mardi 25 octobre 2016

Trésors du ghetto de Venise


Le Musée d’art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) a présenté, dans ses salles italiennes, le trésor d’orfèvrerie liturgique enfoui en 1943 par deux responsables des services religieux des synagogues espagnole et levantine du ghetto de Venise, premier ghetto en Europe (1516), et découvert lors de la restauration de la synagogue espagnole. Une communauté Juive au destin emblématique de celui de nombreuses communautés Juives en Europe.  Le 25 octobre 2016, à 20 h 30, le Centre Yavné de Bordeaux proposera la conférence de Evelien Chayes, ingénieur, professeur et auteur, Venise et ses rabbins à l’époque de la première modernité - quand le ghetto attirait les Français.

Institué le 29 mars 1516, le ghetto de Venise - son cinquième centenaire sera célébré en 2016 – « a été le premier d’Europe. Conçu comme un espace de ségrégation fermé la nuit, il devint pourtant le berceau d’une communauté de Juifs originaires d’Italie, mais aussi des pays germaniques, du Levant et d’Espagne ». Rappelons que Fès-la-nouvelle, fondée en 1276, avait assigné les Juifs depuis 1438 dans un ghetto dénommé mellah.

Son cosmopolitisme et la prospérité de ses habitants en ont fait un creuset culturel original.

En septembre 1943, deux responsables des services religieux des synagogues espagnole et levantine du ghetto ont dissimulé, pour éviter la spoliation ou la destruction, une quarantaine d’objets précieux avant que ne pénètrent des nazis dans la ville. Déportés, ces dirigeants communautaires ont été tués dans des camps d’extermination.

Lors de la restauration de la synagogue espagnole, ces objets ont été découverts et restaurés par Venetian Heritage, avec un mécénat de Vhernier.

Ce « trésor d’orfèvrerie liturgique, pour l’essentiel en argent, compte des couronnes de torah (keter torah), des ornements de bâtons de Torah (rimmonim), des mains de lecture (yad), des boîtes à aromates (bessamim), des lampes appliques de Hanoukkah (fête des Lumières), des lampes de synagogue, des coffrets de torah (tiq), des plats, un bassin et une aiguière. Créés par les meilleurs orfèvres vénitiens des XVIIIe et XIXe siècles, parmi lesquels Antonio Montin et Giovanni Fantini della Torah, ces objets extraordinairement ciselés attestent le raffinement et la diversité culturelle du judaïsme vénitien. Fortement corrodés, ils ont fait l’objet d’une restauration exemplaire ».

Dans les salles italiennes du MAHJ, ces « objets du trésor du ghetto de Venise font écho à un ensemble d’œuvres témoignant de la continuité du judaïsme italien du Moyen Âge à nos jours ». Ils sont replacés dans l’histoire des Juifs vénitiens, des origines médiévales aux déportations de 1943-1944, via l’émancipation française de 1797. Une condition emblématique de celle de nombreuses communautés Juives : contribution majeure à l’essor économique de la « Reine de l’Adriatique », rôle majeur des commerçants soumis à de lourds impôts au sein de la « Sérénissime », émancipation, participation à la vie politique nationale, ruines et spoliations, quasi-disparition.

Cette exposition est organisée en partenariat avec Venetian Heritage, fondation pour la sauvegarde du patrimoine de Venise, et la communauté Juive de Venise, avec le concours de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Le MAHJ remercie le Museo Ebraico di Venezia  qui a accepté la sortie de ses collections des objets présentés dans l’exposition.

Elle a été présentée à Sotheby’s (New York décembre 2012 – janvier 2013), au Museum of Fine Arts (Houston, février – avril 2013), à Ca’ d’Oro (Venise, juin 2013 – mars 2014), à l’Österreichische Galerie Belvedere (Vienne, avril – juin 2014) et à l’Art Gallery of Western Australia (Perth, décembre 2014 – mars 2015).

