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jeudi 21 juin 2018

« Il était une fois Israël... », de Serge Moati


France 5 diffusera les 22 juin 2018 à 1 h 40 et 23 juin 2018 à 1 h 40 « Il était une fois Israël... », documentaire de Serge Moati. Des Israéliens interviewés par un Français juif de gauche qui n’a pas compris la nature du conflit au Proche-Orient créé par le refus islamique d’un Etat juif. Une vision manichéenne, erronée de l’Etat d’Israël.


« Le 14 mai 2018 marque le 70e anniversaire de l'indépendance de l'Etat d'Israël, proclamée par David Ben Gourion ». Plus précisément, la recréation de l’Etat juif.

Serge Moati, « qui entretient un rapport particulier avec le pays, va à la rencontre de femmes et d'hommes nés aux alentours de l'année 1948, contemporains, donc, de la naissance de l'Etat d'Israël », telles Dina Scemama Harel, fille de son oncle maternel sioniste, le journaliste d’origine tunisienne André Scemama, longtemps correspondant en Israël du quotidien Le Monde, ou Danielle Weiss, chef de file du Gush Emounim (Bloc de la Foi) et pionnière dans la repopulation juive en Samarie. Ainsi que de survivants de la Shoah, comme l’optimiste et déterminé journaliste sportif Noah Klieger, ancien boxeur au camp nazi d’Auschwitz (Pologne).

« Des femmes et hommes de toutes origines, connaissant de très près l'histoire de ce pays qui est aussi « leur » histoire. Ils ont connu les espérances et les désillusions, les avancées et les reculades, les guerres aussi d'un pays au cœur de l'actualité mondiale. Leurs propos sont portés par des images d’archives illustrant les événements marquants de l'histoire d’Israël ainsi que par des sources personnelles ».

Pour montrer son honnêteté intellectuelle, le réalisateur madré reprend la terminologie de chaque partie pour désigner les localités de Judée et Samarie : « Ce qu’on nomme “implantation” si on est de droite, “colonisation” si on est de gauche. » En Israël ou en France ? La distinction ne repose pas sur un clivage politique Droite/Gauche en France. Ainsi, sous les présidences de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy (Union pour un mouvement populaire, UMP), du socialiste François Hollande et d’Emmanuel Macron (La République en marche, LREM), la France persiste dans ces termes biaisés : « colonies » au lieu d’agglomérations, « territoires palestiniens » au lieu de « territoires disputés », etc. Et le terme « colonisation » a été imposé par la « politique arabe » de la France pour délégitimer l’Etat juif, déjudaïser les terres bibliques de Judée et Samarie et les « palestiniser » afin de paver la voie à un Etat « palestinien ». Les anglo-saxons recourent au vocable « settlement » ; « to settle » signifie « s’installer ». Par ailleurs, le documentariste ne devrait-il pas aussi expliquer les raisons ou soubassements de ces terminologies ? Reste à écrire l’histoire de ces mots partiaux – « Cisjordanie » au lieu de « Judée et Samarie », « colons » au lieu d’« Israéliens », etc. Ces termes inexacts polluent la vision du conflit, les médias et la diplomatie, et le métamorphosent en un conflit territorial qui opposerait les « Palestiniens » victimes et les Israéliens.

« La situation politique en Israël change tout le temps », déplore Serge Moati. Eh oui ! Et cela résulte du système électoral. Mais, côté Arabe ou/et musulman, rien n’a changé. C’est le même refus d’un Etat non-Arabe, non-musulman en « dar al-Islam ». Avec en plus le chaos depuis le « printemps Arabe ».

Mais Serge Moati ajoute : « C’est la même situation. Les enfants meurent de part et d’autre ». Non. Les enfants israéliens sont tués, visés par les attentats terroristes islamistes palestiniens soutenus par l’Autorité palestinienne et le Hamas. Quant aux enfants palestiniens, ils sont instrumentalisés cyniquement par les Palestiniens.

