mardi 1 août 2017

« Mon fils » par Eran Riklis


Arte diffusera le 2 août 2017 à 20 h 55 « Mon fils » (Mein Herz tanzt ; Dancing Arabs) par Eran Riklis (2014). De la première guerre au Liban (1982) à celle du Golfe (1991), « le parcours initiatique d'un jeune Arabe israélien à Jérusalem... Eran Riklis (« Les citronniers ») dépeint les déchirements de son pays et signe une réflexion vertigineuse sur l'identité et l'ostracisme ». Un film sur les apprentissages, les passages.


 1982. « Élève surdoué, Eyad a grandi dans un village palestinien », non arabe « en Israël, dont les habitants, citoyens de seconde zone de l'État juif » - Arte diffuse la propagande antisémite mensongère contre Israël -, « n'éprouvent à l'égard de ce dernier aucune loyauté ». Pourquoi généraliser ?

« Mais ses parents, conscients qu'il s'agit pour lui d'une chance rarissime, ne le poussent pas moins à partir lorsqu'il est accepté comme interne dans le plus prestigieux lycée de Jérusalem ». Son père lui a dit : « Mêle-toi à eux pour les vaincre » et manifeste, lors de la Première guerre d’Israël au Liban, au cri de « Que Dieu protège Arafat ! » La profession du père de Eyad ? « Terroriste », répond Eyad. Uniquement par bravade ? La scène "drôle" du déjeuner du condisciple juif d'Eyad dans la famille d'Eyad semble inspirée de celle de L'Incompris, film de Luigi Comencini.

Seul Arabe de l'établissement » - ou seul musulman ? -, « en butte à un racisme plus ou moins déguisé, Eyad survit grâce à l'amitié qu'il noue avec un autre réprouvé : atteint d'une maladie dégénérative incurable et privé de l'usage de ses jambes, Yonatan vit avec sa mère avocate, Edna, qui accueille à bras ouverts le premier ami invité par son fils… » Que de poncifs invraisemblables !

Une idylle avec Naomi, adolescente juive israélienne, se greffe sur cette histoire d'apprentissages.

Sayed Kashua
Le réalisateur israélien de gauche Eran Riklis a adapté « Les Arabes dansent aussi » (2002) - proverbe juif ? Allusion aux réjouissances d’Arabes israéliens quand les missiles irakiens de Saddam Hussein s’abattaient en Israël lors de la Première guerre du Golfe ? - et « La deuxième personne » (2010), de Sayed Kashua, coscénariste du film.

« La plus grande difficulté a consisté à les mêler harmonieusement, ce qui nous a pris beaucoup de temps et a donné lieu à plusieurs versions avant qu’on soit tous les deux satisfaits du scénario. C’est une histoire personnelle qui est, à bien des égards, autobiographique pour Sayed, et je voulais conserver cette dimension. Mais un film est une oeuvre à part entière, qui a sa propre logique, et dont les personnages sont indépendants des livres. Sayed en était conscient, et une fois que le scénario a été finalisé, il ne s’est plus du tout mêlé du tournage », a déclaré Eran Riklis.

Né en 1975 dans un village de Galilée, élève au prestigieux Israel Arts and Science Academy, Sayed Kashua a étudié la philosophie et la sociologie à l’université hébraïque de Jérusalem. Il est éditorialiste humoristique à Haaretz et pour l’hebdomadaire HaIr. Cet écrivain arabe israélien musulman écrit en hébreu. Il est l’auteur de Avoda Aravi (Travail d’Arabe, en hébreu), sitcom satirique diffusée en partie en arabe sur Aroutz 2. En 2011, Sayed Kashua a été fait chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres à la résidence de France à Jaffa.

