coffret de deux CD, et le DVD A Matter Of Trust: The Bridge To Russia: The Concert sur ces concerts historiques. Le son a été remastérisé, douze enregistrements inédits, dont une répétition de She Loves You, des Beatles.

Etoile de David jaune
Le 21 août 2017, lors de son concert au Madison Square Garden de New York, Billy Joel a arboré l'étoile de David jaune sur sa veste. En fin de concert, il a interprété "Goodbye to You" alors que défilaient sur l'écran vidéo immense sur la scène du concert, les photographies de conseillers du Président Donald Trump, dont Steve Bannon. Sans explication. Le 22 août 2017, Billy Joel a publié un communiqué citant le politicien irlandais Edmund Burke : "Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien.”

Ce concert a eu lieu après les violences à Charlottesville, le 12 août 2017 où se sont opposés frontalement, en raison de carences de la police, des manifestants opposés au déboulonnement de statues de militaires sudistes - manifestation autorisée et hétéroclite (militants non violents, suprématistes blancs, néo nazis) - et des "militants des droits de l'homme", plus nombreux, parfois vulgaires (doigts d'honneurs), pratiquant l'invective, brandissant un poing en direction d'un manifestant opposé au déboulonnement de ces statues.

Conduisant une automobile, James Alex Fields Jr a foncé dans le groupe des contre-manifestants et tué une jeune Américaine, Heather D. Heyer.

Dans divers discours, le Président Donald Trump a dénoncé l'Alt-Right (Droite alternative) et l'Alt-Left (première occurrence de ce vocable), les violences des deux côtés.

"For his four-song encore, Billy Joel wore a bright yellow Star of David on the front and back of his black suit. Cheers went up in the crowd when a close-up of Joel wearing the symbol was shown on the main video screen. He made no comment onstage about why he was wearing the symbol for Jewish identity. On Tuesday, Joel issued a statement quoting Irish statesman Edmund Burke, saying, “The only thing necessary for the triumph of evil is for good men to do nothing.” Through a representative, Joel declined to further comment… The subject is close to Joel’s heart, considering many of his relatives died in the Holocaust and his paternal grandfather, Karl Joel, had to flee Nazi Germany in 1938, eventually settling in America after living in Switzerland and Cuba". (Newsday)

"Singer Patty Smyth dropped in at Billy Joel’s Madison Square Garden concert in New York City Monday night to perform one of her biggest hits, “Goodbye to You” — as an image of former White House chief strategist Steve Bannon flashed on the screen above her. The former Scandal singer belted out her 1984 hit as a montage of former White House staffers, including Bannon, former press secretary Sean Spicer, and former communications director Anthony Scaramucci played on the background screen". – Breitbart

"Rabbi Abraham Cooper, associate dean at the Simon Wiesenthal Center told The Jerusalem Post on Tuesday, “Billy Joel’s father was [a soldier in the U.S. Third Army and was present at the liberation of Dachau in 1945]. If anyone has the right to use the Yellow Star as a gesture of solidarity to victims of the Nazis and in defiance of latter-day Nazis in Charlottesville and elsewhere around the world, it would be Billy Joel. Kol hakavod [‘Good going’], Billy!” – The Jerusalem Post. Certes, mais il me semble indécent de garder la veste arborant l'étoile jaune infamante alors que défilent les images du Président Donald Trump et de ses conseillers. Les Etats-Unis sont régis par un régime présidentiel démocratique. Le Président Donald Trump et ses conseillers ne sont pas nazis, et le parallèle entre le IIIe Reich persécutant les Juifs et les Etats-Unis en 2017 est infondé. Il eût été judicieux de dénoncer l'antisémitisme à gauche, notamment à l'extrême-gauche américaine, ceux islamique ou anti-israélien, les harcèlements d'étudiants juifs sur les campus américains, etc.

N'y avait-il pas d'autres moyens pour cet artiste d'exprimer ses pensées que d'arborer l'étoile jaune ? Pourquoi avoir instrumentalisé “Goodbye to You” ? Pourquoi avoir politisé la fin de son concert ? D'une certaine manière, Billy Joel a utilisé l'amour de ses spectateurs à des fins partisanes peu glorieuses.


Arte, 2013, 74 min
Sur Arte les 15 août à 23 h 50 et 22 août 2015 à 1 h 25

Visuels : © dcdrights.com

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Les citations sur le film proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 14 août 2015.

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