mercredi 4 novembre 2015

Lucien Hervé (1910-2007)



Plus qu’un illustrateur, Lucien Hervé (1910-2007), artiste français Juif d'origine hongroise, a compris et représenté le travail des architectes, dont Le Corbusier, en des photographies en noir et blanc, aux contrastes accentués et empreintes de rigueur. Dans le cadre de la 4e édition de Photo Saint-Germain (7-22 novembre 2015), la galerie Le Minotaure présentera l'exposition collective Du Minimalisme dans la photographie d'architecture des origines à nos jours, avec des tirages de Lucien Hervé, d'Auguste Salzmann et James Casebere.


Longtemps, le travail des photographes d’architectures a été minoré : ils étaient considérés comme de simples illustrateurs mettant leur technique au service d’un art majeur. Puis, leurs qualités ont été reconnues. Lucien Hervé est l’un des maîtres de la photographie d’architectures.

La photographie, par hasard
László Elkán - Lucien Hervé est son nom de résistant - est né en 1910, à Hódmezővásárhely (au Sud de l’actuelle Hongrie), dans une famille juive bourgeoise hongroise. Croyant, son père Lajos, négociant en cuir, conseiller municipal, lui enseigne le respect de l’autre et meurt en 1920.

Le jeune László bénéficie d’une formation musicale - piano - et sportive - lutte gréco-romaine – poussée : il remporte le titre de vice-champion de lutte gréco-romaine. Dans la lutte, comme dans la photographie, c’est « ce millième de seconde qui décide de tout... », me confiait-il en 2002, alors que le Patrimoine photographique et la Galerie Camera Obscura rendaient à Paris un bel hommage à cet « architecte de l’image » guidé par le titre de l'exposition dans cette galerie : « Less is more », de l’épure à l’abstraction ».

László Elkán songe à devenir dessinateur, mais se heurte au numerus clausus dans les universités hongroises. C’est à Vienne qu’il étudie en 1928 l’économie politique, et le dessin à l’Académie des Beaux-arts.

Puis il rejoint en 1929 son frère à Paris où il complète sa formation en fréquentant les musées, est recruté par une banque, et vend ses modèles à de grands couturiers : Patou, Lelong, Chanel, Rochas et Schiaparelli, Worth.

En 1934, il joue au sein de l’équipe de France de volley-ball, victorieuse de l’Allemagne en compétition officielle.

Il milite à la CGT et entre au Parti communiste français (PCF), qui l’exclut en 1938, et s’active pendant les grèves dans la haute-couture.

Il gagne aussi sa vie comme journaliste, puis comme photographe par hasard en 1938 pour Marianne – il collabore avec Nicolas Müller, photographe hongrois, comme rédacteur des textes des reportages, puis, assure textes et photos après le départ de Müller de France en raison des accords de Munich - et Vu – reportages complets (textes et photos) - dans un style proche de la photographie humaniste. Son autoportrait en noir et blanc (1938) révèle les appréhensions d’un néophyte, une surprise un peu effrayée.

Naturalisé français en 1937, László Elkán est mobilisé : il est photographe de l’armée sous l’autorité du colonel de Lattre de Tassigny. Fait prisonnier sur la plage de Dunkerque le 4 juin 1940, il est détenu dans un camp - il devient le porte-parole de la résistance - à Hohenstein (Prusse orientale) et condamné en conseil de guerre.

Il s’évade en septembre 1940 et retourne en France occupée par l’Allemagne nazie. Il rejoint le maquis du Vercors, réintègre le PCF et participe à la Libération de Paris.

En 1947, exclu du PCF, cet admirateur de Rembrandt et Picasso expose ses peintures, devient affichiste de cinéma, puis reprend, par nécessité, son Rolleiflex maniable, qui lui permet de saisir les détails. Il collabore pour des magazines - France Illustration, Regards et Point de vue - et débute une série récurrente PSQF (Paris Sans Quitter ma Fenêtre).

« Architecte de l’image »
C’est en 1949 que Lucien Hervé naît comme photographe d’architectures, saisissant l’esprit d’une création architecturale, par sa rencontre décisive avec Le Corbusier (1887-1965).

