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vendredi 15 novembre 2019

Le Centre européen judaïsme a été inauguré à Paris


Le 29 octobre 2019, a été inauguré le si attendu Centre Européen du Judaïsme (CEJ) à Paris en présence du Président de la République Emmanuel Macron, du Président des Consistoires et initiateur du projet le Dr. Joël Mergui, du Grand rabbin de France Haïm Korsia, et de quelques centaines de personnalités juives, chrétiennes et musulmanes. Les trois discours prononcés, notamment celui du Président Emmanuel Macron, n’ont pas rassuré des Français juifs inquiets et suscitaient bien des interrogations.

« Chasser les juifs pour régner » par Juliette Sibon 
Antisémitismes de France 
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Un sondage français biaisé sur l’évolution de la relation à l’autre 
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Des huissiers de justice problématiques à l'égard de Français Juifs 
« Le flic casher »
Krief Affair, an example of French state-backed anti-Semitism 
Orthodox Union's Delegation Met with Paris Consistoire's Officials


Situé dans le nord-ouest de Paris, place de Jérusalem, près du périphérique, le Centre Européen du Judaïsme (CEJ), doté d’une superficie de 4 600 m², est composé de trois immeubles en béton brut au style moderne : l’un abrite une synagogue de 600 places ainsi qu’une salle de réunion ; les deux autres sont dédiés aux bureaux des employés du Consistoire Central-Union des communautés juives de France et du Consistoire-Communautés juives de Paris Ile-de-France, des organisations françaises juives orthodoxes. Les Consistoires représentent la majorité des Juifs français.

Le 29 octobre 2019, le Dr. Joël Mergui, président du Consistoire Central et de celui de Paris Ile-de-France, a fait visiter des locaux quasi-achevés au Président Emmanuel Macron, à la Maire de Paris Anne Hidalgo et à divers édiles. Des locaux dépourvus de mezouzot (une mezouza est un boîtier renfermant un parchemin sur lequel sont inscrits deux extraits du Pentateuque et apposé sur le montant de portes d'un foyer Juif, Nda).


Puis, le Dr. Joël Mergui, le Grand rabbin de France Haïm Korsia et le Président Emmanuel Macron ont pris successivement la parole devant des membres du gouvernement, des politiciens, des ambassadeurs dont l’ambassadrice d’Israël en France Aliza Bin-Noun, des dirigeants communautaires ainsi que des artistes français juifs, des représentants des cultes chrétien et musulman, etc. Aucun rabbin des mouvements non-orthodoxes – Mouvement juif libéral de France (MJLF), Massorti -, minoritaires dans le judaïsme français, n’a assisté à la cérémonie. « Des organisations non-orthodoxes ont été invitées », m’a confié un dirigeant du Consistoire. J’ai interrogé le MJLF qui n’a pas répondu à mes questions.


Joël Mergui a lu un discours dense, remerciant tous ceux - Présidents de la République, Premiers ministres, ministres, Maires de Paris, Présidents du Conseil de la région Ile-de-France successifs, donateurs privés dont David de Rothschild, Eric de Rothschild et Patrick Drahi – qui, depuis 2006 ont rendu possible la concrétisation de son projet. Il a évoqué ses doutes et ses inquiétudes concernant ce projet dans le contexte tragique des assassinats antisémites. Il a loué le travail quotidien des rabbins pour un « judaïsme-citoyen » et a rappelé la devise du Consistoire – « Religion et Patrie » – ainsi que son implication dans l’avenir des Juifs français dans leur pays. Il a déploré l’hostilité envers l’Etat d’Israël et les Juifs : ce Centre vise à « faire reculer les ténèbres ». En conformité avec la laïcité, il a justifié les subventions publiques par de futures activités culturelles, par exemple la master class de la violoniste Anne Gravoin. Il s’est présenté en « constructeur » contre les « destructeurs ». Surtout, son discours était sous-tendu par cette exhortation lancinante adressée au Président Macron : « Répondez par des actes à l’inquiétude des Français Juifs concernant leur présent et leur avenir en France ».


Dans un discours improvisé et superficiel, le Grand rabbin de France Haïm Korsia, qui souhaitait introduire de l'humour dans la cérémonie, a souligné combien le Centre « représente la pluralité du judaïsme » et a conclu par la Prière pour la République.


