Citations

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mercredi 18 septembre 2019

Manuscrits hébreux d’Italie dans les collections de la BnF


Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme (mahJ) accueille l’exposition passionnante et émouvante « Manuscrits hébreux d’Italie dans les collections de la BnF » (Bibliothèque nationale de France). Des oeuvres artistiques, « à usage religieux ou profane - livres de prières, Bibles, commentaires talmudiques, ouvrages philosophiques d’auteurs juifs ou musulmans, traités scientifiques, contrats de mariage (ketoubbot) -élaborées pendant près de quatre siècles, de la fin du Moyen-âge à la Renaissance, et provenant de régions et de communautés de rites divers ».

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La « BnF et le mahJ présentent, au sein du parcours permanent du musée, une sélection de manuscrits italiens de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance exceptionnellement prêtés par la BnF ». Celle-ci avait accueilli en son prestigieux et historique site Richelieu en 2011 l'exposition "Enluminures du Moyen Âge et de la Renaissance. La peinture mise en page". Pourquoi ces merveilles artistiques et spirituelles italiennes juives ne sont-elles pas présentées à la BnF ? 

La Bnf répond qu'il s'agit d'une exposition hors ses murs : « Chaque année, dans plusieurs établissements patrimoniaux à Paris ou en région, la BnF présente une sélection d’œuvres de ses collections, faisant ainsi partager à un plus large public ses richesses patrimoniales. Révélant des œuvres choisies pour leur valeur emblématique, leurs liens avec un événement ou avec les collections locales, le programme « Dans les collections de la BnF » vise à développer de véritables partenariats avec d’autres institutions, dans les domaines scientifique et pédagogique. L’exposition présentée au musée d’art et d’histoire du Judaïsme permet à la BnF de mettre en lumière la richesse de ses collections, mais aussi de valoriser des corpus numérisés en ligne sur sa bibliothèque numérique Gallica , tels les 1320 manuscrits hébreux numérisés grâce à un partenariat avec la Bibliothèque nationale d’Israël ».

« Seize manuscrits hébreux enluminés et copiés en Italie issus des collections de la Bibliothèque nationale de France font l’objet d’une exposition exceptionnelle au musée d’art et d’histoire du Judaïsme. Ils sont présentés avec quelques pièces remarquables appartenant au musée d’art et d’histoire du Judaïsme. Ces manuscrits figurent parmi les chefs-d’œuvre de l’enluminure italienne. Ils témoignent d’un moment particulier dans l’histoire de la communauté juive italienne, la plus ancienne d’Europe : celui d’une intense activité intellectuelle, littéraire et artistique dans le cadre de l’Italie du Moyen Âge et de la Renaissance ».

« Bibles, livres de prières, ouvrages philosophiques d’auteurs juifs ou musulmans traduits de l’arabe, traités scientifiques et médicaux, contrats de mariage etc., ces documents illustrent à la fois l’exceptionnelle richesse de la production italienne et de la vie intellectuelle à cette période, mais aussi la vitalité des échanges entre communautés. Grâce notamment au renouveau des études classiques, de l’étude du grec et de l’hébreu en particulier, de nombreux savants juifs et chrétiens se consacrent à l’étude de la transmission du texte biblique ainsi qu’à la Kabbale. À l’époque des Médicis, les juifs fréquentent les universités et participent activement à la Renaissance des lettres et des sciences  ».

Au mahJ, « s’échelonnant sur près de quatre siècles, ces œuvres proviennent de régions et de communautés de rites divers, à l’image du judaïsme italien implanté dans la péninsule depuis l’époque antique mais renouvelé au cours des siècles par l’arrivée de nouveaux groupes, qu’il s’agisse de juifs venus de France et d’Allemagne au XIVe siècle, ou, à partir de la fin du XVe siècle, d’Espagne et du Portugal. Mosaïque de principautés indépendantes, l’Italie représente en effet pour ces juifs expulsés un havre protecteur, même si leur situation se détériore à partir du XVIe siècle avec l’institution du ghetto, né à Venise en 1516, avant de se généraliser. Cette ségrégation spatiale n’empêche pas le maintien d’une culture particulièrement brillante, marquée par de nombreux échanges avec la société chrétienne environnante ».

