vendredi 19 mai 2017

Serge Gainsbourg (1928-1991)



Juif slave, français cultivé, secret et sensible, paradoxal, Serge Gainsbourg (1928-1991) aspire à devenir artiste peintre. Pendant l'Occupation, il porte l'étoile jaune et vit en enfant caché. Pour gagner sa vie, il débute comme pianiste de bar dans les cabarets parisiens. Encouragé par Jacques Canetti, loué par Boris Vian, il peine à s’imposer au public comme auteur-compositeur-interprète ou acteur. Ce dandy sioniste et provocateur connaît la célébrité comme Pygmalion, ciseleur de chansons mélodieuses inspirées de la variété française, de la musique classique et africaine, du jazz au reggae, pour ses muses, dont les actrices-chanteuses telles Brigitte Bardot ou sa compagne Jane Birkin. Le 19 mai 2017, à 20 h 55, France 3 diffusera Gainsbourg, l'homme qui aimait les femmes, documentaire de Didier Varrod et Pascal Forneri (1 h 40). "Selon Françoise Hardy, Serge Gainsbourg « était quelqu’un de sentimental, mélancolique et doux qui s’était construit une personnalité cynique et dure ». Raconté en voix off par les femmes qu’il a aimées et pour qui il a écrit les plus belles chansons (Bardot, Birkin, Bambou) et celles pour qui il a été un véritable Pygmalion (France Gall, Juliette Gréco, Régine, Vanessa Paradis, Isabelle Adjani...), l’homme à la tête de chou était à la fois un artiste génial et un homme complexe tour à tour provocateur, mysogine, amoureux mais aussi blessé et incompris..."


« Aznavour en concert. Paris 2015 », par Marc di Domenico
Brigitte Bardot
Georges Brassens (1921-1981)
Jacques Canetti. 50 ans de chansons. 50 ans de passion
Lemmy Constantine
« Je suis venu vous dire… Gainsbourg by Ginzburg » par Pierre-Henry Salfati
Le compositeur Norbert Glanzberg (1910-2001)
Joana chante Aznavour
« L’histoire d’Irène » par Damian Pettigrew
Luc Lazza, chanteur et comédien
Edith Piaf (1915-1963)
Paris en chansons
« Les chansons du Front populaire », par Yves Riou et Philippe Pouchain
« Chantons la Libération » par Philippe Pouchain et Yves Riou

« J’ai retourné ma veste le jour où je me suis aperçu qu’elle était doublée de vison… J'écris des chansons difficiles, on dit que je suis un intellectuel, j'écris des chansons faciles, on dit que je sacrifie au commercial. On ne me fiche pas la paix quoi, on me cherche des noises… Je suis à un âge où il faut réussir ou alors abandonner. J'ai fait un calcul très simple, mathématique. Je fais douze titres, moi. Sur un trente-trois tours de prestige, jolie pochette, des titres très élaborés, précieux. Sur ces douze titres, deux passent sur les antennes et les dix autres sont parfaitement ignorés. J'écris douze titres pour douze interprètes différents et les douze sont douze succès.  », a déclaré  un brin provoquant Serge Gainsbourg à Denise Glaser, dans Discorama, le 13 mars 1966.

Il est alors auréolé des succès interprétés par Juliette Gréco - La Javanaise (1963) -, Philippe Clay  - Accordéon -, Petula Clark (La gadoue) et surtout France Gall - Poupée de cire, poupée de son,  primé au Concours de l’Eurovision de la chanson (1965).

Pour cet artiste, la chanson n’est qu’un « art mineur » au regard de la peinture. Ce qui provoquera un clash sur le plateau d’Apostrophes sur France 2, le 26 décembre 1986, face au compositeur-parolier-interprète Guy Béart hostile à cette distinction.

De Ginzburg à Gainsbourg/Gainsbarre
« Je suis venu vous dire… Gainsbourg by Ginzburg » (Serge Gainsbourg, Refrain Eines Lebens) est un documentaire de Pierre-Henry Salfati. Ou plutôt Lucien Ginsburg/Serge Gainsbourg par lui-même, in his own words, grâce à des images d’archives. À partir d’un important florilège “de chansons, d’extraits de films personnels, de photos, d’interviews télévisées et d’un passionnant montage d’entretiens accordés aux radios ou aux télévisions”, des “documents rares, inédits ou très anciens” commentés par l’artiste défunt, Pierre-Henry Salfati laisse Gainsbourg retracer sa vie. De sa naissance à Paris dans une famille juive immigrée de la Russie bolchévique – né en Ukraine, son père Joseph a une formation de pianiste classique, sa mère Olga une mezzo-soprano -, et ayant perdu un garçon à son enfance dans les quartiers populaires XXe et IXe arrondissements de Paris. Là, il rencontre la chanteuse réaliste Fréhel.

Bon élève, Lucien Ginzburg apprend le piano avec "un mouchoir au coin du clavier", car son professeur, son “père musicien de dancing, amoureux des classiques, s'emportait vite et fort”.

