mardi 9 mai 2017

Noa


Achinoam Nini, connue sous son nom d’artiste Noa, est une chanteuse israélo-américaine engagée, une interprète lyrique, auteur de 15 albums conçus avec son guitariste et directeur musical Gil Dor, et qui a travaillé avec Sting, Stevie Wonder, Quincy Jones, Pat Metheny... Ambassadrice des Nations unies, première artiste Juive à avoir chanté au Vatican, elle est proche de La Paix Maintenant

Connue sous son nom d’artiste Noa et d’origine yéménite, Achinoam Nini (ניני אחינועם) suscite une admiration unanime en raison de son talent vibrant, de ses interprétations lyriques, de sa carrière internationale - duos avec Sting et Stevie Wonder, représentation d’Israël associée à l’artiste israélienne Arabe Mira Awad avec la chanson There Must Be Another Way pour l’Eurovision 2009 à Moscou (Russie), collaboration avec Gil Dor et Quincy Jones - et de sa world music au service de son combat contre la faim dans le monde - elle est ambassadrice de bonne volonté  de la FAO  (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) -, et pour la paix.

Ce sont 15 albums qui ont vu le jour, toujours avec son guitariste et directeur musical Gil Dor, avec également des collaborations prestigieuses (Quincy Jones, Pat Metheny…).

Artiste engagée
Mais cette artiste, formée dans une école artistique new-yorkaise puis à la Rimon School of Jazz and Contemporary Music, à Ramat HaSharon, où elle rencontre le guitariste et compositeur Gil Dor en 1990, inspire de vives controverses, moins par ses prises de position en faveur de Shalom Archav (La Paix Maintenant), que par son intolérance et son manque de respect à l’égard de ceux ne partageant pas ses opinions politiques.

Deux exemples. L’ACUM, organisme israélien créé en 1936 et chargé de la gestion des droits d’auteur des artistes, devait remettre début 2014 à Ariel Zilber, artiste israélien septuagénaire, un Prix récompensant l’ensemble de sa carrière, et à Noa un prix pour son apport à la connaissance de la musique israélienne à l’étranger. Réaction de cette chanteuse israélo-américaine : elle refuse de se rendre à cette cérémonie pour « des raisons idéologiques » ; en fait, elle n’apprécie pas que la cérémonie distingue aussi Ariel Zilber. Ce qui suscite l’indignation d’ACUM et de politiciens israéliens. Né dans une famille Juive laïque, Ariel Zilber a évolué vers une pratique orthodoxe du judaïsme et est proche de la droite israélienne.

Le chanteur Yehonatan Geffen a qualifié la victoire de Benjamin Netanyahu à l’élection législative du 17 mars 2015 de « nakba » du mouvement israélien pour la paix. Peu après, il a été traité de « traître gauchiste » par un concitoyen qui a jeté des œufs en direction de sa maison. Noa a exprimé publiquement sa solidarité à l’égard de cet artiste. Sur les réseaux sociaux, elle a écrit que le jour de cette élection était « un jour noir ». Peu après, elle a écrit sur sa page Facebook  que des inconnus avaient crié  à son égard, à l’aéroport de Tel Aviv : « Voilà Achinoam Nini, l'Israélophobe ! Nous allons nous occuper de toi comme nous nous sommes occupés de Geffen ».

