jeudi 9 février 2017

Simone Signoret (1921-1985)

Actrice talentueuse, oscarisée, célèbre et engagée, écrivain, Simone Signoret (1921-1985), née Simone Kaminker, a notamment incarné Casque d'or dans le film de Jacques Becker. Le 9 février 2017, à 19 h, la Cinémathèque de Tel-Aviv (Israël) projettera "Madame Rosa", de Moshe Mizrahi avec Simone Signoret, Genevieve Fontanel, Abder El Kebir. "Le film raconte l'histoire de Madame Rosa, une ex-prostituée juive, vieille habitante de Belleville qui élève les enfants d'autres prostituées moyennant le versement d'une pension, dans un quartier où se côtoient arabes, noirs et juifs. Un lien affectif particulier la lie au plus âgé de ses pensionnaires, un petit garçon berbère. Celui-ci va l'aider à demeurer chez elle alors qu'elle devient malade et dépendante".


« Mémoire des lieux. Une salle de projection dans la grande maison d'Auteuil, département de l'Eure : des bobines, des cassettes, des photos, des placards. Ce que l'on vous propose ici, ce n'est pas la vie de Simone, elle l'a racontée mieux que personne dans La nostalgie n’est plus ce qu’elle était, ce n'est pas sa carrière, d'excellentes émissions de télévision y ont pourvu, c'est le contenu d'un placard, des petits bouts de mémoire en vrac, un voyage à travers les images qu'elle gardait », avertit Chris Marker dans un texte lu par François Périer.

Traces de Simone
Alors que le Centre Pompidou et la Bibliothèque publique d’information (Bpi) ont présenté la rétrospective inédite Planète Marker  (16 octobre-16 décembre 2013), Arte a diffusé « Mémoires pour Simone  », dont le texte est lu en voix off par François Périer. Un « superbe hommage d’un grand cinéaste », essayiste, producteur et photographe engagé, Chris Marker (1921-2012), « à une grande actrice, deux personnalités engagées reliées par le fil d'une mémoire à partager ». Un acte d’amitié, d’admiration.

Composé d’extraits de films souvent méconnus, de films de 16 mm tournés par Yves Montand, d’émission de télévisions - la remise de l'Oscar - et d’interviews en particulier de Mayo, créateur des costumes de Casque d'or de Jacques Becker et rappelant l'extrême beauté de Simone Signoret et de son regard, ainsi que d’une promenade de la caméra dans la maison, les affaires et objets familiers de Simone Signoret, ce documentaire de Chris Marker est ponctué par des extraits du premier livre, récit autobiographique, de Simone Signoret, La nostalgie n'est plus ce qu'elle était, lus par un autre ami de l’actrice, le comédien François Périer. des objets, des images qui lui permettent de faire un portrait de l'actrice et du paradoxe de la comédienne.


Ami, ancien condisciple au lycée Pasteur à Neuilly-sur-Seine, et témoin privilégié de la vie de Simone Signoret, Chris Marker réalise, à la demande du 39e Festival de Cannes, ce bel hommage à « celle qui disait avoir la nostalgie de la mémoire non partagée. Réalisé dans l'urgence en dehors de tout cadre juridique » présenté hors compétition au Festival de Cannes 1986, moins d’un an après le décès de la comédienne, Mémoires pour Simone est resté inexploité depuis près de trente ans ».

Un documentaire qui n'entame pas les parts d'ombres de la comédienne et de la femme : vingtenaire, elle pleure en découvrant une ride sur son visage. Quadragénaire, elle accélère le phénomène du vieillissement, allant jusqu'à détruire son physique avantageux.

Racines juives
Simone Kaminker nait en 1921 à Wiesbaden (Allemagne) dans le foyer d’André Kaminker (1888-1961) et de Georgette Signoret. Deux garçons, Alain et Jean-Pierre, naissent plusieurs années après.

Juif d’origine polonaise, André Kaminker gagne sa vie comme journaliste au Poste parisien. Polyglotte, il crée la traduction simultanée, et formera après-guerre des générations de traducteurs, et traduit en 1934 le discours d’Hitler à Nuremberg. Il sera chef interprète du Conseil de l'Europe, puis cofondera l'Association internationale des interprètes de conférence dont il assurera la présidence.

