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mercredi 21 septembre 2022

Alain Resnais (1922-2014)

Alain Resnais (1922-2014) est un scénariste, monteur et réalisateur français de documentaires - Nuit et Brouillard (1956) - et films de fictions : Hiroshima mon amour (1959), L'Année dernière à Marienbad (1961), Muriel ou le Temps d'un retour (1963), La guerre est finie (1966), Je t'aime, je t'aime (1968), Mélo (1986). Arte rediffusera le 1er octobre 2022 « Alain Resnais, l'audacieux » (Alain Resnais - Ein neues Kino wagen) de Pierre-Henri Gibert et « Stavisky » d'Alain Resnais (1974) avec Jean-Paul Belmondo, également coproducteur avec Georges Dancigers et Alexandre Mnouchkine, Annie Duperey, Michael Lonsdale, Claude Rich, Charles Boyer, François Périer, Gérard Depardieu. Le scénario est signé par Jorge Semprún et la musique par Stephen Sondheim.


Alain Resnais (1922-2014) est un 
scénariste, monteur et réalisateur français. Contemporain de la Nouvelle Vague, il a débuté par les courts métrages documentaires et a créé une oeuvre caractérisée par la rigueur.

Dans sa filmographie marquée souvent par la collaboration avec des écrivains, citons Nuit et Brouillard (1956), Hiroshima mon amour (1959), L'Année dernière à Marienbad (1961), Muriel ou le Temps d'un retour (1963), La guerre est finie (1966), Je t'aime, je t'aime (1968), Mélo (1986). 

Produit par Anatole Dauman, le documentaire Nuit et brouillard (1956) a été réalisé à la demande du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale pour le dixième anniversaire de la libération, pour beaucoup découverte, des camps de concentration et d'extermination nazis. Le Secrétaire général de ce Comité était l'historien Henri Michel.

Rédigé par Jean Cayrol, résistant français déporté dans le KZ Mauthausen en 1943, le texte du film est dit sobrement par Michel Bouquet. Il a été traduit en allemand par Paul Celan.

Le film mêle des images d'archives en noir et blanc et des images réalisées en couleurs par Alain Resnais dans des camps nazis, notamment à Auschwitz-Birkenau. Le mot "juif" est prononcé une seule fois.

En 1956, la Commission de censure cinématographique conditionne la diffusion du film à la suppression d'une photographie d'archives montrant un gendarme français surveiller un camp d'internement en France. Le producteur et le réalisateur dissimule le képi, et le film est alors montré dans cette version qui occulte la responsabilité de l'Etat français dans cet internement, prélude à la déportation de Juifs dans des camps nazis d'extermination. 

En outre, l'Allemagne allègue que ce film risquait d'entraver le rapprochement entre elle et la France, et réclame qu'il ne soit pas présenté dans la sélection officielle du Festival de Cannes 1957. Ce qui suscite l'indignation dans les deux pays. La direction du Festival de Cannes se soumet aux demandes allemandes : une image où un gendarme français regarde les agents de la déportation est supprimé et le documentaire est montré hors compétition. 

Par ailleurs, la Suisse prohibe la diffusion du film en arguant de sa « neutralité ».

En 2010, Catherine Thion, docteur en histoire et chargée de recherche historique au Centre d'étude et de recherche sur les camps d'internement du Loiret (CERCIL) localise, en comparant les bâtiments en arrière-plan, le camp d'internement photographié dans ce cliché : il ne s'agit pas du camp de Pithiviers comme on le pensait initialement, mais du camp de Beaune-la-Rolande. « La photo dite du gendarme représentait en fait la partie sud-ouest du camp de Beaune-la-Rolande, et non le camp de Pithiviers », indique le rapport du CERCIL.

Ce film a été critiqué pour n'avoir pas distingué les camps d'internement ou de concentration des camps d'extermination, et de n'avoir pas suffisamment insisté sur la différence entre les déportés politiques ou résistants, notamment communistes, et ceux religieux (Juifs). 