Voyant ses photos du chantier de l’Unité d’habitation (Marseille, 1949) de Le Corbusier, celui-ci écrivait à Lucien Hervé : « Vous avez l’âme d’un architecte ». Ce qui rassure et encourage ce jeune photographe autodidacte.

Lucien Hervé devient le photographe attitré de Le Corbusier : à Chandigarh et Ahmedabad (Inde), au couvent de la Tourette ou à la chapelle de Ronchamp.

D’autres architectes recherchent ce photographe à la maîtrise avérée : Alvar Aalto, Marcel Breuer, Pier Luigi Nervi, Richard Neutra, Oscar Niemeyer, Jean Prouvé, Kenzo Tange, Bernard Zerfuss (siège de l’UNESCO)… Il cherche à saisir l’esprit d’une création architecturale, ayant décidé de la forme, exprime son goût pour l’abstraction par des jeux de formes géométriques et de perspectives, des compositions épurées. Ainsi, il sublime l’élan vers la spiritualité de la cathédrale de Brasilia imaginée par Oscar Niemeyer, ou la pyramide du Louvre.


En 1962, pour la direction de l’Institut français d’archéologie au Moyen-Orient, Lucien Hervé photographie les sites archéologiques en Syrie, au Liban et en Iran.

Atteint par une sclérose en plaques en 1965, Lucien Hervé pratique le photomontage expérimental à partir de ses tirages - il les découpe, recadre et assemble, renouvelant ainsi son œuvre - et photographie son environnement. Il initie aussi sa série en couleurs « Abstractions » sur les superpositions d’affiches déchirées et de vieux murs.

Ses clichés épurés, au (re)cadrage rigoureux, aux contrastes accentués, caractérisent le style de Lucien Hervé. Les visages de face sont rares. Soit ils apparaissent un peu déformés dans une flaque d’eau, soit ils restent dans l’obscurité ou la pénombre, voire surgissent au-dessus d'un paysage empli de formes géométriques.

Son but : exprimer le maximum avec le minimum de moyens (« Less is more »). Pourquoi cette large part des motifs géométriques ? Il sourit et répond en citant Platon : « Qui n’est pas géomètre n’entre pas ». C’est au tirage qu’il accentue ou non les ombres, dissimule ou non les détails ; ce qui laisse l’imagination interpréter une étrangeté, un reflet ou un mystère. Lucien Hervé déteste l’anecdote : il cherche l’universel et l’intemporel : « L’accusateur » (Delhi, 1955) ou la silhouette de l’ouvrier courbé par la fatigue ou par la chaleur sur le chantier de l’Unité d’habitation, la Cité Radieuse, confiée à Le Corbusier à Marseille (1949).

Cet homme cultivé détestait l’anecdote. Même les photos les plus « anodines » - gare -, laissent percer la malice ou la tendresse du regard du photographe qui, jusqu’en 1965, tire la plupart de ses photographies.

Doté d’un caractère rebelle, farouchement attaché à son indépendance, Lucien Hervé était également un moraliste, aimait les philosophes et déclarait : « En principe, je suis prêt à admirer tous ceux qui luttent pour la vie ». Dans la conversation, perçaient son humanité et sa pudeur.

Lucien Hervé a été distingué par de nombreux prix, et dont les œuvres sont montrées dans des galeries et musées dans le monde.

Il est « l’un des rares photographes français à allier philosophie humaniste, dans cette école où se sont illustrés Robert Doisneau et Willy Ronis, et pensée architecturale. Ses cadrages en plongée, ses vues en oblique, un certain dépouillement et une volonté d'abstraction caractérisent un style photographique très différent de celui de ses contemporains », une œuvre originale, rigoureuse et cohérente.


Dans la collection moderne du Centre Pompidou sont accrochés en 2011 une quarantaine des 63 tirages d’époque de Lucien Hervé donnés en 2009 par Judith Hervé, veuve de cet artiste. « Vivants », titre de l’exposition à la Maison de la photographie Robert Doisneau, est emprunté à Lucien Hervé qui « classait certaines boîtes de photographies » sous ce vocable.

