dimanche 3 décembre 2017

« Les Galeries Lafayette, Paris » par Elke Werry


Dans la série documentaire « Les grands magasins, ces temples du rêve » (Die großen Traumkaufhäuser), « Les Galeries Lafayette, Paris » est un documentaire réalisé  par Elke Werry. Fondés par des commerçants et mécènes juifs alsaciens, Théophile Bader (1864-1942) et son cousin Alphonse Kahn  (1864-1927), Les Galeries Lafayette ont innové par leur concept de « bazar de luxe », leur architecture moderne et leur diffusion internationale.  Le 6 novembre 2017, le conseil municipal de la mairie du IXe arrondissement de Paris a décidé unanimement de dénommer Place Théophile Bader une place parisienne.

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« Les Galeries Lafayette, Paris », par Elke Werry
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C’est un nouvel exploit d’Arte. La chaîne franco-allemande publique présente les deux volets de la série documentaire « Les grands magasins, ces temples du rêve  » d’Elke Werry sans mentionner la judéité de leurs fondateurs !?

Réalisatrice de la série documentaire « Bazars d’Orient » présentant notamment « Bazar d’Orient. Jérusalem » (Basare Der Welt), Elke Werry s’intéresse aux grands magasins apparus en Europe dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

Concept et architecture novateurs
En 1893, Théophile Bader (1864-1942) et son cousin Alphonse Kahn (1864-1927) deux cousins commerçants juifs alsaciens détenteurs d’un savoir-faire dans la confection, ouvrent un magasin de nouveautés à Paris.

Un an plus tard, en 1894, au 1 de la rue La Fayette, ils ouvrent leur premier magasin d’une superficie de 70 m². Son nom ? Les Galeries. L’emplacement s’avère idéal : proximité de la gare Saint-Lazare et de l’Opéra. Il s'agrandira par l'îlot voisin. Une hélice transporte les colis.

Ils imaginent un bazar proposant des articles de luxe. Une formule novatrice qui rencontre un grand succès auprès des consommateurs découvrant les produits – mercerie, prêt-à-porter, maroquinerie, bijoux, décoration, linge de maison, papeterie, etc. - de différentes marques dans leurs stands, et à prix fixes.

En trois ans, les deux associés achètent tout l’immeuble et dénomment l’ensemble « Galeries Lafayette ».

A la charnière des XIXe et XXe siècles, apparaît la figure de La Parisienne, bourgeoise élégante, légère, consumériste et spirituelle. Sa statue accueille les visiteurs à l'Exposition universelle de 1900.

1905 marque l’achat des immeubles des 38, 40 et 42 boulevard Haussmann ainsi que le 15 de la rue de la Chaussée d’Antin.

En 1912, dotées de cinq étages, les Galeries Lafayette se dotent d’une grande coupole Art Nouveau conçue par Fernand Chanut, inspirée du style byzantin, tamisant la lumière dorée à 33 mètres de hauteur. Fer et verre constituent deux matériaux essentiels privilégiés par l'architecte.

Catalogues et publicités entretiennent la curiosité des clients potentiels. Les droits à l'échange, de toucher et comparer attirent. Une mode à petits prix, parfois sous la marque des Galeries Lafayette démocratise le luxe.

Ayant ajouté aux rayons Mode ceux dédiés à l’ameublement et aux jouets, Les Galeries Lafayette essaiment des succursales dès 1916 à Nice puis outre-mer à Londres (1920) et à Casablanca.

Sous le régime de Vichy, la société est « aryanisée » : Théophile Bader, Raoul Meyer, Max Heilbronn, les administrateurs du magasin et 129 employés juifs sont forcés de démissionner. Les familles Bader, Meyer et Heilbronn sont spoliés de leurs biens. Grâce à la bienveillance de l’Occupant allemande nazi, le groupe Les Galeries Lafayette sont placés sous la direction du Suisse Aubert et de l’industriel français Harlachol. Heilbronn et Meyer entrent dans la résistance. Paralysé, Théophile Bader décède à Paris en 1942. Interpellé par la Gestapo, Max Heilbronn est déporté au camp nazi de Buchenwald. Après ses actions clandestines, Raoul Meyer contribue grandement à la libération de Paris en 1944.

Le 20 septembre 1944, un conseil d’administration particulier des Galeries Lafayette renvoie Aubert et Harlachol et remet Les Galeries Lafayette à Raoul Meyer, dans l’espoir du retour de Max Heilbronn qui retourne en France en avril 1945.