Ce n'est qu'à partir des années 1970 que la spécificité de la déportation des Juifs sera soulignée et des années 1980 que le terme "Shoah", à l'initiative de Claude Lanzmann, s'imposera dans le monde francophone, alors que les Américains privilégient le vocable religieux "Holocaust".

« Alain Resnais, l'audacieux »
Arte diffusera le 1er octobre 2022 à 05 h 15 « Alain Resnais, l'audacieux » (Alain Resnais - Ein neues Kino wagen) est un documentaire de Pierre-Henri Gibert. 

« Génial inventeur de formes, Alain Resnais est l'un des pères de la modernité cinématographique. À travers des extraits de films et les souvenirs de proches collaborateurs (Agnès Jaoui, Bruno Podalydès, Pierre Arditi et André Dussollier), ce portrait revient sur le parcours d'un anticonformiste discret, en perpétuelle quête de renouvellement pour lutter contre l'inquiétude. »

« Alain Resnais est né il y a cent ans. À son propos, André Dussollier cite le poète américain George Oppen : "Vieillir, quelle étrange aventure pour un petit garçon !" 

« Assurément, le réalisateur de Mon oncle d'Amérique n'a jamais cessé d'être un esprit libre ». 

« Pierre-Henri Gibert, fin portraitiste de cinéastes (Henri-Georges Clouzot, Jacques Audiard), retrace en images son parcours unique ». 

« Enfant isolé par une santé fragile, Resnais forge sa différence au sein d'une famille bretonne cultivée, mais conservatrice, qui le destine à prendre la suite d’un père pharmacien. »

« Cependant ses aspirations, nourries par les comics américains et les romans d'aventure, le conduisent à Paris : il veut devenir acteur. Incorrigible angoissé, il n'est pas fait pour la scène et va trouver à l'Idhec, comme apprenti monteur, un terrain de jeu plus adapté… »

« En grande partie inédites, les archives personnelles d'Alain Resnais sont ici dévoilées devant la caméra de Pierre-Henri Gibert (collections de photos, carnets, correspondance de travail), apportant un éclairage supplémentaire sur le tempérament de cet homme timide et méticuleux, qui ne voulait pas être considéré comme auteur, mais comme artisan. Et pourtant… Le réalisateur Joachim Trier, observateur avisé de son œuvre protéiforme, l'analyse pour sa part comme une quête de l'"irreprésentable". 

« Depuis ses documentaires engagés jusqu'aux variations théâtrales de la dernière période, cette quête passe par de multiples expériences, aussi excitantes pour l'œil que pour l'esprit, en marge des modes, entre réel et imaginaire, sourires et inquiétude ». 

« À travers des extraits de films et les souvenirs de proches collaborateurs (Agnès Jaoui, Bruno Podalydès, Pierre Arditi et André Dussollier), malicieusement interrogés dans le décor d'un théâtre, ce documentaire redonne vie à l'aventure Resnais. »




« Huit ans après la mort d'Alain Resnais, son œuvre reste inclassable, à la fois savante et ludique, élitiste et éminemment populaire. À l’occasion du documentaire Alain Resnais, l’audacieux, rencontre avec son actrice et coscénariste Agnès Jaoui, qui lève une partie du voile sur la méthode du réalisateur. Propos recueillis par Emmanuel Raspiengeas. 

Comment avez-vous rencontré le cinéma de Resnais ?
Agnès Jaoui : Toute petite, j’ai assisté par hasard à une projection de Muriel. Je ne comprenais rien ! J’étais fascinée, désorientée, c’était la première fois de ma vie que je voyais un film de ce genre. Après, je l’ai vraiment apprécié en tant qu’auteur à l’adolescence, avec Mon oncle d’Amérique, un autre grand souvenir.

Comment s’est concrétisée votre première collaboration ?
Avec Jean-Pierre Bacri, alors que nous jouions au théâtre Cuisine et dépendance, nous avons reçu un message sur notre répondeur commun : "Bonjour, c’est Alain Resnais. J’aimerais vous voir tous les deux, jeudi." Nous étions stupéfaits, évidemment ! Il est venu chez nous avec des piles de textes de Smoking/No Smoking, et je me disais : "Mon Dieu ! Cet homme est trop bizarre, trop timide, trop mignon… S’il n’était pas Alain Resnais, je me dirais : il est fou ! Il nous propose un truc de fou !"

