dimanche 12 février 2017

« Les chansons du Front populaire », par Yves Riou et Philippe Pouchain


Arte rediffusera le 12 février 2017 « Les chansons du Front populaire » (Lieder der Zwischenkriegszeit), documentaire par Yves Riou et Philippe Pouchain (2014). Des refrains de la culture populaire française dans un contexte politique national associant enthousiasme et crainte, espoir et déception, et européen tendu, marqué notamment par la guerre d'Espagne. Grèves, manifestations... L'Histoire retracée sous forme de chansons. 2016 a marqué le 80e anniversaire du Front populaire.
      


En 1936, les élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936 amènent au pouvoir le Front populaire, coalition de partis politiques de gauche – principalement la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière), ancêtre du parti socialiste, le parti communiste et le parti radical-socialiste -, dans une France minée par la crise économique et les scandales politiques.

« En 1936, la France fredonne sur tous les tons les lendemains qui chantent".

Casquettes et guinguettes, succès et vedettes... : riche en archives, le documentaire Les chansons du Front populaire restitue formidablement la bande son de l’époque.

"Parenthèse lumineuse "
1936. Dirigé par le socialiste Léon Blum, le gouvernement de Front populaire lance des réformes bouleversant l’économie, la société, l’éducation et la culture françaises : accords Matignon préconisant une hausse des salaires d’environ 12% et la liberté syndicale, lois sur les congés payés et la semaine de quarante heures, retraite des mineurs, nationalisations dans l'industrie aéronautique, d'armement (7 août), et les chemins de fer (création de la SNCF en 1937), fondation du CNRS (Centre national de la recherche scientifique)...

Le « Front populaire fait souffler un vent grisant d’allégresse sur le pays. Léo Lagrange prend en charge les sports et les loisirs, nouveaux territoires d’émancipation de la classe ouvrière » d'une France rurale et industrieuse, passionnée par le Tour de France. 

La « classe ouvrière veut croire aux lendemains qui chantent. Portés par « un fol espoir », les prolétaires fredonnent en rimes riches : « Soyez unis et tous les maux seront finis ! », alors que « La jeune garde », version en culottes courtes de « l’Internationale », fait fureur dans les colonies de vacances, où se glissent les premiers petits réfugiés espagnols  ».

À la sortie des usines, « L’appel du Komintern » (Internationale communiste, Nda) donne la cadence : « En avant, prolétaires, soyons prêts ! Soyons forts ! »

Sur une musique composée par Dimitri Chostakovich (1906-1975) pour le film soviétique de S. Youtkevitch et F. Ermler « Contre Plan », Jeanne Perret crée les paroles de Ma blonde (Au devant de la vie », chanson  emblématique du Front populaire : 
« La joie te réveille, ma blonde
Allons nous unir à ce chœur
Marchons vers la gloire et le monde
Marchons au devant du bonheur »

La TSF (Transmission sans fil), radio, « diffuse une bande son qui se réchauffe « au soleil de Marseille, quelle merveille... »

Le lycée Papillon de Georgius fait rire la France.

Arborant son célèbre canotier, de retour de Hollywood, le chanteur Maurice Chevalier « capitalise sur ses succès au long cours – « Dans la vie, faut pas s’en faire » interprété aussi par Albert Préjean , « Quand un vicomte », « Prosper » –, clips ciné avec œillades à l’appui ». Il s'éprend de Nita Raya. jeune comédienne Juive d'origine roumaine qu'il incite à chanter. Lors d'une représentation de son amie, il remarque un duo de jeunes artistes, Charles et Johnny. Au Casino de Paris, il crée Y'a d'la joie dont il prédit l'immense succès à Charles Trenet. Des chansons qui ont bercé l'adolescence de Georges Brassens qui aimait les fredonner...