En 2012, la Galerie Camera Obscura a présenté l'exposition Contacts. « Pour classer et présenter son travail, Hervé rassemble, par thème, sur des fiches cartonnées, les images qui l’intéressent. Ce sont des contacts ou parfois des tirages de petit format.

Ce système de visualisation intéresse Le Corbusier, qui demande à Hervé de lui en fournir systématiquement un double : il peut ainsi avoir vue sur tout le travail du photographe et lui indiquer la référence des images dont il a besoin. La Fondation Le Corbusier a conservé environ douze cent de ces planches en parfait état.

Pour Hervé, par contre, ces planches sont devenues au fil du temps un réservoir d'images, et il a souvent utilisé ses ciseaux (son outil de travail favori après l'appareil photographique) pour en extraire celles dont il avait besoin. Rares sont donc les planches intactes dans ses archives », écrit Didier Brousse, directeur de la Galerie Camera Obscura.

Et d’ajouter que cette galerie a choisi des « contacts, individuels ou en planches, associés à des tirages, vintages ou modernes. La confrontation de matériaux de travail (planches composées, contacts seuls), et de tirages aboutis, est très riche d’enseignements sur le travail du photographe. Ces planches nous montrent le choix initial qu’Hervé réalise peu après la de prise de vues : étape déterminante pour la construction de son œuvre. D’autre part, ces planches ont leur beauté intrinsèque : peintre, dessinateur, adepte du collage, Hervé leur a transmis un peu de sa fantaisie et de son talent graphique  .


La galerie présente, au sous sol, « des images de la série Paris Sans Quitter ma Fenêtre, de personnages et de scènes que Lucien Hervé a photographiés à Paris ou durant ses voyages. Il nous parait en effet important de montrer qu'Hervé, en humaniste socialement engagé, se passionnait tout autant pour vie des hommes que pour l’architecture ».

En 2013, la Galerie Camera Obscura    a rendu hommage à "quatre grands photographes du siècle" dont Willy Ronis et Lucien Hervé (1910-2007).

Dans le cadre du « Mois de la Photo à Paris 2014 » et en partenariat avec l'Association des Amis de Lucien et Rodolf Hervé, la Fondation Le Corbusier, Paris, a présenté l'exposition Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier (21 octobre 2014-30 janvier 2015). "Le Corbusier travaille. Il est en vacances au Cap-Martin où il a construit son Cabanon (3,66 x 3,36 x 2,26) au bord de l’eau. Le Corbusier dessine, écrit, déjeune avec Yvonne, son épouse, plaisante avec Thomas Rebutato, son voisin, propriétaire de la guinguette l’Étoile de mer. La mer à quelques mètres. Elle l’attend pour son bain quotidien, cette Méditerranée qu’il a toujours admirée, aimée et qui l’accompagnera dans son dernier voyage. Hervé travaille. Il réalise quelques clichés de Corbu dans l’intimité. Il fixe ces rares moments où le crayon s’arrête, où l’esprit se repose, où le plaisir de l’eau l’emporte".

Une "trentaine de photographies réalisées par Lucien Hervé au cours des années cinquante sont présentées dans la Maison La Roche, siège de la Fondation Le Corbusier à Paris ; quelques dessins originaux de Le Corbusier représentant le site du Cabanon de Roquebrune-Cap-Martin complètent cette évocation de sa résidence d'été".

Le "révérend père Couturier, directeur de la revue l’Art sacré, fut à l’origine de la rencontre entre Lucien Hervé et Le Corbusier. Après avoir recommandé Lucien Hervé auprès de Matisse, puis auprès de Fernand Léger, il encouragea le photographe à se rendre à Marseille pour y photographier le chantier de l’Unité d’habitation. À la fin du mois de novembre 1949, Lucien Hervé réalisera en une seule journée plus de six cent clichés de l’œuvre monumentale avec son Rolleiflex".