Naissance de la communauté Juive de Venise

« Inféodée du VIe au XVe siècle à l’Empire romain d’Orient puis à l’Empire byzantin, la République de Venise acquiert très tôt une place prééminente dans les échanges économiques entre l’Orient et l’Occident ».

« Puissance maritime militaire et commerciale, la Sérénissime République attire un flux continu d’étrangers, simples voyageurs ou commerçants, intellectuels, marins et manœuvriers ».

C’est en 1385 qu’un « premier groupe de prêteurs et de banquiers Juifs allemands » est « autorisé à s’établir dans la lagune, et en 1386, la république leur accorde le droit d’enterrer leurs morts à San Nicolò al Lido. Néanmoins, ce premier groupe sera expulsé en 1395 ».

Cependant, « la cité accepte que quelques prêteurs juifs s’installent à Mestre sur la terra firme. Ils ne sont autorisés à résider à Venise que pendant quelques jours et doivent porter une rouelle jaune cousue sur leurs vêtements ».

Au « port de ce signum sera plus tard adjoint celui d’un chapeau jaune puis rouge ».

En 1509, Venise « accueille les « Juifs ashkénazes et italiens fuyant les terres menacées par l’avance de la ligue de Cambrai menée par les troupes de mercenaires allemands à la solde de Maximilien de Habsbourg et du pape Jules II ».

Pour la première fois avaient été exposés ensemble, en 2007 au Musée national du Moyen-Age-Thermes et hôtel de Cluny  (Paris) sous le titre Trésors de la Peste noire : Erfurt et Colmar, en 2009 à la Wallace Collection  (Londres) sous le titre Treasures of the Black Death, puis dans une ancienne synagogue d'Erfurt , plus de 200 pièces - bijoux, pièces d’orfèvrerie de table, monnaies - de « deux trésors enfouis au XIVe siècle », à Colmar et à Erfurt, lors des persécutions contre les Juifs en 1348-1350, quand la Peste noire décima un tiers de la population européenne et déclencha des violences antisémites. 

1516 : instauration du ghetto
« Refusant de les voir établis partout dans la ville mais soucieux de préserver le rôle économique des banquiers juifs, le Sénat de Venise leur attribue par décret du 29 mars 1516, le territoire du gheto novo, un îlot insalubre autrefois destiné à accueillir les déchets de la fonderie, délimité par des canaux, aménagé et bâti par un propriétaire privé ».

Le vocable de ghetto « sera progressivement adopté pour désigner ce quartier réservé aux Juifs à Venise, puis aux quartiers fermés qui leurs sont dévolus dans toute l’Italie ».

« Bien que conçu à l’origine comme un lieu de ségrégation, le ghetto vénitien devint un lieu de rencontre pour plusieurs communautés juives d’origines géographiques différentes, mais aussi un le foyer d’une brillante culture juive pour de nombreuses autres régions du monde ».

Les Juifs de Venise du XVIe au XVIIIe siècles
Environ « sept cents Juifs ashkénazes et italiens, ainsi que quelques familles levantines, occupèrent assez vite les demeures du Gheto Novo, dont les portes, fermées le soir, ne se rouvraient qu’à l’aube. Le ghetto connut une croissance démographique rapide due à l’arrivée de Levantins (provenant de l’Empire ottoman) et de Ponentini (espagnols et portugais) ».

En 1541, des « marchands Juifs ottomans de passage, parmi lesquels des expulsés de la péninsule ibérique en 1492, se plaignirent auprès du gouvernement de Venise que l’on manquait de place dans le Gheto Novo. On leur attribua alors vingt logements pourvus de jardins dans le Gheto Vechio, situé au sud du premier, que l’on enclot d’un mur pourvu de deux portes surveillées ».

Les « Juifs espagnols et portugais formèrent une troisième migration importante, la Natione Ponentina, à partir de 1589, et logèrent aussi dans le Gheto Vechio ».

En 1630, des « marchands Juifs fortunés demandèrent un supplément d’espace qu’on leur accorda dans un quartier qui prit le nom de Gheto Novissimo (ghetto très récent) ».