« D’une grande diversité (livres de prières, Bibles, commentaires talmudiques, ouvrages philosophiques d’auteurs juifs ou musulmans, traités scientifiques, contrats de mariage…), ces manuscrits d’usage religieux ou profane, savant ou populaire, illustrent l’exceptionnelle richesse de la production judéo-italienne de la période. La grande majorité des ouvrages est rédigée en hébreu, à la fois la langue sacrée et la langue des échanges savants, mais quelques-uns le sont en yiddish, langue vernaculaire d’origine germanique, parlée par les juifs ashkénazes implantés dans le nord de la péninsule ». 

« Si le décor des plus anciens manuscrits est encore marqué par une tradition médiévale non figurative – premiers mots décorés à l’instar de lettrines, jeu sur la disposition des blocs de textes ou micrographie –, on assiste, à partir de la Renaissance, à un développement des images, de la vignette au frontispice, témoignant de l’influence stylistique des écoles d’enluminure locales et de la grande intégration tant économique que culturelle des juifs italiens, n’hésitant pas à faire orner leurs manuscrits par des artistes chrétiens ». 

« Alors que certains rituels de prières ont été conçus pour un usage communautaire, nombre d’ouvrages ont été commandés par des particuliers, le développement de l’enluminure juive italienne s’expliquant notamment par l’existence d’une classe de commanditaires aisés ». 

« Cette exposition est organisée dans la salle italienne du mahJ à l’occasion du prêt exceptionnel de l’arche sainte de Modène, datée de 1472, et du pupitre de Torah du XVe siècle, pièces majeures de la collection Strauss, à l’exposition « Il Rinascimento parla ebraico » (« La Renaissance parle hébreu ») au Museo nazionale dell’Ebraismo italiano e della Shoah à Ferrare. En raison de la fragilité des manuscrits exposés, une rotation est prévue à mi-parcours, le 18 juin ». D’autres manuscrits hébreux italiens peuvent être admirés dans la salle adjacente.

Le commissariat de l’exposition est assuré par Laurent Héricher, BnF, et Claire Decomps, mahJ.

Le fonds hébreu du département des Manuscrits de la BnF
« Le fonds hébreu du département des Manuscrits de la BnF comprend aujourd’hui près de 1 495 manuscrits - Bibles et commentaires, Talmud et droits civil et religieux, théologie, Kabbale, philosophie, sciences et médecine, grammaire, histoire, poésie, documents d’archives etc. venant aussi bien du Yémen, d’Orient, de Byzance, d’Italie, d’Afrique du Nord, d’Italie, d’Angleterre, que d’Allemagne ou d’Europe centrale -, dont la majeure partie provient du Moyen Âge et de la Renaissance. Ses origines remontent au XVIe siècle ». 

« La volonté délibérée de constituer une collection de manuscrits hébreux en France date de Charles V (1338 - 1380) qui, dans sa Librairie du Louvre, en possédait plusieurs dont une partie de ceux confisqués aux Juifs expulsés en 1306 par Philippe le Bel. Sous François Ier, l’inventaire de la bibliothèque royale de Fontainebleau établi en 1544 fait état dans les collections du roi de quatre volumes hébreux ». 

« Du règne d’Henri II, trente-deux manuscrits, recouverts de leurs belles reliures, nous sont parvenus. À la mort de Catherine de Médicis, une vingtaine de livres supplémentaires enrichirent la bibliothèque d’Henri IV. Les accroissements les plus marquants eurent lieu au XVIIe siècle. Les manuscrits furent réunis par les ambassadeurs de France à Venise et à Constantinople ». 

« Le Cardinal de Richelieu, puis Mazarin possédèrent plusieurs centaines de manuscrits hébreux. Colbert en acquit près de cent soixante dix grâce à ses envoyés en Orient. Sous la Révolution, la sécularisation des biens du clergé fit plus que doubler le fonds. Au XIXe siècle, missions et acquisitions enrichirent encore les collections ». 

« Une quarantaine de manuscrits à peinture proprement dits et quelque cent cinquante autres manuscrits sont décorés et enluminés ». 