Sur l’échiquier politique israélien, Achinoam Nini se situe non pas à gauche comme elle l’a déclaré, mais à l’extrême-gauche. En 2013, la municipalité de Jérusalem l’avait invitée à chanter lors de la célébration officielle pour le Jour de Jérusalem qui fête la réunification de la cité du roi David en 1967, après 19 ans sous domination jordanienne qui interdisait aux Juifs et aux chrétiens de se rendre dans leurs lieux saints. Tollé  ! Car Noa avait exhorté à diviser Jérusalem pour la seconde fois et donner à l’Autorité palestinienne, qui veut faire de la partie orientale de Jérusalem la capitale d’un nouvel Etat arabe, la partie qui était auparavant sous administration jordanienne, dont le Kotel et le mont du Temple ! Certains, dont Chen Rosen, ont appelé à boycotter cette cérémonie au motif que Noa “a participé à des manifestations pro-palestiniennes qui appelaient à diviser Jérusalem et à revenir aux lignes d’armistices de 1967. N’a-t-elle pas honte de se produire dans des célébrations pour la libération et l’unification de la ville ? Cela va contre toutes ses opinions”. Et d’ajouter : “Lors d’un concert, elle s’est plainte que le ministère de l’Education projetait d’organiser des visites d’étudiants au Tombeau des Patriarches [à Hebron] et a dit : “Mes enfants n’iront pas à Hebron. Je préférerais qu’ils visitent Umm el-Fahm” [ville du nord d’Israël composée essentiellement d’habitants Arabes israéliens, Nda]… Elle a signé une pétition demandant au Président Peres d’autoriser Hanin Zoabi à être candidate à la Knesset”. Hanin Zoabi  se trouvait à bord du navire Mavi Marmara  qui voulait, sous la direction  du mouvement islamiste  turc IHH  forcer le blocus naval de la bande de Gaza.

Supposée attirer un large public, Noa a aussi chanté lors d’un rassemblement  le 15 mai 2010 pour l’application des accords de Genève maintenant (“Geneva Accord Now”) et contre les habitants des localités de Judée et de Samarie – “Les Sionistes ne sont pas les habitants des localités” - qui a attiré à Jérusalem… seulement 1 000 personnes selon la police et 2 000 personnes selon les organisateurs : La Paix Maintenant, l’Initiative de Genève, la Gauche nationale, etc. A comparer aux plus de 100 000 Israéliens venus participer aux festivités pour le Jour de Jérusalem peu auparavant. Chilik Barr, président de la branche hiérosolymitaine du parti travailliste, avait déclaré à Ynet : “J’ai aidé à organiser cette manifestation, mais je pense que nous avons fait une erreur. J’ai un problème avec les déclarations dures faites contre les habitants des localités et l’action de créer des localités. Au lieu d’amener la gauche vers le centre, ou même vers le centre-droit, elles la ramènent vers une gauche hallucinatoire”.

En 2012, Noa a été critiquée pour avoir chanté lors d’une cérémonie “alternative” du Jour du Souvenir devant une foule mêlée de familles de Juifs tués par des terroristes Arabes et de familles d’Arabes tués par des Israéliens, dont celle de Ziad Jilani, Arabe tué alors qu’il tentait, au volant de sa voiture, d’assassiner des policiers israéliens lors d’une attaque terroriste. Des groupes sur Facebook ont appelé au boycott de Noa. Une vidéo la montre chantant, lors de cet événement organisé par les “Combatants pour la paix ”, “Life is Beautiful”, inspiré du thème musical de Nicola Piovani pour le film de Roberto Benigni, La vie est belle (1997), sur la Shoah.

Le 25 juin 2015, pour ses 25 ans de carrière et la sortie de son album Love Medicine, elle a donné un concert avec Gil Dor au New Morning, à Paris.  Une salle qui partage les opinions politiques de Noa :"Auteur, compositeur, interprète et percussionniste de renommée internationale, Noa a fait de ses origines (Yémen/Israël/Etats Unis) et de sa voix divine, un passeport pour le Monde, comme avant elle les grandes dames de la pop mondiale : Barbara Streisand, Joan Baez, Nana Mouskouri, Joni Mitchell ou Elis Regina. Ce sont 15 albums qui ont vu le jour, toujours avec son guitariste et directeur musical Gil Dor... En France, Noa apparaît dans l'émission « TARATATA » en 1994 aux cotés de Florent Pagny pour son premier single « I don't know » qui se vendra à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires. On l'entendra aussi en duo avec Charles Aznavour, Jean-Jacques Goldman, Lokua Kanza, Maurane, Pascal Obispo ou encore Khaled.  On la retrouve par ailleurs sur les bande-originales des films de Roberto Benigni « La vie est belle », « James Bond. Goldeneye » ou encore le « Jeanne d'Arc » de Luc Besson. En 1999, elle est la première incarnation d'Esméralda dans la comédie musicale de Plamondon/Cocciante : « Notre Dame de Paris ». Un passeport musical mais également géopolitique, car son engagement pour la paix l'a également mené au cœur des événements de notre siècle : ambassadrice aux Nations Unies, première artiste de confession juive à chanter au Vatican, elle fut également une des seule artistes israéliennes à accepter de participer au rassemblement pour la paix, au cours duquel Yitzchak Rabin sera assassiné. Aujourd'hui, son engagement ne faiblit pas et elle dénonce la politique de Benyamin Netanyahou".