Les « particularismes culturels se distinguaient dans l’occupation spatiale du ghetto comme dans les édifices communautaires. Des petits groupes se formèrent sous la dénomination de Natione (nation), Università (université) ou Scola (école) ».

Les Ashkénazes construisirent « deux synagogues (Scola Grande Tedesca et Scola Cantòn) entre 1528 et 1532, puis trois plus petites sur le Campo ».

En 1575, les Italiens, originaires de Rome et d’Italie centrale, y édifièrent « eux aussi la Scola Italiana. Les Levantins, qui apportèrent leurs modes de vie et leurs cultes orientaux, édifièrent dans l’espace ouvert du Gheto Vechio leur grande synagogue, la Scola Levantina, un hôpital et une auberge pour les marchands de passage ».

Dans « les ruelles voisines, les juifs séfarades, descendants des Juifs qui avaient fui la péninsule ibérique après 1492, bâtirent quant à eux en 1584 la Scola Spagnola, la plus monumentale du ghetto ».
« L’activité intellectuelle connut un essor exceptionnel : en témoignent des personnalités célèbres telles le grammairien Élie Levita, les rabbins Leone da Modena ou Simone Luzzato, la poétesse Sara Copio Sullam. Dans le ghetto, on trouvait un théâtre ainsi que des salons littéraires et musicaux. La grand’ rue du Gheto Vechio comptait de nombreuses boutiques et les libraires proposaient un large choix d’ouvrages. Très active dès 1516, l’imprimerie hébraïque fleurit jusqu’au milieu du XVIIe siècle, avant d’être surpassée par l’imprimerie amstellodamoise ».

« Employant des imprimeurs et typographes ashkénazes, elle fut animée par de grands éditeurs chrétiens : Daniel Bromberg d’Anvers (qui lança les premières éditions complètes du Talmud de Babylone et du Talmud de Jérusalem ainsi que des livres de prières et des éditions complètes de la Bible hébraïque), la famille d’Alvise Bragadini, Marco Antonio Giustiniani, Giovanni di Gara… À la suite de rivalités entre Bragadini et Giustiniani, le pape Jules II ordonna, en août 1553, l’autodafé du Talmud qu’il décréta « hérétique » et « blasphématoire ». Le brûlement public de tous les exemplaires du Talmud et de nombreux ouvrages le citant eut lieu à Venise, sur la piazza San Marco en octobre 1553. Un autre autodafé eut lieu en 1568. Désormais, l’impression hébraïque fut placée sous le contrôle d’une commission de censeurs ».

« Soumises à un contrôle rigoureux, les différentes communautés devaient assurer le paiement d’une lourde taxe communautaire levée par les autorités vénitiennes. Au début du XVIe siècle, les seules activités économiques autorisées étaient le prêt d’argent, le commerce de textiles et objets d’occasion, l’imprimerie hébraïque et la médecine. Les Juifs excellèrent dans les professions médicales et les médecins Juifs vénitiens bénéficiaient d’un statut à part – comme le droit de circuler hors du ghetto la nuit – afin de pouvoir soigner les chrétiens ».

Le « rôle prestigieux des Levantini et des Ponentini dans le commerce maritime leur valut un statut favorable de la part des autorités qui tenaient à les conserver comme intermédiaires avec l’Empire ottoman après la perte de puissance de Venise dans l’espace méditerranéen. Si elles tardèrent à leur accorder un droit de résidence permanent, elles leur laissèrent une plus grande liberté professionnelle et vestimentaire qu’aux ashkénazes et aux italiens. »

Malgré des « restrictions imposées aux Juifs, le ghetto devint un centre vital de l’économie vénitienne ».

« Cependant, au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle, le déclin de la puissance vénitienne et l’énormité de la taxe imposée aux Juifs épuisèrent les ressources de la communauté qui s’endetta lourdement ».

Un « grand nombre de Juifs quittèrent alors Venise pour s’établir à Amsterdam, dans les ports de la mer Tyrrhénienne ou dans l’Empire ottoman ».