Serge Moati ne s’est pas remis de l’évolution de ce jeune pays plurimillénaire. Il semble regretter que la situation des années 1950 – pays dirigé par des travaillistes ashkénazes, Jérusalem divisée et en partie occupée par la Jordanie – n’ait pas perduré. Du ressentiment à l’égard des Israéliens qui ont changé l’Israël qu’il a découvert à l’âge de douze ans quand, orphelin, il a été envoyé dans « un kibboutz où des jeunes filles cueillaient les oranges » ? Ou la « nostalgie d’une utopie, de quelque chose qui ne s’est jamais produite. La tâche des nouvelles générations [sera] de la bâtir. De même que nos ancêtres ont eu l’utopie de créer un Etat juif après la Shoah. On doit être fier de ça. La fille de Shimon Peres l’a dit : « On n’a plus le courage de faire l’utopie des pionniers, de ceux qui ont fondé Israël »… Je crois qu’il faut continuer ardemment l’œuvre sioniste ».

Quand le monde change, quand Israël évolue, quand les Israéliens s’affirment sur la scène régionale ou internationale dans tous les domaines, quand ils modifient une situation géopolitique qui leur était défavorable comme lors de la Guerre des Six-jours, quand ils libèrent la partie de Jérusalem occupée par la Jordanie et réunifient leur capitale éternelle et indivisible, quand la réalité tragique et dystopique de la « guerre d’Oslo » décille leurs yeux, quand le Premier ministre Benjamin Netanyahu assure l’essor économique par le libéralisme, Serge Moati ne comprend pas. Il parait désemparé idéologiquement. Et il ne parvient pas à « actualiser son logiciel de pensée » pour saisir, admettre et comprendre la réalité.


Ce qui amène ce « croyant en Dieu » à dresser un parallèle choquant et infamant entre le Hamas et « les colons » : « Dieu est chez les Israéliens religieux sionistes. Le Djihad islamique parle de Dieu et le Hezbollah c’est Dieu. Dieu a fait des dégâts en Iran… Il ne faut pas mettre Dieu dans la table de négociations... Les Palestiniens sont coincés. Le Hamas a pris le pouvoir. Dieu est derrière eux. Ce sont les mêmes de part et d’autre. On ne peut pas parler avec eux… La Paix a été réglée dans les détails dans les accords d’Oslo… Il est loin le temps d’Arafat et de Rabin, ou de Shimon Peres. Je l’ai beaucoup filmé. J’allais avec lui dans les négos [négociations, Ndlr] internationales. J’ai vu comment ils se parlaient, des gens normaux. Ils ne parlaient pas de Dieu. Ils parlaient d’accords réels entre des gens normaux. Et je suis croyant. Je voudrais qu’on arrive à reprendre le pouvoir en Israël… La gauche, là-bas, ça veut dire « Je suis pour la paix »… La professeure d’arabe palestinienne dit « Notre tragédie est née de la votre ». Comme s’il y avait un concours de tragédie. C’est affreux. C’est objectivement vrai. A part si on est très religieux et on croit que c’est la terre donnée par Dieu il y a deux mille ans etc. Mais moi je n’ai pas de souvenir d’il y a deux mille ans. C’est en parlant crûment qu’on peut faire la paix. Il ne faut pas être étouffé par Dieu », a déclaré  Serge Moati le 7 juin 20148 sur RCJ. A-t-il lu les déclarations des dirigeants palestiniens expliquant avoir signé ces accords pour appliquer leur « plan par étapes » et détruire l’Etat d’Israël ? A-t-il entendu ces dirigeants palestiniens prévoir un enseignement à la haine des Sionistes et la formation militaire d’enfants palestiniens ? Si « la gauche, là-bas, ça veut dire « Je suis pour la paix », alors « la droite, en Israël, ça veut dire « Je suis pour la guerre » !? Et aucun des deux journalistes de RCJ, radio de la fréquence juive francilienne et un « média du FSJU (Fonds social juif unifié) – Jonathan Siksou et Laurence Goldmann – n’a réagi, n’a contredit Serge Moati !?

