jeudi 23 novembre 2017

Vivian Maier (1926-2009). Une photographe révélée


Vivian Maier (1926-2009) était une gouvernante d’enfants, photographe/réalisatrice amateur autodidacte et talentueuse. Son oeuvre a été redécouverte par hasard par John Maloof, en 2007, et est appréciée à l’aune de celle des plus célèbres street photographers (photographes de rues). « Un regard, une poésie et un humanisme hors du commun ».  Des expositions et Finding Vivian Maier (A la recherche de Vivian Maier), documentaire réalisé par John Maloof et Charlie Siskel. Dans le cadre de la 18e édition du Mois du film documentaire organisé par Images en bibliothèques, ce film sera projeté les 25 et 26 novembre 2017 à Rambouillet et à Genouilly.


C’est par hasard que John Maloof, agent immobilier à la recherche de documents sur un quartier de Chicago, découvre en 2007, dans une salle des ventes de cette ville, un lot important d’épreuves, de négatifs et de diapositives, dont une grande partie non développée, ainsi que des films Super-8 d’une inconnue appelée Vivian Maier (New York, 1926-Chicago, 2009).

Il range son acquisition chez lui, et s’en désintéresse. Puis, quelques mois plus tard, il prend conscience de l’originalité de ces œuvres photographiques. Il rachète aux acquéreurs des autres lots de photographies de Vivian Maier vendus lors de cette vente aux enchères. Ce collectionneur les numérise et réunit les informations sur cettte auteur discrète, mais à la forte personnalité, en retrace le parcours biographique et promeut son œuvre singulière. 

Vivian Maier a réalisé plus de 120 000 prises de vue et produit en trente ans une oeuvre majeure inédite, qu’elle n’a quasiment jamais rendue publique.

Avec 120 épreuves argentiques noir et blanc et couleur tirées à partir des diapositives et négatifs originaux ainsi que des extraits de films Super-8 tournés dans les années 1960 et 1970, c’est la plus importante exposition consacrée à Vivian Maier en France.

Autodidacte, Vivian Maier « a cultivé un sens aigu de l’observation et de la composition. Son talent est à rapprocher des figures majeures de la street photography américaine telles que Lisette Model, Helen Levitt  ou encore Diane Arbus  et Garry Winogrand ». 

Une femme discrète
La biographie de Vivian Maier « est à présent partiellement reconstituée grâce aux recherches et aux interviews menées après la mort de la photographe par John Maloof et par Jeffrey Golsdtein, autre collectionneur qui fit l’acquisition d’une part importante de son œuvre ». 

Vivian Maier nait à New York le 1er février 1926. Son père est d’origine austro-hongroise et sa mère des Alpes françaises.

En 1930, son père quitte le domicile conjugal. Vivan Maier et sa mère partagent un appartement avec la photographe réputée Jeanne Bertrand. 

En 1932, elles se fixent à Saint-Bonnet-en-Champsaur, dans les Hautes-Alpes, et reviennent à New York en 1938.

En 1950, Vivian Maier « séjourne à nouveau en France pour percevoir un héritage de sa grand-tante ; cet argent lui permettra par la suite de financer ses voyages. Elle réalise de nombreux paysages et portraits des habitants de la vallée du Champsaur à l’aide d’appareils de type box ou folding ».

C’est à New York en 1951 que Vivian Maier réalise ses premières photographies. Elle séjourne à Cuba, au Canada et en Californie, tout en gagnant sa vie comme gouvernante d’enfants.

Vers 1952, elle achète son premier Rolleiflex. Elle « s’intéresse au quotidien des rues de New York. Elle réalise également des portraits d’enfants dont elle a la garde, mais aussi d’inconnus et de quelques célébrités qu’elle croise... Un appareil autour du cou (d’abord des appareils type box ou folding, puis un Rolleiflex et un Leica), elle consacre ses loisirs et ses moments de repos à arpenter et à photographier les rues de New York puis de Chicago ». 

Après un séjour professionnel à Los Angeles en 1955, Vivian Maier se fixe définitivement en 1956 à Chicago. Elle est employée comme gouvernante d’enfants par la famille Gensburg pendant dix-sept ans. Elle « aménage un laboratoire dans la salle de bains privative qui lui est réservée dans la maison ».