Simone Signoret grandit à Neuilly-sur-Seine.

Sous l’Occupation, André Kaminker se rend à Londres dès 1940 pour rejoindre la France libre, et devient speaker à Radio Brazzaville.

La famille Kaminker se réfugie brièvement en Bretagne.

En 1941, Simone Signoret est recrutée comme secrétaire par Jean Luchaire, dont la fille est l’actrice Corinne Luchaire, jeune actrice et amie.

Elle quitte ce journal compromis dans la collaboration. A sa demande, son père témoignera à la Libération en faveur de Jean Luchaire.

Elle débute au cinéma comme figurante – Les visiteurs du soir de Marcel Carné - en choisissant comme nom d'artiste celui de sa mère afin d'éviter les persécutions antisémites, et fréquente les cafés et milieux artistiques de Saint-Germain-des-Prés. Elle noue alors des amitiés qui perdureront avec Danièle Delorme, Gérard Philipe, Jacques Prévert, etc.

Elle partage la vie de l’acteur Daniel Gélin, de Marcel Duhamel (1900-1977), traducteur, dialoguiste de films et futur créateur de la Série noire chez Gallimard, puis du réalisateur Yves Allégret avec lequel elle a deux enfants  : un fils mort en 1945 à la suite d’une négligence de l’hôpital, puis Catherine née en 1946 et future actrice. Fille-mère en butte aux quolibets d’une société prude, Simone Signoret épouse Yves Allégret en 1948.

Elle joue des premiers rôles dans des films dramatiques et en incarnant souvent des rôles de prostituée ou de garce : Macadam de Marcel Blistène et Jacques Feyder (1946), Dédée d’Anvers (1947) et Manèges (1950) d'Yves Allégret.

En 1949, elle rencontre Yves Montand à Saint-Paul-de-Vence, quitte son foyer pour le suivre, divorce et l’épouse en 1951 dans ce village provençal. Le couple s’installe place Dauphine, à Paris. Dans sa maison d’Autheuil-Authouillet (Eure), il reçoit ses amis artistes : Pierre Brasseur, Serge Reggiani, Bernard Blier, Jacques Prévert, Jacques Becker, Jorge Semprun...


Casque d'or de Jacques Becker (1951), Thérèse Raquin de Marcel Carné (1953), Les Diaboliques d'Henri-Georges Clouzot (1954), Les Chemins de la haute ville de Jack Clayton – rôle qui lui vaut l’Oscar de la Meilleure actrice en 1960 -, Le Jour et l’heure de René Clément (1962), L’Aveu de Costa-Gavras (1970), L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville (1969), Le Chat avec Jean Gabin et La Veuve Couderc de Pierre Granier-Deferre (1971), La Chair de l’Orchidée de Patrice Chéreau (1975), Le fond de l’air est rouge de Chris Marker, La vie devant soi de Moshé Mizrahi (1977) d'après l'œuvre de Romain Gary – César de la Meilleure actrice en 1978 -… A cette remarquable filmographie, ajoutons les pièces de théâtre - Dieu est innocent de Lucien Fabre, mise en scène Marcel Herrand (1942), Les Sorcières de Salem dans une mise en scène de Raymond Rouleau (1954), Les Petits Renards de Lillian Hellman, mis en scène par Pierre Mondy (1962) -, la série télévisée Madame le Juge et les téléfilms réalisés par Marcel Bluwal Thérèse Humbert (1983) et Music-Hall (1985).

Catherine Deneuve a déclaré qu'Yves Montand avait tatoué son infidélité avec la star Marilyn Monroe, lors du tournage à Hollywood de  Let's Make Love (Le Milliardaire, 1960) de George Cukor, sur le visage de Simone Signoret. A partir de cette époque, Simone Signoret "anticipe", semble accentuer sa vieillesse.


