Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

lundi 12 décembre 2022

Le Judaïsme et les Juifs, marginalisés, oubliés ou occultés du « Récit national » ?

La présence juive est attestée en France depuis plus de 2000 ans, et les contributions des Juifs à l’économie, à la politique, à la culture, aux sciences y s’avèrent indéniables. Pourtant, le Judaïsme et les Juifs sont quasi-absents du « récit national » ou du « roman national » véhiculés dans des programmes et manuels scolaires ainsi que dans les narratifs d’expositions de musées français. Analyse de cette « tache aveugle » aux enjeux majeurs, historiographiques, historiques, idéologiques, politiques et Juifs. Cet article est le texte de ma récente conférence pour la Loge Tsedek du B'nai B'rith France. J'évoquerai ce thème lors de mon interview par André Barmoha sur Radio Chalom Nitsan le 13 décembre 2022.

Une partie de cet article a été traduit en anglais "Ungrateful France’s ‘national narrative’ ignores the Jewset publié sur le blog de Lyn Julius Point of No Return

Le MRAP débouté de sa plainte contre Laurent Dominati
Un sondage français biaisé sur l’évolution de la relation à l’autre 
La Présidence Hollande, les gouvernements Ayrault, Valls et Cazeneuve, c'était bien pour les Français Juifs ? 

Vers 2004, après des attentats terroristes islamistes en Israël et en Europe, la grande synagogue de la rue des Victoires à Paris a accueilli un office de prières à la mémoire des victimes. Deux journalistes couvraient l'évènement : une journaliste de 25-30 ans, vraisemblablement chrétienne, mandatée par l'AFP (Agence France Presse) et moi, alors correspondante de l'agence de presse israélienne Guysen International News. Impressionnée par le style, les vitraux, les moulures, boiseries et marbres de cet édifice, cette journaliste m'a interrogée : "Cette synagogue était auparavant une cathédrale ?" "Non", ai-je répondu en rappelant l'histoire de cette synagogue. Puis je lui ai demandé pourquoi elle avait pu penser à une conversion d'un édifice catholique en synagogue. Elle m'a alors répondu : "Quand je me rends dans des pays étrangers, parfois je visite des mosquées qui étaient auparavant des églises..."

Cette anecdote personnelle illustre les résultats de l'absence des Juifs et du Judaïsme du "récit national", l'histoire élaborée par un pays sur son passé et véhiculée dans les manuels scolaires ou des musées français. Quant au "roman national", ce narratif présente cette histoire en exaltant le "génie français", en glorifiant ses grands personnages, en magnifiant ses évènements majeurs. Tous deux contribuent à forger l'identité française.

En typographie française, les noms de religions et leurs fidèles prennent des minuscules : judaïsme, christianisme, musulmans, bouddhistes, etc. Par contre, quand on envisage un peuple ou une civilisation, on recourt à une majuscule : le Judaïsme, les Américains... De même, la majuscule est obligatoire pour désigner celui qui assure une fonction religieuse : le Pape, le Cardinal.

Un paradoxe français
C’est un paradoxe français. 

Les découvertes archéologiques attestent de la présence juive en France depuis plus de 2000 ans. Dès le Moyen-âge, les Juifs sont présents dans les archives françaises royales et « dans des centaines de communes » à la toponymie claire : rue aux Juifs, Carriera de la juderia, rue de la juiverie qui se distingue du ghetto... Les habitations des juifs se trouvaient souvent au centre des villes, près des lieux de pouvoir, et au voisinage de chrétiens. De plus, les Juifs ont joué un rôle important dans l’essor économique (prêt d’argent aux souverains, commerce du chocolat, développement du chemin de fer), urbanistique, scientifique ou culturel de la France.

Et pourtant, dans le « roman/récit national » relaté dans les manuels scolaires, les Juifs n’apparaissent pas comme une caractéristique « significative de l’histoire » de France, leur présence demeure épisodique, marginalisée, parfois ignorée. 

Dans leur tribune « Les juifs en France, une présence oubliée  » (Le Monde, 16 janvier 2010), Laurence Sigal-Klagsbald, alors directrice du musée d'art et d'histoire du Judaïsme (mahJ) à Paris, et Paul Salmona, alors directeur du développement culturel à l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), avaient déploré : « Les juifs du Moyen Age n'appartiennent pas à la communauté nationale et n'ont pas leur place dans l'histoire de France. Les représentations conventionnelles font d'eux un corps étranger, un Autre dont l'exclusion est un fait "normal", donc inexorable ».

Et en 2019, Paul Salmona, devenu directeur du mahJ, a organisé avec Claire Soussen, médiéviste, le colloque « Le judaïsme : une tache aveugle dans le récit national ?  » aux actes publiés par Albin Michel en 2021 et aux tables-rondes enregistrées par Akadem : « Un important patrimoine monumental (juiveries médiévales, synagogues désaffectées, cimetières…) est mal entretenu et mal mis en valeur, lorsqu’il n’est pas en totale déshérence… L’« histoire de France » fait presque toujours l’impasse sur la présence juive, sa spécificité dans l’histoire européenne comme sur son apport particulier à l’identité de la France ».