« L’éventail des sujets est fort divers : Bible et commentaires, Talmud et droits civil et religieux, théologie, kabbale, philosophie, sciences et médecine, grammaire, histoire, poésie, documents d’archives (actes de mariage ou ketoubbot). Les provenances géographiques sont également très variées : Yémen, Orient, Byzance, Italie, Afrique du Nord, péninsule Ibérique, France, Angleterre, Allemagne, Europe centrale ». 

Sous les Valois et les Bourbons, la monarchie française a conservé ces précieux trésors hébreux. Hélas, la Ve République minore, voire occulte maintes fois son héritage spirituel juif.





C'est une « splendide édition du « Guide des Égarés », œuvre philosophique majeure de Maïmonide (1138-1204).
Grande figure du judaïsme rabbinique, médecin, homme de loi et philosophe, l'auteur s’adresse ici aux juifs « perplexes », écartelés entre la révélation des textes bibliques et la rationalité scientifique, dont il fait une synthèse par le biais de la philosophie d’Aristote. Ce livre a été traduit du judéo-arabe vers l’hébreu par Samuel ibn Tibbon, rabbin ayant joué un rôle essentiel dans la transmission des textes philosophiques et des savoirs antiques.
Admirez le texte, copié dans une graphie italienne légèrement penchée vers la gauche, et l'encadrement enluminé de couleurs vives déployé par l’artiste anonyme ! Notez que les motifs floraux sur fond de rinceaux sont caractéristiques des manuscrits produits à Ferrare dans la seconde moitié du XVe siècle pour la maison d’Este ».
Maïmonide, « Guide des Égarés » dans la traduction de Samuel Ibn Tibbon, 
vers 1470, Ferrare ? Italie, 
parchemin, hébreu traduit de l’arabe 
© BnF

Padoue, 14 décembre 1668, 
BnF, département des Manuscrits, Hébreu 1405

« La ketouba est un document légal remis à l'épouse lors du mariage.
Le texte araméen a été rédigé au début de notre ère. La ketouba énonce les obligations légales de l’époux et le montant de la dote qu’il devra remettre à l’épouse en cas de divorce. Cette ketouba a été remise à Rica (Rébecca) épouse de Michaël Alatrini de Trieste lors de leur mariage le 14 décembre 1668 dans la ville de Padoue. Elle est richement enluminée, reprenant de nombreux symboles juifs. Jérusalem représenté dans le médaillon central dans la partie la plus élevée illustre le second hémistiche du verset 6 du psaume 137 : "[si je ne] place pas Jérusalem au sommet de ma joie". 24 cartouches représentant dans les marges les symboles des douze tribus d’Israël, les éléments, les quatre saisons et quatre des cinq sens.
Le texte de la ketouba est en principe le même pour toutes les communautés juives de par le monde. Néanmoins, certaines communautés ont ajouté au cours des siècles des mentions ou coutumes supplémentaires. Ainsi, les juifs exilés d’Espagne avaient leur version de la ketouba, rendant parfois difficile les mariages au sein même de la communauté entre juifs italiens autochtones et exilés d’Espagne. La date, le lieu du mariage, le nom des mariés ainsi que ceux des témoins figurent toujours dans la ketouba ».



JUIFS D’ITALIE : QUELQUES REPERES HISTORIQUES

Les origines de la communauté juive d'Italie 
« La présence juive en Italie, la plus ancienne d’Europe occidentale, n’a connu aucune interruption depuis deux mille ans. Ainsi, le rite italien, qui a vu le jour lors des premières installations juives, a pu se maintenir jusqu’à aujourd’hui à côté des rites séfarade et ashkénaze. 
« Dès le IIe siècle avant notre ère, les juifs s'implantent à Rome, dans le sud de l’Italie, en Sicile et en Sardaigne. Nombre d'entre eux viennent des avant-postes de l’Empire romain, attirés par le centre du pouvoir. La communauté s’accroît considérablement avec l'arrivée de milliers de prisonniers réduits en esclavage après la conquête de Jérusalem par Pompée en 63 avant notre ère, puis à la suite des révoltes contre l’occupation romaine et de la destruction du Temple par Titus en 70. Au IIe siècle de notre ère, la communauté juive de Rome compte entre 40 000 et 60 000 membres pour une population de 800 000 habitants. Les juifs sont essentiellement des artisans, des médecins, des marchands, nombre d’entre eux étant des esclaves affranchis. Avec la christianisation progressive de l’Italie à partir du règne de Constantin (324-337), les conditions de vie des juifs se dégradent lentement et la communauté connaît des épisodes de conversions forcées et de persécutions ».

Le Moyen Âge 
« De la fin de l’Empire romain d’Occident en 476, et tout au long du Moyen Âge, la présence des juifs est attestée en Italie, principalement à Rome et dans le sud de la Péninsule, jusqu’à leur expulsion de ces derniers territoires entre 1492 et 1541. Aux XIVe et XVe siècles, les juifs se déplacent progressivement vers le nord de l’Italie, notamment à Venise, Ferrare, Mantoue, Florence et Ancône, où ils sont rejoints par des juifs venus d’Allemagne, de France et d’Espagne ».

La Renaissance 
« À partir du XVIe siècle, les juifs d’Italie voient alterner des périodes de tolérance et de ségrégation, sans que les persécutions n'atteignent l’ampleur de celles qui les frappent dans le reste de l’Europe. Bien que tenus à l’écart, les juifs italiens entretiennent des rapports généralement harmonieux avec le reste de la population. Ils sont expulsés à plusieurs reprises, mais l’Italie étant alors constituée d'une mosaïque d’États indépendants – républiques, duchés, principautés et États pontificaux –, les fugitifs peuvent passer de l’un à l’autre, et parfois revenir quand la situation le permet ». 
« L’année 1516 marque un tournant dans l’Histoire avec la création du premier ghetto à Venise. Un deuxième verra le jour à Rome en 1555. À partir de cette date et jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les juifs d’Italie seront contraints de vivre dans des ghettos selon l’injonction papale de 1555, sauf à Livourne. Dans cette cité, ils jouissent depuis 1591, grâce à la politique d’accueil des Médicis, d’un statut privilégié leur assurant une grande liberté. Néanmoins, en dépit de cette ségrégation, la vie culturelle et intellectuelle dans les ghettos italiens est florissante ». 

Du XVIIIe siècle à nos jours 
« Au XVIIIe siècle, le « vent nouveau » du siècle des Lumières souffle en Italie. Des réformes en faveur des juifs sont engagées par les souverains et seigneurs locaux. L’arrivée des troupes de Bonaparte, puis, après la Restauration, le mouvement du Risorgimento (auquel les juifs italiens participent activement), puis l’unification de l’Italie en 1861, libèrent définitivement les juifs des ghettos et organisent leur émancipation dans toute la Péninsule ». 
« À la fin du XIXe siècle, les juifs italiens font pleinement partie de la vie sociale et politique du jeune État italien, jusqu’à l’accession au pouvoir de Benito Mussolini, de la promulgation des lois raciales en 1938 et de la tragédie qui s’ensuit. Près de sept mille quatre cents juifs italiens ne survivront pas aux persécutions de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, l'Italie compte environ quarante-cinq mille juifs et vingt et une communautés officielles, les plus importantes étant celles de Rome et de Milan ». 


Du 20 mars au 22 septembre 2019 
Au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme 
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 86 65
Mardi, jeudi, vendredi de 11 h à 18 h. Mercredi de 11 h à 21 h. Samedi et dimanche de 10 h à 19 h.
Visuels :
Affiche
Rituel de prières avec Haggadah (récit de la Pâque) 
Ferrare, 1520 
© BnF  

Psaumes avec Targoum, Massore et commentaire de David Qimhi 
Italie du Nord (Alessandria della Paglia ?), vers 1470-1480
© BnF

Maïmonide, Guide des Egarés dans la traduction de Samuel ibn Tibbon 
Ferrare, vers 1470 
© BnF 

Contrat de mariage entre Michel fils de Juda Alatrini et Rica, fille de Moïse de Trieste
Padoue, 14 décembre 1668
© BnF

Herbier médicinal
Italie, vers 1500
© BnF

À qui veut faire une bonne lessive 
Italie, XVe – XVIe siècle, yiddish avec termes italiques 
© BnF

Asher ben Jehiel, Abrégé du Talmud
Milan, vers 1480
© BnF

Textes médicaux
Provence, peintures : Italie du Nord, vers 1440-1450
© BnF

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Les citations sont extraites du dossier de presse.

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