Et le New Morning d'ajouter : "Avec « Love Medicine », Noa continue son combat en musique, enchanteresse, toute en émotion et en chaleur. On y retrouve le chanteur espagnol Joaquin Sabina et la légende vivante du Jazz, Pat Matheny. Florent Pagny lui fait également l'honneur de fêter leurs 20 ans d’amitié en interprétant avec elle le titre « Toi ». Quand elle chante, c'est l'humanité toute entière qui s'exprime à travers Noa. Car au-delà des nombreuses langues qui lui permettent de véhiculer son message, elle porte en elle le rayonnement du soleil, les vibrations de la terre, le battement du cœoeur de chacun d'entre nous".

En janvier 2016, Noa a démissionné d'EMI, association israélienne d'artistes, en signe de protestation contre sa décision de décerner un Prix récompensant le compositeur de chansons Ariel Zilber pour son oeuvre. Elle s'opposait à ce que cet artiste considéré à droite soit ainsi récompensé. En 2014, Noa avait forcé ACUM à décerner non pas le Prix pour l'ensemble de son oeuvre que cette association avait l'intention de remettre à Ariel Zilbert, mais un Prix pour sa contribution à la musique. Mais, en 2016, là où ACUM avait fléchi, EMI a résisté. Furieuse, Noa s'est demandé sur son compte Facebook si c'était une mauvaise plaisanterie ou un cauchemar à une époque où "Israël affronte une période sombre pendant laquelle des livres sont interdits et des listes noires publiées" - une période de violence, racisme et haine avec des signes de fascisme". Noa ne pouvait pas comprendre pourquoi EMI avait pris cette décision de remettre un Prix récompensant l'oeuvre au lieu d'un Prix artistique "à un homme qui utilise son talent pour avancer son agenda particulier de violence, racisme et haine". Noa a précisé sa position en indiquant qu'il ne s'agissait pas d'une question d'opinion politique. Elle ne comprenait pas pourquoi EMI avait choisi de distinguer Zilber alors que tant d'autres artistes méritants.

La Jewish Federation of Greater Vancouver (JFGV) a décidé d'organiser un concert de Noa pour célébrer au printemps 2016 l'anniversaire de la renaissance de l'Etat d'Israël (Yom Haʿatzmaout) ou Jour de l'Indépendance. Une décision qui a suscité l'ire et l'indignation de Juifs canadiens regroupés en Vancouver United with Israel. Ce groupe reproche à l'artiste son engagement en faveur du BDS (Boycott Divestment Sanctions). Et sur son compte Facebook, il a publié des citations de Noa dans lesquelles elle a exprimé son soutien à l'égard  d'organisations gauchistes tels Breaking the Silence et B’Tselem accusées par le mouvement sioniste israélien  Im Tirtzu d'agir en tant qu'"agents étrangers" recevant des fonds importants de l'Union européenne (UE), de gouvernements d'Etats européens, etc.

Le 31 janvier 2016, Noa a expliqué sa position dans l'article Creative dissonance publié par le Times of Israel. Elle retraçait le parcours artistique et politique d'Ariel Zilber.

Le 11 février 2016, Noa a nié sur son compte Facebook qu'elle soutenait BDS.

Ce qui n'a guère convaincu Vancouver United with Israel.

Le 1er juin 2016, la veille de la conférence internationale à Paris « pour la paix au Proche-Orient », Noa s’est rendue, à l’initiative de son « ami, homme d’affaires et activiste passionné pour la paix Ofer Bronstein », à « Ramallah avec Mira Awad, Gil Dor et d’anciens ambassadeurs français afin de soutenir et encourager le Président Mahmoud Abbas ». Sur son compte Facebook, elle a publié un résumé très élogieux de sa rencontre avec une association palestinienne et avec Mahmoud Abbas (Abou Mazen). Celui-ci a parlé « de la solution à deux Etats, de la collaboration entre Israël et l’Autorité palestinienne sur des questions de sécurité… Il était chaleureux, humain… Mes amis, il existe un partenaire pour la paix. Je l’ai vu de mes propres yeux. Il est à vingt minutes de Tel Aviv  ». Elle s'est interrogée sur la raison de sa sensation de bien-être en sa présence : "peut-être parce que je suis une Juive arabe". Elle a conclu sur la nécessité de s'entendre avec les partenaires pour la paix "avant qu'il ne soit trop tard". Elle a omis d'indiquer qu'elle s'était recueillie sur la tombe d'Arafat.

