Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 6 mai 2020

« L’agent immobilier » par Etgar Keret et Shira Geffen


Arte diffusera le 7 mai 2020 « L’agent immobilier » (Mein sprechender Goldfisch ; The Middleman) par Etgar Keret et Shira Geffen. « Un agent immobilier à la dérive (Mathieu Amalric) hérite d’un immeuble à l’abandon... L’écrivain israélien Etgar Keret et la réalisatrice Shira Geffen, sa complice du film "Les méduses", ont concocté cette série à l'univers poétique et réjouissant. »

Nurith Aviv


En 1980, Antenne 2 avait diffusé « Petit déjeuner compris », série française en six épisodes réalisée par Michel Berny sur un scénario de Danièle Thompson. L'histoire d'un couple de provinciaux quadragénaires qui héritent d'un hôtel situé dans le quartier latin, songent à le vendre, puis s'y attachent...


Quarante ans plus tard, deux auteurs israéliens, Etgar Keret et Shira Geffen, brodent sur un thème proche. 

« Olivier (Mathieu Amalric), agent immobilier inconstant et loufoque, hérite d’un immeuble délabré qu’il décide de vendre pour rembourser ses dettes. La rencontre avec son unique locataire va changer la donne. Comédie décalée et touchante, « L’agent immobilier » est une minisérie en quatre épisodes signée Etgar Keret et Shira Geffen ».

« L’agent immobilier signe les retrouvailles derrière la caméra d’Etgar Keret et Shira Geffen, réalisateurs des Méduses, Caméra d’or au festival de Cannes 2007 ». 

« Cette série est, de leur propre aveu, le pendant masculin de leur premier film, centré sur une jeune femme en quête de repères dans un Tel-Aviv rempli d’histoires ». 

« Leur antihéros, un homme en bout de course, cherche maladroitement à recoller les morceaux d’une vie qui prend l’eau de tous côtés. Une avalanche de situations absurdes conduit cet agent immobilier peu orthodoxe au cœur d’un immeuble en décrépitude, lieu hautement symbolique où il va tenter de comprendre ce qui lui arrive ». 

« Cet itinéraire rocambolesque porte la marque d’Etgar Keret, écrivain reconnu en Israël et au-delà pour ses nouvelles au style kafkaïen : un mélange réjouissant de comique et de noirceur, d’insolite et de tendresse, rehaussé par une pointe de fantastique ». 

« En plus de dialoguer avec un poisson rouge, notre personnage voyage dans le temps. Une manière pour les auteurs d’aborder des sujets universels tels que la mémoire et la filiation ». 

« Dans ce rôle, Mathieu Amalric se montre subtil et attachant, plaisamment secondé par un Eddy Mitchell en grande forme et une galerie d’excellents seconds rôles. »

Premier épisode. « Olivier Tronier, agent immobilier, traverse une mauvaise passe. Divorcé, fauché, père d’une adolescente en crise, fils d’un père irresponsable, il a du mal à garder la tête hors de l’eau et a pris l’habitude de squatter les appartements qu’il est censé vendre. À la mort de sa mère, il apprend qu’il a hérité d’un immeuble en plein Paris. Une solution à ses problèmes matériels ? Il s’agit en réalité d’une ruine qui abrite une unique locataire, Liliane Petresco, qui ne compte pas déménager. De déconvenue en catastrophe, Olivier se retrouve avec un poisson rouge pour seul confident. »


Deuxième épisode. « Aux abois, Olivier se résout à signer un contrat avec Simon Elmaleh, promoteur immobilier plus que douteux. Mais les problèmes s’accumulent. Son père fait les quatre cents coups dans sa nouvelle maison de retraite, sa fille adolescente ne le supporte plus, et il devient clair que l’immeuble dont il est propriétaire est un sas pour voyager dans le passé. Lors de son premier saut dans le temps, Olivier fait la connaissance d’une enfant, Clothilde, qui l’encourage à postuler comme concierge. Il rencontre ainsi un ancien locataire de l’immeuble, l’inquiétant M. Riberi. »

Troisième épisode. « Olivier, de nouveau à sec, se compromet davantage auprès de Simon Elmaleh. Alors qu’il tente de renouer avec Sophie, sa fille, il apprend la mort accidentelle de son père. Perdu, il se réfugie dans le passé, où l'attendent de nouvelles révélations. Seul son poisson magique semble avoir le pouvoir de lui venir en aide... »