Pour inaugurer le plus grand escalator d’Europe, Edith Piaf chante en 1951 devant les Galeries Lafayette du boulevard Haussmann.

L'exposition du blanc veut inciter les clients à acheter dans le plaisir après les grands achats de Noël et du Nouvel An et avant Pâques.

Le prêt-à-porter triomphe dans les années 1960, et les grands magasins constituent un lieu de distribution pour de nombreuses marques nées dans les années 1950 et promouvant des tissus pratiques.

En 1971, Les Galeries Lafayette ouvrent leurs portes dans un centre commercial, à Rungis-Belle Epine.

Dans Les Chinois à Paris de Jean Yanne (1974), Les Galeries Lafayette sont transfomées en Quartier Général des Chinois, et dans Peur sur la ville, Henri Verneuil a filmé la poursuite sur les toits du magasin d’un assassin par Jean-Paul Belmondo.

Les Galeries Lafayette demeurent le dernier grand magasin français dirigé par les descendants directs de leur fondateur. Leur magasin situé boulevard Haussmann a attiré en 2009 environ 25 millions de visiteurs sur une surface de 70 000 m². En 2014, son chiffre d’affaires s’est élevé à 1,8 milliard d’euros.

« Depuis cinq générations, la maison familiale contribue au lancement de nouvelles tendances et résiste vaillamment au passage du temps », en accroissant depuis quelques décennies l’offre d’articles de luxe situés principalement dans le lieu de plus grand passage : le rez-de-chaussée et en soulignant la présence de ses créations pour la jeunesse sous les marques Cadet Rousselle, Kid’s Graffiti, Jodphur et Version Originale.

Alors que le groupe Galeries Lafayette a fermé depuis 2004 six enseignes en province – Châteauroux, Thionville -, il a ouvert des magasins Galeries Lafayette à l’étranger : Berlin (1996), Dubaï (Emirats Arabes unis), Jakarta (Indonésie), Doha (Qatar), Istanbul (Turquie).

Il reçoit chaque jour plus d’un million de visiteurs dans ses 280 magasins et ses sites e-commerce. Il « a pour vocation de participer au rayonnement de l’Art de Vivre à la française ». Plus d'un tiers  des vêtements est vendue à l'étranger.

Il conçoit ou accueille des événements, tel un défilé de mode d'un collectif de jeunes créateurs. Une griffe qui entend habiller les "cosmopolites en phase avec leur époque, mais chèrement". Sans rapport avec la beauté ou l'élégance. Mais les "invités sont ravis".

« Découverte des coulisses de ce haut lieu de la mode à la française, qui attire chaque année des millions de clients du monde entier », et notamment des touristes de Chine - la clientèle asiatique est en développement - et des Etats-Unis.

Plus d'un tiers des articles sont vendus à l'étranger.

Guillaume Houzé, un dirigeant du groupe, évoque "cinq révolutions du commerce" depuis la fondation de l'enseigne et le choix d'une "approche omni-canal", une "réponse pour faire des magasins des lieux de vie et de partage dans lesquels on aime revenir". "Une culture du shopping bien ancrée dans le quotidien".

Le "site touristique le plus visité à Paris après la Tour Eiffel" avec 37 millions de visiteurs par an. Et 18 000 m² de surfaces de ventes. Une galerie des galeries vise à informer les clients sur l'art contemporain. Les images d'une des expositions dans cette galerie se révèlent hideuses, trahissent un objectif prétentieux.

Le 6 novembre 2017, le conseil municipal de la mairie du IXe arrondissement de Paris a décidé unanimement de dénommer Place Théophile Bader une place parisienne.

« Les Galeries Lafayette, Paris », par Elke Werry
53 min
Sur Arte le 12 février 2017 à 14 h 15, 4 juin 2017 à 18 h 10 et 25 juin 2017 à 2 h 25

Visuels :
Ouvert en 1894 comme une entreprise de lingerie, transformé en 1912 en un magnifique dôme, le grand magasin Galeries Lafayette est toujours considéré comme l'épicentre de la mode.
Le grand magasin Galeries Lafayette est un lieu avec un grand passé, une présence attractive et une référence souvent photographiée de Paris
Vue du dôme « Art nouveau » des Galeries Lafayette
Ascenseur « Art nouveau » des Galeries Lafayette
Vitrines d'été des Galeries Lafayette
© Elke Werry

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Les  citations proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 12 février 2017, puis le 4 juin 2017.

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