Le Corbusier "à qui il avait fait parvenir son reportage est enthousiasmé par son travail. Il décide alors de l'engager pour photographier ses œuvres, aussi bien architecturales que plastiques. Hervé travaillera pour Le Corbusier de 1950 à 1965 et réalisera plus de 20 000 clichés constituant ainsi une documentation de première main sur l’œuvre architecturale – livrée au commanditaire sous forme de contacts recadrés et collés sur des planches de classeurs – représentant aussi bien des reportages sur des chantiers en cours (Chapelle Notre-Dame du Haut de Ronchamp, Unité d'habitation de Rezé-les-Nantes, Usine Claude et Duval à Saint-Dié, Secrétariat,Assemblée et Palais de Justice de Chandigarh (Penjab, Inde), Palais de Filateurs à Ahmedabad (Gujarat, Inde), etc., y compris des clichés des maquettes des œuvres in situ…) que des réalisations antérieures pour lesquelles Le Corbusier souhaitait mettre à jour l’iconographie (Villa Savoye à Poissy, Cité de Refuge de l'Armée du Salut à Paris)".

Hervé "se verra ensuite confier la couverture photographique de l'œuvre plastique de Le Corbusier : peintures et sculptures, carnets de dessins, gravures, etc. Il réalisera également des portraits dans l’immeuble de la rue Nungesser et Coli : l’artiste au travail dans son atelier, images de Le Corbusier et d’Yvonne dans l’intimité de l’appartement. Un séjour dans le cadre exceptionnel du Cap-Martin sera également l’occasion de produire une série de clichés de vacances qui demeurent l’un des rares témoignages de la vie chaque été au Cabanon. Ces portraits témoignent de la grande proximité entre les deux hommes et de cette relation exceptionnelle entre les deux artistes qui dura plus de quinze ans".

"Chacun viendra puiser chez l'autre les éléments qui viendront enrichir son travail. Ils sont tous les deux habitués à transgresser les contraintes exercées parleurs pratiques respectives. L'architecte doit faire avec le terrain, le programme, le client, l'économie… Le photographe sait s'adapter à la demande,au climat, aux moyens, à la technique. Ils partagent une même approche formelle de la photographie – Le Corbusier l'a pratiquée en plusieurs occasions et il en a nourri ses créations – l'image originale est un matériau transformable, le document devient vite méconnaissable au bénéfice d'un pur objet plastique. L'usage qu'ils lui assignent sera cependant divergent, pour l'architecte, il s'agit de mettre en œuvre un outil de communication efficace tandis que le photographe cherche à approfondir sa pratique plasticienne. Il construit des images dont le cadre et la composition s'inspirent des formes épurées,rigoureuses et lyriques des bâtiments qu'il capte, les réinterprétant ensuite jusqu'à l'abstraction".

Le "travail d’Hervé contribua largement à la diffusion et à la connaissance de l’œuvre de Le Corbusier, celui-ci puisant abondamment dans ces ressources pour illustrer les volumes de son Œuvre complète pour réaliser le livre culte sur Ronchamp ou encore le testament intellectuel de L'Atelier de la recherche patiente. Il les confiera aussi très souvent aux revues et aux magazines qui le sollicitent pour des articles".

La Galerie Vieille du Temple a présenté l’exposition « Less is more » (photographies), titre emprunté au fameux adage de l’architecte Mies Van der Rohe. Un "dialogue inédit entre Lucien Hervé (1910 – 2007) et Illés Sarkantyu. Ces deux photographes nés en Hongrie, que plus de 60 ans d’âge séparent, trouvent dans cette exposition un espace d’échange. Illés Sarkantyu propose une relecture du travail de son aîné à travers le prisme de sa propre sensibilité artistique".

"Né en 1977 à Budapest, Illés Sarkantyu étudie à l’Université d’art applique Moholy-Nagy, ou il enseigne ensuite pendant deux ans, avant de venir s’installer a Paris en 2002. Il se lance alors dans la réalisation d’une série de portraits d’artistes et intellectuels hongrois vivants en France. C’est dans ce contexte qu’il rencontre le photographe Lucien Hervé en 2003.