Quatrième et dernier épisode. « Après la “résurrection” de son père, Olivier reprend du poil de la bête. Il s’oppose à Simon qui menace de chasser Mme Petresco, devenue son amie, et fait la connaissance de Clothilde, la petite fille de l’immeuble, aujourd’hui adulte. Mais c’est dans le passé qu’il va trouver les ressources pour solder ses dettes et revoir sa mère. Le temps des réconciliations est peut-être venu. »

Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène

« L’écrivain Etgar Keret et l’actrice et réalisatrice Shira Geffen ont imaginé L’agent immobilier, une série loufoque et touchante, qui donne de plain-pied sur leur univers singulier. Entretien avec deux figures de la scène artistique israélienne. »

« Comment est née cette oeuvre atypique ?
Etgar Keret : L’idée d’une série sur un agent immobilier me trotte dans la tête depuis longtemps. Je l’avais proposée à la télévision israélienne, mais elle a été jugée trop étrange. Par la suite, j’en ai parlé à Yaël Fogiel (productrice, avec Laetitia Gonzalez, de notre film Les méduses*), et elle m’a convaincu de monter le projet en France. Nous avons écrit le scénario avec Shira, et quand s’est posée la question de la réalisation, il m’a semblé que nous étions les mieux placés – je craignais sinon que la saveur initiale ne se perde. Je suis reconnaissant à ARTE d’avoir accepté, bien que nous ne parlions pas français. Par la suite, j’ai vu combien il est compliqué de tourner dans une langue qui n’est pas la sienne !
Shira Geffen : Un autre élément décisif a été Mathieu Amalric. Nous l’avons rencontré dans un festival de littérature, où il était venu lire des textes. On a eu le sentiment de voir notre personnage. Mathieu étant français, nous n’avions plus le choix ! Sur la question de la langue, il s’est révélé d’une aide précieuse. Tous les jours, il passait le texte au crible avec nous pour en saisir les intentions, et les rendre en français le mieux possible. La série lui doit énormément : c’est un travail à trois voix.

L’histoire pourrait-elle se passer n’importe où ?
Shira Geffen : Oui. Au cours du travail d’écriture, nous avons pris conscience que cette histoire d’agent immobilier qui voyage dans le temps nous amenait à aborder la question de la filiation, un sujet universel.
Etgar Keret : Nos récits comportent toujours une part de conte. Il s’agit de contes réalistes, qui prennent pour objet des situations vécues. On n’identifie pas clairement où se passe cette histoire, en raison du choix des décors et parce que notre personnage mélange fantasme et réalité. Nous avons essayé de transposer cette incertitude dans notre manière de tourner.

Qu’est-ce qui vous intéressait dans le thème de l’immobilier ?
Etgar Keret : Nous sommes partis du paradoxe d’un agent immobilier sans domicile fixe, qui dort dans les appartements qu’il est censé vendre, ne trouve pas sa place et va tenter de reconstruire sa relation à sa famille et à son passé. À cette idée s’est superposée mon histoire familiale. Quand mon père est mort, il a légué à ma mère une partie d’un immeuble en indivision. Ce bâtiment se trouvait dans un état déplorable, et l’autre propriétaire était un salopard.
Cette situation difficile m’a donné le désir de voyager dans le passé, pour redécouvrir cet édifice et ses habitants sous un jour plus heureux, et comprendre ce qui s’était cassé en chemin. L’immeuble est une métaphore de ce qui peut abîmer les êtres humains. 
Shira Geffen : Une série de la BBC, The Singing Detective de Dennis Potter (1986), a aussi été une référence importante. Comme notre personnage, son héros se réfugie dans le fantasme à mesure que sa situation empire. 

La série mêle différentes tonalités, du loufoque à l’émotion...
Etgar Keret : Pour la décrire, avant le tournage, on avait coutume de dire : imaginez la rencontre de David Lynch et de Charlie Chaplin. Ranger une histoire dans un genre me semble artificiel ou réducteur car dans la vie, on change constamment de registre.

Comment en êtes-vous venus à choisir Eddy Mitchell pour le rôle du père ?
Etgar Keret : Bien qu’il ne soit plus tout jeune, ce père continue d’apporter foi et optimisme à son fils, qui traverse une période de doute. Pour ce personnage, l’âge importe peu. On trouve parfois ce trait de caractère chez les rock stars. Nous avons rencontré Eddy Mitchell dans un restaurant. Quand on l’a vu avaler ses cachets avec un verre de whisky, on a su que c’était lui ! »

* Récompensé d’une Caméra d’or à Cannes en 2007.