Le 29 janvier 2017, sur son compte Facebook, Noa a assimilé le président américain Donald Trump au führer allemand nazi Hitler. Elle y a écrit :
"Lire sur l'interdiction d'entrée des musulmans aux Etats-Unis, l'interdiction des réfugiés, la construction de murs, la destruction des relations avec le Mexique par Trump. Hitler. Trump est un Hitler moderne, et qui le soutient ? Bibi ! Surprise ? Non !! Bibi n'est pas seulement le Roi auto-proclamé des Juifs. Il est aussi raciste, narcissique, paranoïaque et vulgaire que Trump. Y a-t-il encore des Juifs en Amérique pour soutenir encore Trump ?? Je suis sûre que la réponse est oui. N'éprouvez-vous pas de honte.. N'y a-t-il pas de nombreux membres de votre famille parmi les six millions tués sous le même drapeau du racisme, des mensonges, de l'incitation et de la haine aveugle ? Ne voyez-vous pas comme il est facile à ces monstres horribles de se tourner contre vous et vous dévorer ? Juifs, soyez assez braves pour vous regarder dans le miroir et dire que vous avez eu tort !! Convenez sur ce qui est devenu une part substantielle de notre peuple : nous sommes devenus aussi horribles et sans cœur que ceux qui nous ont massacrés pendant des siècles, aussi stupides et aussi aveugles. Nous sommes cruels dans ce pays avec nos citoyens palestiniens et voisins que nous occupons et opprimons, nous sommes cruels et stupides dans notre soutien à un fou raciste comme Trump et un petit rien raciste, creux et corrompu comme l'est Bibi. Nous devons ARRÊTER cette folie immédiatement et retourner vers les valeurs qui ont défini notre culture et notre héritage pendant des années, nous devons nous tenir au côté du pauvre, du faible, de ceux qui souffrent de la discrimination et de l'oppression, nous devons nous voir en eux. Pour citer le Roi Bibi lui-même : "Ils ont oublié ce que signifie être juif". Il n'est pas trop tard!!!"  
Un post qui révèle l'agressivité de Noa, son incapacité à analyser avec raison et pertinence la situation actuelle, ses amalgames et confusions choquantes et infondés.

Le 30 avril 2017, à 8 h 03, quelques heures avant Yom Hazikaron, sur son compte Facebook, Noa a posté :
"Ce soir, pour la troisième fois, Gil et moi avons l'honneur de nous produire dans la cérémonie alternative du Jour mémorial organisée par les Combattants pour la Paix et le Cercle des Parents, une cérémonie où les familles israéliennes et palestiniennes affligées pleurent ensemble la perte de leurs bien aimés. Cette cérémonie importante aura lieu malgré le refus du gouvernement israélien d'autoriser l'entrée aux 250 Palestiniens affligés qui ont choisi de se recueillir avec nous. Cet événement sera diffusé internationalement. Sentir la douleur de l'autre est le premier et crucial pas vers la reconnaissance de son humanité. De là, nous pouvons espérer de transcender un jour et célébrer la liberté et l'indépendance pour tous".
Puis elle a publié la photo de la cérémonie ainsi commentée :
"4000 personnes dans la salle ce soir pour le service alternatif d'hommage israélo-palestinien ! Nous sommes fiers de nous produire lors de cet incroyable événement". 
Le 7 mai 2017, Noa a exprimé, en mots et par une vidéo, son enthousiasme suscité par l'élection d'Emmanuel Macron, candidat d'En Marche ! à la Présidence de la République : "A victory for the good guys".

« Au cœur de la nuit. Feo Aladag et Noa »
Arte a diffusé « Au coeur de la nuit. Feo Aladag Et Noa » (« Durch die Nacht mit... Feo Aladag & Noa »), documentaire de Markus Heidingsfelder (2014). La réalisatrice autrichienne Feo Aladag primée  pour Die Fremde (When We LeaveL’Etrangère, 2010), film inspiré de « crimes d’honneur », et Achinoam Nini, connue sous son nom d’artiste NOA , chanteuse israélo-américaine proche de La Paix Maintenant, se promènent à Tel Aviv avant l’opération Bordure protectrice, devisent sur l’amour, la maternité, la politique avec notamment l’assassinat de Yitzhak Rabin, alors Premier ministre, le 4 novembre 1995, etc. « Un échange riche ». 

« Cette Yéménite déteste Israël. On n’a pas besoin de gens comme toi, ici. Vas au Vatican [Noa a chanté l’Ave Maria devant le Pape. Une performance controversée, Nda] ! C’est ainsi qu’une artiste se comporte avec son pays ? Quand on est né et qu’on vit ici, on ne dit pas de mal de son pays. Ceux qui sont contre le pays, on ne veut pas d’eux ici ! » C’est en ces termes qu’un Israélien interpelle Noa  qui arpente avec la réalisatrice Feo Aladag une rue commerçante de Tel Aviv ensoleillé.

Non intimidée, Noa s’approche de lui, lui répond avec vivacité et le retourne comme une crêpe : « Mon ami, c’est faux. Sur quoi te bases-tu ? », s’enquière-t-elle.

« Des articles de journaux », lui répond-il.

« Je ne suis pas contre mon pays. Je suis une vraie sioniste. A trois ans, mes parents m’ont emmenée [aux Etats-Unis]. Là, j’ai étudié dans une yeshiva. A 16 ans, j’ai quitté mes parents, et je suis revenue seule, ici, par amour pour mon pays. J’ai fait mon service militaire, contrairement à plein d’artistes. Je crois en la paix entre nous et nos voisins. Je pense que les Palestiniens méritent eux aussi un Etat. Je respecte tout le monde. Je vous respecte », assène Noa avec conviction sur un ton enflammé. 

Elle convainc son interlocuteur qui avoue être un fan de la chanteuse. Et la scène en hébreu se clôt sur une accolade chaleureuse entre tous deux.

« Tu respectes les Arabes. Eux, tu les respectes… », rétorque alors un autre Israélien portant kippa et non convaincu par le discours de Noa.

S’éloignant en s’épongeant le front, Noa explique à Feo Aladag, qui « a compris l’essentiel » : « Je fais partie de la gauche israélienne. Je soutiens la paix entre nous et les Palestiniens. Il y a beaucoup d’extrémistes en Israël dont le but est de décrédibiliser des gens comme moi, d’attiser la haine à la télé, dans les journaux. Bref, de la calomnie pure et dure ».

Et, c’est cette scène qu’Arte a offert sur son site Internet pour attirer les téléspectateurs avant et pendant la semaine de diffusion du documentaire.

Quant à la motivation du retour de Noa dans son pays natal, Israël, - « retour aux sources, quête des origines » ? -, cette chanteuse répondait en 1998 : « L'amour ! C'est la meilleure des raisons, non ? Je suis tombée amoureuse d'un homme que j'avais rencontré lors d'un voyage là-bas. Mes parents m'ont fait confiance, ils m'ont laissée partir. Cela m'a donné de l'assurance et de la maturité. En Israël, je me suis retrouvée en uniforme : sergent. Mais aussi chanteuse, affectée  au groupe vocal du Northern Command Ensemble, qui faisait la tournée des bases militaires du pays, en pleine période de l'Intifada. On donnait des concerts de fortune, avec du matériel dépareillé. J'ai découvert que j'aimais cela. C'était quand même mieux que de courir dans la boue, un M 16 en bandoulière  ».

Les points communs entre ces deux artistes quadragénaires aux parcours et tempéraments si différents, l’une fougueuse, l’autre placide ? Le fait d’aborder dans leurs œuvres artistiques des faits de société ou la politique, et probablement, un certain déni de la réalité, un tabou inavoué concernant l’islam.

