mardi 25 juillet 2017

« Indonésie : la puissance, l'islam et la démocratie » par Frédéric Compain


Arte diffusera le 25 juillet 2017 « Indonésie : la puissance, l'islam et la démocratie » (Religion, Macht und Archipele: Indonesien), série documentaire en deux volets de Frédéric Compain : Le géant invisible (Der Verborgene Riese), et Le géant en marche (Vorwärts, Riese!). « Premier pays musulman au monde » - 87% de ses 204 millions d’habitants en 2010 -, l'archipel indonésien « est l'une des nouvelles puissances émergentes en Asie du Sud-Est. Un documentaire passionnant sur son histoire et sa marche vers l'avenir ».   

« Riche d'immenses ressources naturelles, l'Indonésie a mis fin à quatre siècles de colonisation hollandaise au sortir de la Seconde Guerre mondiale ».

"Environ 17 500 îles, 719 langues". Cela forme l'Indonésie, "troisième démocratie du globe en termes de population" qui deviendra "en 2030 la sixième puissance mondiale". Java rassemble 60% de la population de l'archipel.

« Ponctuée d'épisodes tragiques, sa conquête de l'indépendance et de la démocratie n'ont pas été sans heurts ».

« Premier pays musulman de la planète en nombre d'habitants et plus grande nation insulaire, elle est en passe de devenir, malgré de nombreux écueils, un nouveau géant asiatique ». 

« Plongeant dans son histoire et son passé récent grâce à de nombreuses archives, Frédéric Compain brosse un tableau complet de la société indonésienne et des enjeux auxquels elle doit faire face. Une fresque passionnante, nourrie par les éclairages de témoins et d'analystes de premier plan (hommes politiques, responsables religieux, historiens, économistes, défenseurs des droits de l'homme, journalistes…) »

Le géant invisible
« Constellation de plus de 17 500 îles baignées par le Pacifique et l'océan Indien », l'Indonésie bénéficie d’atouts géostratégiques : routes maritimes vers la Chine, l’Inde et le Moyen-Orient, contrôle du détroit de Malacca. Ces facteurs ont favorisé le commerce des épices, dont le clou de girofle et de la soie. Des dynasties bouddhiste et hindouiste, "avec leurs temples fastueux", dominent aux VIIIe et Xe siècles dans un archipel à l’agriculture florissante, notamment la riziculture.

L'islam arrive en Indonésie au XIe siècle, avec des commerçants. 

Vers le XIIIe siècle, des princes de Sumatra deviennent musulmans afin de commercer en meilleures conditions économiques avec des marchands de Perse, d’Inde et de Chine.

L’Indonésie « suscite dès le XVIe siècle l'appétit des Européens ». Les Néerlandais font venir des commerçants chinois à Batavia. Leurs descendants sont régulièrement victimes de racisme.

« Sa position sur la route de la soie  attire les commerçants portugais, qui y prennent brièvement pied avant d'en être chassés par les Hollandais. La vorace Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC, Vereenigde Oostindische Compagnie) fait main basse sur ses ressources naturelles. » Sa banqueroute induit sa dissolution en 1800.

« En 1822, le prince musulman Diponegoro tente pour la première fois de soulever l'aristocratie javanaise contre les colonisateurs, et son exil fait émerger un sentiment national inédit ».

A l’aube du XXe siècle, les Pays-Bas étendent leur contrôle sur tout le territoire indonésien.

« Les mouvements indépendantistes sont férocement réprimés et, lorsqu'ils occupent l'archipel en 1941, les Japonais sont considérés comme des libérateurs »,  mais qui pratiquent l'esclavage sexuel.  

« En août 1945, la capitulation nippone s'accompagne de la naissance de la République d'Indonésie ».

Le 17 août 1945, Soekarno et Mohammad Hatta proclament l’indépendance de l’Indonésie, et occupent les postes de président et de vice-président.