Les “casquettes des usines croisent les canotiers des guinguettes”. La Belle Équipe, film de Julien Duvivier, illustre les espoirs et les dissensions d’une bande d’amis ouvriers parisiens au chômage qui, gagnant à la Loterie nationale, s’unissent pour transformer un ancien lavoir en guinguette. Avec gouaille, béret sur la tête, Jean Gabin en interprète la chanson  « Quand on s’promène au bord de l’eau ». A l'initiative du producteur, Julien Duvivier réalise deux fins au film : une optimiste, une tragique. Après avoir visionné les deux fins, les spectateurs d'une salle de cinéma de La Varenne choisissent quasi-unanimement la fin ... optimiste.

Tout va très bien, madame la marquise (1935), Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine (1936), Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ? (1937)… Souvent signés du compositeur Paul Misraki et du parolier André Hornez, ces succès mêlant jazz et variété française assurent le succès de Ray Ventura et de ses collégiens (Grégoire Aslan, Loulou Gasté), orchestre à sketches influencé par ceux de Paul Whiteman et de Jack Hylton. Des hymnes fantaisites à la joie de vivre, à l’optimisme teinté d’humour qu’accompagne, dans un registre jazz, la guitare virtuose, parfois mélancolique, de Django Reinhardt, et le violon de l’allègre Stéphane Grappelli. Tous deux membres du quintette du Hot Club de France.

Premier chanteur français à recourir au microphone dont il perçoit les multiples potentialités pour le chanteur dont les subtiles inflexions de voix touchent le public, Jean Sablon, internationalement célèbre, est surnommé « le chanteur sans voix » et « le p'tit qu'a l'son court ». Il est le premier chanteur à enregistre avec Reinhardt et Grappelli.

Deux jeunes débutants, Johnny Hess et Charles Trénet, lui confient leur chanson Vous qui passez sans me voir. Le « fou chantant » conçoit alors ses chansons les plus célèbres : Y'a d'la joie, créée par Maurice Chevalier au Casino de Paris, dans la revue Paris en joie, pour l'Exposition internationale de février 1937, La Valse à tout le monde interprétée par Fréhel, et Quel beau dimanche par Lys Gauty, Je chante, Fleur bleue. En 1937, son service militaire achevé, Âgé de 25 ans, Charles Trenet débute sa carrière en solo en enregistrant chez Columbia : Je chante et Fleur bleue, puis en janvier 1938, Y'a d'la joie. Œuvre de Charles Trénet et de Paul Misraki interprétée dans Je chante, de Christian Stengel (1938), cette chanson sous un air joyeux et entraînant, relate le suicide final du vagabond. 

Jean Nohain, librettiste, dit « Jaboune » et Mireille, fille de Henri (Hendel) Hartuch, pelletier Juif immigré de Pologne, et de Mathilda Rubinstein, d'origine britannique, écrivent des chansons pour Maurice Chevalier (Quand un vicomte), et Jean Sablon  (Couchés dans le foin). Mireille enregistre avec Pills et Tabet des « opérettes disquées » : Ce petit chemin, Le vieux château, C'est un jardinier qui boite. Avec sa voix acidulée, Mireille entame une carrière de chanteuse-interprète et épouse en 1937 Emmanuel Berl, philosophe favorable au Front populaire et dirige Marianne (1932-1937), hebdomadaire politique et culturel. Mireille s'illustrera dans la Résistance lors de l'Occupation.

Dans Dédé, film de René Guissart (1935) d'après l'opérette française d'Henri Christiné sur un texte d'Albert Willemetz, Danielle Darrieux chante de sa voix mélodieuse Ah, si j'avais su...

Dans le répertoire réaliste, émeuvent Fréhel et Damia : Fréhel « fait valser guinguettes et casquettes, elle qui aime son homme « Tel qu’il est », un poil dans la main (et pas un sur la tête). Dans les foyers, on guinche au son de la TSF et on pleure en écoutant Damia ».