Serge Moati ne voit pas que les « cartes ont été redistribuées », qu’une nouvelle donne émerge depuis quelques années au Moyen-Orient, que les gouvernements de Benjamin Netanyahu ont su saisir leur chance de créer des alliances, vraisemblablement temporaires et tactiques, avec des pays Arabes craignant un Iran nucléaire. Et, avec la présidence de Donald Trump, il y a des raisons d’espérer.
 
L’Israël actuel ? « J’aime moins. Je suis resté nostalgique de l’Israël travailliste, de l’Israël de gauche peut-être… C’est que je ne comprends pas le sens de leur politique vis-à-vis des Palestiniens, je la désapprouve, car il faut qu’ils parviennent à faire la paix », a déclaré Serge Moati sur France Info le 8 juin 2018. Si on aime un pays uniquement quand il est dirigé par des Travaillistes, est-ce qu’on l’aime vraiment ? Par ailleurs, il ne s’agit pas d’un conflit « israélo-palestinien ». Et la politique de l’Autorité palestinienne à l’égard des Israéliens – incitation à la haine et au terrorisme, déni de l’Etat juif, etc. -, Serge Moati l’approuve-t-il ? Il n’a pas un mot pour dénoncer la guerre menée par le Hamas et autres mouvements terroristes islamistes afin de franchir la frontière avec Israël et d’assassiner les Yahoud (Juifs, en arabe).

Il faut changer de paradigme en revenant à la source du problème qui ne résulte pas d’une détérioration des conditions économiques ou d’une « crise humanitaire », qui ne peut être défini comme un conflit soluble par une cession de territoires . Ainsi, en 2005, Israël a quitté la bande de Gaza et en a expulsé environ 7000-8000 Juifs israéliens. Il y a laissé des serres pour aider l'économie gazaouie. Or, des Gazaouis ont détruit les serres et depuis treize, le Hamas a tiré des milliers de roquettes & autres armements sur les civils israéliens.

Serge Moati a en lui une certaine ambivalence. Il porte le prénom de son père, Juif socialiste, adversaire du sionisme en raison de son engagement internationaliste, rescapé de la Shoah et est revenu sioniste de sa déportation : « J’ai compris dans le camp qu’il fallait que chaque Juif ait une pierre pour poser sa terre ». Serge Moati se révèle insensible à la spiritualité d’Eretz Israël et raille Danielle Weiss relatant son ressenti concernant un appel de Dieu pour qu’elle quitte Tel Aviv pour la Samarie. Pourtant, il évoque la « naissance miraculeuse » du pays, mais ne « sait plus s’il croit encore à la paix ». « Cela m’angoisse pour les enfants, et pour les anciens dont certains ont connu dix guerres ». La faute à qui ?

Serge Moati démontre aussi être réfractaire à l’Histoire et à l’objectivité. Il s’ingénie à présenter les « Palestiniens » comme des victimes, et non des acteurs de leur Histoire. « Les Palestiniens n’ont plus de territoire. 700 000 Palestiniens fuient leurs villes et leurs villages pendant la guerre d’Indépendance. Après l’armistice, ils se voient refuser leur droit au retour par Israël. 400 villages arabes sont abandonnés, évacués ou détruits. Les Palestiniens se réfugient dans les pays aux territoires voisins. Leurs descendants ? Plus de cinq millions de réfugiés palestiniens y vivent encore aujourd’hui », dit-il en voix off. Les « Palestiniens » sont les Arabes de la Palestine mandataire, et n’ont jamais eu un « territoire » à eux. Leurs noms patronymiques trahissent leur origine géographique, essentiellement d’Egypte et d’Arabie saoudite.
        