Après la Revolusi, révolution sociale, est créée le 27 décembre 1949 la République des Etats-Unis d’Indonésie. Un pays en proie à des forces séparatistes.

« Dirigée d'abord par Sukarno, puis, en 1967, par Suharto, le pays va traverser cinq décennies difficiles, marquées par la répression, le népotisme et la corruption ».

Le géant en marche
En 1955, s’ouvre à Bandoung, à l’ouest de l’île de Java (Indonésie), la conférence des pays non alignés qui marque l'entrée dans la scène politique internationale des pays du Tiers monde, et fonde le mouvement des non-alignés et regroupe 29 pays africains et asiatiques.

L'équilibre du Sud-est asiatique est en jeu. Le président indonésien joue l'ambiguité.

Le grand mufti de Jérusalem Haj Mohammad Amin al-Husseini  (1897-1974) s’y active  pour faire adopter une résolution anti-israélienne. Une influence durable en ancrant la cause anti-israélienne parmi ce mouvement soutenu par la gauche et l'extrême-gauche occidentale. En 2012, le mouvement des non-alignés réunit 120 Etats, qui comptent particulièrement dans les organisations onusiennes, notamment lors de la constitution de majorité automatique lors du vote de résolutions stigmatisant, condamnant l'Etat d'Israël à l'Assemblée générale de l'ONU.

L’île de Nouvelle-Guinée est divisée en deux parties : la Nouvelle-Guinée occidentale, qui compte environ 3,5 millions d’habitants et constitue 22 % du territoire indonésien, appartient à l'Indonésie depuis 1962 – la légalité en est controversée -, l'autre partie est l'État souverain de Papouasie-Nouvelle-Guinée. L'Indonésie vise à rendre les Papous minoritaires dans leur territoire en incitant à l'immigration d'habitants d'autres îles indonésiennes vers la Papouasie.

En 1965, après les avoir tolérés, l'Indonésie « traque les communistes, victimes d'une féroce répression ».

« Alors qu'une chape de plomb s'est abattue sur le pays, la fin de la guerre froide pousse des intellectuels musulmans à exiger la démocratisation du régime ».

« La crise financière asiatique de 1997 – qui fait plonger l'économie nationale –, conjuguée aux pressions exercées par « l'ami américain » et aux manifestations populaires soutenues par le sultan de Yogyakarta (son père, un demi-siècle plus tôt, avait déjà apporté son soutien à la guerre d'indépendance), scellent la chute, en 1998, du régime corrompu du général Suharto ». 

« Mais d'autres conflits internes menacent l'union fragile de la jeune république, notamment au Timor, à Aceh ou aux Moluques ». Des euphémismes. En 1596, le Timor oriental est devenu une colonie portugaise. Ce statut dura environ quatre siècles. En décembre 1975, l’Indonésie envahit le Timor oriental, quasi-essentiellement catholique, et l’annexe unilatéralement en 1976. Le nombre de victimes de cette annexion ? De 100 000 à 200 000 Est-Timorais. L’ONU (Organisation des Nations unies) ne reconnait pas cette annexion, et organise en août 1999 un référendum d'autodétermination qui mène à l’indépendance du Timor oriental en 2002. 

« En 2002, un attentat perpétré à Bali fait craindre une montée incontrôlable de l'islamisme radical… »

"L'oligarchie tient toujours le pays, mais des progrès ont été accomplis". Une "démocratie tétanisée par son passé ? " Un pays traumatisé par la répression en 1965 ? La peine de mort est perçue comme un élément de la souveraineté nationale.

Interroger la ministre indonésienne des Affaires étrangères sur l'Etat d'Israël est interdit.

L'Indonésie, un pays à l'islam modéré ? C'est un cliché, exprimé notamment par Barack Hussein Obama, selon un témoin interviewé. Deux cents Indonésiens ont rejoint les rangs de l'Etat islamique (Daech), avec leurs familles.

Les dirigeants veulent faire de cet Etat-archipel une puissance maritime. La lutte contre la pêche illégale est active.