Lors de l’Occupation, Lucien Ginzburg est dénaturalisé, porte “l’étoile du shériff”, comme il le chuchotera avec pudeur lors d’une émission télévisée à Claude Lelouch, fuit en famille en zone libre et doit survivre avec de faux papiers, comme enfant caché.

A la Libération, la famille s’installe dans le XVIe arrondissement de Paris. Lucien Ginzburg arrête sa scolarité avant le Baccalauréat, et espère entrer aux Beaux-arts de Paris en 1947.

Le 5 mars 1947 à l'Académie de Montmartre, il rencontre Élisabeth Levitsky, qu’il épouse le 3 novembre 1951.

Lors de son service militaire à Courbevoie débuté en 1948, il apprend la guitare et débute son addiction à l’alcool. Son insoumission l’amène au trou.

En 1952, le jeune couple vite dans une chambre à la Schola Cantorum de Paris. Dans le placard, une porte donne accès à la salle de concert qui accueille les séances d’enregistrements discographiques de groupes de jazz américains. Ce qui passionne Lucien Ginzburg qui multiplie les boulots, dont professeur de dessin pour des enfants Juifs rescapés de la Shoah.

En 1954, sur l’insistance de son père, il est pianiste dans les casinos de la côte normande, puis dans des cabarets parisiens, telle Madame Arthur.

Le couple se sépare : « J’avais épouse un peintre, pas un musicien », explique Élisabeth Levitsky, qui restera liée à Serge Gainsbourg jusqu’à sa mort.

“Je l’ai connu par hasard chez Milord l’Arsouille (cabaret parisien près du théâtre du Palais-Royal, Nda). J’ai tout de suite été fasciné par l’originalité de ses textes, de son inspiration musicale et par ce personnage à l’opposé de la séduction. En novembre 1958, il débutait aux Trois Baudets dans un spectacle intitulé Opus 109, et il faut avouer que ce fut un désastre. Ce qui prouve que lorsqu’on a du talent, ça finit toujours par arriver. C’est en voyant Boris Vian sur scène, aux Baudets, que Gainsbourg avait compris qu’il est possible de « chanter » autrement, sans forcer l’expression, sans aller « à la pêche » au public. En 1958, son premier 25 cm, « Du chant à la une » est son coup de chance. Il est préfacé par Marcel Aymé et chroniqué par Boris Vian dans Le Canard enchaîné. Ses chansons séduisent Michèle Arnaud, Juliette Gréco et Catherine Sauvage, les grandes dames toujours à l’affût du talent. Les contacts personnels que j’ai eus avec Serge Gainsbourg m’ont souvent persuadé que son agressivité, son désir de choquer, sa recherche de l’originalité à tout prix, étaient le masque cachant une grande pudeur dont il se défend. D’ailleurs, pendant des années, il se bornera à être un génial auteur-compositeur et à s’interpréter, sur disque uniquement, dans le confort rassurant des studios », se souvenait Jacques Canetti, directeur des Trois-Baudets, directeur artistique et producteur musical.

“Dandy de la chanson pop française, Serge Gainsbourg nous y livre sa passion pour la musique jazz et celle des compositeurs classiques (Mahler, Debussy, Chopin), sa fascination pour la peinture… Mais ce sont les femmes qui dans le film révèlent le plus justement la complexité et la singularité poétique de Serge Gainsbourg, de Jane Birkin à Catherine Deneuve, de Brigitte Bardot" (Bubble Gum, Harley Davidson, Je t'aime... Moi non plus, Bonnie and Clyde, Comic Strip)" à Vanessa Paradis”, de à Zizi Jeanmaire (Les Bleus, Elisa, Bloody Jack) à Anna Karina (Sous le soleil exactement) et Marianne Faithfull (Hier ou demain) - ces deux dernières chansons étant interprétées dans la comédie musicale Anna, de Pierre Koralnik (1967), d'Alain Chamfort à Alain Bashung.

Le documentaire occulte ses collaborations avec les compositeurs-arrangeurs Alain Goraguer, avec lequel Serge Gainsbourg signe la musique de L'Eau à la bouche (1960), film de Jacques Doniol-Valcroze, et Jean-Claude Vannier (L'histoire de Melody Nelson).

A Jane Birkin qui songeait à se convertir par amour pour lui, au début de leur union, Gainsbourg lui a confié : “: « Je suis tellement juif, que je n’ai même pas eu besoin d’être circoncis, je suis né comme ça. Mais ne compte pas sur moi pour t’apprendre les règles : je ne les connais pas. Et puis même si tu fais une transfusion totale de ton sang, tu ne seras jamais juive ! ».

Le “documentaire explore le versant intime et les fêlures de Gainsbourg… On glane au passage de précieuses bribes de biographie, encore inconnues : sa mère dont il était le chouchou mais qui ne désirait pas sa naissance, l'entrée en alcoolisme à l'issue du service militaire, le choix du prénom Serge par "nostalgie de la Russie". Un rapprochement audacieux montre des cavaliers de l'armée russe, tandis que Gainsbourg évoque, avec une ironie protectrice, la sévérité de son père, concluant sobrement : "C'était un cosaque". Retranché derrière son éblouissant sens de la formule, le chanteur se confie, souvent sans se livrer tout à fait, s'avouant divisé entre "l'homme intègre et le showman" qui lui colle de plus en plus à la peau à mesure qu'il vieillit. Depuis sa première étoile jaune, "à côté du cœur", Gainsbourg a enfoui ses fragilités sous des tonnes de gouaille, d'arrogance et d'esbroufe. Cette invocation les exhume au cours d'un troublant et émouvant tête-à-tête”.

Un pan méconnu du documentaire : le sionisme de Serge Gainsbourg. Lors de la guerre des Six-jours, à la demande de l’ambassade d’Israël en France, il écrit Le Sable et le soldat  :
Oui, je défendrai le sable d’Israël, La terre d’Israël, les enfants d’Israël;
Quitte à mourir pour le sable d’Israël, La terre d’Israël, les enfants d’Israël;
Je défendrai contre tout ennemi, Le sable et la terre, qui m’étaient promis
Je défendrai le sable d’Israël, Les villes d’Israël, le pays d’Israël;
Quitte à mourir pour le sable d’Israël, Les villes d’Israël, le pays d’Israël;
Tous les Goliaths venus des pyramides, Reculeront devant l’étoile de David.
Je défendrai le sable d’Israël, La terre d’Israël, les enfants d’Israël;
Quitte à mourir pour le sable d’Israël,
La terre d’Israël, les enfants d’Israël;
Quitte à mourir pour le sable d’Israël, La terre d’Israël, les enfants d’Israël ».
France 4 a diffusé les 18 et 26 mars 2015 Gainsbourg (Vie héroïque), de Joann Sfar, avec Eric Elmosnino. 


L'exposition Paris Magnum (12 décembre 2014-25 avril 2015) a présenté notamment un portrait de Serge Gainsbourg.

Le 8 mai 1945, à 23 h 20, France 3 diffusa Gainsbourg, l'homme qui aimait les femmesdocumentaire de Didier Varrod et Pascal Forneri (1 h 45) : "En 1984, alors qu'il faisait ses débuts comme journaliste, Didier Varrod, devenu auteur et documentariste, a croisé le chemin de Serge Gainsbourg. Une rencontre qu'il n'a jamais oubliée et qui a marqué sa carrière. Il est aussi témoin de la dernière apparition à la télévision de l'artiste, en décembre 1990. Pour les vingt ans de la disparition de Serge Gainsbourg, il lui rend hommage et retrace sa vie et son oeuvre, dressant le portrait d'un mythe de la chanson française. Il est allé à la rencontre de ces nombreuses femmes qui ont tant compté pour lui et l'ont si souvent inspiré : Jane Birkin, Juliette Gréco, Vanessa Paradis, Bambou, Brigitte Bardot, Françoise Hardy ou sa fille Charlotte".

Le 6 novembre 2015, la chanteuse française Juliette Gréco a déclaré le vol, à son domicile, d'un tableau signé Serge Gainsbourg, qui le lui avait offert dans les années 1960. « Je suis très malheureuse, j’ai l’impression qu’on m’a arraché un petit morceau de ma vie. Pour l’instant, je ne porte pas plainte. Je donne quelques jours à mes voleurs pour le remettre là où ils l’ont trouvé, après je lance la machine de guerre, je ne peux pas laisser passer ça », a annoncé Juliette Gréco.


Arte diffusa les 24, 27 et 30 janvier 2016 Personne ne bouge ! Spécial Gainsbourg.

Numéro 23 diffusera le 20 novembre 2016 Gainsbourg, (Vie héroïque), de Joann Sfar (2010) avec avec Eric Elmosnino, Lucy Gordon, Laetitia Casta, Doug Jones. "C’est l’histoire, drôle et fantastique, de Serge Gainsbourg et de sa fameuse gueule. Où un petit garçon juif fanfaronne dans un Paris occupé par les Allemands où un jeune poète timide laisse sa peinture et sa chambre sous les toits pour éblouir les cabarets transformistes des Swinging Sixties. C’est une vie héroïque où les créatures de son esprit prennent corps à l’écran et sa verve se marie aux amours scandaleuses. De là est née une oeuvre subversive avec en vedette un citoyen fidèle et insoumis qui fera vibrer la planète entière".


« Je suis venu vous dire… Gainsbourg by Ginzburg » par Pierre-Henry Salfati
2011, 97 min
Diffusions sur Arte les 1er octobre à 20 h 50 et 4 octobre 2014 à 1 h 50

Visuels : © INA
Serge Gainsbourg et sa statue de cire au musée Grévin, 1981.
© Guy Le Querrec / Magnum Photos

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Les citations proviennent d'Arte.
Cet article a été publié le 1er octobre 2014, puis les 18 mars, 7 mai et 12 novembre 2015, 21 janvier et 2 mars 2016 - ce jour marquait le 25e anniversaire du décès de Serge Gainsbourg - et 19 novembre 2016, 19 mai 2017

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