"Cette diversité démographique Arabe/musulmane inhabituelle est prouvée par les noms patronymiques des Israéliens arabes populaires, qui dérivent de leurs pays d'origine : Al-Masri (Egypte), Al-Obeidi (Soudan), Al-Lubnani (Liban), Halabi (Syrie), Al-Mughrabi (Maroc), Al-Djazair (Algérie), Al-Yamani (Yémen), Al-Afghani (Afghanistan), Al-Hindi (Indie), Al-Hijazi (Arabie saoudite), Al-Baghdadi (Iraq), Bushnak (Bosnie), Khamis (Bahreïn), Turki (Turquie), etc.", a écrit Yoram Ettinger.

Le 23 mars 2012, Fathi Hammad, ministre de l'Intérieur et de la Sécurité nationale du Hamas, a fustigé l'Egypte à propos de la pénurie d'essence dans la bande de Gaza et a dit sur Al-Hekma TV : "La moitié des Palestiniens sont des Egyptiens et l'autre moitié est saoudienne".

En outre, les Arabes de la Palestine mandataire ont refusé le partage de ce territoire en trois - dont un Etat Juif et un Etat Arabe -, et ont fui essentiellement à l’appel des dirigeants Arabes. Les travaux d’historiens ont réduit le nombre des Arabes ayant fui la Palestine mandataire à environ 320 000, voire 270 000 Arabes  « dans le contexte de plus de 100 millions de réfugiés globaux ». Quelle est la source des chiffres de Serge Moati ? Mystère. Quant au nombre actuel exagéré de « réfugiés », il provient d’une définition spécifique et élargie des « réfugiés », qui octroie ce statut à toutes les générations post-exil, et de l’opacité de l’UNRWA ainsi que des dirigeants « palestiniens » qui refusent l’accès à leurs archives.

Après 1945, par les décrets Beneš, la Tchécoslovaquie a expulsé et exproprié 2,6 Allemands des Sudètes, « collaborateurs du régime nazi », qui s’installèrent dans les Länder allemands - notamment de Bavière et de Saxe – ainsi qu’en Autriche. Un événement tragique, douloureux prévu par la conférence de Potsdam (17 juillet- 2 août 1945) et qui se conclut par l’intégration des réfugiés dans leurs pays d’accueil dont ils ont contribué à l’essor.

« Les Palestiniens avaient des terres, des biens. Du jour au lendemain, ils se sont retrouvés sans rien », a allégué Serge Moati dans son documentaire. Or, nombre d’Arabes palestiniens n’ont pas été dépossédés de biens ne leur ayant jamais appartenu, et ne peuvent, sauf exception, devant la Cour suprême présenter le moindre document attestant d’un quelconque titre de propriété. Par contre, les Juifs peuvent présenter les titres de propriétés achetés notamment sous l’Empire ottoman.

Dans sa Charte (1989), le Hamas déclare explicitement que la Palestine est un waqf – bien de mainmorte - islamique pérenne (article 11). « L’opinion du Hamas est conforme aux lois de la guerre de conquête islamique. Tout pays non-musulman conquis par l’islam devient un waqf, une dotation pour l’ensemble des musulmans. Ce ne sont pas seulement les terres conquises sur les peuples mécréants qui constituent un waqf mais l’ensemble de la planète qui est destinée par Allah à devenir un waqf géré par le calife pour les musulmans… La notion de waqf apparut pour la première fois dans l’islam lors de la conquête arabe de la Mésopotamie, Sawad, vers 636 dans une discussion entre le calife Omar ibn al-Khattab et ses commandants militaires, au sujet des terres et des peuples conquis. L’idée du waqf géré par le calife pour l’ensemble des musulmans, fut émise par Ali, futur calife. L’établissement du waqf dans le droit foncier sur tous les pays enlevés aux peuples mécréants, a interdit, à quelques exceptions près, la division terrienne et la propriété privée, ce qui explique l’absence de droits de propriété des villageois dans la Palestine ottomane et du Mandat. Mais l’opinion du Hamas comporte une contradiction. Si la Palestine est une terre waqf alors les Palestiniens n’ont jamais eu la propriété de parcelles foncières délimitées selon un registre foncier. S’ils étaient propriétaires de parcelles alors la Palestine n’est plus une terre waqf. Le Hamas a théoriquement raison au niveau du droit de conquête islamique jusqu’au mandat britannique qui abolit ce droit en 1917 en Palestine. Aujourd’hui, l’Occident confronté à un djihad planétaire, doit s’interroger sur le fondement moral du djihad et si ses lois d’islamisation des terres conquises à d’autres peuples, peuvent s’imposer universellement y compris en Europe. En 1973 l’Europe les a réimposées à Israël en appelant la Judée-Samarie terres arabes occupées après l’expulsion de tous les juifs. Ses décrets récents sur la signalisation des produits venant de ces territoires indiquent que l’Europe adopte les lois du djihad et de la charia concernant Israël », a expliqué l’essayiste Bat Ye’or.