En 1959-1960, elle obtient de la famille Gensburg de cesser momentanément son travail afin d’entamer un voyage autour du monde qui la mène « aux Philippines, en Asie, en Inde, au Yémen, au Proche-Orient, en Europe méditerranéenne » puis en France.

En 1970-1980, elle réalise « des photographies en couleurs avec son Leica et tourne des séquences filmées en 8 mm et 16 mm ».

Vers 1990-2000, elle « dépose son importante collection de livres, de coupures de presse, de films et d’épreuves dans un garde-meuble. L’ensemble est saisi quelques années plus tard pour régler les loyers impayés et vendu en 2007 pour honorer des impayés. Elle est quasiment sans emploi et ses ressources sont faibles. La famille Gensburg loue un appartement pour l’héberger ».

Vivian Maier meurt anonyme le 21 avril 2009 à Chicago.

Les enfants « dont elle s’est occupée la décrivent comme une femme cultivée, ouverte d’esprit, généreuse mais peu chaleureuse ». 

Artiste méconnue
On ignore les circonstances l’ayant conduite à la photographie, puis à la réalisation de films.  

« Plus qu’une passion, la photographie apparaît chez elle comme une nécessité voire une véritable obsession : se sont accumulés dans les cartons qu’elle emportait à chaque changement d’employeur, à chaque déménagement, l’impressionnante quantité de films qu’elle n’a pas développés, faute d’argent, ainsi que des archives composés de livres ou de coupures de presse relatant des faits divers ».

« Ses images, quant à elles, montrent une réelle curiosité aux choses du quotidien et une profonde attention aux passants qui croisèrent son regard : les physionomies, les attitudes, les tenues et les accessoires à la mode pour les plus aisés ou encore les signes de pauvreté pour les plus démunis ». L’oeuvre de Vivian Maier « met en lumière des détails anodins, trouvés au hasard de ses promenades, décrivant l’étrangeté des gestes, la singularité des figures et la distribution graphique des corps dans l’espace. Elle a également exécuté une série d’autoportraits saisissants, reflets d’elle-même mis en scène par l’intermédiaire de miroirs ou de vitrines de magasins ».

Si « certains clichés ont été pris à la sauvette, d’autres rendent compte d’une véritable rencontre avec les individus qu’elle a photographiés frontalement et à faible distance. C’est d’ailleurs avec une évidente empathie qu’elle s’est s’intéressée aux sans-abris et aux marginaux, signant ainsi de troublants portraits dans une Amérique pourtant en plein essor économique ».

Le 2 juillet 2014, est sorti sur les écrans A la recherche de Vivian Maier (Finding Vivian Maier), documentaire de John Maloof et Charlie Siskel.

La galerie Les Douches (3-26 juillet 2014) et la galerie Frédéric Moisan (3 juillet-2 août 2014) ont présenté des œuvres de Vivian Maier.

La FotoFocus Biennial 2014 a présenté l'exposition Vivian Maier: A Quiet Pursuit composée principalement d'auto-portraits.

Dans le cadre du Mois de la photo à Paris 2014les Douches La galerie a montré l'exposition collective Autoportraitsavec notamment des œuvres de Vivian Maier.


"En retournant son objectif sur sa personne le photographe bouleverse ses codes, il peut dès lors voir son appareil comme un pistolet et la prise de vue comme un défi. Avec une quarantaine de tirages modernes et contemporains, l'exposition explore la photogénie intense de cet instant de vérité. Berenice Abbott, Val Telberg privilégient une démarche expérimentale du medium photographique. Lucien HervéArnold Newman, Vivian Maier, Sabine Weiss, Erwin Blumenfeld, s’approprient le miroir déjà si présent dans l’autoportrait pictural. À partir de son patronyme familial, Ezra Nahmad compose une autobiographie. Choi, Arno Minkkinen, Wols étudient les possibilités expressives de leurs corps et de leurs visages. Pour Rodolf Hervé, atteint d’une maladie, l’autoportrait est catalyseur de tensions extrêmes. Kourtney Roy, unique héroïne de ses mirages intimes, considère la photographie comme un jeu de rôles. Dan Leung construit un tableau photographique où, isolé au milieu des tours de Hong Kong, il évoque l'identité chinoise et interroge la place de l’homme dans la ville. Brassaï dans une fumerie d’opium en 1931, Louis Faurer à New York en 1947, Raymond Depardon sur son scooter à Paris en 1959 ou encore Jean-Christophe Béchet sur les pas de Robert Franck en 2009, utilisent les ressources de la mise en scène dans des registres divers. Virtuosité, humour, introspection, l'autoportrait est toujours le témoignage d'un état intérieur comme le montrent si bien les images d'Hervé Guibert".