De 1658 à 1666, « l’aventure du pseudo-messie Shabbataï Tsevi ébranla profondément le judaïsme vénitien, créant une vague d’immigration en Terre sainte et causant la ruine de nombreuses familles Juives ».

La « communauté vénitienne se déclara en banqueroute en 1737 ».

De l’émancipation à la Shoah
Effet bénéfique de la Révolution française : en 1797, les « troupes françaises placées sous le commandement de Bonaparte envahirent le territoire de la République de Venise et rouvrirent le ghetto ».

« Émancipés, les Juifs devinrent ainsi des citoyens à part entière. Dès lors, leur destin devait se confondre avec celui des autres Juifs d’Italie. Ils connurent un processus d’intégration politique et économique complet. Certains jouèrent un rôle politique important lors du Risorgimento, tels Daniele Manin, le premier député Juif élu en Vénétie, Isacco Pesaro, Jacopo Treves ou Leone Pincherle. La communauté versa son tribut de sang lors de la Première Guerre mondiale ».

En 1931, « en raison du déclin économique de Venise, la communauté ne comptait plus que 1 814 membres, et en 1938, après la promulgation des lois raciales, seulement 1 200 ».

En 1943, « l’entrée des troupes allemandes dans la ville fut suivie de mesures tragiques : entre le 8 septembre 1943 et avril 1945, environ 200 personnes – et notamment les pensionnaires de la Casa israelitica di riposo et ceux qui y avaient trouvé refuge –, furent déportées et assassinées à Auschwitz ».

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la communauté Juive « compta encore 1 050 membres, mais la plupart choisirent de quitter la ville ».

En 2015, la communauté juive de Venise avoisine cinq cents membres.

La restauration des objets liturgiques
Parties des collections du Museo Ebraico de Venise, les objets liturgiques retrouvés « constituent un témoignage fort de la splendeur de l’orfèvrerie vénitienne. Soustraits aux spoliations, ils étaient en très mauvais état de conservation lorsqu’ils furent redécouverts à la faveur de la rénovation de la grande synagogue espagnole. En raison du climat humide et salin, leur surface était couverte d’une épaisse couche de sulfuration ou d’oxydation, qui rendait difficile, dans certains cas, l’identification des matériaux. En outre, plusieurs objets présentaient des déformations et des soudures à l’étain réalisées lors d’interventions anciennes ».

Une « importante campagne de restauration a été menée ».

« Tous ces éléments ont été démontés afin de permettre un nettoyage approfondi, les encastrements rectifiés et les soudures réparées. Les surfaces ont été nettoyées au tampon avec des poudres très fines de carbonate de calcium ou bicarbonate de sodium. Dans les cas de sulfurations plus consistantes, on a recouru localement à des compresses de trisodium EDTA pour procéder ensuite à un finissage mécanique au tampon et à un rinçage à l’eau déionisée, destiné à l’enlèvement des résidus. Les objets en argent ont été protégés d’une triple couche de laque nitrocellulose, afin de ralentir la formation d’une nouvelle strate de sulfuration ».

La restauration, « effectuée par Cristina Passeri et Sansovino Restauri, a été rendue possible grâce au soutien de Venetian Heritage et de la maison de joaillerie Vhernier ».

500e anniversaire
Le 21 décembre 2015, Toute l'Histoire a diffusé Le ghetto de Venise. Une histoire des Juifs de Venise : "À l'occasion du 500e anniversaire du premier ghetto juif au monde, celui de Venise, un adolescent américain retourne sur les traces de ses origines et de la communauté hébraïque de la Cité de Doges. Au travers de ses rencontres et de ses pérégrinations il nous fait traverser le temps et revivre tous les us et coutumes d'une communauté qui a façonné la ville et son art de vivre". Le 25 mars 2016, Toute l'Histoire rediffusera ce documentaire.

Le 26 janvier 2016, l'Institut culturel italien de Paris présentera Le ghetto de Venise. 500 ans d'existence : "À la veille de la journée de la mémoire, nous présentons en avant-première un documentaire sur le plus ancien ghetto d’Europe, qui célèbre en 2016 ses 500 ans d’existence.