Les invités de Serge Moati ? L’écrivain Meir Shalev, le diplomate Daniel Shek, des anciens du Shabak, tel Carmi Gillon, et du Shin Bet comme Ami Ayalon, le journaliste et ancien député travailliste Daniel Bensimon - « Le judaïsme a remplacé, l’a emporté sur le sionisme. Les Juifs ont gagné sur les Israéliens » -, l’écrivain israélien arabe Ibrahim Abd El Kader… La crème de la « Gôche » israélienne.

« Non content de dialoguer avec les uns et les autres, le réalisateur les réunit à l’occasion d’un déjeuner au Café Israël, préparé par la cuisinière israélienne arabe Myassar Seri. Placé au milieu de la tablée, dans une mise en scène rappelant curieusement la Cène, Serge Moati invite ses convives à parler de leur tragédie respective », a écrit Antoine Flandrin dans Le Monde (10 juin 2018). Qui trahit Israël ?

Et ce journaliste ajoute : « Sans acrimonie, la professeure d’arabe Hannanin Majadle lui fait remarquer que, s’il y a bien deux tragédies, « la tragédie palestinienne est un peu la conséquence de la tragédie juive ». Ce à quoi Tsvia Walden, la fille de Shimon Peres, répond que si « ça ne coûte rien de reconnaître que les Palestiniens ont vécu un drame, on ne compare pas les drames ». Ce qui révèle les contradictions de Tsvia Walden. Quelle tragédie juive ? La Shoah à l’évidence. Hannanin Majadle explique, à tort, la « Nakba » par la culpabilité occidentale à l’égard de l’assassinat de six millions de Juifs lors de la Shoah commise par les Nazis, leurs alliés, leurs collaborateurs et leurs complices.

Et Hannanin Majadle lierait la recréation de l’Etat juif non pas au sionisme, au retour à Sion, berceau historique du judaïsme, désiré depuis des millénaires par les Juifs, et effectué par une partie d’entre eux ayant rejoint les Juifs d’Eretz Israël, mais à la Shoah. Mais pourquoi Tsvia Walden n’a-t-elle pas répliqué en évoquant le rôle du grand mufti de Jérusalem al-Hussein dans la Shoah et l’exil contraint d’environ un million de Juifs du monde arabe, de la partie de Jérusalem occupée par la (Trans)Jordanie, de la Judée, de la Samarie, de la bande de Gaza, de l’Iran, de la Turquie, etc. ? Des sujets tabous pour la « Gôche » israélienne car ils démontrent l’inanité de leurs positions.

Sur France Info le 8 juin 2018, Serge Moati et la journaliste Clémence de la Baume ont insisté sur l’assassinat d’Yitzhak Rabin le 4 novembre 1995 comme « fracture dans la société israélienne » : « Un Juif a tué un Juif ». Malheureusement, des Juifs israéliens ont tué d’autres Juifs israéliens avant et après 1995. L'histoire à cet égard de l'Alalena s'avère éclairante.


En 1948, le photographe Robert Capa a photographié « en couleur l’Altalena en flammes au large de la plage de Tel-Aviv, aboutissement d’un conflit qui opposait les partisans de l’Irgoun d’extrême-droite et le gouvernement israélien ». Survenu en juin 1948 dans l’Etat d’Israël renaissant proclamé le 14 mai 1948, l’épisode tragique de l’Altaléna a suscité une controverse. La guerre d’Indépendance  a éclaté à l’initiative des Etats et entités arabes qui attaquèrent l’Etat d’Israël dès sa proclamation. Le mouvement d’unification des forces armées juives au sein de Tsahal était inachevé ; les luttes de pouvoir au sein de la direction israélienne perduraient.

L’Irgoun avait affrété un bateau rebaptisé Altaléna, et rempli d’une cargaison d’armes et de munitions, dont une partie donnée par la France, et de 940 Juifs dont le futur historien Saul Friedländer. Ben Gourion, chef du gouvernement provisoire, et Menahem Begin, leader de l’Irgoun, ont négocié le lieu d’arrivée de l’Altaléna en Eretz Israël et la destination de sa cargaison. Le 20 juin 1948, le bateau est arrivé à Kfar Vitkin. A Tel Aviv, Ben Gourion a adressé un ultimatum à l’Irgoun afin que ce mouvement remette toute sa cargaison d’armes aux Forces de défense israéliennes (IDF), et en cas de refus de l’Irgoun, ordre a été donné d’ouvrir le feu contre ses membres. Un conflit a éclaté entre les partisans de l’Irgoun et ceux des IDF, et s’est soldé le 22 juin 1948 par un cessez-le-feu, seize morts  de l’Irgoun et trois de Tsahal, et la condamnation en cour martiale pour insubordination de huit soldats des IDF qui avaient refusé de tirer sur d’autres Juifs. Parmi les officiers ayant fait tirer sur des membres de l’Irgoun : Yitzhak Rabin, jeune officier du Palmach, force d’élite de la Haganah, armée officieuse de la communauté juive en Eretz Israël dénommée Yichouv. Favorable à la gauche israélienne, l’historiographie officielle a longtemps présenté de manière biaisée cette tragédie. Et ce, afin de diffamer l’opposition politique au Parti travailliste. Sur la plage de Tel Aviv, un mémorial érigé en 1998 rend hommage aux victimes. Pourquoi cet oubli de l'Altaléna chez Serge Moati et Clémence de la Baume ? Ignorance ? Volonté d'éluder un épisode où des Juifs ont tiré sur des Juifs ?

« Quasiment le meilleur ami » de Serge Moati, ancien ambassadeur d’Israël en France, « Daniel Shek a finalement quitté les Affaires étrangères parce qu'il « ne se retrouvait plus dans la politique de son gouvernement ». Si tous les diplomates, fonctionnaires, démissionnaient de leur fonction quand ils ne partagent pas les opinions politiques de leur gouvernement, où allons-nous ? C’est une conception de la fonction publique et de la démocratie pour le moins surprenante venant d’un « homme de gauche ». Daniel Shek est caractéristique de cette « élite socialiste laïque ashkénaze » (ASSE ou Ausalim) qui a façonné la diplomatie israélienne.

Pourquoi l’argent public finance-t-il la production et diffuse-t-il ce film partial ?

A voir éventuellement pour les archives. 
       
« Il était une fois Israël…  », de Serge Moati
Belvédère Productions (Serge Moati et Corinne Delpech), avec la participation de France Télévisions et de TV5 Monde, 2018, 62'
Sur France 5 les 22 juin 2018 à 1 h 40 et 23 juin 2018 à 1 h 40

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Les citations sur le documentaire sont de France Télévisions.

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