Dans le cadre de la 4e édition de Photo Saint-Germain (7-22 novembre 2015), la galerie Moisan a présenté l'exposition collective "4,3,2,1 !" avec des œuvres de Vivian Maier, Bernard Guillot, Jerome Liebling, et  Leo Matiz. "Quatre photographes, trois pays, deux couleurs, une vision".

L'ancien Musée de Peinture a proposé l'exposition (Auto)Portrait. Sur les traces de Vivian MaierDans les années 1950, Vivian Maier "revient sur les traces de ses origines lors d’un voyage initiatique. Des clichés « vintage » immortalisent avec humanité les visages des habitants du Champsaur. Ces tirages d’époque d’une valeur inestimable sont présentés à l’Ancien Musée de Peinture dans le cadre d’un partenariat avec l’association « Vivian Maier et le Champsaur ». L’exposition « Sur les traces de Vivian Maier » présente à Grenoble pour la première fois le fonds français Vivian Maier encore à découvrir. Ce projet d’exposition existe grâce à l’accord de John Maloof, "découvreur" de cette photographe".

Les Douches La Galerie a proposé l'exposition Berenice Abbott / Vivian Maier Une fantastique passion (8 octobre-26 novembre 2016). "Qu’est-ce qui rapproche ces deux femmes aux destins si différents ? Berenice Abbott cherchait la lumière, Vivian Maier se confinait dans l’ombre. L’une frappait inlassablement à toutes les portes pour mettre sur pied ses projets, l’autre arpentait le monde en solitaire. Au-delà de ces attitudes, une passion commune pour documenter le réel les unissait. Deux vies sans concession, où rien, ni personne ne pouvait entraver leurs projets Avec en héritage deux œuvres singulières où soufflent un grand vent de liberté".

"L’apparition de Vivian Maier a bouleversé les dogmes du regard. Comme si, tout à coup, Nadar, notre gloire nationale, s’était révélé être une femme et qu’il avait fallu tout repenser avec ce sexe-là. C’est un peu exagéré, mais pas tant que ça. Car, au commencement, Vivian Maier n’avait rien d’original pour entrer dans l’histoire de la photographie, et encore moins pour y rester. Et pourtant, en un temps record, cette Américaine est devenue aussi célèbre que La Joconde. Elle est en haut de l’affiche, pour longtemps, et une foule de spécialistes se penchent sur son passé, espérant y découvrir matière à réflexion", a écrit Brigitte Ollier dans Vivian Maier, une vie rêvée.

Et de poursuivre : "Vivian Maier est née le 1er février 1926 à New York et morte le 21 avril 2009 à Chicago (elle a connu les Hautes-Alpes, sa mère était française, elles sont venues en 1932 dans la vallée du Champsaur). Elle avait une passion dévorante, la photographie, exercée dans la plus grande discrétion. D’abord avec un Rolleiflex, puis un Leica, elle entreprit de photographier les rues de New York et de Chicago, les passants, les pauvres sur les trottoirs, les poupées dans les poubelles, les bigotes à bijoux, les Cendrillons d’après minuit… On lui doit aussi une série d’autoportraits d’une extrême intelligence ; à la limite de la hantise, ses jeux de miroir font parfois peur. Lorsqu’elle voyagea autour du monde, grâce à l’héritage de sa grand-tante, elle continua à photographier, sans pour autant montrer ce qu’elle avait vu. Voici l’un des points mystérieux de cette autodidacte - qui gagnait sa vie comme gouvernante d’enfants, son obstination à rester dans le noir. L’anonyme parfaite. Manque de moyens, de temps, de place ? Désir d’absence au monde ?"


Et de rappeler : "Lors d’une vente aux enchères, en 2007, à Chicago, John Maloof, l’un des principaux acquéreurs, a acheté pour 400 dollars des cartons et des valises ayant appartenu à miss Maier. À l’intérieur : entre 100 000 et 150 000 négatifs, plus de 3000 tirages, des centaines de bobines Ektachrome non développées. La quantité n’a jamais prouvé le talent, mais là, entre les biens acquis par Maloof, plus ceux de Jeffrey Goldstein et de Ron Slattery, il y a de quoi être ébahi".

