jeudi 25 mai 2017

Amos Gitai


Créateur d’installations vidéo, auteur de mises en scène de théâtre et de livres, Amos Gitaï, cinéaste prolifique, engagé, critique de la société israélienne, doit beaucoup au soutien public français, notamment de la chaîne franco-allemande Arte. Ce soir, Envoyé spécial présentera des archives personnelles inédites d'Amos Gitai sur l'ancien Premier ministre israélien Yitzhak Rabin. Un "bref moment d'optimisme".

Ronit Elkabetz (1964-2016)
Amos Gitai
« Ushpizin » de Gidi Dar

« Parfois j’aime faire des films architecturaux, avec une intrigue rigoureuse. D’autres sont comme des fouilles archéologiques, où l’on gratte les couches une à une, comme si on creusait pour découvrir des ossements. Pour moi, la préparation d'un film se termine le dernier jour de mixage », a déclaré Amos Gitaï.

Après la Cinémathèque française-Musée du cinéma, le Musée de l’Elysée à Lausanne (Suisse) et la Cinémathèque suisse ont présenté une rétrospective et l'exposition itinérante Amos Gitai, architecte de la mémoire conçues en coproduction par ces deux Cinémathèques, le Musée de l’Elysée et Galeries à Bruxelles (Belgique).


Réunissant documents rares, extraits de films et photographies, ce projet multimédia, combinant expositions, dans une Cinémathèque et dans des galeries, et rétrospective cinématographique; a été accueilli à Galeries  au printemps 2015.

« Le cinéaste israélien Amos Gitai a fait don en 2007 de ses archives à La Cinémathèque française. Classées, ces archives volumineuses retracent avec précision ses quarante années de création. Une de leurs spécificités est la richesse de la documentation mise au service de chaque projet, qu’il soit documentaire ou fiction. Mais aussi la difficulté paradoxale à identifier la place du je : plutôt un autoportrait en creux, déformé, tels les énigmatiques dessins qu’il réalise en convalescence, après le crash d’hélicoptère où il faillit mourir », écrit Matthieu Orléan, commissaire de l’exposition itinérante Amos Gitai Architecte de la mémoire

Conçu en coproduction par ces deux Cinémathèques, le Musée de l’Elysée à Lausanne (Suisse) et Galeries à Bruxelles (Belgique), ce projet multimédia présente l’œuvre variée d’un réalisateur prolifique - filmographie d’environ 80 titres composée de documentaires et films de fictions, courts et longs métrages, téléfilms et œuvres expérimentales, coproduits par des firmes israéliennes, françaises, etc.  - sur près de 40 ans.


L’exposition révèle les thèmes « les frontières, l’architecture, les friches, la langue ou l’histoire, ainsi organisés : « Kippour, naissance d’un cinéaste », « Réalités et frontières », « Mythologies » et « L’exil et le monde ».

Double empreinte
Amos Gitai est né à Haïfa en Israël en 1950 dans une famille de sabras et de Juifs européens ayant fui le nazisme.

Né en 1909 en Silésie (Pologne) d’un métayer de junker prussien, son père Munio Weinraub  a 18 ans quand il rencontre à Berlin et à Dessau Walter Gropius, Kandinsky ainsi que Paul Klee au Bauhaus. A la fermeture par les Nazis du Bauhaus en 1933, Munio, accusé de « trahison envers le peuple allemand », est emprisonné, puis expulsé à Bâle. Cet architecte se fixe en Palestine mandataire où il adapte les règles européennes avant-gardistes au Proche Orient. Divers musées, dont le Centre Pompidou en 1996-1997 et le MoMa (Musée d’art moderne) de New York en 2013-2014 ont rendu hommage à cet architecte décédé en 1970. « La vie de Munio Weinraub  est exemplaire de l'itinéraire, de l'engagement social et de l'implication professionnelle de toute une génération d'architectes nés en Europe Centrale, formés au Bauhaus et qui, à la différence de leurs prestigieux maîtres exilés outre-Atlantique (Walter Gropius, Mies van der Rohe...), iront en Palestine mettre en pratique l'enseignement reçu. Il réalisera la majeure partie de son oeuvre, associé de 1940 à 1959 avec Al Mansfeld. Plus de deux cents projets et réalisations : constructions modestes des débuts, usines de matériaux de construction -infrastructure alors indispensable à une politique de construction-, équipements de quartiers populaires, nombreux kibboutz, monuments aux morts consécutifs à la guerre de 1948, premiers immeubles collectifs et grands ensembles, bâtiments emblématiques de l'Université de Jérusalem ou du Mémorial juif de Yad Vaschem..., Munio Weinraub se range parmi les bâtisseurs. Durant les années soixante, de nouveau seul et désormais avec le patronyme de Gitai, il poursuivra sa carrière d'architecte conjointement à celle d'enseignant au sein de l'institut Technion d'Haïfa », indique l’éditeur Imbernon ayant publié la biographie que lui a consacré Richard Cinqualbre.

