mercredi 23 août 2017

« Le port de Hambourg. Histoire d'un géant » par Cristina Trebbi et Stefan Schneider


« Le port de Hambourg. Histoire d'un géant » (Gigant Des Nordens. Hamburgs Aufstieg zum Welthafen) est un documentaire passionnant de Cristina Trebbi et Stefan Schneider. L’histoire d’un port dans l’actuelle Allemagne septentrionale, proche de l'embouchure de l'Elbe et près de la mer du Nord, de son essor dans le cadre de la Ligue hanséatique à son statut de deuxième plus grande ville allemande, précédée par Berlin, et de premier port du pays. Un développement auquel ont contribué les Juifs dont l’implantation remonte à au moins 1590. Le 22 août 2017 à 16 h 30, Arte diffusera, dans le cadre d'Invitation au voyage réalisée par Fabrice Michelin, "Hambourg, la ville portuaire vue par Siegfried Lenz". "Hambourg et son fleuve majestueux, l’Elbe, ont inspiré l’écrivain Siegfried Lenz tout au long de sa vie, comme en témoigne La leçon d’allemand, son roman le plus célèbre".

« Comment un petit port du nord de l'Allemagne est devenu une plaque tournante du commerce international. Un documentaire fouillé sur l'histoire de la ville hanséatique, de sa fondation à nos jours ».

Freie und Hansestadt Hamburg (ville libre et hanséatique de Hambourg)
« Lieu de labeur ou de rêves, le port de Hambourg, au confluent de l'Elbe et de l'Alster, a connu une évolution fascinante au fil de son histoire ».

Son « essor commence à la fin du XIIe siècle lorsqu'Adolphe III, comte de Holstein, fait construire un port franc et une ville neuve ».

Association de villes marchandes situées dans l’Europe septentrionale bordée par la mer du Nord et la mer Baltique, la Hanse – Hanse germanique ou Hanse teutonique – bénéficiait de privilèges alloués par des monarques européens et favorisant son activité commerciale. Au rôle économique, la Hanse – hansa, en latin médiéval signifie association de marchands, cotisation ou marchands titulaires de privilèges - a adjoint un rôle politique dans l’Europe, notamment lors de la découverte du Nouveau monde. Et ce, à une époque où religion et politique étaient intrinsèquement liées.

Elle est active du XIIe au XVIIe siècle, et accompagne la montée de l’Ordre des Chevaliers teutoniques.

Le 7 mai 1189, l'empereur Frédéric Barberousse aurait accordé la charte de ville libre d'Empire à Hambourg, en signe de gratitude pour l’aide apportée pendant sa croisade en Terre sainte, et affirme les privilèges de commerce, de douane et de navigation sur la Basse Elbe. Ce jour est fêté comme anniversaire du port.

Sous « l'égide de la Ligue hanséatique, qui marque la naissance du capitalisme dans le nord de l'Europe, Hambourg et ses marchands prospèrent, multipliant les échanges avec Bruges, Bergen, Londres ou Novgorod ».

En 1529, Hambourg devient cité protestante, et en 1558 accueille la première bourse allemande.

La présence de Juifs à Hambourg remonte à au moins 1577 avec l’arrivée des Juifs sépharades d’Espagne, dont ils gardent des siècles durant la pratique de la langue, et d’Anvers. Les Juifs y résident dans les quartiers de Grindel et New Town, où une communauté sépharade (Neve Salom) y est établie en 1652. Vivre dans la ville leur était interdit. Arrivés vers 1600, les Juifs ashkenazes sont expulsés de Hambourg. Les métiers de ces Juifs : financiers – certains contribuent à la création de la banque de Hambourg -, des fabricants de bateaux, des importateurs, surtout de sucre, de café et de tabac des colonies espagnoles et portugaises, tisserands, orfèvres. Citons le physicien Rodrigo de Castro (1550-1627), le grammairien Moses Gideon Abudiente (1602–1688), le poète Joseph Zarefati…

« Grand port commerçant avec le Nouveau Monde, Hambourg devient une cité cosmopolite pendant la guerre de Trente Ans ». Elle cesse quasiment toute activité en 1648, lors de la signature des traités de Westphalie marquant la fin de la guerre de Trente ans et de la guerre de Quatre-Vingts ans.

La guerre de Trente ans correspond à des conflits militaires en Europe de 1618 à 1648. Elle débute par la révolte des sujets tchèques protestants de la maison de Habsbourg. Elle oppose deux camps : celui des Habsbourg d’Espagne et du Saint-Empire, soutenus par le Pape, aux Etats allemands protestants du Saint-Empire, alliés aux puissances européennes limitrophes à majorité protestante, Provinces-Unies et pays scandinaves, ainsi que la France. Celle-ci, fille ainée de l’Eglise, combattait les protestants dans son royaume, et menait une diplomatie visant à diminuer la puissance de la maison de Habsbourg en Europe.

En 1648, la paix de Westphalie consacre un Etat absolutisme moderne, souverain, détenant le monopole de la violence légitime.