« Premiers radio-crochets aux timides et drolatiques candidats, reportage d’actualité au « Château du bonheur » qui accueille à Gennevilliers des fistons socialistes aux poches trouées – et une hilarante apprentie vedette –, Mireille et Jean Sablon, en duo à peine moins glamour que celui de Dutronc et Hardy, quand ils interprètent « Puisque vous partez en voyage »... : « un feu d’artifice avant la catastrophe », comme conclut joliment Jean Renoir, le cinéaste militant de La vie est à nous ».

« Restituant en sons et en images et quasiment sans voix off l’optimisme de l’époque, Les chansons du Front populaire témoigne de l’avènement du « plaisir pour tous ».

Ces archives savoureuses chroniquent une parenthèse lumineuse, intense et fragile, de lendemains qui chantent, tandis qu’outre-Rhin, l’ombre du nazisme plane sur les Jeux Olympiques (J.O.) de Berlin », de nombreux artistes, dont le chansonnier communiste Ernst Busch et les trois membres Juifs allemands des Comedian Harmonists, sextuor vocal allemand interdit de toute représentation publique, s'exilent de l’Allemagne nazie.


Zadig production, Arte, 2014, 44’
Sur Arte les 7 juin à 18 h 30 , 11 juin à 5 h 20, 17 juin à 5 h 10 et 23 juin 2015 à 5 h 15, 12 février 2017 à 18 h 20

Visuels : © Zadig production, DR, http://www.delcampe.net/
Le Front populaire est une coalition de partis de gauche qui gouverna la France de 1936 à 1938. Ainsi, le 7 juin 1936, les accords de Matignon furent signés par la CGT et le patronat, à l'initiative du gouvernement. Ces accords mettaient en place, entre autres, le droit syndical, et prévoyaient une hausse des salaires de plus de 7 à 15 % selon les branches professionnelles, soit environ 12 % en moyenne sur toute la France. Quelques jours plus tard, bien que ces mesures ne figurent pas dans le programme du Front populaire, par deux lois votées par le Parlement, les premiers congés payés (2 semaines) furent instaurés, et la semaine de travail passa de 48 à 40 heures. Pour les ouvriers et employés partant en vacances, Léo Lagrange créa des billets de train avec 40 % de réduction, qui existent toujours
L'Appel du Komintern est un chant révolutionnaire communiste écrit par Franz Jahnke en 1926.
Extrait du film "Au soleil de Marseille" de Pierre-Jean Ducis
C'est sous le Front Populaire lors des Accors de Matignon que les premiers congés payés (2 semaines) furent instaurés.
Les Comedian Harmonists formaient un sextuor vocal allemand, actif entre 1928 et 1935. Pendant l'entre-deux-guerres, l'ensemble était renommé dans toute l'Europe
Le Front populaire est une coalition de partis de gauche qui gouverna la France de 1936 à 1938. Ainsi, le 7 juin 1936, les accords de Matignon furent signés par la CGT et le patronat, à l'initiative du gouvernement. Ces accords mettaient en place, entre autres, le droit syndical, et prévoyaient une hausse des salaires de plus de 7 à 15 % selon les branches professionnelles, soit environ 12 % en moyenne sur toute la France. Quelques jours plus tard, bien que ces mesures ne figurent pas dans le programme du Front populaire, par deux lois votées par le Parlement, les premiers congés payés (2 semaines) furent instaurés, et la semaine de travail passa de 48 à 40 heures. Pour les ouvriers et employés partant en vacances, Léo Lagrange créa des billets de train avec 40 % de réduction, qui existent toujours
L'Appel du komintern est un chant révolutionnaire communiste écrit par Franz Jahnke en 1926.
Fréhel, de son vrai nom Marguerite Boulc'h, née à Paris, au numéro 2 du boulevard Bessières, le 13 juillet 1891, et morte dans cette même ville le 3 février 1951, était une chanteuse qui a marqué la période de l'entre-deux-guerres.
"Puisque vous partez en voyage" de Mireille et Jean Sabon
Jeux Olympiques de Berlin en 1936

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Les  citations proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 7 juin 2015, puis le 4 mai 2016.

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