Simone Signoret incarne ces artistes engagés, compagnons de route du Parti communiste français (PCF) durant la Guerre froide et la Détente, signataires de pétitions – Simone Signoret soutient l’Etat d’Israël, signe l’Appel de Stockholm et le Manifeste des 121 -, arpentant les rues de Paris lors de manifestations, défendant des prévenus tel Pierre Goldman. Un symbole d’un engagement militant aveugle sur la nature du régime communiste ou de la guerre d’Algérie. L’intervention de l’Union soviétique en Hongrie et la tournée en Europe de l’Est décille le couple mythique Signoret/Montand. La rupture survient définitivement avec le printemps de Prague en 1968. Une époque qui semble lointaine en ce début du XXIe siècle marqué par la guerre contre le terrorisme islamiste, la politique de la parole et de la pensée dans des Etats au régime démocratique, le délitement de l’attachement de l’intelligentsia, des médias et des dirigeants politiques aux libertés…

C’est tardivement que la judéité de Simone Signoret affleure publiquement, jusqu’à occuper un rôle important dans sa vie artistique. Dans les années 1950, accompagnant Yves Montand lors de sa tournée dans les pays de l’Est et en Russie, Simone Signoret refuse de rencontrer une de ses cousines juives polonaises qui souhaite solliciter son aide pour sauver son mari victime d’un procès politique. Sa cousine le lui reprochera plus tard vivement.

Simone Signoret effleure sa judéité dans ses deux premiers livres : La nostalgie n'est plus ce qu'elle était (1975) puis Le lendemain, elle était souriante... (1979)

En 1977, elle joue le rôle de Madame Rosa, ancienne prostituée, Juive âgée et malade ayant été déportée à Auschwitz, dans La vie devant soi, film réalisé par Moshé Mizrahi d'après l'œuvre du romancier Romain Gary et publiée sous le pseudonyme d'Emile Ajar et distinguée par le Prix Goncourt. Elle est maquillée par la fidèle Maud Begon, résistante déportée.

En 1983, Simone Signoret assure la voix off de Des terroristes à la retraite, documentaire bouleversant et au large écho de Mosco Lévi Boucault sur ces résistants courageux, généralement Juifs d’origine souvent polonaise et communistes, du groupe Manouchian luttant, armes à la main, contre les Occupants allemands nazis et le régime de Vichy, à Paris. En butte avec le Parti communiste français (PCF), ces résistants représentent ce que Simone Signoret n’a pas été : une combattante.

Simone Signoret rencontre alors ces personnes modestes et courageuses, aux familles décimées par la Shoah. Ce qui inspire Adieu Volodia (1985), son roman historique sur ces immigrés Juifs fuyant l’antisémitisme en Pologne et Ukraine pour la France de l’entre-deux guerres, vivant dans un Paris populaire, ouvrier, politisé.

Devenue quasi-aveugle, Simone Signoret décède d’un cancer en 1985 dans sa maison d'Autheuil, en Normandie. Un décès qui bouleverse tous ceux qui l'aimaient et l'admiraient.

France 5 a diffusé le 18 mai 2014 Elle s'appelait Simone Signoret de Christian Lamet.

Arte a diffusé Casque d'or les 12, 20 et 28 janvier 2014.

France 3 diffusa L'Armée des ombres, adapté et réalisé en 1969 par Jean-Pierre Melville d'après le livre de Joseph Kessel.

Arte rediffusa le 13 septembre 2015 « Mémoires pour Simone  » de Chris Marker. Le documentaire a été précédé par Les Diaboliques d'Henri-Georges Clouzot, avec Paul Meurisse, Simone Signoret et Véra Clouzot.

« Mémoires pour Simone  » de Chris Marker
Les Films Du Jeudi (France), 1986, 1 h 03 mn
Voix : François Périer
Diffusion les 14 octobre 2013 à 22 h 15, 13 septembre 2015 à 22 40.

A lire sur ce blog :
Shoah (Holocaust)
Cet article a été publié les 14 octobre 2013, 12 janvier, 16 mai et 10 juillet 2014, 12 septembre 2015.
  

1 commentaire: