jeudi 9 février 2017

« Les évadés de Rawa Ruska, témoins de la Shoah » par Chochana Boukhobza


France 3  diffusera les 9 et 25 février 2017 « Les évadés de Rawa Ruska, témoins de la Shoah », documentaire bouleversant par Chochana Boukhobza. Au camp nazi disciplinaire de Rawa Ruska, ville située en Galicie ukrainienne près de la frontière polonaise, étaient envoyés des soldats, généralement français, détenus comme prisonniers de guerre ayant tenté de s’évader ou ayant commis des actes de sabotage. 


Dès 1940, des « soldats français, enfermés dans des camps de prisonniers en Allemagne, s'évadent pour tenter de rejoindre la France ». La Convention de Genève reconnait aux prisonniers de guerre le droit de s'évader.

« Plusieurs fois repris, 25 000 d'entre eux sont alors envoyés dans un camp de répression à l'Est, situé à Rawa Ruska, en Galicie » ukrainienne. Forte de 30 000 habitants, cette ville est « située à la frontière entre l’Ukraine et la Pologne, à quelques kilomètres des lieux de l’extermination nazis », le « Judenkreiss » (Triangle de la mort). Cette cité se trouve dans un angle d’un triangle dont le sommet a pour nom Treblinka. Dans l’angle opposé, vers l’ouest : le camp d’Auschwitz. Cette région ukrainienne s'avère une des principales zones d’extermination des Juifs européens, par les Einsatzgruppen.

Les Ukrainiens accueillent avec joie les Allemands après leur rupture du pacte germano-soviétique et leur offensive vers l'Est. A Lwów, les Allemands découvrent dans les prisons des cadavres d'Ukrainiens, et ils désignent à la vindicte populaire les Juifs comme boucs-émissaires. Les Ukrainiens provoquent un pogrom.

Dans ce camp, avant l’arrivée des militaires français, la quasi-totalité des officiers et soldats russes y étaient morts de faim, de froid, et de mauvais traitements. Les Juifs portaient les cadavres de Russes dans les fosses communes.

Les "fortes têtes" sont affectés au Stalag 325 du camp de répression à Rawa Ruska. En juillet 1942, devant l'insistance de la Croix-Rouge à visiter ce Stalag, les dirigeants du camp envoient des détenus dans des sous-camps, améliorent la présentation du camp, etc. Ce Stalag sera démantelé en janvier 1943. Les prisonniers sont envoyés en Poméranie ou chargés de déblayer les ruines de villes bombardées par les Alliés. Les tentatives d'évasion se poursuivent. Un des prisonniers alerte par un rapport sur la Shoah.

Le camp n'était pas illuminé le soir. Pour se débarrasser des poux, des prisonniers français utilisent le chlore. Si celui-ci s'avère efficace contre les poux, il brûle les cordes vocales des prisonniers. Près d'une centaine de prisonniers empruntent un tunnel pour s'évader. Ils sont traqués : certains sont abattus par les Nazis, d'autres parviennent à Varsovie et, avec l'aide de la Croix-Rouge, rejoignent Paris par train. D'autres encore, repris et ramenés au camp.

Certains militaires travaillent avec des Juifs dans les travaux imposés par les Nazis dans la ville. Les Nazis leur ordonnaient de casser les pierres tombales, les stèles en pierre des cimetières juifs pour construire une route.

Dans cette région, ces soldats « sont bientôt confrontés à l'extermination de la population juive par la Waffen SS et les milices ukrainiennes ». Certains voient les exécutions de Juifs au bord d'excavations, creusées par les Juifs avant d'être fusillés, et transformées en fosses communes.

Parmi ces militaires français prisonniers : Claudius Desbois, le grand-père du père Patrick Desbois qui a fondé Yahad-in Unum, association qui interviewe les témoins de la "Shoah par balles", cherche les lieux où ont été assassinés les Juifs et collecte les preuves de ces pans d'Histoire longtemps ignorés ou minorés. "À l'initiative de l'association Yahad-in Unum Rava-Rouska, ville d'Ukraine située à proximité de la frontière polonaise, constitue un lieu emblématique des violences nazies à l'Est. Elle présente la singularité d'avoir rassemblé sur son sol des prisonniers de guerre soviétiques, des détenus français d'un camp de représailles et une population juive. Entre 1941 et 1943, plus de 10 000 Juifs de Rava-Rouska ont été assassinés. Une partie d'entre eux fut déportée et gazée à Belzec, une autre fut fusillée à Rava-Rouska. L'extermination des Juifs par fusillade dans les villes et villages des victimes la « Shoah par balles » constitue un volet peu connu de l'histoire de la Shoah. Rava-Rouska occupe une place à part dans les recherches de Yahad-in Unum : elle est le lieu originel du travail de collecte de témoignages engagé voici dix ans. L'enquête menée sous forme de plusieurs missions réalisées entre 2004 et 2012 a bénéficié d'un apport archivistique conséquent, en particulier du rapport de la Commission d'enquête soviétique de 1944 établissant l'ampleur des crimes nazis sur la base d'exhumations médico-légales et de dépositions de témoins. La confrontation entre ces sources et les données recueillies sur le terrain a permis de documenter, à partir d'une étude de cas, l'entreprise génocidaire nazie telle qu'elle s'est incarnée dans les massacres de masse en Galicie orientale".

Témoignages à Nuremberg
Lors du procès de Nuremberg, le camp de Rawa Ruska, est évoqué comme lieu où ont été commis des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.

