samedi 18 février 2017

Mus / Mouse / Maus. Variations suédoises autour de la BD d’Art Spiegelman


Saint-Sébastien-sur-Loire accueille l’exposition  peu didactique "Mus / Mouse / Maus. Variations suédoises autour de la BD d’Art Spiegelman". Des variations interprétatives de dessinateurs suédois inspirés par Maus, bande dessinée (BD) d’Art Spiegelman retraçant la vie de son père, Vladek Spiegelman, Juif déporté et survivant de la Shoah (Holocaust). Dans son roman graphique anthropomorphique, Art Spiegelman y représente les Juifs sous la forme de souris (mouse en anglais, mus en suédois, maus en allemand). 




Après le Mémorial de la Shoah et le Centre européen du résistant déporté et le musée de la Résistance à Limoges, la librairie Hisler BD  a présenté, dans le cadre des Journées européennes de la Culture et du Patrimoine Juifs 2016l’exposition éponyme.

Cette exposition montre le 9e art, bande dessinée (BD), comme vecteur de transmission de l’histoire de la Shoah à partir de Maus, d’Art Spiegelman. Une œuvre en deux volumes, originale à maints égards.

Pour relater l’histoire de son père, Vladek Spiegelman, Juif polonais parlant yiddish, déporté et survivant à la Shoah comme son épouse Anja, le dessinateur et scénariste américain Art Spiegelman choisit le « roman graphique à la forme anthropomorphique ». Ainsi, des animaux représentent des groupes religieux ou nationaux : les Juifs sont des souris, les Allemands nazis des chats, les Américains des chiens, et les Suédois des rennes.

Dès 1944, après la Libération de la France et avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, une bande dessinée en deux volumes avait déjà illustré la Seconde Guerre mondiale par un bestiaire : La bête est morte ! Composée de Quand la bête est déchainée (1944), sous la direction artistique de Williams Péra, et Quand la bête est terrassée (juin 1945), cette BD est dessinée par Edmond-François Calvo sur un scénario de l'éditeur de publications pour la jeunesse Victor Dancette et de Jacques Zimmermann. Centrée sur l'Europe, l'histoire aborde la guerre du Pacifique.


On y perçoit l'influence des dessins animés de Walt Disney sur le dessinateur Edmond-François Calvo. Les Allemands y sont représentés par des loups - Hitler est le "Grand loup", Göring le "Cochon décoré", Goebbels le "putois bavard" -, les Français par des lapins, grenouilles, écureuils et cigognes - les troupes coloniales françaises par des léopards -, les Anglais en dogs, les Américains par des bisons, les Italiens par des hyènes, les Soviétiques par des ours polaires, les Chinois par des buffles et des dragons, les Japonais par des singes jaunes, les Polonais par des lapins, les Ethiopiens par des lions, les Néerlandais par des vaches, les Australiens par des kangourous, les Suisses par des bergers, les Iraniens par des chats, etc. Deux cases sont consacrées à la Shoah. L'étoile jaune figure dans cette BD. Les Juifs sont présentés comme des "rebelles", des "opposants", et "des foules inoffensives"

De la BD underground au Prix Pulitzer
Art Spiegelman est né à Stockholm (Suède) en 1948 de parents polonais survivants de la Shoah.
En 1950, la famille Spiegelman émigre aux Etats-Unis.
Art Spiegelman fréquente les cercles avant-gardistes de bandes dessinées, participe à des magazines de BD underground à San Francisco. De retour à New York en 1975, il dirige Arcade, the Comics Revue qui publie Robert Crumb, Charles Bukowski. Succès critique, mais échec commercial : la revue disparaît après sept numéros.
Avec son épouse Françoise Mouly, actuelle directrice artistique de The New Yorker, Art Spiegelman lance en 1980 RAW, « tribune pour les auteurs » d’avant-garde (1980-1991).
Dès le numéro 2, apparaît Maus sous le dessin d’Art Spiegelman : plus que l’histoire de la Shoah, c’est « l’histoire d’un père et d’un fils qui essaient de se comprendre » précise son auteur. Pendant des journées entières, Art Spiegelman a interviewé son père : « Je l’écoutais vraiment et il appréciait. A ma grande surprise, mon père était disposé à discuter avec moi ». Art Spiegelman a enregistré leurs conversations qui ont été retranscrites, ce qui a constitué « une matière première pour Maus ».
Il s’est documenté sur la Shoah et a été particulièrement marqué par Le Juif éternel, un « documentaire » allemand (1940) dressant un parallèle entre les Juifs et les rats, « vermines de l’humanité ».
Il lui parut clair que « cette déshumanisation était au cœur même du projet criminel. En fait, le Zyklon B, gaz utilisé à Auschwitz et ailleurs comme agent mortel, était un pesticie produit pour tuer la vermine, comme les puces et les cafards… C’est stupéfiant de voir comme cette image se retrouve souvent dans les bandes dessinées antisémites des pays arabes aujourd’hui », explique cet auteur dans MetaMaus (Pantheon, 2011), livre de conversation avec Hillary Chute, professeur d’anglais à l’université de Chicago.
En 1991, Maus I et Maus II reçoivent le Prix Pulitzer.
Par « les créations des auteurs de bande dessinée suédois, cette exposition souligne aussi bien la valeur patrimoniale de l’œuvre d’Art Spiegelman que l’utilisation du 9e art comme support pour la transmission de l’histoire de la Shoah. Mus / Mouse / Maus est également l’occasion de découvrir la culture de la bande dessinée suédoise, la richesse de ses modes d’expression et des personnalités de sa scène contemporaine ».