En juillet 2014, pendant l’opération défensive israélienne Bordure protectrice contre le Hamas, il « a décidé, l'année même de la production du film de quitter Israël » avec son épouse et leurs trois enfants, « pour émigrer aux États-Unis », car selon le dossier de presse il aurait ressenti « qu’il n’arrivera pas à faire changer les mentalités des Juifs israéliens envers les Arabes par ses écrits et qu'une « majorité désespérément déterminante dans le pays ne reconnaît pas à l’Arabe le droit de vivre, en tout cas pas dans ce pays ». Cet auteur s’était vu offrir un pont d’or pour enseigner à l’université de l’Illinois, qu’il a accepté en imputant son départ à Israël !? Comme de Français musulmans quittent la France pour des raisons professionnelles ? Pourquoi Sayed Kashua n’a-t-il pas émigré dans l’Autorité palestinienne, en Jordanie ou en Arabie saoudite ?

Dans une lettre intitulée Toutes les raisons pour lesquelles je quitte Israël et publiée dans divers journaux dans et hors d’Israël (The Guardian, Libération), Sayed Kashua écrivait :
« Vingt-cinq ans pendant lesquels je n’ai pas eu beaucoup de raisons d’être optimiste mais j’ai continué à croire que c’était encore possible que, un jour, ce lieu où vivent des juifs et des Arabes puisse connaître une histoire qui ne nie pas l’histoire de l’autre. Qu’un jour, les Israéliens cessent de nier la Nakba, l’occupation, et qu’ils cessent de fermer les yeux devant la souffrance du peuple palestinien. Qu’un jour, les Palestiniens se montrent disposés à pardonner, et qu’ensemble nous bâtissions un lieu où il soit agréable de vivre, exactement comme dans les romans à happy end.
Vingt-cinq ans que j’écris en hébreu, et rien n’a changé. Vingt-ans que j’écris et que j’essuie des critiques hostiles des deux camps mais, la semaine dernière, j’ai renoncé. La semaine dernière, quelque chose s’est brisé en moi.
Quand de jeunes juifs exaltés se sont répandus en hurlant «mort aux Arabes !» et ont attaqué des Arabes juste parce qu’ils étaient arabes, j’ai compris que j’avais perdu ma minuscule bataille personnelle.
J’ai écouté alors les politiciens et les gens des médias et j’ai su que ceux-là faisaient la différence entre un sang et un autre, entre un être humain et un autre être humain. Des individus, devenus la force dominante du pays, clamaient à voix haute ce que la plupart des Israéliens pensent : « Nous sommes meilleurs que les Arabes.»
Dans les tables rondes auxquelles j’ai participé, on affirmait que les juifs étaient un peuple plus éminent, plus digne de vivre. Une majorité désespérément déterminante dans le pays ne reconnaît pas à l’Arabe le droit de vivre, en tout cas pas dans ce pays.
Après lecture de mes derniers articles, certains lecteurs ont suggéré de m’expédier à Gaza, de me briser les os, de kidnapper mes enfants.
J’habite à Jérusalem et j’ai de merveilleux voisins juifs, et j’ai des amis écrivains et journalistes merveilleux, mais je ne peux pas envoyer mes enfants dans des colonies de vacances ou des centres aérés avec leurs copains juifs.
Mon aînée, furieuse, a protesté, affirmant que personne ne saurait qu’elle est arabe à cause de son hébreu impeccable mais je n’étais pas disposé à l’écouter. Elle s’est enfermée dans sa chambre, en pleurs ».
Sayed Kashua occultait les manifestations antisémites pro-Hamas dans le monde, les tirs de roquettes du Hamas contre les civils israéliens, etc.

I don't need Jewish historians to tell me about the NakbaJe n’ai pas besoin d’historiens juifs pour me parler de la Nakba »). Tel est le titre d’un éditorial de Sayed Kashua publié dans Haaretz (29 octobre 2016) dans lequel l’auteur a stigmatisé une prétendue malhonnêteté israélienne.

Ainsi que l’a démontré CAMERA (Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America), Kashua a déformé les événements de 1948 pour occulter les attaques commises par les habitants de Tira, village de son père, contre le kibboutz Ramat Hakovesh, et de Miska, bourgade des parents de son épouse, contre le kibboutz Ramat Kavosh et d’autres communautés juives dans la région du Sharon. CAMERA a fustigé le révisionnisme de Kashua imputant aux Israéliens le meurtre de deux Arabes israéliennes dont l’une a été assassinée par son frère, et l’autre semble-t-il par son époux suspecté par la police. 

Déchirements
« Comme toujours, c'est par le prisme complexe de l'individu qu'Eran Riklis (« Les citronniers », « La fiancée syrienne ») dépeint les déchirements de son pays et l'interminable guerre qui le ronge ». 

« Partagé entre l'amertume et la tendresse, la noirceur et l'humanisme, le film parvient finement à faire ressentir les ambiguïtés, racisme ordinaire ou préjugés inconscients, d'une société dont 20 % des citoyens sont arabes, mais aussi les vacillements de l'identité auxquels sont confrontés ces derniers ». Les problèmes d’identité d’Arabes israéliens proviennent en partie de la faiblesse de l’Etat d’Israël à s’affirmer en Etat juif, à clamer son Histoire et à combattre la propagande haineuse visant à le délégitimer, à l’oscraciser et à le détruire. Ce qui fait naître des craintes chez certains Arabes israéliens et des espoirs chez d’autres. Un « racisme ordinaire », et pas d’« antisémitisme ordinaire » arabe ou/et islamique ? Un « racisme » qui n’a pas entravé des parcours à la Cour suprême, dans la diplomatie, etc.

« La qualité de l'interprétation, notamment celle de Tawfeek Barhom (vu plus récemment dans « Le chanteur de Gaza ») et de Yaël Abecassis (« Hatufim »), transmue ce que la démonstration pourrait avoir de pesant en une émotion de plus en plus puissante ».

Substitution
L'un des points les plus choquants du film, outre sa partialité dénigrant les Israéliens juifs, est qu'il illustre le remplacement du juif par le musulman, de l'Israélien Juif par l'Israélien/Palestinien Arabe : affublé de toutes les qualités, Eyad usurpe l'identité de Yonatan - auprès de la banque, lors de l'examen -, et ce, avec l'approbation tacite d'Edna, mère de Yonatan. Pour exister, Eyad doit se faire passer pour Juif, et pour que son stratagème soit couronné de succès, il lui faut la mort physique de Yonatan et l'accord d'Edna, une "mère juive". Pas de meurtre risquant de ternir l'image d'Eyad "le-dévoué-qui-se-sacrifie-par-amour" : l'intrigue se noue autour de la maladie incurable de Yonatan. Et elle résulte de la collaboration scénaristique d'un Juif et d'un musulman, tous deux Israéliens !?

Le prénom de Yonatan est-il fortuit ? Personnage biblique, prince du royaume d'Israël dont son père Saül est roi, Jonathan se lie d'amitié avec David qui succédera à Saül. La propagande ant-israélienne présente souvent l'enfant palestinien lançant des pierres contre le soldat israélien comme David usant de sa fronde contre Goliath. Mais, nulle homosexualité présumée dans le film qui souligne la virilité, le charme de l'adolescent Eyad qui séduit Naomi, l'ambitieuse ingrate.

En remplaçant officiellement Yonatan auprès d'Edna et de l'Etat d'Israël, Eyad fait figure d'Ismaël, ancêtre des Arabes, et Edna est assimilée à une Sarah qui aurait accepté le fils d'Agar ou au patriarche Abraham, "père de multiples nations". Exit Isaac. Notons la disparition du judaïsme dans la scène de l'enterrement qui islamise contre son gré le défunt juif.

La déclinaison cinématographique de la théologie chrétienne de la substitution selon laquelle le christianisme se serait substitué au judaïsme - celui-ci n'ayant pas reconnu Jésus comme le Messie - comme le "véritable Israël" ? Une variante de la "théologie chrétienne de la libération de la Palestine" par la mort programmée du Juif /Israël?

Autant de symboles instrumentalisés de manière inquiétante dans ce film co-produit par Arte.
                

« En 1982, la guerre du Liban a éclaté : c’était un conflit décisif et traumatisant pour Israël, et une époque marquante et douloureuse pour l’OLP et donc pour tous les Palestiniens vivant en Israël ou dans les territoires. En 1991, la guerre du Golfe est un conflit majeur et traumatisant pour toute la région, et pour le monde entier. Comme Iyad grandit pendant ces guerres, et dans la période qui les sépare, sa personnalité, ses choix – et ceux de ses parents –, son identité et son parcours sont marqués par ce contexte. Du coup, la fusion entre identité individuelle et identité nationale est parfaitement pertinente, et c’est ce que je recherche toujours chez mes personnages et dans mes décors. Par ailleurs, le fait de situer l’histoire dans le passé permet de prendre du recul et de porter un regard sur les événements sans ressentiment, mais plutôt avec compréhension et compassion ».

« Nous voulons tous faire partie de la société où nous vivons. Mais aujourd’hui, la plupart des Arabes ont le sentiment d’être exclus du corps social au sens large. Ce ressenti a fini par se banaliser, il y a un grand sentiment de malaise entre les deux peuples. C’est un élément fondamental de cette histoire ».

« Israël est surtout dépeint comme un pays complexe, qui réunit des points de vue, des idées et des comportements très différents. Certes, comme on le voit dans le film, on y trouve des autocollants anti Arabes sur des cabines téléphoniques qui sont le fait d’imbéciles extrémistes. Mais Israël est un pays à la fois généreux et hostile, ouvert et craintif, accueillant et indifférent à l’égard de sa minorité arabe. Comme le montre le film, on ne peut pas être manichéen, et la situation est très nuancée. Car pour chaque brute épaisse, on trouve un être bienveillant, pour chaque mère craintive – comme celle de Naomi –, on trouve une Edna (Yaël Abecassis), et pour chaque acte de violence, on trouve un acte de compassion. Israël, à cet égard, n’est pas si différent de la plupart des pays européens, et même de la plupart des pays du monde entier. Mais, bien évidemment, Israël est constamment observé à la loupe en raison du poids de l’histoire, de la politique et de l’importance géopolitique de la région ».

« Ce n’est pas facile d’être un Arabe en Israël, et que ce n’est pas facile d’appartenir à une minorité dans n’importe quelle société, et dans n’importe quel pays. L’Europe en offre d’innombrables exemples et on peut faire le même constat en France. Mais je crois profondément que PERSONNE ne devrait dissimuler son identité, mais que, parfois, les minorités y sont contraintes par la majorité, car elles éprouvent le besoin de se faire accepter et apprécier, et de survivre ».


« Mon fils » par Eran Riklis
United Channel Movies, Riva Filmproduktion, Heimatfilm, MACT Productions, Alma Film Produktion, ZDF/ARTE, Allemagne, France, Israël, 2014, 97 minutes
Auteur : Sayed Kashua
Image : Michael Wiesweg
Montage : Richard Marizy
Musique : Yonatan Riklis
Producteurs/-trices : Chilik Michaeli, Michael Eckelt, Antoine de Clermont-Tonnerre, Avraham Pirchi, Tami Leon, Bettina Brokemper
Scénario : Sayed Kashua
Avec Tawfeek Barhom, Razi Gabareen, Yaël Abecassis, Michael Moshonov, Ali Suliman, Danielle Kitzis, Marlene Bajali, Laëtitia Eïdo
Sur Arte le 2 août 2017 à 20 h 55

Visuels
Tawfeek Barhom et Yaël Abecassis
Danielle Kitzis et Tawfeek Barhom 
Danielle Kitzis 
Tawfeek Barhom et Danielle Kitzis
© Riva Filmproduktion/Mact Productions/Heimatfilm/Alma Film Productions/New Lineo

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Les citations sont extraites du dossier de presse.

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