Cette absence s'avère une « exception française ». En effet, dès le XIXe siècle, l’Espagne a considéré « la présence juive comme une donnée fondamentale de l’histoire de la société ibérique médiévale, et [a] appréhendé l’expulsion de 1492 puis la persécution des Marranes comme une perte majeure pour la civilisation hispanique ». (ibid)

Programmes et manuels scolaires
Depuis quelques décennies, le B’nai B’rith France, l’association PEREC, des historiens et des sociologues ont analysé des programmes et des manuels scolaires français, de l’école primaire au lycée. 

Le professeur Shmuel Trigano et Barbara Lefebre ont organisé en 2006 le colloque « L’image du Juif dans l’enseignement scolaire » dans le cadre du Collège des études juives de l’Alliance israélite universelle (AIU) qui, avec les éditions du NADIR, en a publié les actes. 

Dans l’Antiquité, hommage est rendu à ce « petit peuple », « premier peuple monothéiste de l’Histoire » (Nathan, 2004). Le judaïsme est une religion « antique ». La « filiation judaïsme/christianisme n’est pas occultée, mais elle reste souvent évasive. Rares sont les manuels qui mentionnent que les premiers disciples de Jésus et les premiers chrétiens étaient juifs, comme lui ». Tous « insistent sur le « message d’amour » de Jésus, qui serait né en « Palestine » au lieu de Judée ou de Canaan (Nathan 2004, Hachette, Hatier), mais prêche « en Israël » !? Ces manuels reprennent sans distance le récit des Evangiles : universaliste, « le christianisme corrige des éléments de la Loi juive ». 

Au Moyen-âge ? Rien sur les apports des juifs à la civilisation occidentale (Rachi, Spinoza, Kabbale née dans le Languedoc), sur leur expulsion en 1306 de France et en 1492 d’Espagne, sur les victimes juives des Croisades. Par contre, le mythe al-Andalus est véhiculé (Nathan 2001). Il s'agit d'une double mythe : celui de la coexistence harmonieuse interreligieuse sous domination islamique et celui d'une dette de l'Occident envers le monde arabo-musulman qui aurait assuré la transmission du savoir grec. Ajoutons que l’Andalousie musulmane appliquait le "rite malékite, un des plus sévères de la jurisprudence islamique".

Sur la Révolution française, ne figure aucune mention de l’émancipation des Juifs en 1791 ou des institutions juives établies par l’empereur Napoléon 1er.

Quant à l’Affaire Dreyfus, c’est une « passion politique » (Belin). Le mot « antisémitisme » n’apparait pas (Belin, Nathan) ; le capitaine Dreyfus est « d’origine juive ». Les illustrations : la scène de la dégradation du capitaine aux Invalides, mais pas la photographie de la réhabilitation de l’officier, et le dessin de l’antidreyfusard Caran d’Ache sur le repas dont les convives sont divisés sur cette affaire.

La Shoah est illustrée par des caricatures antisémites aux légendes neutres et par des images d’Aryens blonds, sympathiques. Or, souvent les élèves étudient seuls les documents des manuels.

Enfin, sur le « conflit israélo-palestinien », Jérusalem est présentée uniquement comme « lieu saint musulman  », le plan de partage onusien aurait prévu  un Etat Juif et un « Etat palestinien » (sic)…

Financée par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah (FMS), une enquête a été menée auprès de 25 collégiens scolarisés dans des établissements de milieu pavillonnaire, de ZEP et privé catholique. Certains élèves non musulmans ont exprimé de la sympathie pour les Juifs victimes. Des collégiens ont commenté les illustrations de ces manuels en exprimant des clichés antisémites : les Juifs sont différents, intrinsèquement ou volontairement, ont un lien avec l’argent et instrumentalisent la Shoah pour rallier « les gens à leur cause ».

Concours de l’agrégation
Un rapport du jury du concours de l’agrégation d’histoire en 2019 et 2020 résume l’avis de correcteurs de copies. 

En 2019, dans le cadre du thème « Le Proche et le Moyen Orient de 1839 à 1991 », les étudiants ont planché sur ce sujet de dissertation : « Modernisation et occidentalisation au Proche et au Moyen-Orient de 1839 à 1914 ». Le jury se réfère à Jacques Berque et Edward Said, omet le mot « Juif » et écrit : « Certains exemples étaient déconnectés du sujet comme le sionisme et ont été « plaqués » à mauvais escient » (!?) Or, les juifs émancipés ont joué un rôle dans ce double mouvement, et le sionisme a mis en valeur des terres abandonnées, contribué à l’essor économique de cette terre de l’Empire ottoman.

En 2020, des documents étaient proposés dans le cadre du sujet d’Histoire médiévale  du concours interne : « Chrétiens, juifs et musulmans. Pouvoirs et minorités dans l’espace méditerranéen (XIe-XVe siècles) ». Le jury présente la vision islamique des Croisades : les musulmans auraient défendu le « dar al-islam ». Point de « djihad », mais une « contre-croisade islamique à partir du milieu du XIIe ; la date importante est 1187 : prise de Jérusalem par Saladin ».

Manuel franco-allemand
En 2003, Jacques Chirac, alors Président de la République, et Gerhard Schröder, alors chancelier allemand, ont repris « l'idée lancée par le Parlement franco-allemand des jeunes, à l'occasion du 40e anniversaire du traité de l'Elysée » : créer un manuel d’Histoire franco-allemand.

De 2006 à 2011, trois manuels  d’histoire  commune franco-allemande pour les lycéens ont été publiés, en France par les éditions Nathan, afin de créer « une vision commune franco-allemande » sur l’Histoire depuis l’Antiquité.