Quant à Efratia Gitaï (1909-2004), la mère d’Amos Gitaï, elle est née en Eretz Israël, était experte dans les textes bibliques et est le personnage principal de My Mother at the Sea Shore (1975, 3 minutes), dialoguant avec Ophrah Shemesh. En 2010, Gallimard a publié Efratia Gitaï. Correspondance (1929-1994) dans une traduction de l’hébreu par Katherine Werchowski et Emmanuel Moses. Amos Gitaï présente ainsi ce livre :  « Efratia, comme les femmes de sa génération nées sur la terre d'Israël, n'est pas une femme de la diaspora. Elle n'est pas non plus israélienne. Israël n'existe pas encore. Cette génération va inventer son appartenance. Efratia a écrit des lettres toute sa vie. Très tôt, elle les a conservées, comme pour retenir des moments de son histoire, comme si l'intime incarnait le destin de cette terre. Cette correspondance raconte la vie d'une femme, Efratia, ma mère, ses réflexions intimes et ses hésitations de jeune fille, sa soif d'indépendance, ses débats passionnés avec son père sur le destin de son pays, l'amour, le culte de l'amitié et la maternité, puis les deuils, la vieillesse, les moments de trouble. J'entends encore sa voix, son hébreu archaïque de fille de travaillistes qui voulaient que leur enfant parle un hébreu moderne, de notre temps ».

Amos Gitaï étudie l’architecture au Technion de Haïfa et à l’université de Berkeley en Californie.

Cinéaste engagé
En 1973, la guerre de Kippour marque une date charnière, non seulement dans l’Histoire d’Israël, mais aussi dans la vie du jeune étudiant affecté à une unité médicale de sauveteurs par hélicoptère sur le plateau du Golan. 

Amos Gitaï commence à filmer le front avec sa caméra Super 8 (Images of War).

Une attaque syrienne le blesse gravement.

Convalescent, le civil Amos Gitai dessine et monte ses images filmées.

A cette guerre, il consacrera Kippour, souvenirs de guerre (1997) et Kippour (2000). Dans ce film-ci, « un acteur joue son rôle. Ou plutôt un moi imaginaire qui ne porte plus son nom mais celui de son père (Weinraub). Avec des partis pris de réalisation anti-héroïques, Kippour transgresse les codes du film de guerre. « Fais confiance à ta propre expérience. Ce que tu as vécu sur le front ne peut engendrer que des scènes justes », lui avait soufflé son ami, le cinéaste américain Samuel Fuller, vétéran de la Seconde Guerre mondiale », analyse Matthieu Orléan.

C’est par le documentaire qu’Amos Gitai entre dans le cinéma, et s’y consacre quasi-entièrement à la fin des années 1970. S’il délaisse l’architecture, cet art inspire plusieurs de ses films : Details of Architecture (1972, 13 minutes) et Munio Weinraub Gitai Architect (1909-1970) sur le travail de son père, Architectura (1978, 13 minutes) sur l’urbanisme israélien des années 1960 et 1970 – « Dans chacun des 16 films qui composent la série, Gitai rencontre des architectes, des sociologues, des archéologues, des chercheurs et des écrivains avec qui il s'entretient sur différents aspects de l'architecture, de l'urbanisme, de la conservation et de la planification. Chaque épisode comporte des documents d'archives complémentaires qui enrichissent visuellement les discussions, offrant aux spectateurs une image complète de leur environnement. Qu’il s'agisse d'Ottoman, du mandat britannique, de l'éclectisme, du moderniste ou du Brutalisme – cette série transforme de vagues concepts en données accessibles » - et Lullaby to my Father (2012, 87 minutes), long métrage avec Yaël Abecassis et Théo Ballmer (voix de Jeanne Moreau et Hanna Schygulla).

