jeudi 22 décembre 2016

Lee Friedlander, photographe


La Fraenkel Gallery présente l'exposition Lee Friedlander: Western Landscapes. Lee Friedlander, photographe américain Juif né en 1934. Cet observateur des Etats-Unis s’est distingué par le « paysage social » d’un pays urbanisé, industriel, capitaliste qu’il révèle sans a priori, et en refusant la photographie engagée (Concerned photography).

Lee Friedlander est né en 1934, à Aberdee (Etat de Washington) dans une famille dont la branche paternelle a fui les persécutions antisémites de l’Allemagne nazie, et la branche maternelle est originaire de Finlande.

A la mort de sa mère (1940), Lee Friedlander est accueilli par une famille de fermiers près de sa ville natale, pendant sept ans. Il retrouve sa famille, dont son père agent de change, pendant les vacances.

Sa passion pour la photographie ? Elle remonte à l’enfance quand, à cinq ans, il découvre la chambre noire et le développement de la photographie jusqu’à sa révélation progressive sur une feuille de papier. Cet adolescent grand lecteur est féru de jazz.

En 1952, il est admis à l’Art Center School of Design à Los Angeles.

Trois ans plus tard, il se fixe à New York. Influencé par Eugène Atget, Robert Frank et Walker Evans, il collabore à Esquire, Holiday, Seventeen et au Sports Illustrated.

Avec le microsillon, la pochette de disque (Record Cover), en particulier de jazz, a bénéficié de talentueux graphistes et photographes : Lee Friedlander qui travaille pour Atlantic Records, Herman Leonard… En plus de ses portraits de jazz men - John Coltrane, Aretha Franklin et Miles Davis - destinés à ces c couvertures d’albums, Lee Friedlander suit les orchestres lors de leurs tournées et enseigne la photographie.

Boursier de la Fondation Simon Guggenheim (1960, 1962, 1977), Lee Friedlander voit sa première exposition être présentée en 1963, par la George Eastman House à Rochester.

Avec son épouse Maria et leurs deux enfants, il séjourne pendant un an en Grande-Bretagne, France, Espagne et Italie.

« American Social Landscape »
En 1966, Lee Friedlander participe à « Social Landscape », exposition collective à Rochester. Cette expression « Social Landscape » (Paysage social) définit selon lui son travail.

Responsable de la photographie au MoMA, John Szarkowski réunit en 1967 Lee Friedlander, Diane Arbus et Garry Winogrand, dans l’exposition « New Documents », pour faire découvrir des artistes ne souhaitant pas « réformer la vie mais la connaître ».

« L'influence pop, les facéties spontanées, et les innovations formelles marquent la première période de Friedlander et caractériseront toujours son travail. Toutefois, à l'orée des années 1970, sa sensibilité, son style et ses sujets s'élargissent. Un flot continu d'observations nourrit ses photographies d'où se dégagent charme et lyrisme ; à l'affût des variations subtiles des formes et de la lumière, il produit des images urbaines richement descriptives ».

En 1973, les Rencontres d’Arles distinguent notamment Lee Friedlander lors d’une Soirée américaine.

« En 1976, Lee Friedlander publie The American Monument, une sélection de photographies rendant hommage à la variété des monuments publics — nobles, grandioses ou ridicules — que compte le pays. Le style alerte de Friedlander se conforme à la variété de ses sujets, engendrant des images, tour à tour émoussées, complexes, prosaïques, drôles, ironiques, tendres ou graves. Il saisit l'Amérique aussi richement que l'a fait en France, un demi-siècle plus tôt, Eugène Atget pour lequel il a une admiration grandissante, ajoutant à sa vision émerveillée du monde un hommage à la tradition ».

Le travail de Friedlander murit au fil des années et « se pare d'un style plus voluptueux. Sa réputation grandissante lui vaut de nouvelles commandes ». En 1979, lors de la première commande majeure – celle de l’Akron Art Institute en 1979 -, il réalise Factory Valleys: Ohio and Pensylvania, « série de photographies de l'industrie du Midwest et de portraits éloquents rendant hommage au monde du travail ».

Friedlander s'intéresse « essentiellement à l'individualité ; ses clichés révèlent son intérêt, voire son admiration pour ses sujets. Cinq commandes ultérieures lui permettront d'approfondir le thème de l'homme au travail (employés de bureau devant leur ordinateur, télé-opérateurs, etc. ) ».

Le numéro de septembre 1985 de Playboy a publié les photographies de Madonna nue réalisées en 1979. En 2009, l’un de ces clichés, estimé 10 000-15 000 dollars, est vendu par Christie’s 37 500 dollars. Dans les années 1980, Lee Friedlander « produit un grand nombre d'images, continuant de capter les aspects du quotidien américain, tout en traitant d'autres thèmes comme les nus ou les cerisiers du Japon, séries qui se construisent chacune à son rythme ». En 1991, il complète sa série Nudes initiée lors de la précédente décennie.

Au début des années 1990, Lee Friedlander  substitue au Leica - format 24 × 36 - l'Hasselblad - format carré, grand angle, « grande précision de l'image du fait de la taille du négatif » -, qui lui permet de photographier les paysages ruraux de l’Ouest américain de son enfance. Ce nouvel outil, qu’il gardera pour ses travaux ultérieurs, « lui permet une exploration de tous les champs de l'image, des premiers plans plus recherchés, des arrière-plans où il peut traquer le moindre détail ».

Lee Friedlander réalise divers projets parmi lesquels Sticks & Stones : Architectural America, publié en 2004 ; il s'agit là du dernier chapitre de l'exploration, exceptionnellement vaste et éclatante, d'une Amérique contemporaine. Largement représentés dans cette exposition, les grands paysages de l'Ouest américain illustrent son goût inné pour ces décors naturels, majestueux, grandioses ou étranges ; ils témoignent de l'intensité du regard de Friedlander et de sa faculté à transmettre les sentiments qu'ils lui inspirent ».