La guerre de Quatre-Vingts ans (ou révolte des Pays-Bas voire révolte des gueux) désigne le soulèvement armé, de 1568 (bataille de Heiligerlee) à 1648 (traité de Westphalie) — hormis lors de la Trêve de douze ans de 1609 à 1621 -, des provinces couvrant les actuels Pays-Bas, Belgique, Luxembourg et nord de la France contre la monarchie espagnole. A la fin de cette guerre, les sept provinces septentrionales accèdent à leur indépendance sous le nom de Provinces-Unies, indépendance attestée en 1581 par l'Acte de La Haye et reconnue par l’Espagne par un traité en 1648.

Les réfugiés, Juifs et protestants, « lui apportent en retour leurs capitaux ». « Les communautés portugaises de Hambourg-Altona, d’abord celle de Bet Israël, et plus tard celle de Newe Shalom sont parmi les plus anciennes et les plus prestigieuses de la diaspora marrane. Les Portugais y ont résidé presque sans interruption dès la fin du XVIème siècle. Jusqu’aux dernières années de leur existence, elles ont gardé les caractéristiques d’une communauté marrane marquée par l’arrivée continue de “nouveaux-chrétiens” du Portugal et d’Espagne - jusqu’au XIXe siècle - et les liens étroits avec les centres de la diaspora marrane comme Amsterdam, Venise, Londres, Curaçao et Copenhague », a étudié l’historien Michaël Halévy.

« N'oublions pas les positions prises en faveur de la communauté juive de la ville de Hambourg. En effet, les autorités de cette ville qui voulaient exclure les juifs de la cité se sont vu opposer dès 1621 des avis négatifs par les autorités des facultés de théologie protestantes de Iéna et de Francfort-sur-l'Oder… Avec la Révolution et les conquêtes françaises dans les neufs départements allemands de l'empire, les quatre de la rive gauche du Rhin, français depuis 1797, et les cinq annexés le long de la mer du Nord en 1810 – incluant des villes comme Münster, Brême, Hambourg et Lübeck – s'applique le droit français : l'Israélite y est de ce fait un citoyen de plein exercice. Après Iéna, l'édit prussien de mars 1812 émancipe partiellement les juifs. Certes, après 1815, les droits acquis sont rognés et cela explique la conversion du père de Karl Marx… Il n'en demeure pas moins qu'existent dans le Reich de fortes communautés, surtout dans les grandes villes : Berlin où en 1925 se retrouve le tiers de la population juive du Reich – soit 175 000 juifs, 4 % de la population totale – Munich avec une centaine de milliers de juifs – soit près de 5 % de la population de la ville – Francfort, Leipzig, Hambourg », a écrit François-Georges Dreyfus, Ancien professeur de l'université Paris IV-Sorbonne et ancien directeur du Centre d'études germaniques de l'université de Strasbourg.

En 1800, environ 6500 Juifs vivent à Hambourg, soit 6% de la population de la ville, et s’intéressent au mouvement réformiste. En 1806, après la fin du Saint Empire romain germanique, Hambourg jouit d’une entière souveraineté et prend pour nom Freie Hansestadt (« Ville libre de la Hanse »). Elle subit de graves dommages par le blocus continental imposé par l’empereur Napoléon Ier et par l’occupation française. En 1815, grâce au Congrès de Vienne, Hambourg rejoint le Bund ou confédération germanique.

La cité « exploitera également l'essor colonial, puis la mutation du transport de marchandises, rendue possible par la révolution industrielle ». En 1817, le premier bateau à vapeur vogue sur l’Elbe. Deux ans plus tard, Hambourg est dénommée « Hambourg ville hanséatique et libre ». La ville est membre de la Confédération de l’Allemagne du nord en 1867, de l’Union douanière allemande en 1888.

« Dès lors, son histoire sera ponctuée de révolutions techniques : le percement du tunnel sous l'Elbe, en 1907, l'invention du conteneur dans les années 1960 ou l'automatisation croissante du travail de nos jours... »

Vers 1925, environ 20 000 Juifs vivent à Hambourg. Les principales synagogues sont : la « Neue Dammtor-Synagoge » (1895), la « Bornplatzsynagoge » (1906) le Temple sur Oberstrasse (1931). Sous l’ère nazie, la plupart des synagogues sont détruites, et les associations juives dissoutes. En 1945, des survivants de la Shoah fondent une communauté à Hambourg. En 1960, la nouvelle synagogue Hohe Weide est construite.

En 1949, Hambourg, incluse dans la zone britannique, accède au rang de land fédéra dans la République fédérale d’Allemagne.

L’Opéra d’Etat de Hambourg a été dirigé par Gustav Mahler et Rolf Liebermann.

Se fondant « sur des reconstitutions fictives, des documents d'archives, des interviews de spécialistes et des animations en 3D, ce documentaire retrace huit siècles d'évolutions : l'histoire des échanges économiques puis du capitalisme mondialisé, mais aussi celle des rapports de classes, des migrations, des guerres, des épidémies ou de la navigation ».


« Le port de Hambourg. Histoire d'un géant » par Cristina Trebbi et Stefan Schneider
NDR, 2015, 88 min
Sur Arte les 28 mai à 20 h 50 et 29 mai 2016 à 14 h 50

Visuels : © Martin Hutcheson, © Martin Christ, © Faber Courtial

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 27 mai 2016.

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