mardi 7 septembre 2010

Une cérémonie des vœux pour le nouvel an juif 5771 à Paris

 
Le 6 septembre 2010, s’est déroulée à la grande synagogue des Victoires (Paris) la cérémonie des vœux pour le nouvel an juif 5771 en présence de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur et des cultes, des dirigeants d’organisations juives, dont le Consistoire, organisateur de l'évènement, de préfets et d'élus du Conseil de Paris. Des discours ont dépeint une image contrastée de la communauté juive française, dynamique malgré l’antisémitisme, et évoqué l’islam.
 

Depuis quelques années, c’est une tradition. Dans la salle Jérusalem de la grande synagogue des Victoires, les présidents des Consistoires et les grands rabbins de France et de Paris reçoivent avec cordialité le ministre de l’Intérieur et des Cultes.

C’est une étrange cérémonie au cours de laquelle, peu avant que ne commencent les fêtes de Tichri (Roch HaChana, Kippour, Soukot), des juifs souhaitent une chana tova (Nda : bonne année) à un non-juif, qui, poliment formule le même souhait à leur égard.

En ce 6 septembre 2010, Joël Mergui, président du Consistoire Central de France et de celui de Paris Ile-de-France, Gilles Bernheim, grand rabbin de France, et David Messas, grand rabbin de Paris, accueillent donc Brice Hortefeux, ministre français de l’Intérieur et chargé des cultes, et Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, du préfet de police et du préfet de région, en présence d’une nombreuse assistance formée d’élus parisiens (Lynda Asmani, Jean-François Lamour, Françoise de Panafieu), et pour la première fois, de l’ambassadeur d’Israël en France, Daniel Shek qui achève sa mission.
Des problèmes et des espoirs
Joël Mergui alterne les bons et les mauvais points.

Certes, il loue « l’étroite concertation » entre les Consistoires et les ministères de l’Intérieur et de l’Enseignement supérieur et se réjouit que l’abattage rituel ait été provisoirement préservé par le Parlement européen. Souligne le dynamisme de la communauté juive française aimant Israël. Espère en la construction d’un Centre européen du judaïsme à Paris.

Mais il stigmatise la « banalisation de l’antisémitisme ». Déplore la difficulté à faire comprendre à certaines collectivités locales la nécessité de respecter les « carrés juifs » (Nda : espaces dans les cimetières où sont enterrés, selon la loi juive ou halakha, les morts juifs dans des carrés qui leur sont spécialement réservés). Est préoccupé par les difficultés pour des élèves pratiquants de concilier leur judaïsme avec leur scolarité, dans des classes préparatoires à de grandes écoles ou à l’université, caractérisée par des cours ou examens pendant le chabbat. S’inquiète de l’état des cimetières juifs en Algérie, d’autant qu’un voyage de juifs français souhaitant s’y recueillir a du être annulé faute d’accord des autorités algériennes.

Jovial, David Messas a surtout souhaité, pour le bien de la « vie en commun », qu’un consensus politique s’établisse sur la question de la sécurité et que le ministre soit compris.

Quant à Gilles Bernheim, il a souligné combien droits et devoirs des citoyens sont intrinsèquement liés, et exhorté tout homme, à l’avant-veille de « Rosh HaChana [Nda : commencement de l’année] qui commémore la création du premier homme » à « se remettre en question et à faire preuve d’exigence à l’égard de soi. Etre juif, c’est être un peu plus responsable à l’égard des autres ».

Curieusement, le grand rabbin de France a allégué que « le judaïsme et de l’islam, au niveau de leurs pratiques religieuses, sont extrêmement proches, peut-être plus proches dans leurs pratiques, que le judaïsme et le christianisme dans la pratique : manger casher, se tourner vers, pour les prières… » Et d’affirmer « notre fraternité avec cette religion, l’islam, indispensable pour le vivre ensemble des Français en France et pour préserver ce que ces deux religions, l’islam et le judaïsme, ont de meilleur ».

On reste pantois devant ces amalgames ou ignorances du grand rabbin de France prononcés notamment devant des rabbins et grands rabbins ! Le judaïsme plus proche de l’islam que du christianisme dans sa pratique !? Et le dire à un chrétien ! Et devant des présidents de communautés juives et des rabbins franciliens ! En une circonstance officielle si importante, le côté improvisé d'une partie du discours du grand rabbin de France sidère.

Le judaïsme prescrit à ses fidèles de manger cacher, l’islam de manger halal. Guidé aussi par la volonté exprimée dans divers textes saints Juifs de respecter l'animal et donc d'en réduire la souffrance, l’abattage rituel juif (shehita) se distingue par ses actes de celui musulman. Tourné vers La Mecque (Arabie saoudite), le musulman tue l’animal au nom d’AllahAllah Ouakbar ! », Allah est le plus grand !). Debout ou assis, les juifs prient l’Eternel en se tournant vers Jérusalem (Israël) ; prosternés en signe de soumission à Allah, les musulmans prient en se tournant vers La Mecque.