Amos Gitaï « entreprend une description critique de la société et de l’histoire d’Israël ». Tourné dans un chantier Jérusalem, son documentaire Bayit (House, La maison) illustrant des conflits entre Juifs et Arabes en Israël y est interdit. C’est le premier film du triptyque constitué aussi de Une maison à Jérusalem (1998) et News from Home, News from House (2006).
Après Journal de campagne réalisé avant et lors de la première guerre au Liban (1982), Amos Gitai s’installe en France en 1983. Il y réside dix ans.

La filmographie d’Amos Gitai s’articule autour de séries thématiques de trois films : trois Wadi (1981, 1991, 2001) – dans Wadi Salib Riots (1979, 39), Amos Gitai interviewe « vingt ans après des témoins des émeutes de Juifs israéliens d’origine marocaine qui se rebellèrent contre le Parti travailliste dans le quartier de Wadi Salib à Haïfa en 1959 » -, « trilogie sur les pratiques politico-militaires israéliennes (Journal de campagne, 1982 ; Donnons une chance à la paix, 1994 ; L’Arène du meurtre, 1996), celle sur les procédures du capitalisme mondial (Ananas, 1984 ; Bangkok-Bahreïn/Travail à vendre, 1984 ; Orange, 1998) ou celle sur les résurgences de l’extrême-droite européenne (Dans la vallée de la Wupper, 1993 ; Au nom du Duce/Naples-Rome, 1994 ; Queen Mary ‘87, 1995) ».

Mais « aussi les trilogies de fiction, trilogie de l’exil (Esther, 1985 ; Berlin-Jérusalem, 1989 ; Golem, l’esprit de l’exil, 1991), trilogie des villes (Devarim, 1995 ; Yom Yom, 1998 ; Kadosh, 1999), trilogie des événements historiques décisifs pour Israël (Kippour, 2000 ; Eden, 2001 ; Kedma, 2002), trilogie des frontières (Terre promise, 2004 ; Free Zone, 2005 ; Désengagement, 2007) ».

Certains films s’inscrivent cependant sur deux trilogies.

Dans Théâtre pour la vie (1994, 26 minutes) avec Juliano Mer-Khamis, « un comédien anime un théâtre pour enfants à Jénine. Au soldat qui lui demande s’il est juif ou arabe, il répond : « C’est un peu compliqué ». Sa mère est juive, son père est arabe. De son côté, une comédienne palestinienne, qui vit à Jérusalem-Est, se rend à l’ouest pour travailler avec des comédiennes ».

Amos Gitaï « poursuivra ce travail analytique dans des films de fictions comme, Kippour (2000), Kaddosh, Kedma, Désengagement. Le souffle de l’histoire, la lucidité de l’observateur engagé se mêlent à une approche inspirée des théories de Brecht ».

Amos Gitai est un « cinéaste engagé dont les films interrogent sans cesse l’identité et les paradoxes d’Israël. « Jusqu’à quand durera ce cycle infernal ? De l’oppresseur et de l’opprimé. Jusqu’à quand cette folie ? » chante une voix féminine pendant le générique de Free Zone. Le conflit israélo-palestinien n’est jamais absent de son cinéma, sans en être l’horizon indépassable. Tout n’est pas conflit. Tout n’est pas réconciliation non plus. Israël est palimpseste (House), puzzle (Désengagement), bordel (Terre promise), ou attachante mosaïque (Alila). Le pays n’est jamais filmé comme une entité homogène (État-Nation ou ennemi à abattre), mais plutôt comme un espace de recherche et de contradiction. Un espace stimulant et instable où les utopies sont en danger. Où l’amour n’est pas un socle mais pure énergie sexuelle sur fond de stérilité pathologique (Yom Yom, Devarim, Kadosh), caractéristique d’une société déracinée qui ne parvient pas à se souvenir des paroles simples du cultivateur palestinien de Journal de campagne (1982) : « La sueur de mon père est mêlée à cette terre. Je sens l’odeur de mes origines. »