Couvrant l'Europe et le monde de l'Antiquité à 1815 - près de deux mille ans ! -, le premier manuel ne respecte pas la chronologie dans la haute Antiquité : il fait apparaître le judaïsme en évoquant l'Histoire romaine. Ce qui rend peu intelligible le Judaïsme et cette Histoire.

Dans les deux autres volumes, le mot « sionisme » est absent du lexique et des « mots ou notions clés ». La judéité de Freud est celée.

Sur la Deuxième Guerre mondiale, les persécutions antisémites du régime de Vichy dans son empire colonial et les résistances juives sont absentes.

Le manuel de Terminale  présente « la création d’Israël en 1948 », et non sa recréation, « ses voisins arabes qui refusent de reconnaître le nouvel Etat » dont la judéité n’apparaît pas. Il poursuit sur « l’émergence du nationalisme palestinien chez les populations chassées par l’armée israélienne (1948), puis dont les territoires sont occupés par Israël (1967) ». La terminologie biaisée reprend celle de la propagande anti-israélienne : en droit international, il s’agit de territoires disputés ou contestés. Quid des appels de dirigeants Arabes exhortant les Arabes de la Palestine mandataire à quitter leur domicile ? Quid des menaces de « guerre d’extermination  » proférées le 11 octobre 1947 par Abdul Rahman Azzam Pasha, premier Secrétaire général de la Ligue arabe, au quotidien égyptien Akhbar al Yom si le plan de partage onusien de la Palestine mandataire était voté par l’Assemblée générale de l’ONU ? 

Dotée d’une légende neutre, la photo « L’Intifada ou guerre des pierres (1987) » montre des jeunes au keffieh brandissant le drapeau palestinien. Par contre, aucune photo d’attentats terroristes palestiniens en Israël.

Un tableau du dossier « Religion et société en Europe », dont la source est un ouvrage publié en 2005, indique pour dix pays européens, dont la France, la Grande-Bretagne et la Pologne, le pourcentage dans la population de catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans, mais pas des Juifs.

Dans ces manuels français et franco-allemands, on cherche en vain la mention de la recrudescence des actes antisémites depuis 2000 en France et l’exil d'environ un million de Juifs vivant dans le monde musulman, essentiellement des années 1940 aux années 1970. Un exode lié audit vote qui avait inspiré le discours comminatoire de Heykal Pasha, délégué égyptien, annonçant  au Comité politique de l’Assemblée générale de l’ONU : « La partition de la Palestine risque de créer dans ces pays un antisémitisme même plus difficile à extirper que celui que les Alliés étaient en train d’éradiquer en Allemagne… Les Nations unies pourraient être responsables du massacre d’un grand nombre de juifs ».

Plus de soixante ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, telle est l'histoire écrite et enseignée dans deux Etats piliers de l'Union européenne (UE), dont l'un est directement responsable de la Shoah. 

Curieusement, cette histoire n'a pas heurté les responsables politiques ou éducatifs en France et en Allemagne, ni les journalistes présents à la conférence de presse de lancement du volume sur l'histoire contemporaine. 

Plan Arabia
L’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture) promeut des vœux pour des manuels scolaires sans haine et favorisant l’esprit de paix.

Quant à l’ISESCO devenue l’ICESCO (Organisation du monde islamique pour l'éducation, les sciences et la culture), elle dépend de l’OCI (Organisation de la coopération islamique). 

Le Plan Arabia  de l’UNESCO vise à développer la culture arabe. Mis en œuvre en collaboration notamment avec l’ICESCO, il véhicule le mythe al-Andalus.

En 2015, l’UNESCO et l’ISESCO ont élaboré, dans le cadre de 2013-2022 : décennie du dialogue des cultures, l’« Etude comparative de manuels scolaires: document de travail dans le cadre du dialogue Euro-Arabe  » signée par Jacqueline Costa-Lascoux, membre du Haut conseil à l’intégration, et Janine d’Artois, Chargée de mission, Commission française pour l'UNESCO. 

Ce rapport de synthèse préconise d’analyser les manuels scolaires européens et arabes, puis de lister les stéréotypes et représentations erronées de part et d’autre de la Méditerranée afin de les combattre et les prévenir. 

Les objectifs ? « Renforcer le dialogue pour établir les bases d’un « vivre ensemble » fondé sur le respect mutuel, contribuer à l’élaboration par l’Unesco de sa stratégie sur les manuels scolaires en vue d’améliorer la qualité de l’éducation pour la promotion de la paix, des droits de l’homme, de la compréhension mutuelle et du dialogue interculturel ». Ce document relève en particulier la « difficulté de traiter de la question de la Palestine dans les manuels », la « richesse de la diversité culturelle ». 

Parmi ses préconisations : un « guide de l’enseignant sur le Dialogue Euro-Arabe ».

Facteurs explicatifs
La France révolutionnaire, républicaine, laïque a combattu l’influence du catholicisme. Elle demeure embarrassée par l’histoire des religions et face aux juifs qu'elle a pourtant émancipés. 

La religion a été perçue comme opposée à la raison, et composée d'idées ainsi que de pratiques révolues, rétrogrades. Et, par Karl Marx, elle a été considérée comme "l'opium du peuple".

La France a aussi craint de fragmenter la Nation en isolant les Juifs de son récit, avec le risque additionnel de sembler les en exclure. Le révolutionnaire Stanislas de Clermont-Tonnerre avait affirmé : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation, et tout accorder aux juifs comme individus. » Une phrase qui inspire encore la diplomatie française. Mais même comme individus, la patrie non reconnaissante les ignore dans son récit national.

Autres facteurs : une France européiste qui a nié les « racines juives et chrétiennes de l’Europe » (Jacques Chirac), qui a choisi le multiculturalisme, le relativisme culturel, la « repentance », l'instrumentalisation de l'Histoire perçue de manière anachronique au travers d'une grille morale, droitsdel'hommiste, « politiquement correcte », culpabilisant la France pour l'esclavage ou la colonisation – occultation du décret Crémieux -, et déclinant Eurabia. Les Juifs français sont pris en étau entre d'une part des « pédagogistes » qui « déconstruisent » l’Histoire, et, d'autre part, le « politiquement correct », le délitement de la Nation, des "élites" politiques européistes, les revendications des « racisés », et les déclinaisons d’Eurabia.

Des historiens juifs - Jules Isaac, co-auteur de manuels scolaires durant la première moitié du XXe siècle, et Marc Bloch -, se sont peut-être sentis dans une situation gênante d’écrire sur leurs coreligionnaires, et ont craint de susciter des critiques infondées les accusant de les privilégier.

Surtout, des générations d’historiens, dont les études ont escamoté les Juifs et le Judaïsme, reproduisent un « cercle pervers » d’ignorances, d'inculture religieuse, de partis pris, et d’incompréhension de la judéité, du Judaïsme ainsi que des Juifs.

D’où un récit inintelligible, malmenant parfois la chronologie, complété ou conforté par des médias, la diplomatie française et les réseaux sociaux. 

De cette invisibilité des Juifs et du Judaïsme dans le « récit national », de la représentation biaisée du conflit au Proche-Orient, résulte l’absence des Juifs dans l’imaginaire collectif français. Ce qui a induit l’isolement persistant des Français juifs, leur solitude douloureuse lors de la recrudescence du nombre d’actes antisémites consécutive au déclenchement de l’Intifada II à l’automne 2000. 

Les Juifs ne sont pas perçus par leurs concitoyens non-juifs comme un élément constitutif de la Nation française.

Rien dans l'enseignement n'a contrebalancé les discours de haine que des élèves ont pu entendre au sein de leurs familles, dans des mosquées, dans des télévisions par satellites ou par Netflix, etc. 

Et n’avoir pas initié des actions pour contrer ce double phénomène préjudiciable constitue un des échecs tragiques de dirigeants d’organisations juives françaises.  

C'est d'autant plus surprenant que le Grand Rabbin de Franc Haïm Korsia et le Président du Consistoire Central de France Me Elie Korchia se plaisent à évoquer leurs lectures. Cet avocat évoque d'ailleurs chaque vendredi matin, dans sa chronique sur Radio J, un livre qu'il a lu récemment et apprécié particulièrement. Quant au Président du CRIF Yonathan Arfi, il insiste dans ses interviews sur sa volonté de dialoguer avec la société civile française, mais de facto, il dialogue avec des dirigeants associatifs généralement déconnectés de la réalité.

Intégrer les juifs dans l’Histoire de France induirait le rappel des contributions des Juifs et de leurs liens avec la France, pas seulement avec Israël.

Cela permettrait aussi la transmission de mémoires familiales sépharades verrouillées par le mythe al-Andalus. Ainsi, un commerçant juif avait du quitter précipitamment Tunis après la guerre des Six-jours. Il me racontait les circonstances : "Quand la guerre a éclaté, des Tunisiens ont défilé, criant des slogans haineux envers les juifs qui, terrifiés, se cachaient chez eux. Ils ont pillé les magasins juifs... Parmi ces manifestants, j'ai reconnu mon ami d'enfance, mon voisin avec qui je prenais la kemia, l'apéritif, en fin de journée ! Quand je raconte cela à mes enfants, ils me disent, indignés : "Papa, arrête ! Tu parles comme Jean-Marie Le Pen". Et pourtant, c'était la réalité !" 

La France, ses dirigeants et ses citoyens Juifs veulent-ils dire une histoire qui contrecarre la doxa du « vivre ensemble », mantra du « politiquement correct » ? Le peuvent-ils ?

Gêne dans des expositions permanentes
Les élèves constituent un « public captif » pour les musées.

Dans l’exposition permanente du musée de l’Immigration, les Juifs figurent quasiment comme des immigrés parmi d’autres, tels ceux originaires d'Afrique sub-saharienne ou d'Asie du sud-est.

Au musée de Cluny - Musée national du Moyen Âge, la nouvelle scénographie apparaît gênée pour évoquer les Juifs dans le temps et dans l'espace.

