dimanche 19 février 2017

Georges Brassens (1921-1981)



La bibliothèque Germaine Tillion a présenté l’exposition itinérante Brassens ou la liberté dans un format plus léger. Documents inédits, partitions, manuscrits et carnets exceptionnellement confiés par la famille et les proches de l'auteur-compositeur-interprète, archives audiovisuelles et radiophoniques, photographies de Robert Doisneau, Jean-Pierre Leloir et Pierre Cordier, dessins de Joann Sfar et guitares évoquent cette haute figure française de la « chanson à texte », fidèle à l'anarchie, Georges Brassens (1921-1981), intime et public. France 2 rend hommage à Georges Brassens.


A la Cité de la Musique de La Villette à Paris, placée dans la continuité des hommages à des « figures emblématiques de la scène musicale du XXe siècle », l'exposition Brassens ou la liberté avait été conçue par deux commissaires : Clémentine Deroudille, historienne de l’art et petite-fille de Robert Doisneau, et Joann Sfar, dessinateur, scénariste et réalisateur. Après le Petit prince et Gainsbourg, Joann Sfar avait augmenté  avec Brassens son « catalogue de gloires françaises ».


Cette exposition avait attiré plus de 100 000 visiteurs au printemps 2011.


Des origines de Brassens à Sète à son installation à Paris, de sa formation littéraire en autodidacte à ses débuts difficiles sur la scène parisienne – notamment à Bobino -, des premiers textes aux livres annotés, des partitions méconnues aux différentes versions manuscrites de chansons, de son ascèse pour écrire et composer aux longues tournées et aux enregistrements de disques...


Cette exposition veut montrer toutes les facettes de Georges Brassens, un des auteurs de la « chanson à texte » les plus célèbres, « le chanteur français le plus traduit et joué à l’étranger » (Clémentine Deroudille). Une haute figure du patrimoine musical français, dont les chansons occupent une place privilégiée dans la mémoire collective. Un auteur-compositeur-interprète populaire, un gentil barbu cultivé, amoureux du swing, nourri des chansons de Charles Trenet, Paul Misraki et de Mireille et Jean Nohain, un pacifiste anarchiste raillant les forces de l’ordre, un anticléricale au langage parfois paillard, militant à sa manière (Mourir pour des idées). Un mélodiste parfois occulté par le parolier. Le poète et l’adaptateur de poèmes de Louis Aragon – Il n’y a pas d’amour heureux -, Paul Corneille et Tristan Bernard – Marquise -, Paul Fort – Le Petit cheval -, Victor Hugo - La légende de la nonne, Gastibelza -, Francis Jammes – La Prière -, Antoine Pol – Les Passantes -, François Villon – Ballade des dames du temps jadis -.


L’apprentissage de la liberté

« Bercé par les refrains de l’époque », Brassens grandit à Sète, « entre une mère d’origine italienne, fervente catholique et un père maçon, athée et libre penseur ».


Il est initié à la poésie par son professeur de français Alphonse Bonnafé, et commence à écrire des poèmes. Cinéphile, ce sportif joue du banjo sur la plage.


« Le tournant a lieu à la fin des années 30 quand une condamnation de 15 jours de prison avec sursis met fin aux quatre cents coups ». Ce qui inspirera à Brassens Les Quatre bacheliers. Un hommage aussi à l’attitude de son père.

En février 1940, Brassens « monte » à Paris. Là, il travaille quelques mois aux Usines Renault de Boulogne-Billancourt, visées par les bombardements lors de la guerre.

Après l’exode, il rentre dans la ville occupée par les Allemands.

Il veut devenir poète et voit ses premiers écrits publiés à compte d’auteur. Faible tirage. Pas de succès.

Dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO), Brassens va à Basdorf, près de Berlin, en mars 1943. Il y noue des amitiés durables (André Larue, Pierre Onténiente) et crée des chansons qu’il enregistrera plus tard : Pauvre Martin, Brave Margot, Bonhomme.

Auprès de mon arbre
« J’étais né pour être un arbre et devenir grand sans artifice. L’état d’homme me ronge le cœur », a déclaré Georges Brassens, Lettres à Toussenot 1946-1950, chez Textuel.

Lors d’une permission en mars 1944, Brassens décide de rester à Paris.

Il s’y cache dans le XIVe arrondissement, au 9 impasse Florimont, dans un quartier populaire, pauvre où il vivra 22 ans. Il y est accueilli, caché par un couple qui le soutient : Jeanne, son ainée de 30 ans qui lui inspire Jeanne et La Cane de Jeanne, et son époux Marcel auquel il rend hommage dans L’Auvergnat.

A la bibliothèque du quartier, le jeune Brassens passe ses journées « à lire, étudier la versification et se forger une culture littéraire qui le hisserait à la hauteur des auteurs qu’il admire : Villon, Hugo, Baudelaire, Gide... »

Sur les quais de Seine, il « chine des éditions rares ».

« Les manuscrits présentés illustrent le processus d’écriture et les techniques de composition d’une chanson. Les partitions inédites de Brassens enseignent de quelle façon l’artiste, sans avoir reçu de formation musicale, a appris la musique et la composition en autodidacte. On mesure combien, dans la maturation d’une chanson, texte et musique sont parfaitement indissociables, le rythme du vers conditionnant le choix des notes d’abord composées au piano avant d’être transposées à la guitare ».

Un esprit libertaire
Si Brassens n’a écrit pour le journal anarchiste Le libertaire que brièvement (septembre 1946-juin 1947), il garde « une fibre anarchiste dont la philosophie imprègne les chansons. S’il récuse la notion de message, il brocarde allègrement les institutions et clame son anticléricalisme ».

Ce militant contre la peine de mort livre dans son « carnet de bord » de 1963-1981, découvert récemment, livre un témoignage exceptionnel sur certains événements, dont mai 68.

« La bourgeoise, la fille de rien, la fille de joie, la jeune, la vieille »… Brassens évoque en chansons « toutes les femmes, parfois en termes crus dans la grande tradition de la chanson paillarde ».

Refusant le conformisme, Brassens n’habite qu’exceptionnellement avec sa compagne Joha Heiman (1911-19999), Juive d’origine estonienne surnommée Püpchen (Petite poupée). Il lui dédie ces textes emplis d’amour : J’ai rendez vous avec vous, Je me suis fait tout petit, La non demande en mariage, Saturne, Rien à jeter.

Entouré d’amis – son secrétaire Pierre Onteniente (Gibraltar), l’écrivain René Fallet, le contrebassiste Pierre Nicolas, l’humoriste Raymond Devos, l’acteur Lino Ventura -, Brassens partage sa vie entre l’impasse Florimont et le moulin de Crespières acheté en 1958.

Le spectacle
Brassens songe à proposer ses chansons à des interprètes célèbres. Comment les rencontrer ?

Grâce à des amis – Roger Théron et Victor Laville, journalistes à Paris-Match -, Brassens fait trois rencontres décisives : celles avec le chansonnier Jacques Grello en 1951, la chanteuse Patachou qui dirige un cabaret sur la butte Montmartre où elle crée Les Amoureux des bancs publics et Maman, Papa en 1952, et le découvreur de talents de l’époque, directeur des Trois Baudets, théâtre de 250 places, et directeur artistique chez Philips, Jacques Canetti. Il reste près de quatre ans et demi, dont pendant deux ans et demi tête d'affiche, aux Trois Baudets.

Brassens débute dans des cabarets parisiens en 1952, année où le réalisateur utilise Le Parapluie pour son film Rue de l’Estrapade. La consécration parvient en 1954 : Grand prix de l'Académie Charles-Cros. Un succès rapide marqué par l’interdiction sur les ondes du Gorille (1955).

« L’artiste à la dégaine d’« ours mal léché » devient un familier des grandes salles parisiennes : il se produit au TNP, à l’Olympia (9 concerts), et fait sienne la grande salle de Bobino (13 concerts !) », et de nombreuses salles en province et à l’étranger lors des tournées.

« Depuis l’arrivée du microsillon au succès du 33 tours. Philips inaugura une presse uniquement destinée à la production Brassens ! En 1984, il avait vendu plus de 33 millions de disques ».

Brassens fait ses premier pas au cinéma sous la direction de René Clair dans Porte des Lilas (1957), dans un décor de Léon Barsacq. Autres collaborations avec le cinéma : sa chanson Les Copains d’abord illustre le générique du film d’Yves Robert, Les Copains (1965) ; Brassens chante Heureux qui comme Ulysse, dans le film d’Henri Colpi, ancien camarade de classe, et compose la musique du film de Michel Audiard Le drapeau noir flotte sur la marmite.

La consécration
En quelques années, Georges Brassens est reconnu comme un monument de la chanson française, admiré par ses pairs (Brel, Ferré, Ferrat), un ainé pour des générations d’artistes figurant dans les premières parties de ses spectacles : Maxime Le Forestier, Yves Duteil...

Brassens est distingué par la collection Poètes d’aujourd’hui de Pierre Seghers (1963), le grand Prix de la Poésie de l’Académie française en 1967, entre dans le Larousse en 1967 et ses textes figurent en 1969 au concours d’entrée à l’Ecole normale. Brassens refuse d’entrer à l’Académie française.

Quand Jeanne se remarie en 1966, Brassens quitte l’impasse pour s’installer dans un pavillon bourgeois du XVe arrondissement.

Brassens poursuit son activité – en 1979, il interprète le hérisson dans la comédie musicale Emilie Jolie de Philippe Chatel - jusqu’à sa mort en octobre 1981. « Disparition qu’il organise méthodiquement en prenant soin de laisser ses dernières chansons dans un carnet présenté dans l’exposition à côté de sa dernière guitare ».

La postérité d’un Brassens multiple
Par ses tournées, ses disques et ses apparitions télévisuelles, cet ambassadeur de la chanson française a conquis un public dans le monde entier – en Asie comme en Afrique -, et toutes générations confondues.

De plus, Brassens a bénéficié d’artistes talentueux pour interpréter ou traduire ses chansons : par exemple, en Italie Fabrizio De André, Jake Thackray en Angleterre, Oaco Ibaňez en Espagne, Luis Cilia au Portugal. Les chansons de Brassens ont été traduites dans plus de 30 langues et interprétées par environ 600 chanteurs, français et étrangers.


Rika Zaraï se souvient de l’émotion de Georges Brassens, ami fidèle de l’Etat d’Israël, quand elle lui a chanté pour la première fois ses chansons en hébreu.


Curieusement, cet homme timide et « discret s’est trouvé reproduit sur de nombreux gadgets, verres, dessous de table et autres objets ».

Chanteuse et comédienne, Patachou (1918-2015) est décédée à l'âge de 96 ans, et une des premières artistes à avoir découvert et donner sa chance à Georges Brassens. 


Les 28 décembre 2015 à 20 h 30 et 18 janvier 2016 à 11 h, Histoire diffusa, dans le cadre de Notes d'Histoire, le volet consacré à La tondue de Georges Brassens, réalisé par Guillaume Laidet, présenté par Christophe Bourseiller. "Il y a des chansons qui racontent l'histoire, il y a des chansons qui font l'histoire, il y a des chansons qui refont l'histoire. De "la Complainte de Mandrin" au "Chant des partisans", de "Pauvre Jacques" au "Temps des cerises", la chanson aura été le premier medium de l'histoire, à la fois vecteur d'information colportant les nouvelles de village en village et catalyseur des grandes émotions populaires. Quoi de mieux adapté pour faire revivre ces Notes d'histoire que le petit format imaginé par la chaîne Histoire : un voyage en chansons à travers l'histoire de France, de l'Ancien Régime à nos jours, qui nous fait redécouvrir grâce aux archives de l'INA  ces petits joyaux de la culture populaire revisités par les interprètes les plus prestigieux et parfois les plus inattendus : Yves Montand , Edith Piaf, Mouloudji, Léo Ferré, Maurice Chevalier, Georges Brassens , Guy Béart, Colette Renard, Nana Mouskouri,  Tino Rossi, Marc Ogeret…  Esprit non conformiste et familier des marges de l'histoire, Christophe Bourseiller apporte l'éclairage contextuel qui nous aide à comprendre de quels ressorts et de quelles passions sont nés les mélodies les plus suaves ou les accents les plus martiaux. Tout ce qui fait de cet "art mineur" qu'est la chanson, l'outil qui permet de rendre l'histoire sinon intelligente du moins intelligible".    


Clémentine Deroudille, Brassens, le libertaire de la chanson. Paris, Découvertes Gallimard, Série Littératures n° 571, 2011. 128 pages. 13,20 €. ISBN : 9782070442430
 

Du 10 janvier au 24 février 2012
A la
bibliothèque Germaine Tillion
6, rue du Commandant Schloesing. 75016 Paris
Tél. : 01 47 04 70 85
  
Jusqu’au 23 novembre 2011
Au Carré Belle-Feuille

60, rue de la Belle-Feuille. 92100 Boulogne-Billancourt
Tél. : 01 55 18 54 00.

 
Visuels :
Affiche
Brassens à Crespières avec son perroquet Coco sur l’épaule. Photo : Fred Mella

Brassens et ses amis à la plage, été 1942 • photo : Victor Laville

Brassens et son père à Sète
Collection Pierre et Françoise Onteniente

© Joann Sfar 2011

Brassens en concert à la Villa d’Este, 1953. Collection Pierre et Françoise Onteniente

Music-hall, octobre 1955, collection Claude Richard

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Les citations sont extraites du dossier de presse.
Cet article a été publié le 17 février 2012, puis les 2 mai et 28 décembre 2015.

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