mardi 28 février 2017

Juifs d’Algérie



A l’occasion du cinquantenaire des accords d’Evian (1962), le musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) présente l’exposition éponyme, assorti d’un magnifique catalogue, et « inédite retraçant les grandes étapes de l'histoire des Juifs d’Algérie » grâce en particulier avec des archives familiales. Érudition et carences informatives.  Le "pogrom au nom du djihad" (Shmuel Trigano) du 5 août 1934, à Constantine (Algérie), sans intervention de l'Armée ou de la police françaises, a causé 27 victimes Juives, enfants et adultes généralement égorgés et 26 Juifs blessés, des incendies, saccages et pillages de magasins et logements de Français Juifs. Plus de 3 000 Juifs - un tiers des Juifs constantinois - ayant besoin d'assistance sociale après ce pogrom, etc. Cpogrom avait été précédé le 3 août 1934 de violents incidents dans le Constantinois. Au  coût financier de 150 millions de francs Poincaré de l'époque, il a été suivi pendant des mois par le boycott de magasins Juifs, du non paiement par des musulmans de leurs dettes auprès de leurs prêteurs Juifs, etc.


C’est incroyable ! Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme de Paris, autant dire le plus important en Europe, ne parvient pas à retracer l’histoire des Juifs en « terre d’islam ».

Certes, un panneau au début de l’exposition reproduit un récit bouleversant, extrait du livre L’exil au Maghreb. La condition juive sous l’islam 1148-1912 de Paul B. Fenton et David L. Littman d’un pogrom antisémite commis par des musulmans sous joug islamique.

Mais la dhimmitude est évoquée en termes trop succincts dans le dossier de presse et dans la scénographie de l’exposition : le panneau l’évoquant brièvement côtoie de longs développements sur un « âge d’or ». Le catalogue n’en donne pas le cadre exact, et insiste plus sur les persécutions chrétiennes que sur les pogroms musulmans.

Autant l’antisémitisme chrétien et d’extrême-droite est souligné, autant « l’antijudaïsme théologique et l’antisémitisme politique » islamiques (Shmuel Trigano) ne sont même pas mentionnés dans cette exposition à laquelle ont contribué pourtant des historiens et sociologues éminents.

Lors du vernissage presse de l’exposition, j’ai évoqué ces deux points. Mal m’en a pris ! Anne-Hélène Hoog, commissaire de l’exposition, a nié vivement toute haine antisémite dans l’islam. Tout au plus a-t-elle concédé un « mépris » islamique à l’égard des Juifs. Quant à la journaliste d’un média arabe, elle a nié tout antisémitisme musulman, notamment cet hadith : « La pierre dira : « O musulman ! Viens tuer ce juif qui se cache derrière moi ».

De plus, cette histoire des Juifs d’Algérie - le 24 octobre 1870, le décret Crémieux "déclare citoyens français les Israélites indigènes de l'Algérie" - est lacunaire par manque d’archives sur les périodes antiques et médiévales – ce qui explique l’introduction générale de l’exposition - et, comme le remarque justement Anne-Hélène Hoog, car trop peu d’historiens étudient les archives de l’ex-empire ottoman. Ces carences informatives révèlent aussi que les autorités algériennes occultent le passé Juif de l'Algérie, et les contributions des Juifs autochtones à l'histoire de ce pays depuis l'Antiquité.

En outre, des cartes délimitant l’Algérie au fil des siècles auraient aidé à la compréhension de cette histoire.

 1962, la rupture
1962. Une date charnière pour la France et pour l’Algérie. Celle des accords d’Evian, et de le départ des Juifs d’Algérie en direction essentiellement de la France métropolitaine.

Le 5 juillet 1962, quelques jours après l'indépendance de l'Algérie, entre 700 et 1200 Européens, notamment juifs, ont été massacrés à Oran. Présente, informée, l'Armée française n'a rien fait pour protéger ces Européens. 

Un « double constat est à l’origine du projet : l'impact important du rapatriement des Juifsd’Algérie en 1962 sur le judaïsme métropolitain et la perte mémorielle de ce que fut le judaïsme en Afrique du Nord, plus précisément en Algérie. L’exposition Juifs d’Algérie met en lumière la grande diversité et la complexité des expériences, des trajectoires politiques et sociales des membres de cette communauté. Sont également abordées leur vie religieuse et leurs activités économiques. Enfin, la culture populaire des Juifs d’Algérie est évoquée, notamment les coutumes et les divertissements. La musique n’est pas absente de ce panorama : mélodies synagogales, chants traditionnels, compositions savantes ou populaires issues des traditions arabo-andalouse ou du malouf constantinois, créations hybrides marquées par les modes européennes et latines. Environ 250 documents (manuscrits, livres, textiles, objets, œuvres d’art), issus de collections publiques françaises et étrangères, ainsi que d’archives administratives et familiales, forment le corpus du parcours. Celui-ci est complété par des documents audiovisuels, des cartes, des chronologies et des bases de données numériques… L’exposition fait une large place à la mémoire familiale, à des objets et à des archives conservés depuis plusieurs générations. Elle témoigne ainsi des liens maintenus ou rompus des Juifs d’Algérie avec leur histoire et leur pays d’origine », écrit Anne Hélène Hoog, commissaire de l’exposition.

Et de poursuivre : « La majorité des documents recueillis datent d’une période allant de la fin du XIXe jusqu’à 1962 et consistent en photographies, portraits peints, papiers familiaux et administratifs, et objets. Les périodes antérieures sont d’un abord plus difficile et les archives des consulats de France à Alger, Oran et Bône (aux ANOM à Aix-en-Provence) ont été fort utiles pour évoquer par exemple la part prise par les juifs dans le commerce méditerranéen. Rassembler des judaica (objets de culte), qui jouent un rôle important pour montrer la diversité des communautés, des styles esthétiques et des liturgies, permet d’évoquer une profession exercée en majorité par des juifs, l’orfèvrerie, qui a produit une série d’objets en tous points remarquables, tels les rimmonim (ornements de bâtons de torah) de la collection du MAHJ mais aussi l’ensemble des judaica constantinoises appartenant au Wolfson Museum of Jewish Art du Heichal Shlomo ou les magnifiques objets composant la collection du Musée d’Israël à Jérusalem. Soucieux de transmettre leur patrimoine juif ou familial à la postérité, nombre de juifs d’Algérie ont choisi le MAHJ pour être le garant d’une (nouvelle) forme de continuité de la mémoire, collective et familiale, et de la transmission. Citons ici l’exemple du manuscrit Duran offert au musée en 2002 par l’ensemble des membres de la famille Durand, descendants de Rabbi Simon ben Tsemah Duran, précieux ouvrage conservé et transmis de génération en génération depuis le XVe siècle ».

Le 16 juin 2015, la Mairie du IVe arrondissement de Paris a accueilli la conférence Le Décret Crémieux : la longue marche des Juifs d’Algérie vers la liberté d'Albert Maarek, historien, avec la participation de l'ADACIA (Association des amis de Crémieux Isaac Adolphe) et la lecture de morceaux choisis par René Cheneaux et Paul Krissi. 


Le 18 janvier 2016, de 19 h 30 à 21 h 30, à l'Institut Universitaire d'Etudes Juives Elie Wiesel, Joëlle Allouche-Benayoun, docteur en psychologie sociale, maître de conférences, Université Paris XII, présentera son livre Les Juifs dans le tournant de l'Algérie. "Cet ouvrage fait appel à des spécialistes de diverses disciplines il montre comment, pendant la période française (1830-1962), la population juive d’Algérie s’est transformée par un processus social et politique d’accès à la citoyenneté. Ce processus continu fut largement troublé d’une part par l’hostilité plus ou moins ponctuelle des Français, des Européens de la colonie et des Musulmans, et d’autre part par les polémiques incessantes qui ont accompagné ce passage progressif d’un groupe d’indigènes colonisés en citoyens de la République française. Sans concertation préalable entre les auteurs, tous les textes de ce recueil abordent les moments forts de l’histoire contemporaine des Juifs d’Algérie, ceux qui ont façonné durablement leur identité: le décret Crémieux (1870), les émeutes de Constantine (1934) -l"pogrom au nom du djihad" (Shmuel Trigano) du 5 août 1934, à Constantine (Algérie), sans intervention de l'Armée ou de la police françaises, a causé 27 victimes Juives, enfants et adultes généralement égorgés et 26 Juifs blessés, des incendies, saccages et pillages de magasins et logements de Français Juifs. Plus de 3 000 Juifs - un tiers des Juifs constantinois - ayant besoin d'assistance sociale après ce pogrom, etc. Cpogrom avait été précédé le 3 août 1934 de violents incidents dans le Constantinois. Au  coût financier de 150 millions de francs Poincaré de l'époque, il a été suivi pendant des mois par le boycott de magasins Juifs, du non paiement par des musulmans de leurs dettes auprès de leurs prêteurs Juifs, etc. - , l’"Antijudaïsme" des Français, des Européens d’Algérie et des Musulmans, un racisme qui culmina sous le régime pétainiste de Vichy avec son lot d’exclusions scolaires et professionnelles, la rupture d’avec la terre natale (1962). Ces textes de statut divers ont l’avantage de varier les angles de vue, de n’exclure aucune voix concernée par des faits encore récents à l’échelle de l’histoire, de mettre en valeur l’intime que l’histoire avec grand H abandonne à l'oubli, tout en soulevant des questions toujours sensibles ; ils proposent en toute rigueur une photographie actuelle de l’historiographie des Juifs d’Algérie et renouvellent en partie les savoirs".


 Le 27 février 2017, à 19 h 30, le Centre des Cultures juives à Grenoble organisa la conférence de Norbert Bel Ange sur les soldats juifs d'Algérie pendant la Grande Guerre."Très peu de travaux ont été consacrés au sujet des soldats juifs d'Algérie, à l’exception des travaux de Philippe Landau. Norbert Bel Ange est allé au plus près des archives militaires et des mémoires familiales. Les Poilus juifs d’Algérie et leurs familles ont payé un lourd tribut lors de la Grande Guerre. Une histoire encore méconnue".



Juifs d’Algérie. Musée d’art et d’histoire du Judaïsme et Skira-Flammarion, 2012. 272 pages, 35,50 €. ISBN : 9782081282483
Jusqu’au 27 janvier 2013
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 86 53
Lundi, mardi, jeudi, vendredi de 11 h à 18 h, le dimanche de 10 h à 18 h, le mercredi de 11 h à 21 h.

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sont extraites du dossier de presse. Cet article a été publié le 26 janvier 2013, puis les 12 juin 2015, 18 janvier et 5 juillet 2016, 28 février 2017.

1 commentaire:

  1. HARKIS LES CAMPS DE LA HONTE :
    lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news
    En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul aujourd'hui se décide à parler.

    35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.


    Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)

    Interview du 26 mars 2012 sur radio-alpes.net

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