Sur le ton empreint de compassion que l’on adopte pour chuchoter à un patient gravement malade, le Président Emmanuel Macron a donné sa définition de la laïcité et a loué « la richesse et la pluralité du judaïsme européen », la contribution des Juifs aux arts – Chagall, Soutine, Zadkine – et aux sciences : « A Cordoue, aux IXe et Xe siècles, malgré leur statut de dhimmis, les Juifs développèrent une culture extraordinaire  ». 


Le Président Emmanuel Macron a dénoncé « la résurgence de l’extrémisme et de discours de haine » sans les qualifier. Il a allégué avoir tenu ses engagements de lutter contre l’antisémitisme, des engagements qui "seront parachevés". Il a conclu que le départ des Juifs français « est une amputation de ce qu’est la République » et a cité la philosophe juive Simone Weil analysant des « Juifs déracinés ».

Un « fil à la patte » ?

"J'ai la responsabilité de centaines de communautés juives en France. Or, quand je vais à leur rencontre, je m'aperçois qu'en 20 ans, des communautés entières ont disparu de certains quartiers, car ce n'est plus possible d'y vivre en tant que juif. Et dans ces mêmes lieux, ce n'est plus possible désormais d'y vivre comme simple citoyen français. Ces haines sont parallèles", avait déclaré Joël Mergui (HaGuesher, n° 575). Parallèles ou liées ?

Pourquoi les Consistoires quittent-ils leur immeuble historique situé au centre de la capitale, pour un autre localisé en périphérie de la ville ? Un dirigeant communautaire que j’avais interviewé a insisté sur la vétusté de bureaux. La communauté juive française est caractérisée par une population déclinante : mariages mixtes, pourcentage élevé de divorces, nombre croissant de familles monoparentales, aliyot et exils essentiellement pour l’Amérique du Nord et Londres de Juifs dont beaucoup étaient orthodoxes ou proches des 'Habad-Loubavitch, familles vieillissantes. De manière surprenante, le nombre d’employés des Consistoires ne semble pas avoir diminué. Lors de précédentes élections au Consistoire de Paris, un candidat avait alerté sur l’absence d’une politique du personnel dans cet organisme comprenant des rabbins et des administratifs. Si ce problème, ou d’éventuels autres, n’ont pas été résolus, le déménagement du Consistoire ne fera que transférer ces difficultés, peut-être structurelles, du IXe arrondissement au XVIIe arrondissement de Paris. 

Un exemple ? A l'été 2019, une famille juive parisienne a complété un formulaire du Consistoire en y indiquant les noms, prénoms et date de décès de ses trois chers disparus. A l'approche de la fête de Yom Kippour, elle a reçu une lettre sollicitant de l'argent pour rappeler leurs noms : des fautes émaillaient les noms et prénoms de deux disparus, le troisième avait été oublié. En janvier 2020, cette famille a reçu deux lettres du Consistoire de Paris lui rappelant la date des offices de prières rappelant la mémoire d'un des trois disparus. Malheureusement, ces courriers ont été reçus deux jours et trois semaines après la date de ces offices...



Autres exemples. Le rabbin d'une grande synagogue parisienne est remplacé durant ses vacances estivale, mais pas hivernales. Pourquoi ? Depuis des décennies, l'abattage rituel est menacé par des associations, dont L214, dénonçant, parfois par des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, les maltraitances subies par les animaux sans avoir été préalablement étourdis dans les abattoirs. "Le politique est sensible à l'opinion publique. Or si cette dernière se mobilise massivement, et c'est le but de L214, évidemment nous serons en difficulté", a déclaré vétérinaire, grand-rabbin de Metz et de la Moselle depuis 1997, au Parisien (20 février 2020). Face à cette menace, le Consistoire n'a entrepris aucune stratégie de communication pour informer l'opinion publique de la réalité de l'abattage juif (shehita) et comment ce dernier se différenciait de celui musulman. Pourquoi ? Par habitude et confiance dans le dialogue avec le seul pouvoir politique ?

Et que dire des problèmes liés à la formation des rabbins et aux problèmes des jeunes rabbins devant concilier de nombreuses fonctions - direction des offices, dialogue avec les fidèles, etc. - face à divers interlocuteurs - édiles politiques, organisations sociales, etc. - et leur vie familiale, et ce, dans une grande solitude ? Une fonction rabbinique en pleines mutations.


Le judaïsme orthodoxe représenté par les Consistoires est érodé par ces facteurs décrits plus haut, et semble se sentir menacé, de manière différente, par les mouvements libéraux/massortis (conservative) et par la vague 'Habad-Loubavitch. Les mouvements libéraux/massortis attirent les Juifs ne pouvant ou ne voulant pas rejoindre le judaïsme orthodoxe : juifs américains élevés dans cette sensibilité, Juifs mariés avec des non-Juives ou inversement, etc. Leur position favorisant l'égalité homme/femme et la "modernité", ou tolérant les unions homosexuelles, les a fait bénéficier de l'appui de Juifs français de "l'élite politico-médiatique" dont certains souhaitent, voire militent pour que le "judaïsme orthodoxe" évolue en étant plus en phase avec la société contemporaine. A l'autre extrémité, le dynamique mouvement 'Habad-Loubavitch se développe en étoffant ses rangs par des Juifs, souvent traditionalistes, ayant fait "techouva", c'est-à-dire ayant renoué avec une pratique régulière, à qui il propose des activités multiples, en s'adressant aux enfants et aux adultes. Le parti du CEJ consiste à attirer des Juifs plus ou moins éloignés de la synagogue et qui apprécient les magnifiques synagogues anciennes, souvent édifiées au XIXe siècle ou au début du XXe siècle, écrins de leurs fêtes : brit-mila ou circoncision, bar-mitsva et bat-mitzva, mariage. Mais ce vivier préfère parfois effectuer ces rites en Israël, se réduit numériquement, est difficile à convaincre et est paradoxalement plus enclin à se tourner éventuellement vers le mouvement 'Habad-Loubavitch.   

Le CEJ a coûté plus de 15 millions d’euros, dont trois millions ont été alloués par les pouvoirs publics - 2 millions octroyés par l’Etat sous le quinquennat Sarkozy, 1 million de la région (Jérémy Redler, conseiller régional, a twitté en indiquant un montant de 283 000 €) - et "cinq millions sont issus de fondations (Edmont J.Safra, Rothschild, Patrick et Lina Drahi, Mémoire de la Shoah), trois millions de mécènes et donateurs privés. Le reste (sept millions) est financé par des emprunts. Des bulletins de souscription sont toujours disponibles, permettant à ceux qui le souhaitent d’apporter leur soutien. Les donateurs qui apportent plus de 10 000 euros bénéficieront d’une pierre gravée à leur nom dans le hall d’accueil"Le "terrain de 1 650 m² sur lequel a été édifié le Centre "a été mis à disposition du Consistoire par la Ville de Paris il y a plusieurs années". Le CEJ représente un pari risqué. Depuis 2000, des milliers de Juifs français ont quitté des cités de banlieues devenues dangereuses par crainte de l’antisémitisme. S’ils avaient les moyens financiers, ils ont loué ou acheté des appartements dans les arrondissements de l’Ouest parisien. La plupart de ces Juifs français sont traditionalistes ou des « Juifs du Kippour », et non des « piliers de synagogues ». Pourquoi participeraient-ils ou assisteraient-ils aux activités de ce Centre ? Pourquoi préféreraient-ils une immense synagogue à celles de quartier, plus conviviales ? Sans parler de la politique anti-voitures de la municipalité parisienne dirigée par une alliance de socialistes, de communistes et d’écologistes…


Le Président Joël Mergui a consacré environ treize ans à quémander de l’argent public, celui de donateurs privés et un prêt bancaire. Parallèlement, il a plaidé dans des affaires d’antisémitisme, comme celle du Dr Lionel Krief. Celui-ci a été ruiné et spolié par un « gouvernement des juges ». La recherche de fonds par Joël Mergui a-t-elle interféré dans sa défense de dossiers sensibles ? Force est de constater que ni lui, ni le grand rabbin Haïm Korsia, n’ont dénoncé publiquement ce scandale d'Etat.

Institut culturel du Judaïsme à Lyon regroupant un centre pédagogique-musée destiné aux jeunes pour faire connaître le Judaïsme dans le cadre de la lutte contre l'antisémitisme, ainsi que des services rabbiniques, administratifs et cacherout, Centre de vie juive réunissant le Centre communautaire et l’Association culturelle juive (ACJBB) à Boulogne-Billancourt dont la population juive est estimée à environ 17 000 âmes sur près de 120 000 Boulonnais - Robert Ejnès, président du Conseil d’administration de l’ACJBB et de l’ACIP Boulogne-Billancourt, est aussi directeur du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) -... La fièvre bâtisseuse a saisi des dirigeants communautaires. Avec les mêmes soucis pendant des années et des années que ceux des dirigeants du CEJ : collecte de fonds, amortissement de l'investissement, etc.

Cette quête d’argent risque de perdurer tant les bureaucraties nationales et municipales ne cessent de produire des réglementations (sécurité, environnement, hygiène) coûteuses, tant l’entretien des trois bâtiments – combien de parkings ont été prévus ? – risque de s'avérer dispendieux, et le crédit bancaire devra être remboursé... Quelle aubaine pour les pouvoirs publics ! Des dirigeants communautaires dépendants et englués dans du fundraising.


Le CEJ révèle aussi la méconnaissance par des dirigeants du Consistoire de leurs coreligionnaires. L'Espace Rachi abrite dans le sud de Paris  les sièges d'organisations juives françaises et une salle de conférences servant aussi de salle de spectacles. Les spectacles, musicaux ou théâtraux, proposés n'ont guère attiré ou fidélisé le public. Une des raisons tient dans le souhait des Français Juifs de ne pas se retrouver, lors de leurs loisirs, dans un Espace perçu comme un ghetto. C'est la raison pour laquelle des organisations israéliennes choisissent pour leurs spectacles des théâtres "classiques".


Le message (in)volontaire de Joël Mergui ? Malgré l’antisémitisme létal – le meurtre du DJ Sébastien Selam a été omis par les trois orateurs -, les Français juifs ne sont pas si inquiets et ont de l’argent : ils ont construit le Centre Juif le plus grand d’Europe. Aussi, pourquoi le Président Emmanuel Macron combattrait-il l’antisémitisme si ses concitoyens juifs demeurent optimistes quant à leur avenir en France ? Il a clairement signifié que la définition opérationnelle de l’antisémitisme élaborée par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA) ne sera pas intégrée dans la proposition de "résolution visant à lutter contre l'antisémitisme", non contraignante, discutée à l'Assemblée nationale le 3 décembre 2019. Sans définition de l'antisémitisme dans le Code pénal et sans disparition du "gouvernement des juges", comment combattre efficacement l'antisémitisme ?

Adepte semble-t-il de la « cool attitude », le Grand rabbin de France Haïm Korsia a manqué une opportunité unique de présenter le Judaïsme et ses contributions à des thèmes éternels et contemporains. Des plaisanteries ne peuvent suppléer un manque de préparation et de profondeur. Ce qui laissait insatisfaits nombre de spectateurs.


Finalement, les dirigeants des Consistoires ne semblent pas avoir conscience qu’ils ont privilégié l’ère de la construction immobilière, pourtant révolue, dans une ville enlaidie, dangereuse et sale, au détriment de l’édification d’une communauté plus experte en Judaïsme… 

Avec Joël Mergui et Haïm Korsia se pose la double question du Judaïsme et de l’Histoire des Juifs. Primo, leur registre lexical diffère de celui de leur interlocuteur : quand les deux premiers affirment le vocable « patrie », le Président Emmanuel Macron parle de la France comme d’un « archipel ». D’où une grave incompréhension, voire un dialogue de sourds.

Secundo, le statut infâme, inférieur, déshumanisant et cruel du dhimmi – non musulman sous domination islamique - est tabou au sein des instances dirigeantes des organisations juives françaises entravées par le « politiquement correct », par leur « dialogue » avec leurs homologues musulmanes. C’est finalement un Président de la République chrétien qui a prononcé ce terme étudié par l’essayiste Bat Ye’or, elle aussi généralement ostracisée par ces organisations qui ont refermé silencieusement et promptement le couvercle de la mémoire Juive. Que ce soit à cet édile suprême de dire l’Histoire Juive révèle la situation dramatique des Français Juifs : l’Histoire est écrite par les vainqueurs, et par leur amnésie officielle, ces organisations ont rangé les juifs parmi les vaincus. Ce que refuse d’être le peuple « à la nuque raide ». 


Tertio, le Président de la République a-t-il signifié, avec un brin de perversité, que si, dans le passé, les Juifs dhimmis persécutés par des musulmans ont brillé dans tous les domaines, eh bien, ils peuvent actuellement exceller malgré l’antisémitisme de musulmans ?! 

Quarto, la posture de dirigeants communautaires « constructeurs » éclipse-t-elle leur devoir de vérité envers leurs coreligionnaires ? Quid des synagogues érigées dans les « territoires perdus de la République » ? Un patrimoine immobilier dont la valeur est désormais réduite au prix du mètre carré… Alors que celui du Consistoire à Paris se distingue par sa beauté, son prestige, sa valeur historique et architecturale. 


Quinto, il semblait un peu maladroit pour le Président Emmanuel Macron de citer Simone Weil, une intellectuelle juive française convertie au catholicisme qui a fustigé le judaïsme. Que cette philosophe évoque des « Juifs déracinés » pouvait se comprendre avant la refondation de l’Etat Juif en 1948, mais que le chef de la diplomatie française ait repris cette expression en 2019 révèle une vision des Juifs choquante. 

Et, des chirurgiens amputent un membre afin de sauver la vie d’un être humain. La remarque du Président Emmanuel Macron sur l'amputation s'interprète d'autant plus tragiquement à la lumière de cette réflexion de Danny Trom, auteur de "La France sans les Juifs – Émancipation, extermination, expulsion" (PUF, 2019), à Tenou'a : "Il y a encore autre chose de très troublant : la Shoah a été le point de départ d’une relance de l’antisémitisme. En Europe, la Shoah est indigérable, donc on doit l’expulser. Pour les Juifs, ça ne peut pas être écarté au simple motif que c’est indigérable. Donc, on a là un nœud douloureux, mais ineffaçable. C’est une des raisons pour laquelle il pourrait y avoir un jour une alliance qui dirait comme ça : « Partez, tant pis, nous faisons le sacrifice de vous ».

Enfin, le "en même temps", source de confusions ou d'interprétations multiples, du Président Emmanuel Macron laisse une impression gênante de "Juifs-bashing" quelque peu pervers. Exemples. Le Chef de l'Etat a loué le "judaïsme, qui a coulé dans les veines de l'Europe durant plus de deux millénaires et a contribué à forger notre civilisation" et évoqué les "entrelas inexorables avec notre culture européenne" - ce qui semble exclure les Juifs de cette culture. Le Président Emmanuel Macron a fait l'éloge implicitement, ou en tout cas omis de condamner la colonisation islamique de l'Espagne car des Juifs, "malgré leur statut de dhimmis", ont brillé dans divers domaines majeurs, alors qu'il avait qualifié en février 2017 la colonisation, de l'Algérie par la France, de "crime contre l'humanité" et de "vraie barbarie" !?  "Qu'un Centre soit là, bâti aujourd'hui pour le dire haut et fort, pour mettre des faits, des mots, des oeuvres sur ce que nous appelons parfois confusément la civilisation judéo-chrétienne, le Président de la République française que je suis, Européen passionné que je suis, ne peut l'accueillir qu'avec une immense bienveillance... Cette part d'altérité [chez Emmanuel Levinas] que j'accepte". "Bienveillance", "accepte"... Des mots quelque peu condescendants, et ce, sans raison. Le reste est à l'avenant. 

Dans la nuit parisienne automnale, la synagogue éclairée irradiait une lumière chaude qui se détachait dans l’obscurité. Comme un phare dans des ténèbres si profondes…

ADDENDUM
Il reste « un défi, maintenant », remarque Joël Mergui : « faire vivre le CEJ » sur la durée. « Ce sera d’abord un lieu d’ouverture et d’échanges, qui permettra, au-delà de l’aspect religieux, de mieux connaître l’histoire, les fêtes, la culture, et toutes les nuances et sensibilités qui font les richesses de la communauté juive française », a affirmé à l’AFP Joël Mergui (Times of Israel, 28 octobre 2019).