Avant le déclenchement de l’opération Bordure protectrice, Noa arpente les rues de Tel-Aviv Feo Aladag, réalisatrice autrichienne de “L’étrangère” (2010), film inspiré de « crimes d’honneur ».

Dans ses films, Feo Aladag met l'accent sur les conflits entre les cultures. Née à Vienne (Autriche), cette actrice, productrice, scénariste et réalisatrice a étudié à Londres et à Vienne à la comédie, la psychologie, la philosophie et le journalisme. Feodora Schenk a épousé un germano-turc, et a adopté comme nom de scène Feo Aladag. Cette productrice (Independent Artists) a réalisé des spots institutionnels notamment pour Amnesty International et collaboré aux scénarios d’épisodes de la célèbre série télévisuelle allemande Tatort.

Présenté en première mondiale lors de la 60e édition du festival international de Berlin, When We Leave  est distingué par le Europa Cinema Label Award. Encensé par la critique , il  la consacre internationalement et est primé dans de nombreux festivals, dont celui le Tribeca Film Festival , et par le Parlement européen qui lui a décerné le Prix Lux  du film. Son actrice principale, Sibel Kekilli, a reçu le Deutscher Filmpreis  (ou Bundesfilmpreis, ou encore Lola Award) de la meilleure actrice.

L’histoire  ? “Mariée contre son gré, Umay habite dans la banlieue d’Istanbul avec un mari violent. Elle décide de fuir avec son fils et de regagner Berlin où elle vivait avec sa famille. Elle est d’abord accueillie à bras ouverts. Mais lorsqu’elle prétend divorcer, ses parents ne l’entendent pas ainsi et veulent la séparer de son fils. Elle se réfugie alors dans un foyer pour femmes en détresse, regagne confiance, reprend des études et se trouve un compagnon doux et tendre. Elle tente alors de renouer avec sa famille …” « Une jeune femme turque, qui a grandi à Berlin, tente de s'affranchir des traditions de sa communauté... Un premier long métrage émouvant, inspiré d'un “crime d'honneur” qui avait secoué l'Allemagne en 2005 : l’assassinat de la jeune Germano-Turque Hatun Sürücü. Avec Sibel Kekilli, l'héroïne de "Head-on" de Fatih Akin . Feo Aladag a abordé des sujets de société contemporains : immigration, insertion, droits des femmes, emprise de la religion et du patriarcat”. 

Le sens du titre « Die fremde » en allemand ? « C’est un terme compliqué, un mot chargé de plusieurs sens. Si on voyage et qu’on découvre une terre étrangère, on atteint le Fremde, le pays étranger. C’est aussi l’étrangère, comme dans le titre VF. Mais c’est aussi un état psychologique. On est fremde quand on se sent différent, invisible, déprécié. A un certain point du film, c’est exactement ce que ressent Umay, qui ne se sent plus à sa place nulle part… Mon approche principale consistait à parler de la dynamique familiale… Les dynamiques à l’intérieur de la famille, les conflits psychologiques qui minent cette famille et qui ne sont finalement qu’un miroir, une métaphore des problèmes qui rongent les sociétés multiculturelles… Quand j’ai lu pour la première fois des articles ou des enquêtes sur les crimes d’honneurs, j’étais ulcérée par la représentation qu’en donnaient les journaux. C’était à chaque fois d’un manichéisme sidérant. Blanc ou noir ! Le bon (la victime) et les méchants. Ce qu’on ne dit pas, c’est que dans ces histoires tous sont victimes. Chaque individu perd ! », a confié Feo Aladag  à Première le 21 avril 2011. Dans ses interviews, elle ne lie pas ces « crimes d’honneur » à l’islam.

« Je voulais soulever des questionnements et raconter l'histoire profondément tragique de personnages qui ratent l'occasion de se tendre la main pour rétablir le dialogue. Pourquoi met-on nos différences en avant dans nos rapports aux autres, et pourquoi nous empêchons-nous d'aimer quand l'autre est différent de soi - alors qu'on pourrait donner la priorité à ce qui nous rapproche plutôt qu'à ce qui nous sépare… Je me suis intéressée à pas mal d'affaires similaires [« crimes d’affaires », Nda], qu'elles aient eu lieu en Allemagne ou dans d'autres régions du monde… Fort heureusement, la majorité des immigrés d'origine turque n'est pas concernée par les problèmes qu'aborde le film. Malgré tout, de nombreux Allemands d'origine turque sont en quête d'identité - et c'est bien légitime. En Allemagne, ils ont le sentiment d'être considérés comme des Turcs - autrement dit comme des citoyens de seconde zone pour bien des Allemands - et en Turquie, ils ne sont pas vus comme de vrais Turcs, mais comme des Allemands. Les crimes d'honneur, dans cette communauté, restent une exception, et la pire catastrophe qui soit. Leur rejet par l'essentiel de la société explique leur retour aux valeurs traditionnelles, surtout chez la jeune génération. L'Étrangère n'est pas le portrait emblématique d'une communauté, et certainement pas la préconisation d'un style de vie… L'Etrangère n'est pas une attaque contre la religion islamiste, les crimes d'honneur ne concernent pas que les musulmans. C'est malheureusement une tradition ancienne, et archaïque, qui existait bien avant l'avènement des grandes religions monothéistes. Dans le monde, selon les chiffres de l'ONU, il y a plus de 5000 crimes d'honneur perpétrés contre les femmes chaque année, et pas uniquement au sein de la communauté musulmane. Sans en arriver à ces extrémités, il y a encore des petites filles et des femmes qui souffrent sous le joug des traditions familiales. Les jeunes femmes, par exemple, qui veulent tout simplement jouir de la même liberté que leurs amies, qui veulent choisir leur mari ou leur mode de vie librement. Tout comme les jeunes hommes subissent une pression terrible et sont prisonniers de structures patriarcales et de codes d'honneur, qui leur sont transmis à travers l'éducation et le poids de la société, et qui les empêchent de s'épanouir librement et de choisir le mode de vie qu'ils veulent mener. Beaucoup de jeunes hommes sont pétris de doutes et ne savent pas bien quel rôle leur est destiné. Ils ont aussi du mal à s'affranchir de ces rôles car ils ne veulent pas perdre l'amour et le respect de leurs proches et de leur communauté. Pour moi, l'idée qu'un frère contraint de tuer sa sœur sorte indemne d'un tel crime n'est pas compatible avec ma conception de l'humanisme. L'Étrangère parle du calvaire de tous les personnages, y compris des hommes. Je ne les dépeins pas seulement comme des coupables, mais aussi comme des victimes d'une tradition à l'oeuvre depuis des générations. Je filme leur souffrance, leur combat et leur conflit intérieur… En ce qui concerne les crimes d'honneur, il semble qu'il y ait une vraie volonté de s'attaquer au problème dans plusieurs pays, dont la Turquie. Plusieurs propositions ont été faites, comme celle de modifier la loi sur les mineurs en Turquie », a déclaré  Feo Aladag en 2011.

Les « crimes d’honneur » ne sont pas « seulement une question turque. Ce n’est pas seulement non plus une question islamique… Si vous voyez les rapports de l’ONU, ils savent que c’est entre 10 000 et 100 000 femmes qui sont tuées dans des « crimes d’honneur » chaque année. Et c’est probablement beaucoup plus important, puisque tant de gens ne sont même pas enregistrés dans beaucoup de pays – particulièrement dans des zones rurales, c’est beaucoup plus facile pour les femmes de simplement disparaître. Ou, si vous mourez, vous le dissimulez en suicide… Dans la sharia ce n’est pas un crime, aussi il ne va pas jusqu’en cour de justice », allègue la réalisatrice au festival de Tribeca.

Dans son analyse en 2009  de "crimes d'honneur" commis en Occident, Phyllis Chesler, professeur émérite de psychologie, avait prouvé que la majorité d'entre eux étaient commis dans des familles musulmanes. Des "crimes d'honneur" commis notamment dans l'Autorité palestinienne...


« Au coeur de la nuit. Feo Aladag Et Noa  » (« Durch die Nacht mit..." Feo Aladag & Noa  », documentaire de Markus Heidingsfelder
Allemagne, 2014, 53 minutes
Diffusion sur Arte le 8 septembre 2014 à 1 h


Cet article a été publié le 25 juin 2015, puis les 12 février et 6 juin 2016, 14 février 2017.

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