Variations suédoises
Mus / Mouse / Maus est présentée par l’Association suédoise de la bande dessinée en partenariat avec l’Institut suédois à Paris. C’est à la fois son intérêt – la vision de jeunes auteurs suédois de BD - et sa faiblesse : si les textes des bulles des planches sélectionnées sont traduits et si des notices biographiques accompagnent chaque dessin – mais sans expliquer les circonstances de la création de chaque BD -, aucun panneau général ne présente clairement l’exposition.

En noir et blanc et en couleurs, les 26 dessinateurs suédois, trentenaires ou quarantenaires, ont soit choisi le registre animal soit conservé la figure humaine pour représenter les Juifs pendant la Shoah.
Parmi les BD présentées dans la première salle : Auschwitz de Pascal Croci, Au nom de tous les miens (1986-1987) de Patrick Cottias et Paul Gillon d’après l’œuvre de Martin Gray... Mais pourquoi Le Juif de New York (2007) de Ben Katchor dont l’action se situe en 1825 aux Etats-Unis, ou Le chat du rabbin (2002) de Joann Sfar dont l’histoire se déroule au début du XXe siècle en Algérie ? La notice de Déogratias (2000) de Jean-Philippe Stassen évoque le génocide [Nda : des Tutsis et de Hutus modérés] au Rwanda en 1994. Cet « album est considéré comme le Maus des Tutsis ». On peut s’interroger sur la pertinence de cette comparaison, en particulier en raison de la spécificité de la Shoah et parce que Art Spiegelman illustre cette 2e génération composée d’enfants de survivants de la Shoah étudiée à partir des années 1970 par les universitaires et des psys qui ont découvert des traumatismes liés à la Shoah affectant aussi cette première génération post-Shoah, ainsi que des relations particulières, souvent dominées par les silences, entre parents survivants de la Shoah et leurs enfants.

L’affiche de l’exposition intrigue : le service de communication du Mémorial de la Shoah y est cité. Mais le jour du vernissage, il n’assurait aucun accueil pour la presse, il promettait l’envoi d’une documentation… jamais reçue - les informations m’ont été transmises par une agence de relations presse. Et parmi les visuels disponibles pour la presse, aucun ne provient de la BD d’Art Spiegelman. Un comble !

Retrait de Maus en Russie
Plusieurs librairies russes ont retiré de la vente Maus, monument de la bande dessinée contant la Shoah à hauteur d'homme. Raison invoquée? Sur la couverture de l'ouvrage figure une croix gammée jugée «inappropriée» avant le 70e anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale.


Le 3 mai 2015, trois librairies importantes de Moscou - Biblio Globus, Moskva et Moskovski Dom Knigui - ont retiré les exemplaires de leurs sites Internet les exemplaires de Maus d'Art Spiegelman.

"Selon Varvara Gornostaïeva, directrice de publication à Corpus, l'éditeur de Maus en Russie, les grandes librairies ont commencé à retirer l'œuvre de leurs rayons et de leurs catalogues internet. «C'est l'un des plus grands livres antifascistes, avec un message profond et parlant. Il se vendait très bien et personne ne s'est jamais plaint », a-t-elle expliqué à l'AFP".

La radio indépendante Écho de Moscou avance une autre raison : la crainte de heurter les autorités politiques russes : le fond de la couverture du livre représente une croix gammée avec au centre le visage d'Hitler. Délicat en ce 70e anniversaire de la victoire des Alliés sur le IIIe Reich. D'autant qu'une loi russe prohibe depuis décembre 2014 la « propagande nazie ».

Selon le distributeur de ce livre, environ 10.000 exemplaires de Maus ont été vendus en Russie.

BD, média pour l'Histoire
Le 10 mars 2016 à 19 h, le Mémorial de la Shoah a accueilli la conférence La bande dessinée : un média pour l’Histoire, avec Emmanuelle Polack, historienne de l’art, coauteur de la série Femmes en résistance (Casterman, 2013-2016), Vincent Petit, éditeur chez Casterman, Kris, scénariste, co auteur de la série Un sac de billes (Futuropolis, 2014), Laurent Galandon, scénariste, coauteur de Le Cahier à fleurs. L'histoire complète : 1915-2015, centenaire du génocide arménien (Bamboo, 2015) et Patrick de Saint-Exupéry, journaliste et rédacteur en chef de la revue XXI. "Auteurs et dessinateurs de bandes dessinées s’approprient des faits historiques pour les restituer dans des publications aussi fidèles à l’Histoire que singulières dans leurs choix artistiques. Ces « BD-Histoires » sont plébiscitées dans les librairies par les néophytes et les passionnés du neuvième art. Un événement dans le cadre de l'exposition Femmes en résistance.