À quoi ressemblait le travail à ses côtés ?
Pour Smoking/No Smoking et On connaît la chanson, nous travaillions pendant la semaine, puis nous enregistrions les dialogues sur cassettes. Il les écoutait dans le noir, et tant qu’il avait des visions de ce que nous écrivions, il était content. Quand il ne voyait plus, il nous disait qu’il ne comprenait pas. Il avait cette façon de faire, directive sans être directive… D’ailleurs, il nous a dit dès le début "Je veux du Jaoui/Bacri !" Il n’était pas ce genre de réalisateur qui vous demande de vous contraindre. Il était aussi l’un des seuls auteurs "non auteur". Il n’a jamais cosigné un scénario, notamment pour que ses amis auteurs gagnent des sous ! Or toutes ses œuvres sont des "films de Resnais", et c’est ce qui est merveilleux.

En tant qu’actrice et réalisatrice, que vous a-t-il transmis ?
Une grande partie de mon travail de réalisatrice est inspirée de ses méthodes. Notamment rencontrer chaque acteur seul à seul, y compris pour mes mises en scène d’opéra, ce qui étonne les chanteurs ! Un autre exemple : Alain Resnais nous expliquait toujours, à nous ses acteurs, le plan qu'il allait filmer : "Là, vous serez toute petite dans le cadre." Vous vous sentiez faire vraiment partie de l’aventure. Beaucoup d’autres choses m’ont influencée encore, comme la façon qu’il avait de vous aimer, de vous rassurer, de vous porter, grâce à la confiance qu’il avait en vous, ou de vous dire à la fin d’une prise : "Là, j’ai ce qu’il me faut, donc faites-en une folle…"

Dans le documentaire qui lui est consacré, vous avez cette remarque : "Il a fait très tôt l’expérience de la différence, et ne pas en être mort en a fait quelqu’un de particulier"…
Je sais qu’il était malade quand il était petit, et qu’il s’ennuyait beaucoup à Vannes. Ses séjours dans les arbres à rêver, à l’hôpital… Cela a fait de lui un être différent, sauvé par son imagination, et tout ce qu’il a découvert à cette époque : ses lectures, ses bandes dessinées… Il est resté fidèle à toutes ces amours-là. »

« Stavisky »
Arte diffusera le 12 septembre 2022 à 20 h 55, dans le cadre d'une soirée hommage au réalisateur, « Stavisky », film réalisé par Alain Resnais (1974) avec Jean-Paul Belmondo, également co-producteur avec Georges Dancigers et Alexandre Mnouchkine, Annie Duperey, Michael Lonsdale, Claude Rich, Charles Boyer, François Périer, Gérard Depardieu. Le scénario est signé par Jorge Semprún et la musique par Stephen Sondheim.

« Huit ans après sa mort, l’œuvre d’Alain Resnais reste inclassable, à la fois savante et ludique, élitiste et éminemment populaire. Génial inventeur de formes, le cinéaste français a exercé une influence considérable, qui s’étend jusqu’à Hollywood. Révélé par des documentaires engagés, il s’est imposé par un cinéma de l’imaginaire et de la fantaisie, en résistance à la dureté du monde. ARTE lui rend hommage le temps d'une soirée, avec son film "Stavisky..." porté par Jean-Paul Belmondo, suivi d'un portrait inédit réalisé par Pierre-Henri Gibert. »

« La chute de l’escroc Stavisky, chevalier d’industrie. Alain Resnais met en scène l’agonie de la IIIe République et la fin d’un monde, à son inimitable manière. »

« Serge Alexandre, tel qu’il se fait désormais nommer, manipule aussi bien l’argent que ceux qu’il en déleste. Menant ses affaires de loges de théâtre en palaces, il drape sa vie d’un luxe d’apparat, entre Paris, Biarritz et la riviera, toujours accompagné de sa femme, splendide, et d’un entourage complaisant qui profite de ses largesses ». 