Office de Yom Kippour (19 septembre 2019) en présence du Grand Hatan Itsik Azran en provenance d'Israël - à quel coût ? Et alors qu'aucune mezouza n'avait été posée à l'entrée des deux niveaux de la synagogue !? -, cérémonie à la mémoire des Morts pour la France de la Première Guerre mondiale (5 novembre 2019), pose de la mezouza à la synagogue Edmond J. Safra, chabbat H'anouca (27-28 décembre 2019), visite du grand rabbin d'Israël Meir Lau qui a allumé la première bougie de H'anouca et participé à l'hyper chabbat du 17-18 janvier 2020) - quel coût pour le Consistoire ?... Force est de constater que le judaïsme orthodoxe est le seul représenté.

Ajoutons les rencontres avec l'écrivain Marek Halter (16 janvier 2020), le comédien Michel Boujenah (26 février 2020) et l'écrivain Karine Tuil (4 mars 2020), l'arbre planté à la mémoire d'Ilan Halimi dans le jardin intérieur du CEJ durant Tou Bichvat (Nouvel an des arbres, Nda) suivi d'un concert, l'école de David Hadjeje, ceinture Noire de Krav Maga 3e Dan et fondateur de Kombat Israeli Défense Systems, les ateliers pour adolescent et adulte proposés par Cyril Benzaquen, champion du monde de Kick-Boxing, la co-organisation de la conférence annuelle de l'EJA (European Jewish Association) les 24 et 25 février 2020, l'exposition et la vente d'oeuvres israéliennes "L'Art pour la vie" organisée par la Loge Ben Gourion (8 mars 2020) - l'affiche indique que le parking Zenpark se trouve boulevard de la Somme, porte de Champerret 75017 Paris ; donc insuffisance ou absence de places de parking dans le CEJ !? -,  et "Le Théâtre, ma vie" de Steve Suissa avec Francis Huster (16 mars 2020)... Ces activités ont-elles suffi à drainer et fidéliser un public ?

Dès janvier 2020, la France a été touchée par la pandémie de coronavirus COVID-19. Le Consistoire Central a annoncé ses premières mesures à partir du 4 mars 2020. On peut s'interroger sur la pertinence d'avoir maintenu des événements au CEJ. Dès le  8 mars 2020, les autorités politiques ont adopté des mesures réduisant les rassemblements, ordonnant la fermeture des établissements scolaires et a recommandé aux personnages âgées ou à la santé fragile de réduire leurs déplacements, puis, après l'entrée au stade 3 de la pandémie, opérant un confinement partiel des Français à partir du 17 mars 2020. Le Consistoire a décidé alors la fermeture "des synagogues sauf exception, notamment en cas de décès". Ce qui s'avère civique et prudent.

Ainsi, sont obérés à court terme les résultats financiers du CEJ dans une France dont la dette publique dépassera les 100% du PIB et qui entrera en récession économique. La vente prévue fin mars 2020, en pleine pandémie de coronavirus, d'un bâtiment du Consistoire de France à Paris accorde un répit financier.

Au vu de l'incompétence de dirigeants politiques, français et européens, adoptant des mesures tardives, incohérentes et insuffisantes, de la pénurie de matériels de protection, l'avenir à moyen terme s'annonce sombre pour le CEJ.

On retrouva chez le Chef de l'Etat des contradictions, identiques ou similaires, souvent injustifiées, choquantes et blessantes, sur la Shoah et l'Etat Juif lors du voyage officiel en Israël du Président Emmanuel Macron en janvier 2020.

Les Présidents de la République Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac ont voulu marquer de leur nom l'urbanisme parisien respectivement par le Centre Pompidou, la Cité des Sciences et de l'Industrie, la Pyramide du Louvre, le Musée des Arts premiers... En inscrivant le Judaïsme dans l'urbanisme parisien, Joël Mergui veut laisser lui aussi sa marque pour l'éternité dans la capitale. Il peaufine son image de dirigeant d'une communauté dynamique et se projetant dans un avenir en France, alors que sa situation est tragique et que la condition juive s'est effondrée. Que les donateurs privés, financiers et entrepreneurs, semblent l'ignorer surprend. Et qui se souvient de ces Présidents de la République, notamment comme décideurs de ces oeuvres ?

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