L’islam n’est pas qu’une religion. Et, en particulier lors des millénaires précédant la naissance de l'islam, le judaïsme a su «  préserver » ce qu'il y a de meilleur en lui.

La « fraternité » ne peut pas et ne doit pas être à sens unique. Pour maintenir le vivre ensemble, ne serait-il pas indispensable que l’islam supprime notamment ses versets, sourates ou hadiths prônant la haine des juifs, des mécréants, etc. ?

Mises dans la perspective de la tribune du grand rabbin Gilles Bernheim sur la votation en Suisse Minarets : l'Europe doit changer son regard sur l'islam (Le Figaro, 2 décembre 2009), ces remarques révèlent que le grand rabbin de France persiste dans une voie critiquable dans laquelle il engage spirituellement la communauté juive française. Celle de l’incompréhension, de l’ignorance ou de la méconnaissance de la spécificité de l’islam. Celle d'un dialogue judéo-musulman fondé sur des idées peu pertinentes. Celle aussi du risque d’un syncrétisme religieux dans lequel le judaïsme a beaucoup à perdre.

Ces opinions du grand rabbin Gilles Bernheim surprennent d’autant plus à l’heure où Abdennour Bidar, professeur de philosophie en classes préparatoires à Sophia-Antipolis, dénonce La lapidation, "preuve extrême de la logique de violence de l'islam" (Le Monde, 30 août 2010).

Une « communauté impliquée, vivante et dynamique »
Après avoir indiqué le nombre d’agressions antisémites lors du premier trimestre 2010 – « 47 actions et 190 menaces recensées » -, Brice Hortefeux rappelle la fermeté du gouvernement dans la lutte contre l'antisémitisme et, qu’en cinq ans, en vertu de conventions entre son ministère et le Fonds social juif unifié (FSJU), ont été sécurisés 487 bâtiments de la communauté juive, dont « 145 écoles et crèches, 98 associations et centres communautaires et 234 synagogues ».

Autres actions du ministre très applaudies : celles visant à soutenir la future « valorisation du Séminaire israélite de France » et à attirer « l’attention de la garde des sceaux afin que soient engagées des poursuites judiciaires dans plusieurs cas d’appel au boycott de produits cashers ou israéliens ».

Des motifs de se réjouir ? La reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens, la création de la Fondation du patrimoine juif de France au sein de la Fondation du judaïsme et « à l’automne 2009, la publication d’un nouveau règlement européen relatif à l'abattage rituel qui assurait une stabilité pour la shehita ». Sur ce dernier sujet, la vigilance demeure « alors qu’un vote au Parlement européen pourrait remettre ce travail en question en imposant un étiquetage discriminant pour l’abattage rituel ». Eurodéputés et ministère sont déterminés à empêcher que ce projet n’aboutisse. Ce succès récent au Parlement européen résulte aussi du « partenariat avec les représentants du culte musulman », ce qui représente « un signe fort du dialogue des religions rendu possible par notre modèle de laïcité ».

Cadeau de Joël Mergui au ministre Brice Hortefeux pour le nouvel an juif : du miel.

Une douceur dont le ministre a besoin en cette période houleuse : contestations à propos des retours des Roms en situation illégale dans leurs pays d’origine - des actes qui ont induit une instrumentalisation politique de la Shoah par des comparaisons infondées et choquantes entre les Roms actuels et les juifs sous l'Occupation -, prochain débat sur le niqab, etc.

Que retenir de cette cérémonie en dehors des remarques hors sujet et fausses du grand rabbin Gilles Bernheim ? Tout d'abord, les dirigeants communautaires gagneraient à mieux préparer leurs discours et à les écrire. Ceci élèverait le niveau de leurs discours, souvent médiocres. Ensuite, il conviendrait de s'adresser à des représentants de l'Etat sans donner des leçons de morale et en maintenant une certaine distance respectueuse. Enfin, il importe de parler essentiellement du judaïsme et des juifs, et d'éviter les digressions, dérapages ou rapprochements infondés ou qui ne valorisent pas le judaïsme.


Photos de haut en bas :
De gauche à droite, David Messas, Gilles Bernheim, Brice Hortefeux parlant, Joël Mergui, Pierre Lellouche

La façade de la grande synagogue de la rue des Victoires à Paris (75009)

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1 commentaire:

  1. C'est vrai que le Judaïsme et l'Islam sont proches, la preuve, à part vous Véronique Chemla, où sont les femmes, ne sont-elles pas plus nombreuses que les hommes ? Est-ce normal qu'une minorité représente l'ensemble ?

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