« Mathieu Amalric joue un agent immobilier à la dérive. Réalisateur (Tournée, La chambre bleue, Barbara…) et acteur, il est actuellement confiné, en montage de son nouveau film, Serre moi fort. »

« Etgar et Shira ont inventé un agent immobilier qui n’a pas de chez lui et dort dans les maisons qu’il doit vendre. Et patatras, par le cadeau empoisonné de sa mère morte et détestée, qui lui lègue un immeuble pourri, c’est sa propre intimité qu’il va, malgré lui, explorer. Cela explose dans tous les sens ! Temporalités enchevêtrées, poisson qui parle, trésor caché… : tout chavire dans un burlesque, un doux invraisemblable. Père nul, fils inconséquent, homme d’affaires (très !) impoli : ce rôle était un cadeau ! En plus, prendre Eddy Mitchell dans les bras... ! »

«Avant de connaître Etgar et Shira dans la vie, j’étais un amoureux des livres d’Etgar, de son monde inouï de quotidienneté qui dérive, de pulsions, un imaginaire absurde et ancré à la fois. Comme ils ne parlent pas français, ni moi l’hébreu, on aimait chaque soir se retrouver pour explorer les dialogues du lendemain. Être certain que le français aurait les saveurs infinies de leur dinguerie. Souvent, ils me jouaient la scène (en hébreu) et c’était délicieux. Ils dirigent au coeur, à l’oreille (qu’ils ont absolue !), entourés d’une troupe de techniciens et d’acteurs dont ils sortent le plus beau ».


« L’agent immobilier » par Etgar Keret et Shira Geffen
France, Belgique, 2019
Réalisation : Etgar Keret et Shira Geffen
Auteur : Etgar Keret
Scénario : Etgar Keret et Shira Geffen
Production : Les Films du Poisson, ARTE F, Gapbusters, Shelter Prod, VOO Be TV
Producteur/-trice : Yaël Fogiel, Laetitia Gonzalez
Image : David Chizallet
Montage : François Gédigier
Musique : Tom Darom, Tamir Muskat
Costumes : Florence Scholtes, Christophe Pidre
Décors de film : André Fonsny
Chargé(e) de programme : Adrienne Fréjacques
Son : Olivier Struye
Avec : Mathieu Amalric (Olivier Tronier), Eddy Mitchell (Rémi Tronier), Ixyane Lété (Sophie Tronier), Nicole Shirer (Liliane Petresco), Sarah Adler (Louise Tronier), Michelangelo Marchese (Simon Elmaleh), Camille Voglaire (Julia), Félix Vannoorenberghe (Le clochard), Christelle Cornil (Clothilde (adulte), Philippe Jeusette (Philippe), Yoann Blanc (Sébastien Riberi)
Sur Arte :
L'agent immobilier (1/4, 44 min) : le 7 mai 2020 à 20 h 55
L'agent immobilier (2/4, 48 min) : le 7 mai 2020 à 21 h 45
L'agent immobilier (3/4, 41 min) : le 7 mai 2020  à 22 h 35
L'agent immobilier (4/4, 45 min) : le 7 mai 2020 à 23 h 15
En ligne du 30 avril au 5 juin 2020. Disponible en VOD.
   
Visuels :
Eddy Mitchell (Rémi Tronier) et Mathieu Amalric (Olivier Tronier), épisode 1 de l' " Agent immobilier" d' Etgar Keret
Mathieu Amalric (Olivier Tronier) et Ixyane Lété (Sophie Tronier) dans l' épisode 2 de l' Agent immobilier" d' Etgar Keret
© Les Films du Poisson

Episode 4 de l' " Agent immobilier" d' Etgar Keret avec Mathieu Amalric (Olivier Tronier)
© Charles Paulicevich

Eddy Mitchell (Rémi Tronier), Etgar Keret (Pavel) et Nimrod Keret (Kouba) dans l' épisode 4 de l' " Agent immobilier" d' Etgar Keret
© Les Films du Poisson

A lire sur ce blog :
Les citations sont d'Arte : site et Arte magazine (n° 19, 2-8 mai 2020).

Aucun commentaire:

Publier un commentaire