dimanche 23 mars 2014

Art Spiegelman's Co-Mix: A Retrospective


Le Jewish Museum de New York présente l’exposition éponyme. Par des fac-similés et originaux, l’évocation de la carrière d’Art Spiegelman, auteur newyorkais talentueux de bandes dessinées (BD) ayant débuté dans la bande dessinée underground (Raw), puis collaboré notamment au New Yorker dont il a assuré des couvertures sobres ou polémiques. Illustrateur de livres, auteur d’histoires courtes et d’instantanés, cet auteur a été distingué par le Prix Pulitzer en 1992 pour sa série Maus, roman graphique illustrant la vie de ses parents Juifs polonais, Vladek et Anja, déportés par les Nazis et survivants de la Shoah.



En 2012, à l'occasion de la sortie de MetaMaus, la Bibliothèque du Centre Pompidou a présenté l’exposition Co-Mix. Une rétrospective de bandes dessinées, graphisme et débris divers d’Art Spiegelman. Une exposition reprise au Jewish Museum de New York.

« Mon père m’avait appris à faire les valises, à empaqueter pour mettre le maximum de choses dans une valise au cas où on doive partir vite. Dans mes BD, je fais de même, en laissant un espace pour la respiration du lecteur… Après avoir fini un chapitre de Maus, j’ai réalisé des couvertures de livres et magazines », a déclaré Art Spiegelman lors du vernissage de cette exposition, le 20 mars 2012.

« Créateur exigeant et perfectionniste, Art Spiegelman révèle, à travers ses images, tout autant que dans le découpage de ses planches, un sens de la composition qui ne cède rien au hasard », écrit Benoît Mouchart, directeur artistique du Festival de la Bande dessinée d'Angoulême.

Et d’ajouter : « En compagnie de son épouse Françoise Mouly, une jeune artiste française qui venait de s'établir à New York, il a posé en 1980 une véritable bombe esthétique en fondant RAW. Le sommaire de RAW réunissait en effet des auteurs américains, japonais et européens, contemporains ou passés, qui partageaient tous une très haute ambition dans le domaine du graphisme comme dans celui de la narration. Par la modernité et l'audace de ses choix artistiques, RAW a permis de changer le regard posé sur une forme d'expression trop peu souvent considérée comme un art à part entière.  La variété thématique des projets d'Art Spiegelman lui permet de tirer le meilleur parti des potentialités formelles et signifiantes de ce medium qu'il désigne parfois, comme ses contemporains de l'underground américain, sous le nom de comix, mais qu'il aime aussi appeler co-mix, évoquant ainsi le mélange des images et des mots. Les travaux de Spiegelman révèlent non seulement une insoumission révoltée et une urgence d'expression personnelle propres aux plus grands créateurs, mais aussi et surtout une foi inexpugnable dans les potentialités infinies de la bande dessinée… Spiegelman, qui a refusé toutes les offres d'adaptation de Maus au cinéma pour préserver l'intégrité de cette œuvre, se trouve et se raconte depuis toujours en BD ; il rêve parfois même en bandes dessinées ».


De l’underground à la célébrité
Auteur de bande dessinée, illustrateur, éditeur et critique né en 1948, Art Spiegelman a su mêler la culture savante et la culture populaire » en s’extrayant de la culture under ground, laboratoire d’idées mais à faible diffusion (Raw) pour accéder à des magazines célèbres et officiels, et atteindre la célébrité avec Maus.

En partenariat avec le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, la Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou présente cette exposition en hommage à l'œuvre d’Art Spiegelman. Une version adaptée à une superficie moindre que celle de l’exposition originelle à Angoulême quelques mois auparavant.

Une scénographie fluide, permettant au visiteur de circuler, dans un espace sombre et sans indication de début ou de fin d’exposition, comme dans les méandres d’un cerveau humain.

L’exposition s’articule autour de plusieurs axes : L’underground, Breakdowns, portrait de l'artiste en jeune, Maus, La revue Raw, A l’ombre des tours mortes, et Travaux d’illustration - des pièces plus ou moins connues sur le travail d'illustrateur d'Art Spiegelman (couvertures du New Yorker, dessins pour La Nuit d'enfer de Joseph Moncure, et l'édition allemande des ouvrages de Boris Vian).