A l’audience du 13 février 1946 de ce procès des criminels nazis, le Colonel Polrovky fait la déposition suivante :
« Lors de l’audience du 29 janvier 1946, le témoin Paul Roser (prisonnier de guerre français) fut interrogé. Il a indiqué comment, en quatre mois de temps, sur 10 000 Russes qu’il avait vus, prisonniers de guerre dans le camp allemand de la ville de Rawa-Ruska, il ne resta que 2 000 hommes en vie [...] Ce camp fut organisé´ par les Allemands dans les baraquements à` proximité´ du chemin de fer. Des barbelés l’entouraient [...]. Les Allemands y avaient rassemblé´ de 12 000 à` 15 000 hommes. On les nourrissait avec des pommes de terre gelées et non épluchées. On les gardait dans des baraquements non chauffés pendant l’hiver... Les prisonniers de guerre étaient amené´s tous les jours sous escorte au travail de 4 à 5 heures le matin jusqu’à 10 heures du soir. Exténués, affamés, transis, ils étaient entassés dans des baraquements dont on avait pris soin de laisser tout le jour les portes et les fenêtres ouvertes, afin que le froid pénétrât dans les baraques et que l’on y gelât. Au matin, sous la surveillance des soldats allemands, les prisonniers eux-mêmes devaient transporter des centaines de cadavres avec des tracteurs, jusqu’au bois de Volkovitchski, où` ces cadavres étaient entassés dans des fosses préparées à` l’avance. Au moment où` les prisonniers étaient emmenés au travail, les Allemands postaient à la porte de sortie une troupe de soldats armés de fusils et de pieux. Les prisonniers, qui se mouvaient difficilement par suite de la faim et du froid, étaient poursuivis a` coup de pieux à la tête ou encore transpercés à` coup de baïonnette. »
Lors de l’audience du 29 janvier 1946, l’aspirant Paul Roser a déclaré :
« Nous étions obsédés parce que nous savions tout ce qui se passait autour de nous. Les Allemands avaient transformé´ la région de Lemberg Rawa-Ruska en une espèce d’énorme ghetto. On avait emmené´dans cette région, où` les Israélites étaient déjà nombreux, des Juifs de tous les pays d’Europe. Tous les jours, pendant cinq mois, sauf une interruption de six semaines environ, en août et septembre 1942, nous avons vu passer à 150 mètres de notre camp, un, deux, quelquefois trois convois de wagons de marchandises, dans lesquels étaient empilés hommes, femmes et enfants. Un jour, une voix venue de ces wagons nous cria : ‘‘Je suis de Paris, nous allons à la boucherie’’. Très souvent, des camarades qui sortaient du camp pour aller travailler trouvaient des cadavres le long de la voie ferrée. Nous savions vaguement à l’époque que ces trains s’arrêtaient à` Belzec, lieu situé à` 17 kilomètres de notre camp, et que là` on procédait à l’exécution de ces malheureux par des moyens que j’ignore. Une nuit en juillet 1942, nous avons entendu des rafales de mitraillette toute la nuit, des hurlements de femmes, d’enfants. Le lendemain matin, des bandes de soldats allemands parcouraient les seigles, au bord de notre camp, la baïonnette basse, et cherchant des gens cachés. Ceux de nos camarades qui sont sortis ce jour-là pour le travail nous ont rapporté avoir vu des morts partout en ville, dans les ruisseaux, dans les granges, dans les maisons. Par la suite, certains de nos gardiens, qui avaient participé à l’opération, nous ont complaisamment expliqué que 2 000 Juifs avaient été exécutés, cette nuit-là, sous le prétexte que deux SS avaient été assassinés dans la région. »
« Huit rescapés, aujourd'hui centenaires, évoquent cette page dramatique et traumatisante de leur histoire personnelle, et témoignent de l'enfer qu'ils ont vécu au sein du camp disciplinaire de Rawa Ruska ».

Née à Sfax (Tunisie), Chochana Boukhobza est une romancière et réalisatrice française juive. Sa famille a subi les persécutions du régime de Vichy et de l'occupant nazi. En 1975, élève du lycée Yabné (Paris), Chochana Boukhobza avait recopié sur des "cartes les noms, prénoms, âge des Juifs raflés sur le sol de France et qui étaient morts dans les camps d’internement, des Juifs exécutés sur le sol de France pour avoir résisté à Pétain, des Juifs expédiés à Auschwitz au seul prétexte qu’ils étaient Juifs. Pour ceux qui avaient été envoyés à Auschwitz, on ajoutait la date de leur déportation, le numéro de leur convoi et leur numéro de matricule qui leur avait été attribué à Drancy ou à Compiègne". Un travail effectué à la demande de Serge Klarsfeld qui préparait son « Mémorial de la déportation des Juifs de France ».  Son roman « Un été à Jérusalem »  a reçu le Prix Méditerranée 1986, et « Le Cri », a été finaliste du Prix Fémina 1987. Son documentaire « Les petits héros du ghetto de Varsovie » évoquait l’histoire de 18 enfants juifs, âgés de 6 ans à 15 ans, qui étaient parvenus à survivre dans la zone aryenne de la ville polonaise, après la liquidation du ghetto.

Son documentaire « Les évadés de Rawa Ruska, témoins de la Shoah » relate « l’histoire des détenus du camp disciplinaire de Rawa Ruska, qui était destiné aux prisonniers de guerre ayant tenté de s’évader », dont Raymond Dunand, Alain Fournier et Henri Brisson.
      

Les Films d’ici, avec la participation du Centre national du cinéma et de l’image animée, du Ministère de la défense, Secrétariat général pour l’administration, Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives, de France 3, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et de la Fondation CARAC, 2015, 62 min
Sur France 3 les 9 février à 23 h 15 et 25 février 2017 à 2 h 30

Visuels : © Les Films d'ici

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Les citations sont extraites du dossier de presse.

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