« Derrière l’homme d’affaires, un escroc, émigré et fils de juif ukrainien parti de rien, qui a su mettre le Paris mondain à sa botte, tout autant que la presse, la police et les politiques… Flambeur, orgueilleux, prêt à tout pour prendre la lumière, Stavisky s’endette. Pour se remettre à flots, il propose à un contact de faciliter le transfert de fonds d'une vente d'armes, fournies par Mussolini, pour appuyer un coup d’État en Espagne. »

« Avec ce film au casting de choix (Belmondo, Annie Duperey, Michael Lonsdale, Claude Rich…), Resnais déjoue les pièges de l’adaptation historique – Stavisky, escroc notoire du crépuscule de la IIIe République, précipita la chute du gouvernement français en 1934 – pour se livrer à l’étude de la psyché d’un homme dont la vie entière relève de la fiction, ainsi qu’à la peinture des derniers feux d’un monde condamné par le fascisme ». 

« Monté en flashback, le film oscille entre le portrait d’un vendeur de vent et la chronique de la société qui le sanctionne, sans lui survivre bien longtemps. Alain Resnais y apporte sa patte, expressive et mélancolique, de rêveur de génie ».

Présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 1974, le film est mal accueilli par la presse. 

« Je ne voulais pas que le film aille à Cannes. On m'a persuadé du contraire. Un massacre ! Resnais n'avait pas tourné depuis cinq ans et c'est la seule fois où il s'est fait traîner dans la merde. (...) Les critiques ne m'ont jamais empêché de dormir, sauf sur Stavisky. Il y a eu un tel déchaînement. Là, j'ai dit : "C'est vraiment des cons !" Dans Stavisky, ils me reprochaient d'être sympathique. Mais vous connaissez un escroc antipathique, vous ? Un escroc antipathique, il n'escroque personne ! », se souvenait Jean-Paul Belmondo.



« Alain Resnais, l'audacieux » de Pierre-Henri Gibert
France, 2021, 53 min
Sur Arte le 1er octobre 2022 à 05 h 15
Disponible du 05/09/2022 au 10/03/2023
Visuels :
Portrait d' Alain Resnais
© Agnès Varda / Succession Varda

Alain Resnais dans les années 1990
© Graziano Arici / Bridgeman Im

Alain Resnais et Sabine Azéma au Festival du film de Venise 1983 pour le film " La vie est un Roman"
© Marcello Mencarini / Bridgema

Alain Resnais sur le tournage de " Mélo" en 1985
© Etienne George / Bridgeman Im


« Stavisky » d’Alain Resnais
France, Italie, 1974, 2 h
Scénario : Jorge Semprún
Production : Cérito Films, Les Films Ariane, Euro International Films
Producteur : Jean-Paul Belmondo
Image : Sacha Vierny
Montage : Albert Jurgenson
Musique : Stephen Sondheim
Avec Jean-Paul Belmondo (Serge Alexandre Stavisky), Charles Boyer (Baron Raoul), Anny Duperey (Arlette), Michael Lonsdale (Docteur Mézy), François Périer (Albert Borelli), Claude Rich (Inspecteur Bonny), Roberto Bisacco (Juan Montalvo de Montalbon), Gérard Depardieu
Sur Arte les 12 septembre 2022 à 20 h 55, 5 octobre 2022 à 13 h 35, 8 octobre 2022 à 2 h 15
Visuels :
Jean-Paul Belmondo (Serge Alexandre), Michael Lonsdale et Pierre Vernier dans le film " Stavisky" de Alain Resnais
Anny Duperey (Alette) et Jean-Paul Belmondo (Serge Alexandre) et Charles Boyer (Le baron Jean Raoul) et Roberto Bisacco ( Juan Montalvo de montalbon ) dans le film " Stavisky" de Alain Resnais
Jean-Paul Belmondo (Serge Alexandre) et François Périer(Albert Borelli) dans le film " Stavisky" de Alain Resnais
Jean-Paul Belmondo (Serge Alexandre) dans le film " Stavisky" de Alain Resnais
© Cérito Films/ Films Ariane/

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