Art Spiegelman est né en 1948 à Stockholm (Suède) où ses parents, déportés à Auschwitz en 1944 et survivants de la Shoah, s'installent après avoir quitté la Pologne. La famille émigre aux Etats-Unis trois ans plus tard.

Pour diverses marques, il conçoit des jeux de cartes, des autocollants, etc.

Art Spiegelman débute dans l'underground de San Francisco. Dans les années 1970, il publie la revue Arcade. Y collaborent notamment Robert Crumb et Gilbert Shelton. Art Spiegelman édite « ses premiers travaux, récits de vie souvent très brefs baignant » dans l’avant-garde de l'époque.

Breakdowns, portrait de l'artiste en jeune retient certaines histoires courtes, publiées pour la première fois en 1977 et réunies dans le recueil éponyme (Casterman, 2008). On y découvre son « regard pessimiste sur son environnement » et sa quête de la mémoire, la sienne et celle de ses parents. Ces premières œuvre augurent d’une « démarche autobiographique singulière », et du « travail mémoriel et introspectif du futur Maus ».

Au cœur de l’exposition : Maus, oeuvre majeure d'Art Spiegelman. Un roman graphique d’environ 300 pages, réalisé entre 1978 et 1991, traduit dans 18 langues et publié en France par Flammarion dès 1987. L'intégralité des planches des deux volumes est montrée en fac-similés, au côté de 200 documents originaux, dont des croquis, storyboards et recherches qui composent la matrice des pages finales et des archives familiales : enregistrement sonore du témoignage du père d’Art Spiegelman qu’il avait recueilli avant d’entreprendre cette œuvre dans laquelle il retrace le destin de ses parents rescapés d'Auschwitz.


Les Juifs sont dessinés en souris et les nazis en chats. Selon l'essayiste Benoît Peeters, il offre « par rapport à un film sur la Shoah, un accès au réel beaucoup moins indécent ».

Maus est présenté dans son intégralité avec des documents préparatoires, des travaux parus à la fin des années 1960, des illustrations pour le New Yorker, des livres pour la jeunesse…

Avec Françoise Mouly, son épouse et  actuelle directrice artistique du New Yorker, Art Spiegelman crée la revue Raw qui publie Maus. Sur une courte période (1980-1991), en douze numéros, RAW marque « l'histoire de la bande dessinée contemporaine par son exigence, son avant-gardisme et son habileté à mélanger bande dessinée, illustration et graphisme, réunissant des auteurs venus de tous pays qui, selon les mots de Spiegelman, "s'intéressaient au vocabulaire de la BD" : Charles Burns, Tardi, Joost Swarte, Baru, Lorenzo Mattoti, Loustal, Chris Ware, Gary Panter, Mark Beyer, Jerry Moriarty… » Ces numéros montrés sur des écrans, ainsi que les livres édités par RAW Books.

Projet post-11 Septembre, À l'ombre des tours mortes réunit des planches de grand format parues à l'origine dans l'hebdomadaire allemand Die Zeit, puis éditées par Casterman (2004). Selon le Centre Pompidou, « bousculant les habitudes de lecture par une mise en page étonnante, Spiegelman y dit son amour pour New York et dénonce le terrorisme intellectuel des années Bush ». Quel « terrorisme intellectuel » ? Pourquoi cette omission du terrorisme islamiste dans les documents sur cette exposition édités par le Centre Pompidou ?

Le 20 mars 2012, interrogé sur la tuerie à Toulouse – l’identité de l’assassin était alors ignorée -, Art Spiegelman a d’abord nié le caractère antisémite de la tuerie à l’école Ozar HaTorah à Toulouse la veille. La journaliste l’ayant questionné sur cette tragédie a opiné de la tête en signe d’approbation. J’ai alors souligné que des enfants et un professeur Juifs d’une école Juive étaient visés, donc cette tuerie était antisémite. Art Spiegelmn a alors rappelé que l’assassin avait aussi tué des non Juifs. J’ai alors indiqué que tuer des Noirs ou des Arabes pour ce qu’ils sont constitue un acte raciste, que cet assassin n’avait pas tué une dame blanche âgée près d’une de ses cibles, et que viser des enfants ou adulte Juifs dans une école Juive constituait un acte antiJuif. Art Spiegelman a alors admis le caractère antisémite de la tuerie contre cette école et a ajouté : « C’est abominable ».


Citations extraites d’une interview par BenoÎt Mouchart


Sur Maus. « Je suis fier de ce travail, mais parfois aussi exaspéré par son succès... J'espère que MetaMaus répondra à toutes les questions que Maus a soulevées et me permettra de tourner la page. Lorsque quelqu'un me demandera « Pourquoi des souris ? », je répondrai « Allez voir pages 110 à 119 ! » Ce travail me hante encore. Je ne l'avais pas réalisé jusqu'à ce que je regarde les photos, les documents, croquis et notes nécessaires pour réaliser MetaMaus. Ceux qui pensent que travailler sur Maus a été cathartique se trompent. J'ai dû développer une carapace pour y œuvrer sans me blesser. L'armure a disparu quand le travail s'est achevé […]. Faire face à nouveau à ce passé et cette tragédie familiale m'a montré que les blessures sont toujours vives ».

« Ce qui nourrit toutes mes bandes dessinées, qu'elles soient d'inspiration personnelle, politique ou autre, c'est l'aspect formel du travail : les mots et les images sur une page comme un diagramme, un circuit de pensées ».

« Les manifestations autour de la bande dessinée sont nombreuses, en Europe comme aux États-Unis. Bientôt il faudra se méfier des BD qui vont devenir trop institutionnelles. Une part de l'énergie de ce médium vient de ses racines populaires, et j'espère contribuer à la préservation de cette tradition. Après tout, j'ai fait Les Crados, des BD pour Playboy et ce roman graphique qui a remporté le Pulitzer…


Du 8 novembre 2012 au 23 mars 2014
Au Jewish Museum
1109 5th Ave at 92nd St. New York NY 10128
Tel. : 212-423-3200
Du vendredi au mardi de 11 h à 17 h 45. Jeudi de 11 h à 20 h


Jusqu’au 21 mai 2012
Niveau 2
Place Georges Pompidou
19, rue Beaubourg, 75004 Paris
Tél. : 33 (0)1 44 78 12 33
Lundi, mercredi, jeudi et vendredi de 12 h à 22 h. Samedi, dimanche et jours fériés de 11 h à 22 h.


Visuels de haut en bas
Affiche
Self-portrait with Maus mask. © Art Spiegelman, 1989

Art Spiegelman © Nadja Spiegelman

Art Spiegelman avec à sa droite son épouse Françoise Mouly et sa gauche Rina Zavagli-Mattotti, commissaire de l’exposition et fondatrice de la Galerie Martel, Paris. © Véronique Chemla

Crash!
Crayon, encre et crayons de couleur.
Lead Pipe Sunday n°2, 1997
© Art Spiegelman

Page non publiée de carnet à dessin, 1975
© Art Spiegelman

The Plastic Arts, gouache.
Couverture pour The New Yorker, 19 avril 1999
© Art Spiegelman

Art Spiegelman
Breakdowns

Dessin préparatoire pour Maus
© Art Spiegelman

Crossroads, lithographie, 1996 © Art Spiegelman

Raw n°7, The Torn-Again Graphix Mag
Encre de Chine, gouache et photo-collage.
© Art Spiegelman. Photo : Béatrice Hatala

Illustration pour la case centrale de A l’ombre des Tours mortes n°6.
Encre sur papier.
© Art Spiegelman. Photo : Béatrice Hatala

Autoportrait, 1999. © Art Spiegelman

Couverture pour Print Magazine, 1981. © Art Spiegelman

Je ne voudrais pas crever, 1985.
Dessin original pour la couverture.
© Art Spiegelman. Photo : Béatrice Hatala

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Cet article a été publié le 18 mai 2012. Il a été modifié le 29 octobre 2013.

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