Le 18 novembre 2016, dans le cadre du 33e Bd BOUM, festival de bande dessinée à Blois (18-20 novembre 2016), Armelle Modéré, auteure, évoqua "Les représentations de la Shoah dans la bande dessinée" : "À travers la découverte d’albums parus depuis la fin de la guerre sur le thème de la Shoah, et en particulier celui d’Armelle Modéré. Les élèves abordent l’analyse formelle et stylistique, ainsi que le vocabulaire spécifique de ceux-ci, et ils élaborent une analyse historique à partir de l’évolution des représentations. Ils créent ensuite une planche de bande dessinée en s’inspirant de faits réels". 


Le 19 novembre 2016, en partenariat avec le CERCIL Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv et le Musée de la résistance de Blois, a eu lieu le café-littéraire sur les Justes parmi les Nations. Ce café-littéraire sera modéré par Nathalie Grenon, directrice du CERCIL, et réunira Armelle Modéré, Jules B, l’histoire d’un Juste, Editions Des ronds dans l’O, David Cenou et Patrice Guillon, auteurs d’Un Juste, La Boîte à Bulles.

A Metz, la librairie Hisler BD présenta cette exposition.


Saint-Sébastien-sur-Loire montre cette exposition. "À travers les planches d’auteurs de bande dessinée suédois, cette exposition souligne aussi bien la valeur patrimoniale de l’oeuvre d’Art Spiegelman que l’utilisation du 9e art comme support pour la transmission de l’histoire de la Shoah. Mus / Mouse / Maus est également l’occasion de découvrir la culture de la bande dessinée suédoise, la richesse de ses modes d’expression et des personnalités de sa scène contemporaine".


Du 13 janvier au 18 février 2017
A la Gare d’Anjou
Rue Jean Macé
44230 Saint-Sébastien-sur-Loire
Tél. : 02 40 80 85 00


Du 7 au 20 septembre 2016
1, rue Ambroise Thomas. 57000  Metz
Tél. : 03 87 75 07 11
Du lundi au samedi de 9 h 30 à 19 h. Vernissage le 8 septembre 2016 à 18 h.
  
Du 26 septembre au 3 novembre 2013
7, rue Neuve Saint-Etienne. 87000 Limoges
Tél. : 05 55 45 84 44
Tous les jours sauf le mardi. Entrée libre et gratuite

Du 7 mars au 27 avril 2012
Au Centre européen du résistant déporté
Site de l’ancien camp de Natzweiler au Struthof, 67130 NATZWILLER
Tél. : 00 33 (0)3 88 47 44 67
Inauguration le dimanche 18 mars 2012 à 14 h
L’inauguration a été suivie d’une table-ronde sur le thème « Parler des camps aux enfants » à 15h animée par Eduardo Castillo, en présence de Gilles Rapaport, auteur et illustrateur, Didier Daeninckx, auteur de roman et de bande dessinée, et les auteurs de la bande dessinée Un été en enfer, camp de Natzweiler-Struthof 1942 (éditions du Signe) : Roger Seiter, scénariste et Vincent Wagner, dessinateur

Jusqu’au 30 décembre 2011
Au Mémorial de la Shoah
Niveau crypte, entresol
17, rue Geoffroy L'asnier, 75004 Paris
Entrée libre
Tél. : 01 42 77 44 72

Visuels :
Mus / Mouse / Maus. © Association suédoise de la bande dessinée, auteur : Ola Skogäng
La bête est morte ! © G.P. 1946 Calvo/Dancette
Mus / Mouse / Maus. © Association suédoise de la bande dessinée

Mus / Mouse / Maus. © Association suédoise de la bande dessinée, auteur : Fanny M. Bystedt

Mus / Mouse / Maus. © Association suédoise de la bande dessinée, auteur : Natalia Batista

© L’Association suédoise de la bande dessinée et les auteurs (Magnus Jonason, Allan Haverholm, Robin Ragnarsson, Emelie Friberg, Ola Skogang, Peter Bergting, Asa Ekstrom, Natalia Batista, Fanny M. Bystedt, Lisa Rydberg)

Couverture de l’album n°1 consacré à Amy Johnson 
© Frasier, Hautière, Laboutique, Polack / Casterman


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Cet artice a été publié pour la première fois le 21 décembre 2011, republiés les 16 mars 2012 et 2 octobre 2013, 6 mai 2015, 9 mars, 7 septembre et 11 décembre 2016. Il a été modifié le 15 février 2017.

3 commentaires:

  1. Does anyone know where I could find a copy of Ola Skogäng's Maus comic called "Nearer my God to Thee?" The first picture on this page is a part of it.

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  2. You could ask the Swedish embassy or contact Ola Skogäng at http://olaskogangsblogg.blogspot.com/

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