En 2003, Lee Friedlander reçoit la médaille spéciale de la Royal Photographic Society britannique.

En 2006, le Jeu de Paume  a montré la rétrospective itinérante - 477 clichés, essentiellement en noir et blanc, six photographies en couleurs, des livres et portfolios de Lee Friedlander , des années 1960 à nos jours - de ce photographe américain auteur d’une vingtaine de livres, couvrant une large variété de thèmes : des paysages urbains – scènes de vie quotidienne à New York - et ruraux nord-américains, ainsi que des portraits et des nus. L’œuvre de ce grand photographe « puriste » du XXe siècle pendant un demi-siècle. Dans certains clichés aux contrastes accentués, cette exposition soulignait le goût de l’insolite et l’humour décalé de cet artiste dont la famille paternelle a fui l’Allemagne nazie.

« Une certaine espièglerie apparaît dans son travail où il transforme les éléments qui auraient pu gêner le cadre, ou même les erreurs photographiques en calembours ou motifs de séduction : un poteau empêche la lecture d'un texte, une vitrine sème le trouble entre intérieur et extérieur, l'ombre du photographe ou son reflet s'ajoutent à l'image. Il invente un univers pictural particulier, constitué de reflets, de superpositions ou d'élisions. Pour d'autres photographes, ces ombres et reflets auraient pu créer un problème, Friedlander, lui, les accueille comme un cadeau instantané. La quête de ces incongruités attise la verve créative de la photographie moderne. Comme Winogrand, Friedlander révèle l'énergie incontrôlable de la ville et dévoile le pouvoir de la photographie à transformer ce qui est donné à voir ».

« Comme Walker Evans et Robert Frank, Lee Friedlander capte l'ordinaire de la ville et du quotidien américains, les devantures des magasins, les annonces publicitaires, la télévision, les voitures, la vie urbaine dans son ensemble. L'influence pop, les facéties spontanées et les innovations formelles marquent ses débuts de photographe dans les années 1950 et caractériseront toujours son travail. Toutefois, à l'orée des années 1970, sa sensibilité, son style et ses sujets s'élargissent. Un flot continu d'observations nourrit ses photographies d'où se dégagent charme et lyrisme. À l'affût des variations subtiles des formes et de la lumière, il produit des images urbaines richement descriptives, révélant l'énergie incontrôlable de la ville et dévoilant le pouvoir de la photographie à transformer ce qui est donné à voir. Au début des années 1990 il photographie  les paysages de l'Ouest américain où il est né - tirages qui illustrent son goût pour les décors grandioses ou étranges et témoignent de l'intensité de son regard ».

Dans la préface de Self Portrait en 1970, Lee Friedlander observe que ses autoportraits sont « l'extension périphérique de son travail […] un petit rire nerveux ».

Lee Friedlander « repère les étrangetés indéfinissables, et souvent très temporaires, des espaces urbains, comme des apparitions de signes éphémères d'une présence espiègle et incontrôlée. Il sait transformer un environnement familier en un cryptage dans lequel l'œil retrouvera des codes au second degré. Il traite des ambivalences d'espace, des difficultés d'interprétation visuelle, de la confusion optique et des similitudes d'indices formels (des poteaux verticaux, des enseignes, des feuillages) ; il orchestre les reflets des vitrines, les miroirs improvisés, les images en incrustation, les ombres métamorphosées par l'objet sur lequel elles se projettent (autoportraits). Lee Friedlander a modelé un visage imprévu de son pays — désarticulé en regard de la stabilité ancestrale vantée par Evans ou Abbott — et constitué petit à petit le lexique du rêve américain, fait d'apparitions télévisées, de miroirs inconstants, de lumières clignotantes ou d'autoroutes désertes. Il offre une ouverture inconditionnelle et médusée aux imprévus du regard », a analysé Michel Frizot (Photo Poche, Centre National de la Photographie, 1989).

Les 11 et 12 décembre 2014, Sotheby's proposa à New York la vente aux enchères d'un seul propriétaire privé et intitulée 175 Masterworks To Celebrate 175 Years Of Photography: Property from Joy of Giving Something Foundation.

Ces 175 chefs d’œuvres de photographes sont issues de la collection du philanthrope et financier Howard Stein (1926-2011) qui l'avait donnée à sa fondation.

Parmi les artistes choisis depuis les origines de cet art : Lee Friedlander  représenté par Philadelphia, Pennsylvania, estimé 8 000-12 000 dollars, et Spain, estimé 10 00-15 000 dollars.

La Fraenkel Gallery présente, dans le cadre de Paris Photo, l'exposition Lee Friedlander: Western Landscapes.

Du 27 octobre 2016 au 23 décembre 2016
A la Fraenkel Gallery
49 Geary Street. 94108 san francisco
Tel. :  +1 415 981 26 61

Visuels
Philadelphia, Pennsylvania
Signed in pencil and with the photographer's '44 South Mountain Rd., New City, New York 10956' credit/studio and reproduction rights stamps on the reverse, 1961
5 1/2  by 8 1/4  in. (14 by 20.9 cm.)

Spain
signed, titled, dated, and annotated '8-2' in pencil and with the photographer's '44 South Mountain Road, New City, N. Y. 10956' credit/studio and reproduction rights stamps on the reverse, 1964
6 1/8  by 9 1/8  in. (15.6 by 23.2 cm.)

A lire sur ce blog :

  Cet article a été publié en une version concise par L'Arche. Il a été publié sur ce blog le 9 décembre 2014, puis les 9 janvier 2015 et 22 décembre 2016.

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