Soutenu par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et la chaîne Toute l’Histoire, ce documentaire The Venice Ghetto, 500 Years of Life (Il Ghetto di Venezia, 500 Anni di Vita) d’Emanuela Giordano, coproduit par les sociétés Tangram, Arsam International et Cerigo Films, a été présenté dans le cadre de la Mostra et sera diffusé en France en mars 2016. Il retrace l’histoire de la communauté juive de Venise, à travers des témoignages, des séquences animées et les éclairages des grands témoins de cette histoire complexe. C’est un adolescent juif d’origine vénitienne, Lorenzo Luzzatto, né et élevé à New York, qui nous guide durant ce voyage. Accompagné de sa tante et de ses deux cousins vénitiens, il va découvrir un monde inconnu et l’incroyable richesse des échanges culturels dont le Ghetto fut le théâtre à l’époque moderne".

Le 25 mars 2016, Toute l'Histoire diffusa Le ghetto de Venise. Une histoire des Juifs de Venise. "À l'occasion du 500ème anniversaire du premier ghetto juif au monde, celui de Venise, un adolescent américain retourne sur les traces de ses origines et de la communauté hébraïque de la Cité de Doges. Au travers de ses rencontres et de ses pérégrinations il nous fait traverser le temps et revivre tous les us et coutumes d'une communauté qui a façonné la ville et son art de vivre".

Le 14 avril 2016 à 19 h, le MAHJ proposera Ghetto de Venise, 500 ans. Une rencontre avec Donatella Calabi, auteur du Ghetto de Venise, 500 ans (Liana Levi, 2016), dialoguant avec Fabio Gambaro, journaliste, écrivain et correspondant de la Repubblica à Paris. Donatella Calabi "est directrice du Comité scientifique du Cinquième Centenaire de l’institution du Ghetto de Venise et commissaire de l’exposition sur le même sujet au palais des Doges (juin-novembre 2016. Son ouvrage relate l’histoire de ce lieu clos, depuis son institution jusqu’au processus d’assimilation et met en lumière les relations qui, malgré la réglementation, existaient bien avec le reste de la société civile et avec le monde méditerranéen et d’autres États européens". "29 mars 1516. La Sérénissime impose aux Juifs de Venise de se regrouper dans le lieu-dit «Geto», à l’extrémité nord de la ville, sur une île encerclée par des canaux. Deux portes, ouvertes le matin et refermées le soir à minuit, donneront désormais accès à ce lieu. Les habitants pourront le quitter dans la journée pour exercer leur profession, mais la nuit seuls les médecins seront autorisés à sortir pour soigner les Chrétiens hors les murs. Le premier ghetto est né. Son appellation sera désormais associée à tous les lieux de ségrégation dans le monde. Aujourd’hui, 500 ans après, nous nous posons d’innombrables questions concernant cette mesure. Qu’est-ce qui l’a motivée? Comment la communauté juive l’a-t-elle acceptée? Était-elle d’ailleurs ressentie comme une contrainte ou comme s’inscrivant dans une politique générale de la République vénitienne vis-à-vis des communautés étrangères? Quelle a été la vie dans ce lieu de confinement durant les 300 ans qui ont précédé la suppression des portes par Napoléon ? Depuis l’institution du «lieu clos» jusqu’au processus d’assimilation, dans une approche qui englobe Venise dans son ensemble, ce livre met en lumière les relations qui, malgré la réglementation, existaient entre la Communauté et le reste de la société civile, et aussi la vie de la plus importante ville cosmopolite du bassin méditerranéen".

Un événement suivi de la projection du film Le Ghetto de Venise. Une histoire des Juifs de Venise, documentaire réalisé par Emanuela Giordano (Italie / France, 54 min). Le Ghetto de Venise. Une histoire des Juifs de Venise "retrace l’histoire du plus ancien ghetto d’Europe, à travers les récits de spécialistes qui se concentrent chacun sur une question : les origines, les relations entre les juifs et le gouvernement de la Sérénissime, entre les juifs de cultures et langues différentes, les grands personnages du ghetto, les métiers autorisés, la Kabbale, la cuisine, l’aventure nationale italienne et les persécutions. Le réalisateur a choisi de relier l’ensemble de ces récits par celui d’un adolescent américain qui retourne sur les traces de sa famille maternelle, les Luzzatto, une grande famille dont l’histoire se confond avec celle du Ghetto de Venise. Ce film a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah".

"Au XVIe siècle, Venise est une ville de 150 000 habitants, nettement cosmopolite. La communauté juive y est présente depuis des siècles, soumise à certaines époques à des restrictions de résidence, mais en règle générale libre de choisir son lieu d’habitation. Pourtant, le 29 mars 1516, le gouvernement décide de l’isoler du corps citadin. Les Juifs des différents quartiers de la ville doivent se regrouper dans le « Geto Nuovo », situé à Cannaregio. Le lieu est encerclé par des canaux. Deux portes, ouvertes le matin et refermées le soir à minuit par quatre gardiens chrétiens, donnent accès au quartier. Les habitants peuvent sortir dans la journée pour exercer leurs professions, mais la nuit seuls les médecins sont autorisés à le faire afin de soigner les patients hors les murs. Il s’agit là du premier « ghetto » dans l’histoire. À l’origine le terme de « geto » est celui d’un lieu-dit, mais ce nom sera dès lors associé au quartier juif vénitien, puis à tous les lieux de ségrégation".

Le 25 octobre 2016, à 20 h 30, le Centre Yavné de Bordeaux proposera la conférence de Evelien Chayes, ingénieur, professeur et auteur, Venise et ses rabbins à l’époque de la première modernité - quand le ghetto attirait les Français "Pour le ghetto de Venise, les premières décennies du XVIIe siècle marquèrent une période non seulement de tensions voire de menaces d’expulsion, mais aussi une ère d’échanges culturels intenses avec des chrétiens. Parmi ces derniers il y eut une forte présence française. Les rabbins, quant à eux, semblent avoir été sollicités plus que jamais par ces visiteurs". Evelien enseigne actuellement à l’Université Bordeaux Montaigne. Elle est l’auteur de L’éloquence des pierres précieuses, (Paris, 2010) et co-auteur, avec G. Veltri, d’un livre sur le ghetto vénitien: Oltre le mura del Ghetto. Accademie, scetticismo e tolleranza nella Venezia barocca (Palermo, 2016).


Jusqu’au 13 septembre 2015
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : (33) 1 53 01 86 60
Du lundi au vendredi de 11 h à 18 h. Dimanche de 10 h à 18 h. 

Visuels :
Affiche
Couronne de Torah, keter Torah
Italie, vers 1700, argent
Collection de la Communauté juive de Venise
© Fondazione Venetian Heritage

Coffre pour rouleau de Torah, tiq
Probablement Venise, XVIIIe siècle, bois doré et tissu - Collection de la communauté juive de Venise

Ornement de bâton de Torah, rimmon
Venise, début du XVIIIe siècle, argent - collection de la Communauté juive de Venise

Contrat de mariage, Ketoubbah
Conegliano/ Vénétie/ Italie, 1803 – gouache et écriture manuscrite à l'encre sur parchemin
Mahj, fonds du musée d’art juif de Paris

Chandelier mural pour la fête des Lumières (Hanoukkah)
Probablement Venise, fin du XIXe siècle, bronze
Collection de la communauté juive de Venise

Bras de lumière applique
Giovanni Fantinidella Torah (orfèvre vénitien)
Venise, 1851, argent et bois
Collection de la communauté juive de Venise

Intérieur de la Scuola Tedesca avec la galerie réservée aux femmes (matronée) et l’aron où sont placés les rouleaux de la Loi, Venise.


A lire sur ce blog :
Shoah (Holocaust)
Les citations proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 13 septembre 2015, puis les 18 décembre 2015,  26 janvier, 24 mars et 14 avril 2016.

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