Peu après la mort d’Hervé en 2007, Illés Sarkantyu est appelé par Judith Hervé pour l’aider à continuer l’exploitation de l’œuvre de son mari et de leur fils décédé, Rodolf, également photographe.
Sarkantyu photographie, classe et numérise, les chemises de rangement et les planches contacts se trouvant dans le studio, dans un but purement utilitaire.

En 2010 à l’occasion d‘une commande d’un film d’entretiens sur Hervé, Sarkantyu se trouve face à une question difficile : comment évoquer l’homme alors qu’il n’est plus ? Il redécouvre alors ses photographies des chemises de classement d’Hervé, émouvantes avec leurs annotations, perforations, pastilles colorées et bouts de scotch qui retracent les étapes de travail de Hervé mais aussi sa créativité quotidienne. Il retourne dans l’atelier de Hervé et découvre aussi intercalaires, objets poétiques, énigmatiques et toutes ces petites inventions intimes qui retracent en filigrane, l’histoire et la sensibilité de Lucien Hervé en contraste avec l’image très construite que l’on peut avoir de l’œuvre du photographe.

Sarkantyu, tour à tour enquêteur, historien ou témoin avisé, exhume les objets du studio d’Hervé qu’il revisite à travers ses propres photographies. Il n’a rencontré que très brièvement Lucien Hervé, mais en travaillant sur son œuvre il a su approcher au plus prés, sa pensée et ses intentions artistiques.

Cette exposition "met en regard les photographies de Sarkantyu et celle de Lucien Hervé avec l’ambition de créer un dialogue inédit". Cet « espace pour penser » ouvre ici le territoire inexploré de l’intime. Elle "révèle à la fois la méthode de travail de Lucien Hervé, sa découpe au ciseau du superflu : « Less is more », mais aussi son œil intraitable, qui de manière presque inconsciente, fait du moindre objet une composition abstraite".

Ce "jeu de mise en regard dévoile aussi le travail d’un jeune artiste hongrois : Illes Sarkantyu, dans sa pratique artistique, se réapproprie des images et, avec un « effort de mémoire », réécrit une nouvelle histoire aussi personnelle qu’universelle. Ici, tout en dévoilant l’ampleur de la créativité de Lucien Hervé, il évoque aussi sa situation propre en marge des limites du champ photographique".

Ce "tête à tête entre deux artistes, trouve son accomplissement dans la mise en regard de leurs deux œuvres qui se répondent et s’exaltent mutuellement, et qui finissent par ne plus avoir besoin de prétexte pour dialoguer. On est en face d’un véritable échange entre deux grands artistes".

Dans le cadre du Mois de la photo à Paris 2014les Douches La galerie a présenté l'exposition collective Autoportraitsavec notamment des œuvres de Lucien Hervé, et de son fils Rodolf Hervé.

"En retournant son objectif sur sa personne le photographe bouleverse ses codes, il peut dès lors voir son appareil comme un pistolet et la prise de vue comme un défi. Avec une quarantaine de tirages modernes et contemporains, l'exposition explore la photogénie intense de cet instant de vérité. Berenice Abbott, Val Telberg privilégient une démarche expérimentale du medium photographique. Lucien HervéArnold NewmanVivian Maier, Sabine Weiss, Erwin Blumenfeld, s’approprient le miroir déjà si présent dans l’autoportrait pictural. À partir de son patronyme familial, Ezra Nahmad compose une autobiographie. Choi, Arno Minkkinen, Wols étudient les possibilités expressives de leurs corps et de leurs visages. Pour Rodolf Hervé, atteint d’une maladie, l’autoportrait est catalyseur de tensions extrêmes. Kourtney Roy, unique héroïne de ses mirages intimes, considère la photographie comme un jeu de rôles. Dan Leung construit un tableau photographique où, isolé au milieu des tours de Hong Kong, il évoque l'identité chinoise et interroge la place de l’homme dans la ville. Brassaï dans une fumerie d’opium en 1931, Louis Faurer à New York en 1947, Raymond Depardon sur son scooter à Paris en 1959 ou encore Jean-Christophe Béchet sur les pas de Robert Franck en 2009, utilisent les ressources de la mise en scène dans des registres divers. Virtuosité, humour, introspection, l'autoportrait est toujours le témoignage d'un état intérieur comme le montrent si bien les images d'Hervé Guibert".