Et de conclure : "Depuis 2007 jusqu’à aujourd’hui, la machine à inventer Vivian Maier s’est mise en route. Films, livres, expositions, la « Mary Poppins de la pellicule » a dû supporter bien des commentaires (mais pas forcément idiots, un gibier de choix excite l’imagination). L’une des expositions made in France, par le Jeu de Paume (2013), a montré que Vivian Maier - qui adorait le cinéma - réalisait aussi des films super-8, et qu’elle était une intervieweuse du tonnerre. Tout ce flou qui l’entoure n’est pas prêt de se dissiper. Certitude : ceux qui ont acheté des tirages ne pourront le regretter, cette femme d’une bravoure feutrée donne envie d’être à ses côtés. Dans son ombre, justement".


Le Château de Tours a accueilli l’exposition Vivian Maier (1926-2009). Une photographe révélée produite par diChroma photography en collaboration avec le Jeu de Paume et la Ville de Tours, avec l’aide de la galerie Howard Greenberg à New York.

Du 8 octobre au 26 novembre 2016
Aux Douches La Galerie
5 rue Legouvé. 75010 PARIS
Tél. : +33 (0)1 78 94 03 00
Du mercredi au samedi de 14 à 19 heures. Lundi et mardi sur rendez-vous

Du 4 au 28 novembre 2015
A la galerie Moisan 
72, rue Mazarine. 75006 PARIS
Tél. :  01 49 26 95 44
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h
Vernissage le 5 novembre de 18 h à 21 h

Du 29 octobre au 22 novembre 2015
l'ancien Musée de Peinture
9, place de Verdun, 38000 Grenoble
Tél : 04 76 40 75 91
Du mercredi au dimanche de 13 h à 19 h

Du 7 novembre 2014 au 10 janvier 2015
5, rue Legouvé. 75010 PARIS
Tél. : +33 (0)1 78 94 03 00
Du mercredi au samedi de 14 à 19 heures. Lundi et mardi sur rendez-vous
Vernissage le 6 novembre 2014, de 18 h à 21 h

Jusqu'au 1er novembre 2014
A la FotoFocus Biennial 2014
212 E. 14th St.  Cincinnati, OH 45202. Etats-Unis
T: (513) 400-4027
De 11 h à 17 h

Jusqu'au 1er juin 2014
25, avenue André Malraux. 37000 Tours
Tél. : 02 47 70 88 46
Du mardi au vendredi de 14 h à 18 h, samedi et dimanche de 14 h 15 à 18 h
Entrée gratuite

Visuels 
Vivian Maier, Florida, 1957, Gelatin silver print. © Vivian Maier / Maloof Collection, courtesy Howard Greenberg Gallery, New York.

Vivian Maier, Self-Portrait, 1954, Gelatin silver print. © Vivian Maier / Maloof Collection, courtesy Howard Greenberg Gallery, New York.

Vivian Maier, Self-portrait, n.d., tirage gélatino-argentique, 2013, 50,8 x 40,6 cm Édition de 15 © Vivian Maier / Maloof Collection, Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York / Les Douches La Galerie

Vivian Maier
Tirage argentique posthume, 30 x 30 cm. Edition de 15.
Crédits photo: Galerie Frédéric Moisan.

©Vivian Maier/Maloof Collection, Courtesy Les Douches la Galerie, Paris & Howard Greenberg Gallery, New York

New York, NY, June 1953
Tirage gélatino-argentique
Édition limitée à 15 exemplaires
Dimensions du tirage : 40,6 x 50,8 cm

New York, NY, 1954
Tirage gélatino-argentique
Édition limitée à 15 exemplaires
Dimensions du tirage : 40,6 x 50,8 cm

Untitled, n.d.
Tirage gélatino-argentique
Édition limitée à 15 exemplaires
Dimensions du tirage : 40,6 x 50,8 cm

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié sur ce blog le 1er juin 2014, puis republié les 2 juillet et 1er novembre 2014, 5 janvier et 5 novembre 2015, 24 novembre 2016. Les citations proviennent des dossiers de presse.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire