dimanche 11 juin 2017

« Plus jamais les camps ! L'autre message de l'opéra Brundibar » (Wiedersehen mit Brundibar) de Douglas Wolfsperger


« Plus jamais les camps ! L'autre message de l'opéra Brundibar » (Wiedersehen mit Brundibar) est un documentaire de Douglas Wolfsperger. Opéra pour enfants, Brundibár a été composé en 1938 par Hans Krása, sur des lyrics d’Adolf Hoffmeister. Interprété  dans la camp nazi de Terezín (Theresienstadt), en Tchécoslovaquie occupée par les Allemands, le 23 septembre 1943, cette œuvre a été instrumentalisée par la propagande nazie dans le film Theresienstadt - eine Dokumentarfilm aus den jüdische Siedlungsgebiet, dirigé par Kurt Gerron. Elle est au centre d’un projet éducatif et artistique berlinois visant une vingtaine de jeunes issus de milieux défavorisés qui rencontrent Greta Klingsberg, une des premières interprètes du spectacle. Le 11 juin 2017, à 17 h,  dans le cadre du Salon du Livre du Mémorial de la Shoah, le Mémorial de la Shoah propose le concert "Écrire, dessiner, composer à Terezin". 

Écrit en 1938 par le compositeur Hans Krása (1899-1944), doté d’un livret signé par Adolf Hoffmeister, l’opéra Brundibár répondait initialement à un concours du ministère de l’Education populaire, qui a été annulé en raison des événements tragiques préludant la Seconde Guerre mondiale. 

D'une durée de cinquante minutes, il a été présenté pour la première fois en 1938 dans un orphelinat Juif de Prague, et en 1942 avant la déportation des Juifs de Bohême et de Moravie vers le camp nazi de concentration Terezín (Theresienstadt), en Tchécoslovaquie occupée par les Allemands. 

« Brundibár », qui signifie bourdon en tchèque, désigne dans l’opéra le méchant, joueur d'orgue de barbarie inspiré du Führer Adolf Hitler. L’intrigue : la mère d’Aninka et de Pepíček est malade. Le médecin a prescrit du lait pour améliorer son état de santé, et les deux enfants se rendent au marché pour en acheter. Malheureusement, ils n’ont pas d’argent. Pour s’en procurer, ils décident de chanter sur la place publique. Furieux de cette concurrence inattendue, Brundibár tente de contrecarrer leur plan. Avec l’aide d’animaux et d’enfants, Aninka et Pepíček parviennent à leur but et entonnent le chant final marquant leur victoire, celle du faible contre le puissant.

En août 1942, Hans Krása est déporté au camp nazi de Terezín (Theresienstadt). Là, il y réorchestre la partition de son œuvre pour l’adapter aux différents musiciens du camp pouvant le jouer. Brundibár est interprété le 23 septembre 1943, et plus de cinquante fois par des enfants et des adolescents de Terezín.

Conscients du potentiel de cette œuvre populaire, les Nazis instrumentalisent Brundibár au service de leur propagande.

Ils intègrent une répétition de cet opéra pour enfants lors de la visite de Terezín, le 23 juin 1944 d'une délégation incluant Frants Hvaas, chef de la section politique du ministère danois des Affaires étrangères, le docteur Juel-Henningsen, haut fonctionnaire du ministère danois de la Santé, et le Suisse, Maurice Rossel, directeur adjoint du bureau de Berlin de la Croix-Rouge Internationale, six représentants de la SS, un représentant du ministère allemand des Affaires étrangères, un délégué de la Croix-Rouge allemande et  Karl Rahm, dirigeant ce camp. 

Les Nazis organisent une représentation spéciale pour leur film de propagande, en noir et blanc, sonore, Theresienstadt - eine Dokumentarfilm aus den jüdische Siedlungsgebiet (Theresienstadt. Un documentaire sur la zone de peuplement juif ou Le Führer donne une ville aux Juifs), tourné à partir de septembre 1944 par Kurt Gerron. Terezin présenté cruellement en "camp modèle". "Un trompe-l’œil destiné à la propagande. Là, des joueurs faisaient semblant de disputer un match de football. La ville a été repeinte. On était filmé quand on recevait du pain. On mangeait plus vite qu'ils ne filmaient tellement on avait faim", se souvient Greta Klingsberg, alors adolescente Juive viennoise, déportée dans Terezín, et veuve.

Issue d'une famille Juive viennoise - ses parents avaient fait leur aliyah et devaient retourner la chercher -, Greta Klingsberg a été déportée avec sa sœur cadette d'un an au ghetto de Terezín de 1942 à 1944. Elle y vivait avec une vingtaine d'enfants dans un foyer. « On avait tous peur de partir dans un convoi. Les adultes nous rassuraient", confie-t-elle. Elle souligne l'espoir de survivre qui l'animait. Son air préféré ? La berceuse qu’elle compare à « un chant populaire. Je trouve cela très beau… »

Cependant, en octobre 1944, ces  artistes Juifs et le compositeur sont déportés au camp d’Auschwitz.  Greta Klingsberg est alors séparée de sa sœur cadette qu'elle ne reverra plus. 

Ce n'est qu'en 1975 que Brundibár est présenté aux Etats-Unis et en Allemagne en 1975.

En 1995, les Jeunesses musicales allemandes ont lancé le Projet Brundibár intergénérationnel, car il réunit des témoins expliquant leur passé aux acteurs/chanteurs, un CD de la musique de Krása, un film video avec des interviews des jeunes artistes ayant survécu à la Shoah et des clips des spectacles de Brundibár.  Les enseignants et les enfants bénéficient de matériaux pédagogiques sur l'Allemagne nazie, Terezín et les programmes culturels de son ghetto. Ce projet a induit des centaines de représentations de cet opéra en Allemagne et en Europe occidentale depuis 1999, ainsi qu'aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et dans d'autres pays dans la décennie suivante.

Parmi les quelques survivants ayant joué dans Brundibár à Terezín : Greta Klingsberg, qui avait interprété à 13-14 ans le personnage d’Aninka, « participe à la nouvelle mise en scène de l’opéra Brundibár à la Schaubühne de Berlin. Une extraordinaire expérience sur la mémoire et le passé nazi, portée par une vingtaine de jeunes issus de milieux défavorisés », qui surmontent leurs préjugés ou leurs complexes d'infériorité à l'égard de l'art lyrique et qui se confrontent à une tragédie de l'Histoire : la Shoah. 

Un projet artistique et pédagogique qui « fait revivre le poignant opéra joué 60 ans plus tôt par des enfants au camp de Terezin avant » leur déportation à Auschwitz ». L'art aussi comme acte de combat, de foi et aidant à survivre dans l'horreur concentrationnaire. Et à l'oublier le temps d'une représentation publique.

Le documentaire alterne scènes de répétition de Brundibár, d'interviews des jeunes impliqués dans ce projet, de la visite dans un  Terezín ensoleillé, au cimetière Juif au milieu duquel se trouve une Menorah, de la représentation publique de l'opéra, et de l'accueil chaleureux réservé à Greta Klingsberg par les jeunes artistes amateurs.

Heureuse de voir cet opéra non tombé dans l'oubli, Greta Klingsberg espère qu'il sera un jour interprété en arabe. 

Les 19 et 21 mai 2015, Brundibár, opéra de Hans Krása (1899-1944) pour voix d’enfants en deux actes, créé à Terezín en 1943 sur un livret d’Adolf Hoffmeister, a été interprété au théâtre de Caen par l'orchestre régional de Basse-Normandie. "Ce sera le projet phare de l’année pour la Maîtrise de Caen, régulièrement investie par le théâtre de Caen d’un projet lyrique. La création de Brundibár s’inscrit dans le cadre du 70e anniversaire de la libération des camps. Comme pour Der Kaiser von Atlantis, la genèse chaotique de cet opéra pour enfants, pétulant et enjoué, est traversée par les terribles soubresauts de l’Histoire. Déportés au camp de Terezín, en Tchécoslovaquie, des enfants juifs chantent Brundibár de Hans Krása pour une visite du camp par La Croix-Rouge. Krása avait alors reconstitué la partition de l’opéra à partir de quelques parties de piano conservées et de sa mémoire. Ce que ne savaient pas les représentants de La Croix-Rouge à l’époque, c’est que l’intégralité de leur visite n’était qu’une sinistre mise en scène, organisée par le Reich pour nier la réalité des camps.Brundibár met en scène Aninka et Pepiček. Afin d’offrir du lait à leur mère malade, les enfants décident de chanter sur la place du village pour gagner de l’argent. Mais le méchant Brundibár les en empêche..." Cet opéra sera interprété par Simon Dubois Brundibár (baryton), les solistes et chœur de la Maîtrise de Caen sous la direction musicale d'Olivier Opdebeeck et dans une mise en scène de Benoît Bénichou. Les décors sont signés d'Amélie Kiritze-Topor et la création de lumières de Thomas Costerg. Les étudiants de l’école Supérieure d’arts & médias de Caen en assurent la réalisation vidéo.

Le 11 juin 2017, à 17 h,  dans le cadre du Salon du Livre du Mémorial de la Shoah, le Mémorial de la Shoah propose le concert "Écrire, dessiner, composer à Terezin". "Helga Weissova a 11 ans lorsqu’elle arrive avec ses parents à Terezin (1941). Dans son Journal, qu’elle illustre par ses propres dessins, Helga raconte la souffrance mais aussi les petits moments de joie, comme pour répondre à la prière de son père : « Dis-leur ce que tu vois ». Ensemble, ils préparent un livre insolite pour les 37 ans de sa mère : Et Dieu vit que cela était mauvais, les aventures d’Aaron Gottesman qui n’est autre que Dieu descendu à Terezin !"
Programme musical :
Trio pour flûte, alto et contrebasse (transcription) de Rosy Wertheim
Preludium pour alto solo de Gideon Klein
Concertino pour flûte, alto et contrebasse d’Erwin Schulhoff
.En présence de Teodor Coman, alto, Raquele Magalhães, flûte, Frédéric Stochl, contrebasse, et Delphine Cottu, comédienne.

« Plus jamais les camps ! L'autre message de l'opéra Brundibar » (Wiedersehen mit Brundibar) de Douglas Wolfsperger 
Douglas Wolfsperger Filmproduktion, Berlin in Co-Produktion mit Negativ-Film, Prag / Cine Impuls, Stuttgart et WDR / arte, 53 min

Visuels :
Dans l'affiche
Greta Klingsberg (à gauche) et Annika Westphal à Theresienstadt
© Joachim Gern

Une représentation de l’opéra « Brundibár » au camp de Theresienstadt – au milieu : Greta Klingsberg
© Joachim Gern

Greta Klingsberg (au milieu) avec des membres du groupe de théâtre « Die Zwiefachen » à Theresienstadt
© Joachim Gern

Spectacle à la Schaubühne de Berlin 
Heiko Schäfer, 2012

Greta Klingsberg à Theresienstadt
© Joachim Gern

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Les citations proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 25 janvier 2015, puis le 18 mai 2015.

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