Outre le talent du réalisateur, c’est par ses visions critiques de la société israélienne ou du judaïsme que l’œuvre d’Amos Gitaï a reçu un accueil international exceptionnel - sept films sélectionnés en compétition officielle au Festival de Cannes et à la Mostra de Venise (1999-2011) -, et a été subventionnée par la manne publique française, notamment par la chaine franco-allemande Arte.

Gitai a conservé de ses études d’architecture « une aptitude à faire d’un territoire l’état des lieux. Il est un topographe du sensible. Ses histoires prennent place dans des sites transitoires et authentiques, que le réalisateur repère lui-même : no man’s lands, bidonvilles, ruines, frontières. Emblématique en ce sens est Free Zone (2005), situé sur la brèche entre Israël et le monde arabe : film-voyage qui mène le spectateur de Jérusalem vers une zone de non-droit et de trafics, dans les limbes territoriaux du Moyen-Orient ». « Amos Gitai, des territoires à venir », web documentaire, révèle l’importance des repérages pour l’auteur de Kadosh, Free Zone ou Terre promise : entretiens inédits avec le cinéaste et certains de ses collaborateurs de création, archives (dessins, photographies, films…) déposées à La Cinémathèque par Gitai lui-même. Les repérages, une façon de préparer un film et, déjà, un enjeu de mémoire ».

Exils
Au milieu des années 1970, puis en 1983, deux périodes décisives de sa vie, Amos Gitai choisit l’exil : en Californie (Etats-Unis), à l’Université de Berkeley (1975-1977), où il étudie l’architecture, puis à Paris (1983-1993), quand la censure israélienne interdit ou stigmatise ses premiers documentaires, tels House et Journal de campagne. Deux exils « inspirants, qui rebattent les cartes de ses convictions et de ses désirs, sans pour autant faire de Gitai un nomade apatride. Car son centre de gravité reste profondément moyen-oriental. Berlin Jérusalem (1989), qui raconte l’immigration de pionniers juifs en Palestine dans les années 30, est fortement imprégné de culture allemande : à la fois ancienne (les références aux peintures de Grosz) et moderne (les créations chorégraphique de Pina Bausch et musicale de Markus Stockhausen qui inspirent Gitai, en quête de rencontres artistiques internationales). En filmant sur tous les continents, Gitai a découvert les failles d’un monde prisonnier, comme Israël, de ses contradictions : la bureaucratie soviétique (Le Jardin pétrifié), l’immigration en France (Golem, l’esprit de l’exil), l’antisémitisme en Allemagne (Dans la vallée de la Wupper), le capitalisme américain (Ananas), la prostitution en Asie du Sud Est (Bangkok Bahrein). Dans ce dernier, la place des femmes est capitale, comme elle l’est d’ailleurs dans toute l’œuvre de Gitai : elle est pour l’homme-cinéaste le plus émouvant des exils intérieurs ».

« Très ancré dans l’histoire contemporaine, le cinéma d’Amos Gitai n’en est pas moins un questionnement sur les mythes fondateurs de la culture israélienne qu’il étaye et subvertit à la fois. Dans ses films, il est courant que les personnages usent pour s’exprimer d’un langage intemporel. Comme plongés dans un état second, presque convulsif, ils se détachent des mots du quotidien pour glisser vers une dimension plus lyrique: leur vie devient destin (Kedma).