Juifs
L’histoire des Juifs  en Indonésie remonte au XVIIe siècle, avec la VOC. 

Les premiers témoignages sur ces Juifs datent du XIXe siècle, d’un livre écrit par Jacob Halevy Saphir (1822–1886), rabbin envoyé de Jérusalem dans l’archipel où il arriva en 1861.

Ils vivent essentiellement à Semarang et Surabaya. A ces Juifs néerlandais, se sont joints des coreligionnaires de Baghdad, particulièrement pieux, et d’Aden.

En 1921, environ 2 000 Juifs vivent en Indonésie selon Israel Cohen, mandaté par Eretz Israël. Le gouverneur de Surabaya est alors un Juif, plusieurs autres membres de la communauté sont hauts fonctionnaires et d'autres négociants. Erets Israel, journal sioniste, parait à Padang de 1926 à 1939.

Les persécutions antisémites des années 1930 et du début des années 1940 renforcent leurs rangs par l’afflux de Juifs allemands et originaires d’autres pays européens. 

En 1942, la population juive en Indonésie s’élève à environ 3 000 âmes, ayant généralement la nationalité des Pays-Bas ou d’autres pays européens, et des « Juifs baghdadi ».

Âgée de 78 ans, Anne-Ruth Wertheim, néerlandaise Juive a témoigné en juillet 2013 sur son enfance en Indonésie, alors dénommée Indes orientales néerlandaises. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, pendant l’occupation de cet archipel par le Japon (mars 1942-août 1945), Anne-Ruth Wertheim a été internée en 1944 dans un camp spécifique destiné aux Juifs. Ceux-ci y ont été battus, sous-alimentés… L’internement des Juifs a débuté en 1943 : le Japon a interné des Juifs de pays autres que ceux des Alliés – Etats-Unis, Grande-Bretagne, etc. -, par exemple du Moyen-Orient, dont l’Egypte. 

A la fin de la guerre, les Juifs ont été victimes aussi de jeunes favorables à l’indépendance de l’Indonésie.

En 1949, de nombreux Juifs vivant en Indonésie ont préféré, par sécurité, se convertir à l’islam ou au christianisme, ou quitter l’Indonésie pour l’Europe, les Etats-Unis ou l’Australie – peu font leur aliyah. Dans les années 1960, on ne comptait qu’une cinquantaine de Juifs en Indonésie. En 2017, quelques dizaines de Juifs y résident, essentiellement à Jakarta, et à Surabaya.

En 2009, à la suite de manifestations anti-israéliennes hostiles à l’opération israélienne militaire Plomb durci contre le Hamas dans la bande de Gaza, la synagogue centenaire avait été fermée à Surabaya, deuxième plus grande ville d’Indonésie.

En 2014, le musée juif historique d’Amsterdam a présenté une exposition sur les Juifs en Indonésie.

Érigée par le gouvernement local, la plus grande Ménorah au monde surplombe Manado, dans l'île de Sulawesi (ou Célèbes), au nord de l’Indonésie. Une ville où des Indonésiens découvrent leurs racines juives néerlandaises et disposent d’une synagogue édifiée dans les années 2000.

Les Juifs  craignent l’intolérance  islamique en Indonésie.

Ce documentaire les ignore.

Chrétiens
L’association Portes ouvertes retrace l’histoire des chrétiens en Indonésie : « Les Portugais sont arrivés en Indonésie en 1511, en quête du Nouveau Monde et d'épices exotiques. Leur point d'arrivée était l'archipel des Moluques, à l'Est du pays. Les Portugais ont importé le catholicisme, la plus ancienne dénomination chrétienne présente en Indonésie. Sans surprise, le christianisme est très présent dans les provinces orientales alors que les provinces centrales et occidentales sont plus fortement musulmanes. Des missionnaires néerlandais sont arrivés en Indonésie autour du 17ème siècle. Ces missions ont donné naissance à de nombreuses églises ethniques ».
  