Le futur musée-mémorial du terrorisme pose problème. En 2018, il est annoncé par le Président Emmanuel Macron : «  Cet espace de souvenir et de recueillement fera résonner la voix des victimes ». L'ouverture est prévue en 2027 à Suresnes (Hauts-de-Seine), près du Mémorial de la France combattante. Futur « lieu de mémoire » pour tous les attentats, ce musée-mémorial sera consacré aux attentats terroristes ayant frappé des Français depuis le "15 septembre 1974, date considérée comme le premier attentat aveugle en France », a précisé Henry Rousso, historien de la Deuxième Guerre mondiale, sur Radio J, le 26 novembre 2021. Ce musée devra répondre à des questions essentielles : combien d’attentats terroristes en France ? Quelle est la part des attentats terroristes antisémites ? Est-elle disproportionnée au regard du nombre de Juifs français ? Les Juifs constituent-ils une cible privilégiée des terroristes ? 
Or, cet attentat n'est pas "aveugle" : il a ciblé le drugstore Publicis, situé dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés (Paris), et qui appartenait au publiciste et résistant français juif sioniste Marcel Bleustein-Blanchet. Bilan : deux morts - François Benzo (27 ans) et David Grunberg (55 ans) - et 34 blessés. En 1979, le terroriste Ilich Ramirez Sanchez (alias Carlos), alors membre du FPLP, revendique cet attentat. Il est reconnu coupable et condamné en France (1997, 2011, 2013). Cet attentat a été organisé pour obtenir la libération par la France de Yoshiaki Yamada, terroriste de l'Armée rouge japonaise, liée au Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP),  arrêté en juillet 1974 à l'aéroport d'Orly par la police française alors qu'il venait de Beyrouth et portait avec lui une mallette contenant des documents sur des attentats projetés en Europe par ce groupe terroriste. Le 17 septembre 1974 : Yoshiaki Yamada est libéré et un Boeing 707 long-courrier est mis à la disposition des preneurs d'otage. L'historien Henry Rousso considère que rien ne prouve le caractère antisémite de l'attentat. 

Quant aux attentats terroristes islamistes du 13 novembre 2015, ils ont été présentés à tort, mais sciemment par le Président François Hollande et son gouvernement dirigé par le Premier ministre socialiste Manuel Valls, puis par la classe politico-médiatique française et même par la communauté Juive française institutionnalisée, comme ayant visé toute la France, indistinctement. Pour favoriser l'unité nationale face à l'Etat islamique (ISIS) ? Pour éviter tout questionnement à l'égard de l'inaction fautive face aux menaces d'attentats, notamment par « Jaish al-Islam », l'Armée de l'islam, à l'égard du Bataclan ? Le justice a instruit et condamné sans retenir le grief d'antisémitisme. Mais une vérité judiciaire ne correspond pas forcément à la vérité historique.
Plusieurs arguments factuels militent dans le sens d'un attentat antisémite. Cette salle de spectacles était un lieu de spectacles menacé par les islamistes pour son accueil de soirées en solidarité avec l'Etat Juif - soirées, notamment en faveur des Magav, police israélienne des frontières - et dont les propriétaires étaient jusque récemment des Français Juifs. 
Après les attentats terroristes islamistes du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis, Philippe Cohen-Grillet, journaliste et auteur de « Nos années de plomb - Du Caire au Bataclan : Autopsie d'un désastre », révélait dans Le Canard enchaîné que, « malgré le déni et les mensonges du gouvernement, la justice française était au courant de menaces contre le Bataclan", car « le patron est un Juif qui finance l’armée israélienne » (Dude Hoxha) depuis 2009 - attentat à l'explosif au Caire (Egypte) - "et que rien n'avait été fait ». Ni information des propriétaires de la salle de concerts, ni protection policière du lieu, ni recherche des plans du bâtiment. En outre, en juillet 2015, le groupe The Eagles of Death Metal, qui se produisait ce 13 novembre 2015 au Bataclan, avait donné un concert à Tel Aviv, malgré l’appel au boycott de l’Etat d’Israël de Roger Waters, co-fondateur du groupe Pink Floyd (The Jerusalem Post, 13 juillet 2015). Par ailleurs, en novembre 2015, le communiqué de l’Etat islamique (ISIS) revendiquant la série d’attentats, débute par la sourate 59, verset 2 du Coran qui vise les Juifs. De plus, le 13 novembre 2017, lors de l'émission Les Grandes Gueules sur RMC, Alain Marsaud, ancien chef du service central de lutte antiterroriste au parquet de Paris, a déclaré : "Nous avons un enregistrement complet de ce qui s'est passé au Bataclan... Les terroristes du Bataclan disaient, avant d'assassiner, de tirer au coup par coup : "Tiens espèce de sale juif’ !" Chez ces gens venus de Molenbeek ou passés par le circuit Grèce, on a un antisémitisme latent aussi dans l'affaire du Bataclan. Il n'y a pas que l'Hypercacher". Enfin, des attentats terroristes islamistes ont été conçus pour survenir dans plusieurs lieux quasi-simultanément : à Mumbai - 26 au 29 novembre 2008, dans deux hôtels de luxe, au restaurant touristique populaire Léopold Café, à l'hôpital Cama, au centre communautaire juif Loubavitch à Nariman House où le rabbin Holtzberg et sa femme ainsi que plusieurs autres personnes sont torturés et assassinés -, et à Copenhague (Danemark) les 14 et 15 février 2015 : y étaient visées la conférence publique « Art, blasphème et liberté d'expression », hommage aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo du 7 janvier 2015, et la grande synagogue de Copenhague. 

Le Musée-mémorial du terrorisme est doté d'un Observatoire d'orientation présidé par François Molins. "Le 7 avril 2017, 3 jours après l'assassinat de Sarah Halimi, née Attal, le procureur de Paris François Molins a reçu des dirigeants d’organisations juives françaises pour faire part de sa prudence à l'égard de la qualification d'antisémitisme : il a récusé le caractère antisémite du meurtre. Un message répercuté avec célérité, dans les médias juifs et via les réseaux sociaux, par ces organisations juives françaises auprès de leurs coreligionnaires sur le mode : "Soyons prudents. Rien ne permet d'affirmer le caractère antisémite de l'assassinat, et blablabla". Certes, mais rien ne permettait d'infirmer ce caractère antisémite. Et au contraire, les déclarations des proches de la victime attestaient d'actes antisémites ayant visé Sarah Halimi et sa fille.