La prédilection de Gitai pour la poésie l’amène à adapter à la lettre des textes bibliques, dans un style que tout oppose aux machines spectaculaires d’Hollywood. Pour Esther, son premier long métrage de fiction (1985), Gitai décide de tourner dans la vallée pauvre de Wadi Salib près de Haïfa. Il y met en place un dispositif minimaliste, centré sur des symétries de couleurs et de sons, qui font du film une merveille d’arte povera. Gitai est parti du texte original, même si, in fine, Esther a un sous-texte contemporain, et métaphorise les rapports entre Israéliens et Palestiniens. Récemment, dans Carmel (2009), Gitai a librement adapté La Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, récit de la prise de Jérusalem par l'empire romain en l’an 70. Au-delà de l’épopée historique, Gitai remotive des mythes personnels (la guerre de Kippour) et autorise par là même l’entrée dans le champ cinématographique de ses parents, Efratia et Munio. Jamais aucun film de Gitai n’aura à ce point mêlé réalité et fantasme, inventant une mise en scène faite de superpositions d’images qui soulignent les tensions affectives de la mémoire. Comme le disent les vers de l’Ecclésiaste maintes fois cités dans son cinéma : « Un temps pour chercher et un temps pour perdre ; un temps pour garder et un temps pour jeter ; un temps pour déchirer et un temps pour coudre » », observe Matthieu Orléan.

Ce projet culturel souligne le recours au plan séquence par Amos Gitaï : présenté en Compétition officielle à la Biennale de Venise/Mostra d'arte cinematografica 2013, « filmé en un seul plan-séquence de 85 minutes, Ana Arabia est un moment de la vie d'une petite communauté de réprouvés, juifs et arabes, qui cohabitent dans une enclave oubliée à la "frontière" entre Jaffa et Bat Yam, en Israël. Un jour, Yael, une jeune journaliste, leur rend visite. Dans leurs abris délabrés, dans un verger rempli de citronniers et entouré de HLM, elle découvre une galerie de personnages aussi éloignés que possible des clichés habituels sur la région. Yael croit avoir découvert une mine d'or. Elle en oublie son travail. Les visages et les mots de Youssef et Miriam, Sarah et Walid, de leurs voisins et amis, lui parlent également de sa propre vie, de ses rêves, ses espoirs, ses histoires d'amour, ses désirs et désillusions. Leur rapport au temps est différent de celui de la ville qui les entoure. Dans ce lieu bricolé et fragile, la coexistence est possible. Une métaphore universelle ».

Amos Gitaï a aussi créé des installations, dont Traces au Palais de Tokyo (2011), de la présentation vidéo Lullaby for my father, au kibboutz Kfar Masaryk, Israel (2010).

A Lausanne, deux expositions parallèles inédites traitaient des rapports du cinéaste avec la photographie : Army Days, photographies d’Amos Gitaï réalisées dans les années 1960-1970, et sa collaboration avec le photographe italien Gabriele Basilico suivant l’itinéraire de son film Free Zone réalisé en 2004.

Réunissant documents rares, extraits de films et photographies provenant des archives d’Amos Gitaï, ce projet multimédia a été accueilli à Galeries au printemps 2015.

En juin 2014, interrogé par Le monde juif lors de la sortie de son film Ana Arabia, Amos Gitaï a affirmé son attachement à « la coexistence entre Israéliens et Palestiniens, entre Juifs et musulmans  » : « Les Palestiniens sont occupés par les Israéliens. Avant de dénoncer les abus de leurs dirigeants ou de la société palestinienne, ils sont en droit de dénoncer ce poison de l’occupation israélienne ». Et sur les trois lycéens israéliens kidnappés : « Ce sont des colons. Ils vivent là où ils ne devraient pas vivre. Les colons n’ont rien à faire là-bas. Mais ce n’est pas parce que ce sont des colons qu’on doit pour autant les kidnapper ».

Amos Gitaï a alors annoncé son projet de réaliser un film sur l’attentat contre le Centre culturel Juif de Buenos Aires en 1994 : « Cet attentat a couté la vie à 84 personnes et fait des centaines de blessés. Le film va porter sur la manière dont l’attaque a affecté la communauté juive locale. Vingt-ans après les faits, elle attend toujours justice pour ses victimes ».

Le 14 juin 2015, Ciné + Club présenta Gitaï, plans et séquencesdocumentaire de Victor Demayo : "Vic Demayo, ancien assistant réalisateur d'Amos Gitaï, dévoile les méthodes et le savoir-faire du cinéaste israélien, auteur de « Kadosh » et « Kedma ».