Les chrétiens représentent 10% de la population indonésienne selon le dernier recensement gouvernemental (2000). L’association Portes ouvertes estime que le « véritable chiffre serait plutôt autour de 16%, dont environ un tiers de catholiques ». 

Dans son classement des 50 pays où les chrétiens sont le plus persécutés, l’association Portes Ouvertes classe l’Indonésie  en 46e position.

« M. Joko Widodo, le nouveau président a annoncé publiquement que les minorités ont toute leur place dans le pays et qu’il y veillerait. Certains signes sont encourageants : le nouveau ministre de l’Intérieur a annoncé que les adeptes des croyances indigènes sont aujourd’hui libres et ne doivent plus, sur leur carte d’identité, choisir une des 6 religions officiellement reconnues. Cela a suscité l’espoir de plus de liberté pour la minorité chrétienne. Mais ce genre de politique, qui déplaît aux islamistes, risque de les pousser à l’action ».

L'Indonésie « connaît de profondes tensions entre religions, dont les principaux instigateurs sont des mouvements islamistes extrémistes comme Hizb-ut-Tahrir, le Front de Défense Islamique (FPI) et le Front Islamique. Il existe des groupes djihadistes comme Jamaah Anshorut Tauhid (JAT) qui s'en prennent aux minorités. Ces groupes, même s'ils n'ont qu'une faible représentation politique, sont très puissants et parviennent à influencer l'opinion publique en diffusant leur message dans les rues. Lorsque des églises sont fermées, c'est la plupart du temps par décision du gouvernement local ou régional qui cède aux pressions populaires ». 

La « persécution qui touche les chrétiens en Indonésie est générée par l’extrémisme islamique principalement et par un nationalisme religieux assorti d’un problème de corruption organisée. Ce sont les chrétiens d’origine musulmane qui sont les plus touchés. Certaines églises ont beaucoup de mal à se faire enregistrer officiellement auprès des autorités, alors même qu’elles remplissent les critères imposés. C’est surtout le cas dans les régions où l’islam est très présent. En revanche, les musulmans n’ont aucun mal à construire de nouvelles mosquées. Même quand une église est en règle, les autorités locales peuvent facilement lui retirer son autorisation ».

La « corruption organisée est largement répandue à tous les niveaux de l'administration indonésienne, ce qui a évidemment des conséquences pour toute la population, mais les chrétiens sont particulièrement visés en tant que minorité qui refuse de participer à ce système et s'y oppose même souvent ».

   
« Indonésie : la puissance, l'islam et la démocratie », par Frédéric Compain
Artline Films, RTS, France, 2015
Le géant invisible  (Der Verborgene Riese) : le 25 juillet 2017 à 20 h 50 (53 min)
Le géant en marche (Vorwärts, Riese!) : le 25 juillet 2017 à 21 h 45 (59 Min)

Visuels :
Une usine textile en Indonésie
Jakarta, la capitale indonésienne
© Artline Films

Le volcan Semeru, le plus actif d'Indonésie
© DR

Blocus en 1989: en collaboration avec les peuples autochtones contre la déforestation de la jungle de Bornéo
© BMF/Jeff Libmann

Manifestation dans l'Etat malaisien du Sarawak contre la déforestation de la jungle de Bornéo
Abdul Taib Mahmud (debout), ancien Premier ministre de l'Etat malaisien du Sarawak
Bruno Manser a vécu de 1984 à 1990 dans les jungles de Bornéo. Il a eu des entretiens sur le sort des peuples autochtones de la forêt tropicale et les machinations du commerce du bois
Membre du Penan, un groupe ethnique autochtone sur l'île de Bornéo, devant une chute d'eau
© AMP Film

Archéologues et équipe du film dans la grotte de Liang Bua en Indonésieoù a été découvert l'homme de Florès
© Annamaria Talas

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Les citations sont d'Arte et du documentaire.

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