La galerie Obscura a présenté l'exposition collective La main. Variations pour dix-neuf photographes (29 janvier-14 mars 2015), dont une photographie de Lucien Hervé. "Le regard et la main sont indéfectiblement liés. Ils sont nos principaux moyens de contact avec le monde. Rien d'étonnant donc à ce que la photographie, art du regard, s'intéresse à la main. Pour certains, il s'agit d'un sujet récurrent (Arno Rafael Minkkinen), ou souvent traité (Bernard Plossu, Patrick Taberna, Masao Yamamoto), plus rare pour d'autres photographes, l'occurrence de la main dans leurs images est néanmoins toujours forte, comme un signe qui nous inviterait à saisir une présence, à décrypter un sens.  Pour les photographes qui font de leur vie le matériau d'une oeuvre, la main est un sujet si proche qu'elle tombe naturellement sous le sens du regard.  Leur propre main tout d'abord, qui, dans le champ de l'image, accompagne l’œil dans l'exploration du monde. Elle montre et elle touche. Par delà l'appareil photographique, elle est un pont symbolique entre le photographe et ce qu'il voit, l'image qu'il est en train de "prendre". Elle est l'affirmation d'une vision subjective. Mais elle peut aussi être tout simplement un magnifique sujet. Expressive et signifiante à l'égal d'un visage, la main nous parle comme le ferait un regard. En action ou au repos, outil agissant ou simple présence, elle interpelle le regard par la charge à la fois sensuelle et spirituelle qui se dégage de sa représentation. La photographie prolonge à sa façon l'expérience magique des "mains négatives" pariétales : signe universel, archaïque, de la présence humaine, de l'existence", écrit le galeriste Didier Brousse.

Dans le cadre de la 4e édition de Photo Saint-Germain (7-22 novembre 2015), la galerie Le Minotaure présentera l'exposition collective Du Minimalisme dans la photographie d'architecture des origines à nos jours, avec des tirages de Lucien Hervé, d'Auguste Salzmann et James Casebere. "Trois photographes, trois périodes, trois perceptions. Auguste Salzmann à Jerusalem en 1854. Un siècle plus tard, Lucien Hervé à l’Abbaye du Thoronet, et à la Cité Radieuse de Le Corbusier. De nos jours, James Casebere et ses modèles d’architecture imaginaire. Malgré la distance qui sépare ces trois artistes, leurs procédés, une même recherche autour de la forme, de l’abstraction, du minimalisme, du goût pour la simplicité et le dépouillement de l’image, est traitée au travers de la photographie d’architecture". Une "déambulation de paysage en paysage, d’architecture en architecture avec toujours le même objectif, celui de proposer une vision pure de la photographie, sans retouche, se focalisant sur des détails, choisissant avec soin l’angle de cadrage, la lumière… "

Auguste Salzmann, peintre au commencement de sa carrière, fait un premier voyage en Algérie en 1847 avec son ami peintre Eugène Fromentin, puis il y revient en 1853 avec pour mission d’enregistrer les monuments archéologiques pour appuyer les recherches théoriques de l’archéologue Félix de Saulcy. Auguste Salzmann réalise un ensemble de photographies pendant son séjour à Jérusalem en 1854, sur la demande de son ami et archéologue Félix de Saulcy. Les clichés pris par Salzmann dévoilent par leur mystère un ensemble considéré comme l’un des chefs-d’oeuvre les plus inspirés de l’album photo documentaire". Cet artiste prend de nombreuses photographies à caractère documentaire mais y insère un soin particulier constitué de gros plan, de détail, captant avec une grande sensibilité la matière de la pierre. Il s’attache en priorité aux ensembles décoratifs pour en saisir les motifs et les contours".

Lucien Hervé "ne se consacra réellement à la photographie qu’en 1947, après avoir été styliste pour Patou, Chanel, Lanvin, peintre, athlète. La modernité s’inscrit dans l’ensemble de son travail, en adéquation avec les mouvements d’avant-garde de l’entre deux-guerres, comme Germaine Krull, Moholy-Nagy, et le Bauhaus. En 1949, il réalise plus de 600 clichés de la Cité Radieuse, début d’une longue collaboration avec Le Corbusier". Il "saisit les bâtiments de façon large pour en traduire la monumentalité et immortalise ainsi le béton armé lisse du Corbusier et les colonnes porteuses. Tout comme Salzmann, il réalise des photographies documentaires et développe un grand travail d’esthétisation de la matière. Le Thoronet, Tâche de lumière produite par les rayons du soleil à travers les oculi du cloître : C’est grâce à l’architecture qu’il organise la construction de sa photographie, l’axe de la prise de vue organise les lignes de la composition et joue ainsi avec l’architecture, les ombres, les contre- jour, la lumière".

James Casebere "construit à la manière de décors de théâtre ses maquettes d’espaces architecturaux anonymes, tunnels, couloirs, cellules de monastères, où le vide, l’enfermement, l’inondation menacent presque à chaque cliché".

Du 7 au 22 novembre 2015
la galerie Le Minotaure 
2, rue des Beaux Arts. 75006 Paris
Du mardi au samedi de 11 h à 13 h et de 14 h à 19 h

Tél. : 01 43 54 62 93

Du 29 janvier au 14 mars 2015
Du 22 mars au 11 mai 2013. Vernissage le 21 mars à 18 h.
A la Galerie Camera Obscura
268, boulevard Raspail, 75006 Paris
Tél. : + 33 1 45 45 67 08
Du mardi au vendredi de 12 h à 19 h et le samedi de 11 h à 19 h. 

Du 21 octobre au 30 janvier 2015
A la Fondation Le Corbusier, Paris
10, square du Docteur Blanche. 75016 Paris
Tél. : 01.42.88.41.53
Lundi : 13h30 - 18h. Mardi au Samedi : 10h - 18h. Fermeture : dimanche, lundi matin et jours fériés

Du 7 novembre 2014 au 10 janvier 2015
5, rue Legouvé. 75010 PARIS
Tél. : +33 (0)1 78 94 03 00
Du mercredi au samedi de 14 à 19 heures. Lundi et mardi sur rendez-vous
Vernissage le 6 novembre 2014, de 18 h à 21 h

Du 16 octobre - 22 novembre 2014
A la Galerie Vieille du Temple
23, rue Vieille du temple. 75 004 Paris
Tél. : 01 40 29 97 52
Du mardi au samedi de 13 h à 19 h et sur rdv

Du 9 novembre au 23 décembre 2012
Exposition collective Fidélité, découvertes, enthousiasme !
A la Galerie du jour/Agnès B.
44, rue Quincampoix, 75004 Paris
Tél. : 01 44 54 55 90
Du mardi au samedi de 12 h à 19 h

Du 13 janvier au 25 février 2012
Lucien Hervé/Contacts
A la Galerie Camera Obscura
268, boulevard Raspai, 75006 Paris
Tél. : + 33 1 45 45 67 08
Du mardi au samedi de 13 h à 19 h et sur rendez-vous

Jusqu’au 30 avril 2011
1, rue de la division du Général Leclerc, 94250 Gentilly
Tél. : 01 55 01 04 86
Du mercredi au vendredi de 12 h à 19 h, samedi et dimanche de 14 h à 19 h.

Salle 40
Piazza, place Georges Pompidou, 75191 Paris cedex 04
Tél. : 01 44 78 12 33
Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 11 h à 21 h.