Il est à craindre que ce musée-mémorial ne soit "politiquement correct" ou "islamiquement correct". Quels actes seront définis comme attentats terroristes - en Israël, le jet de pierres est considéré avec raison comme un attentat terroriste, et en France comme une "incivilité" ? Combien d'actes terroristes recensera-t-il ? En vertu de quels critères ?  Désignera-t-il l'idéologie meurtrière des attentats les plus meurtriers ? Si oui, comment : fondamentalisme, barbarie, obscurantisme, islam politique, islamisme, islam radical, islamisme radical ? Qualifiera-t-il ces deux attentats décrits supra d'antisémites ? Liera-t-il des attentats terroristes antisémites au conflit né du refus d'un Etat Juif dans son berceau historique, biblique, par des Etats et entités musulmans, ou à la présentation partiale de ce conflit par des politiciens, diplomates, médias ou ONG ?

Des expositions temporaires partiales
Dans les expositions temporaires des musées, la partialité apparaît préoccupante :
« André Kertész » en 2011 au Jeu de Paume qui n’indiquait pas sa judéité. Commissaire de l’exposition, Michel Frizot a reconnu que cet artiste était Juif et ne cachait pas sa judéité ;
« Rembrandt et la figure du Christ  » au Louvre en 2011. Rembrandt a pris pour modèle vraisemblablement un jeune Juif. Au Louvre, la signification de ce choix était très minorée. Or, elle est d'autant plus exceptionnelle, voire révolutionnaire à cette époque et par ce qu'elle implique d'acceptation de la judéité du Christ, de volonté de l'artiste de se rapprocher de l'authenticité. Par contre, au musée d'art de Philadelphie, destination suivante de cette exposition itinérante, les relations entre Rembrandt et les Juifs d'Amsterdam ainsi que la vision et la représentation des Juifs de la Bible ont été plus développées.
« L’Outre-mer dans la DGM  » (Musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris – musée Jean Moulin, 2011). Musée de la Libération, 2019 : le récit minorait le rôle éminent à Alger de José Aboulker lors de l’Opération Torch. Sylvie Zaidman, conservatrice en chef du patrimoine, directrice du Musée.
« Comme en 40  » (Musée de l’Armée, 2020-2021). L’historien Marc Bloch, co-fondateur et dirigeant avec Lucien Febvre des Annales d’histoire économique et sociale, et le juriste René Cassin, n’étaient pas signalés comme juifs ; le chapeau des troupes "indigènes" était bien mis en valeur.
« Portraits de France - Une autre histoire de France » (Musée de l'Homme , 2022). Sous le haut patronage du Président de la République Emmanuel Macron. 
Le 4 décembre 2020, Emmanuel Macron avait déclaré au média Brut qu’il souhaitait qu’une liste de « 300 à 500 » personnes issues des Outre-Mer, des anciennes colonies ou de l’immigration soit rendue publique afin d’aider notamment les maires à renouveler les noms des rues ou des bâtiments publics et qu’une plus juste représentation de l’histoire française soit visible dans l’espace public." En 2021, étaient publiés Portraits de France par Pascal Blanchard, membre du Conseil scientifique, avec 318 fiches biographiques. Et l’exposition « politiquement correcte » opérait des amalgames choquants, instrumentalise l'Histoire à des fins idéologiques et occulte des pans historiques gênant son narratif biaisé.
La période "1939-1945 - La Seconde Guerre mondiale et ses « autres » est illustrée notamment par Alfred Nakache, Mamadou Addi Bâ, né en Guinée, résistant, maquisard surnommé par les Allemands le « terroriste noir » (Der schwarze Terrorist), et Missak Manouchian !? Or, Alfred Nakache, « né en Algérie », était un citoyen né français - juif, il bénéficiait du décret Crémieux (1870) - dans un département français, et a été persécuté, déporté parce que juif. Pourquoi ne pas l'avoir indiqué ? Et ce d'autant que Raoul Diagne est « né en France (Guyane) ».
Dans la partie "1981-1989 L’élan multiculturel, nouvelles visibilités", Françoise Giroud est présentée comme "née en Suisse". Si française par son style, cette journaliste et Secrétaire d'Etat juive assimilée, se serait-elle reconnue comme représentante d'un « élan multiculturel » ? Elle n'a jamais revendiqué un quelconque « multiculturalisme ».
Dans la partie « 1989-2001 La génération Black-Blanc-Beur, joies et vicissitudes » : le chanteur et compositeur français Henri Salvador et la photographe Gisèle Freund.
Cette exposition souligne l'engagement bénéfique pour la France de « personnalités incarnant la diversité française ». Louable intention. Mais quid de la Légion nord-africaine (LNA), dénommée aussi Brigade nord-africaine (BNA) et Phalange nord-africaine, collaboratrice des Nazis, qui comptait dans ses rangs des musulmans originaires d'Afrique du Nord et habitant en Ile-de-France et luttait contre la résistance intérieure française ? « Ce n'est pas l'objet de l'exposition », me répondrez-vous. OK, mais quand la France évoque-t-elle ces thèmes sensibles, dérangeants ?