Tsili
Le 12 août 2015, est sorit sur les écrans français, Tsili (2014, 88 min)film de Amos  Gitai, avec Sarah Adler, Meshi Olinski, Adam Tsekhman, Lea Koenig, Andrey Kashkar, Yelena Yaralova, Alexey Kochetkov. "Inspiré du roman d’Aharon Appelfeld, le film retrace l’histoire de Tsili, une jeune fille prise dans les affres de la Seconde Guerre mondiale. Après que sa famille a été déportée dans les camps, Tsili se cache dans la forêt à l’abri de la haine et des hommes, jusqu’à l’arrivée de Marek, un inconnu qui s'adresse à elle en yiddish…" 

Rabin, the Last Day
Mostra de Venise 2015. Il a été projeté dans la grande salle de la Philharmonie de Tel-Aviv (Israël), le 4 novembre 2015, "jour de la commémoration de ce meurtre".

Le film suivant d'Amos Gitaï évoqua le meurtre de Yitzhak Rabin. Il a été sélectionné en compétition officielle à la Mostra de Venise en 2015. Son scénario est signé d'Amos Gitaï et de Marie-Jose Sanselme.

Rabin, the Last Day (Le Dernier jour d'Yitzhak Rabin) mêle reconstitutions jouées par des acteurs et des images d’archives. Il est qualifié de "thriller politique". Il est interprété notamment par Tomer Sisley, Yaël Abecassis, Uri Gottlieb, Yitzhak Hizkiya, Pini Mittelman, Michael Warshaviak et Einat Weitzman.

Malgré des critiques louangeuses de la presse de gauche - Le Nouvel observateur, Téléraman, Les Inrockuptibles, Libération -, il a été un échec commercial en France.

Avignon off 2016
Le 13 juillet 2016, à la Chapelle du verbe incarné, le festival d'Avignon off donna carte blanche à Amos Gitaï.

A 17 h, la projection-débat Journal de campagne (1982, 83 min) en présence d'Amos Gitaï : "Un journal tourné dans les territoires occupés avant et pendant l’invasion du Liban. Amos Gitai y arpente méthodiquement le même triangle de terre, filmant au jour le jour ce qu’il voit, le malaise des soldats israéliens devant la caméra, leur refus d’être filmés, l’état d’esprit des colons, les multiples formes du ressentiment des Palestiniens".

A 20 h, Shame : Talkback Theatre (60 min), dans une mise en scène d'Einat Weizman, sera interprété par Einat Weizman et Morad Hassan. "En Israël, une politique haineuse s’est abattue sur le théâtre et les acteurs en payent le prix. Soit à cause de leur identité nationale, soit à cause de leur opinion. Morad Hassan est un jeune acteur palestinien, pris dans l’oeil du cyclone quand le Ministère de la Culture israélien décide de couper toute subvention au théâtre Al-Midan, à cause de la pièce “TEMPS PARALLELE”, qu’il interprétait. Einar Weizman, actrice et militante qui s’est élevée contre le dernier assaut militaire sur Gaza, a été la cible d’un lynchage sur “Facebook” et a subi des menaces de mort et des provocations de toutes sortes. 2 monologues dans l’ombre du théâtre, sur leurs carrières et leurs vies, dans la réalité israélienne".

Financé par le FSJU (Fonds social juif unifié), Akadem, campus numérique juif, a reproduit la présentation biaisée de ces œuvres.

Le 25 mai 2017, Envoyé spécial présente des archives personnelles inédites d'Amos Gitai sur l'ancien Premier ministre israélien Yitzhak Rabin. Un "bref moment d'optimisme". Un journal mêlant images officielles, interviews de Palestiniens, etc. Amos Gitail enchaîne les expressions convenues - "négociations de paix" - sans en prouver la pertinence, les images stéréotypées des pauvres Palestiniens. Les marchés regorgent de victuailles. Les tensions entre Hamas, qui conteste Arafat, et Fatah sont déjà perceptibles. Les Palestiniennes sont instrumentalisées pour débiter un discours haineux à l'égard des Israéliens qui "tirent sur tout ce qui bouge. Hier, ils ont embarqué une femme enceinte". Rabin semble naïf, malgré ses réserves. "On fait la paix avec des ennemis, parfois avec des ennemis très durs", explique l'ancien Premier ministre israélien. Mais qui lui dit que l'Autorité palestinienne et Arafat voulaient la paix ?