Visuels de haut en bas :
© Lucien Hervé
L’unité d’habitation (Le Corbusier), Marseille, 1949
Courtesy galerie Camera Obscura

© Lucien Hervé
Toscane, 1949

© Lucien Hervé
La tour Eiffel, 1944
Courtesy galerie Camera Obscura

© Lucien Hervé
PSQF (série Paris sans quitter ma fenêtre),
Boulevard d’Amiens, 1949

Courtesy galerie Camera Obscura
© Lucien Hervé
Sur le toit de l’Unité d’habitation, Marseille, 1953
Courtesy galerie Camera Obscura

© Lucien Hervé
Marcel Breuer, 1954
Courtesy galerie Camera Obscura

© Lucien Hervé
Visiteurs anglais, gare du Nord, 1949
Courtesy galerie Camera Obscura

© Lucien Hervé
Chantier de Chandigarh, Inde, 195
Courtesy galerie Camera Obscura

© Lucien Hervé
La haute-cour de Chandigarh, 1955.
Planche composée par Lucien Hervé

Chapelle de Ronchamp, 1954.
Planche composée par Lucien Hervé
Courtesy galerie Camera Obscura

Pavillon Philips (Le Corbusier), Bruxelles, 1958
Tirage d’époque par contact
Courtesy galerie Camera Obscura

Série PSQF, vers 1949
Tirage argentique postérieur
Courtesy galerie Camera Obscura

Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier
Photo : Lucien Hervé, Le Corbusier devant le cabanon, Cap Martin - Roquebrune 1951
© FLC-ADAGP / Lucien Hervé / J. Paul Getty Trust

Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier
Photo : Lucien Hervé, L'intérieur de Cabanon de Le Corbusier, Cap Martin - Roquebrune 1951
© FLC-ADAGP / Lucien Hervé / J. Paul Getty Trust

Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier
Photo : Lucien Hervé, Le Corbusier devant le cabanon, Cap Martin - Roquebrune 1951
© FLC-ADAGP / Lucien Hervé / J. Paul Getty Trust

Carton d'invitation
Lucien Hervé (à gauche)
Flic, 1947, vintage signé,
9,2 x 7,6 cm
Illés Sarkantyu
Flic 1947 LH, 2014, tirage pigmentaire signé,
9,2 x 7,6 cm, édition 1/5

Lucien Hervé (en haut)
Echafaudages métalliques du CNIT, Bernard Zehrfuss architecte, 1956-57, vintage signé,
16 x 19 cm
Illés Sarkantyu
Kerguéhennec, 2013, tirage pigmentaire signé,
50 x7 5 cm, édition 1/5

Lucien Hervé (à gauche)
Abstraction, 1963, tirage moderne non signé, tamponné,
30x24 cm
Illés Sarkantyu
Noir, Prouvé, 2014, tirage pigmentaire signé,
50x40 cm, edition 1/5

Lucien Hervé
 Autoportrait, Paris, 1938,
tirage gélatinoargentique moderne signé par l’artiste, 17 cm x 16,5 cm (sur papier 24 x 30 cm) ©Lucien Hervé/Courtesy Les Douches La Galerie

Rodolf Hervé
Autoportrait, Budapest, 1993,
tirage jet d’encre, 2008, 45 x 50 cm Édition de 7
©Rodolf Hervé/Courtesy Les Douches La Galerie

Lucien Hervé : Les vacances de Monsieur Le Corbusier
Photo : Lucien Hervé, La main de Le Corbusier avec un galet, Cap Martin - Roquebrune 1951
© FLC-ADAGP / Lucien Hervé / J. Paul Getty Trust. Tirage argentique moderne. 30 x 40 cm

Auguste Salzmann, Jérusalem, escalier dans la roche menant à l’ancienne Porte des Maghrébins, 1854,

calotype sur carton, 33,1 x 23,5 cm
© Archives Galerie Le Minotaure

Lucien Hervé, Le Thoronet, l’arche du cloître au levé du soleil
C.1951,
tirage-gélatino argentique d’époque,

10,8 x 20,6 cm
© Archives Galerie Le Minotaure

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Judaïsme/Juifs
Shoah (Holocaust)

Les citations proviennent des dossiers de presse.
Cet article a été publié en une version plus concise dans le n°634 de mars 2011 de L’Arche, sur ce blog en 2011, les 12 février et 20 décembre 2012, 21 mars 2013, 21 octobre 2014, 6 et 29 janvier , 13 mars 2015. Il a été mis à jour le 4 novembre 2015.

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