 « Il était une fois l'Orient-Express  » (Institut du monde Arabe, 2014). Dans une carte : la « Palestine » entre le Liban et Israël en 1952.

 « Lieux saints partagés. Coexistences en Europe et en Méditerranée  » (Musée de l’immigration, 2017-2018). Benjamin Stora, historien, était le président du conseil d’orientation du Palais de la Porte Dorée. Abraham était  présenté comme « un des pères fondateurs des religions monothéistes », or le patriarche biblique Abraham n'est pas le prophète Ibrahim islamique. Le Caveau des Patriarches était localisé à « Hebron, Palestine » ou en « Cisjordanie », la Basilique de la Nativité à Bethléem en « Palestine », même pour décrire une photographie datant de la fin du XIXe siècle. Le cartel d’ne photographie de la barrière de sécurité anti-terroriste l’appelait uniquement « mur de séparation » !

 « Juifs d’Orient  » (IMA, 2021-2022). L'exposition déroule un narratif « islamiquement correct », agréé par des dirigeants politiques et d’organisations juives français, véhiculant largement le mythe al-Andalus, ignorant l'antisémitisme et l'antijudaïsme islamiques, minorant ou édulcorant la dhimmitude, occultant la collaboration entre dirigeants musulmans et nazis, déformant les raisons de l’exode des Juifs d’Orient, les Dönme, des juifs devenus musulmans au XVIIe siècle à la suite de la conversion du kabbaliste Sabbataï Tsevi qu'ils considéraient comme le Messie, mais conservant secrètement des coutumes juives à Salonique, en Turquie. 

 « Juifs et musulmans, de la France coloniale à nos jours  » (musée de l’Immigration, 2022). Au fil de ses livres et expositions, Benjamin Stora diffuse son narratif peu convaincant, minorant ou édulcorant la dhimmitude. L'exposition était centrée sur l'Algérie. Aboutissement du mythe al-Andalus : les victimes françaises juives de meurtriers musulmans depuis 2000 ne sont pas nommées, leur nombre est occulté, et leurs portraits sont absents. L'affaire al-Dura est dissimulée... 

  « Histoire des Séfarades, des Conversos, et de leurs descendants », exposition itinérante du Musée du Peuple Juif - Beit Hatfutsot (ANU – Museum of the Jewish People), présentée en octobre 2022 au Centre européen du Judaïsme (CEJ). Les commissaires de l'exposition, des universitaires israéliens, ont imposé eux aussi le mythe al-Andalus.

Le mahj
Dans une tribune, Paul Salmona exprimait le souhait qu’après un attentat terroriste visant des Juifs, les dirigeants politiques se rendent au mahJ, et pas systématiquement au Mémorial de la Shoah.
 
L'exposition « Juifs d’Algérie  » (2013) omettait l’antijudaïsme musulman et l’antisémitisme islamique.

Le livre « Art et histoire du Judaïsme. Un abécédaire » (mahJ/Flammarion) commente des thèmes juifs en les illustrant par un objet de la collection du mahJ. On constate que l'antisémitisme est associé à Drumont et à Faurrisson). La définition des dhimmis : ils « ont vécu en terre d’islam », sans guillemet, des « siècles d’histoire commune avec les musulmans » ! 

« Le mahJ travaille actuellement, avec le soutien du ministère de la Culture et de la Ville de Paris, à un projet de refonte, qui permettra de repenser entièrement son parcours permanent, pour mieux inscrire l’histoire des juifs de France dans le récit national et donner aux expositions temporaires un espace adapté à leur ambition ». 

Le Mémorial de la Shoah
L'exposition permanente évoque le sort des Juifs en Algérie et en Tunisie. Mais aucune exposition temporaire n'a évoqué l'histoire globale des Juifs dans les Outremers européens - France, Pays-Bas, Grande-Bretagne, Belgique - durant la Deuxième Guerre mondiale. Pourquoi ? Parce que le Mémorial de la Shoah a une conception restrictive de la France - la France métropolitaine - et omet l'Algérie, les protectorats et autres territoires de l'empire colonial français. Ainsi, « Regards sur les ghettos » (2014) omettait les mellahs du Maroc où des Juifs ont été contraints de s'entasser durant la Deuxième Guerre mondiale. Et aussi peut-être parce que cela amènerait à évoquer la propagande nazie vers le monde Arabe, l'enthousiasme de musulmans d'Egypte ou de la Palestine mandataire devant l'avancée nazie, la collaboration étroite entre dirigeants nazis et musulmans, le statut des Juifs appliqués par décrets beylicaux, le rôle d'un administrateur judiciaire musulman en Algérie, etc.

Dans l'exposition « Homosexuels et lesbiennes dans l’Europe nazie  » (2021), rien n'était dit sur l'historien Jules Isaac renvoyé par Albert Bonnard (1883-1968), homosexuel ministre de l’Education nationale du régime de Vichy, et qui a contribué à la spoliation d'Adolphe Schloss, marchand d’art juif. Et, pour victimiser des homosexuels, la judéité du résistant Roger Stéphane, d'Erika et de Klaus Mann était atténuée.

Deux expositions ont analysé le génocide des Tutsis au Rwanda. Une exposition a rappelé le génocide des Arméniens – dhimmitude édulcorée, aucune information sur le projet turc d’éliminer les juifs et les chrétiens – Seyfo des Assyriens - durant la Première Guerre mondiale... Mais certains sujets tabous perdurent.