Une politicienne israélienne exprime des vérités historiques, juridiques : il ne s'agit pas d'un conflit soluble par la cession de territoires par Israël. Israël n'occupe pas sa terre Il est chez lui.

Ron Zaidel garde un souvenir douloureux de son service militaire à Hebron. Gitai donne la parole à Breaking the Silence, un mouvement partial stipendié par des pays étrangers.

Ari Shavit, éditorialiste à Haaretz, quotidien israélien, tient des propos pessimistes, et s'accroche au "processus de paix", en fait la "guerre d'Oslo".

18, avenue de l’Elysée. CH - 1014 Lausanne
Tél. :  + 41 21 316 99 11 
Du mardi au dimanche de 11 h à 18 h

Visuels :
Affiche de l'exposition au Musée de l’Elysée
Ziv Koren
Photographie de plateau de Désengagement de Amos Gitai, 2007 © AGAV Films / Ziv Koren
Avec Juliette Binoche

Amos Gitai
Dessin réalisé sur papier, 1973 © Amos Gitai

Affiche de l’exposition à la Cinémathèque française-Musée du cinéma
Yaël Abecassis et Yoram Hattab photographiés par Ziv Koren sur le tournage de Kadosh
© AGAV Films / Amos Gitai / Graphisme : Roland Lecouteux © Ciné-culture – CF d'après l'affiche de Kadosh © Pierre
Collier, 1999

Dan Bronfeld
Jeanne Moreau et Amos Gitai sur le tournage de Plus tard, tu comprendras de Amos Gitai, 2008 © AGAV Films / Dan Bronfeld

Anonyme
Amos Gitai (à droite) dans son unité de secouristes, pendant la guerre de Kippour. Cette photographie fut publiée en couverture de L’Express, le 15 octobre 1973. © AGAV Films / DR

Amos Gitai
Dessin réalisé sur feuille de journal, 1973 © Amos Gitai

Anonyme
Amos Gitai sur le tournage de Kippour de Amos Gitai, 2000 © AGAV Films/ DR

Anonyme
Photographie d’Amos Gitai sur le tournage de House de Amos Gitai, 1980 © AGAV Films / Amos Gitai © DR

Amos Gitai
Photographie prise à Wadi Rushmia, circa 1975 © Amos Gitai

Thierry Nouel
Photographie de plateau de Berlin Jérusalem de Amos Gitai, 1989 © Thierry Nouel

Ziv Koren
Photographies de plateau de Kippour de Amos Gitai, 2000 © AGAV Films / Ziv Koren

Anonyme
Photographie de plateau de Terre promise de Amos Gitai, 2004 © AGAV Films / DR
Avec Diana Bespechni, Anne Parillaud

Ziv Koren
Photographie de tournage de Kadosh de Amos Gitai, 1999 © AGAV Films / Ziv Koren
Avec Amos Gitai, Yaël Abecassis, Yoram Hattab

Bernard Hébert
Photographies de plateau de Golem, l’esprit de l’exil de Amos Gitai, 1992 © Bernard Hébert
Avec Hanna Schygulla.

Ziv Koren
Photographie de plateau de Kedma de Amos Gitai, 2002 © AGAV Films / Ziv Koren
Avec Veronica Nicole, Menachem Lang

Anonyme
Photographie de tournage de Wadi dix ans après de Amos Gitai, 1991 © AGAV Films / DR

Anonyme
Photographie de plateau de Devarim, 1995
Avec Veronica Gottlieb, Maya Kadishman, Assi Dayan, Amos Gitai © AGAV Films / DR

Anonyme
Photographie de plateau d’Esther de Amos Gitai, 1986 © AGAV Films / DR
Avec Simone Benyamini


 A lire sur ce blog :

Les citations proviennent des dossiers de presse. Cet article a été publié les 4 janvier, 13 juin et 12 août 2015, 10 juillet 2016.

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