On a souvent l'impression d'un récit historique fossilisé, déconnecté des avancées historiques notamment sur le rôle majeur du grand mufti de Jérusalem al-Husseini. Il faut se rendre au mahJ pour voir des photographies du camp d'internement français de Sidi el Ayachi (Maroc) où le photographe Erwin Blumenfeld et sa famille ont été détenus en juillet 1941 avant de pouvoir fuir aux Etats-Unis ! Les témoignages de Juifs tunisiens ont été recueillis par le United States Holocaust Memorial Museum (USHMM ) à Washington, et pas par le Mémorial de la Shoah.

Chaque fois que j'ai interrogé des commissaires d'exposition ou directeurs de musée sur des carences ou erreurs, j'ai affronté le déni de la réalité, la mauvaise foi, l'absence de contre-arguments, la suffisance, l'indifférence ou le dédain.

Une histoire impossible à dire ?
L’Histoire des juifs contrecarre la doxa du « vivre ensemble », mantra du « politiquement correct », dans une France dont les dirigeants ont accepté une immigration de masse, essentiellement musulmane.

Les Juifs français sont pris en étau entre des « pédagogistes » qui, au sein du ministère de l'Education nationale, « déconstruisent » l’Histoire, le « politiquement correct », le délitement de la Nation, des élites politiques européistes, les déclinaisons d’Eurabia, et l’inaction de dirigeants d’organisations juives. Ces derniers sont préoccupés uniquement par l'enseignement sur la Shoah, moyen de lutter contre l'antisémitisme, devoir envers les victimes et vecteur d'ancrage du génocide des Juifs par les nazis dans l'Histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Un échec patent : depuis le rapport Obin, les enquêtes et sondages ont révélé que de nombreux enseignants évitent de traiter ce sujet par crainte de heurter les sensibilités de lycéens.

L’Histoire est écrite par les vainqueurs. Celle de France est écrite en gommant le judaïsme et les juifs de la « photo de famille nationale », et leur image est victimaire ou dévalorisante, voire haïssable quand ils sont acteurs de l’Histoire dans une dimension étatique.

Il en résulte une ignorance génératrice d'une absence de l'imaginaire des Français, et l'isolement des Juifs français lors de la recrudescence du nombre d’actes antisémites consécutifs à l’Intifada II. Ajoutons aussi le façonnage de jeunes esprits dans le ressentiment envers l'Etat d'Israël.

Intégrer les juifs dans l’Histoire de France permettrait de rappeler leurs contributions, et les liens des juifs pas seulement avec Israël, mais aussi avec la France. Cela permettrait aussi la transmission de mémoires de familles sépharades ayant du fuir la "terre d'islam".

Seuls, Bat Ye'or, Eric Zemmour et d'autres essayistes ont offert, par leurs recherches, écrits ou déclarations, aux dirigeants d'organisations juives et aux universitaires l'opportunité historique de se libérer de ce narratif jugulant. Mais ils ont affronté le rejet, le mépris et des boycotts de la part de dirigeants communautaires, ont été ou demeurent marginalisés, voire haïs parce qu'ils ont exercé leurs libertés de pensée et d'expression.

Les dirigeants d'organisations juives françaises – CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), Consistoire central de France - seront vraisemblablement les premiers à intervenir pour atténuer la réalité des sujets tabous afin de maintenir leurs bonnes relations avec leurs homologues musulmans. De plus, ils se sont enfermés dans une contradiction sémantique : ils louent l’attachement profond de leurs coreligionnaires à la République française tout en les nommant des « Juifs de France », et non des Français juifs. Ceux-là mêmes qui s'indignent des manuels scolaires palestiniens dispensateurs de haine d'Israël, demeurent silencieux malgré la succession d'études alarmantes sur les manuels scolaires français ou franco-allemands.

Etudes juives marginalisées, ghettoïsées, politique patrimoniale (archéologie, muséographie, protection des monuments historiques) éludant les juifs et le Judaïsme... La situation s'avère dramatique. Et le combat à mener indispensable, déterminant pour l'avenir des juifs français et de la France.

Avant les accords d'Abraham, il était déconseillé d'évoquer les sujets sensibles litigieux avec le monde islamique pour ne pas offenser les sensibilités musulmanes. Après ces accords, nul ne les évoque pour ne pas perturber un processus de paix. Mais alors quand l'Histoire des Juifs sous l'islam pourra-t-elle être dite ?

Pas seulement celle des Juifs, mais aussi celle d'autres dhimmis en terre de France : les chrétiens. Parmi les commémorations pour 2019 listées dans la première sélection officielle, figurait la prise de Narbonne par les musulmans en 719. Dans Les Chrétientés d’Orient (p.328), Bat Ye’or a publié le témoignage d’Ibn al-Athîr sur le jihad par l’armée envoyée par Hichâm,  prince d’Espagne. Cette page a disparu du site Internet et aucun événement ne s'est déroulé pour rappeler la conquête de Narbonne par les musulmans.  

Aucune des organisations juives françaises interrogées - Consistoire de France, CRIF - n'a répondu à mes mails.

Articles sur ce blog concernant :
Cet article est la version développée d'une conférence donnée à la Loge Tsedek du B'nai B'rith France le 19 octobre 2022.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire