dimanche 27 août 2017

« Clara Haskil - Le mystère de l'interprète » par Pascal Cling, Prune Jaillet et Pierre-Olivier François


Arte présentera le 27 août 2017 « Clara Haskil - Le mystère de l'interprète » (Clara Haskil. Der Zauber der Interpretation) par Pascal Cling, Prune Jaillet et Pierre-Olivier François. « À l’occasion du 27e concours international de piano qui porte son nom, ce film parcourt la vie tourmentée de Clara Haskil (1895-1960) et sonde le mystère de l’éblouissante pureté de son jeu » simple et virtuose, à l’aisance spontanée, mise au service du compositeur. 

Daniel Barenboim  
« Requiem pour la vie », de Doug Schulz

« J’ai connu trois génies : Albert Einstein, Winston Churchill et Clara Haskil  », a déclaré l’acteur, réalisateur et producteur Charlie Chaplin, lors de l’enterrement de Clara Haskil (1895-1960), éminente interprète notamment d'un répertoire romantique.

« Qu’est-ce qui fait que certains interprètes, dont l’art est par essence éphémère, laissent en nous une émotion impérissable ? C’est ce mystère que cherchent à percer Pascal Cling et Pierre-Olivier François en retraçant la vie de celle qui fut l’une des plus grandes pianistes du XXe siècle ». Et ce alors que s’achève le 27e concours international de piano Clara Haskil – un Concours qui se déroule tous les deux ans, sauf en 1971, à Vevey, en Suisse.
    
Carrière erratique
Née en 1895 à Bucarest, alors dans le royaume de Roumanie, au sein d’une famille juive sépharade, Clara Haskil  révèle très jeune des dons exceptionnels pour le piano : dès ses trois ans, elle use d’un seul doigt pour reproduire une mélodie écoutée. Son professeur de piano ? Sa mère, Berthe Haskil, pianiste amateur. Clara Haskil étudie aussi le violon, comme sa sœur cadette Jane.

En 1899, le père de Clara Haskil décède d’une pneumonie.

Berthe Haskil gagne sa vie en enseignant le piano, le français, l’allemand, l’italien et le grec, puis elle dirige un atelier de couture. Son frère Isaac l’aide financièrement. Actuaire, il dirige bientôt la Nationale, importante société d’assurances.

Âgée de sept ans, Clara Haskil se rend avec son oncle Avram, médecin trentenaire, étudier à Vienne. Elle enthousiasme Anton Door, pianiste qui loue le talent musical « tout à fait exceptionnel » de l’enfant, et sa maturité si précoce. Clara Haskil étudie aussi, pendant trois ans, auprès de Richard Robert. 

A dix ans, Clara Haskil complète sa formation, en piano et violon, au Conservatoire de Paris. Mais une scoliose déformante l’incite à arrêter la pratique du violon. Parmi les maîtres de cette enfant triste : Richard Robert, Alfred Cortot, qui ne l’apprécie pas, et Lazare-Lévy. Directeur du Conservatoire, Gabriel Fauré félicite la jeune Clara Haskil qui a interprété une de ses œuvres, Thème et variations.

Alors que l’oncle Avram retourne à Bucarest, la mère de Clara rejoint sa fille à Paris.

En 1909, l’adolescente gagne le premier Prix de violon au concours de l’Union française de la jeunesse, dont le président est Jacques Thibaud, et un deuxième prix de piano au Conservatoire.

En 1910, Clara Haskil remporte le premier Prix de piano du Conservatoire dans la classe d’Alfred Cortot.

Elle donne des concerts en Italie, en Suisse.  Compositeur, pianiste, professeur et chef d'orchestre italien, Ferruccio Busoni, qui l’a entendue jouer à Zurich, suggère en vain à la mère de Clara Haskil de donner des leçons à cette adolescente. Ce que regrettera Clara Haskil.

C’est à Berck que Clara Haskil soigne sa scoliose déformante. Des mois de douleurs psychologiques et physiques liées au port d’un corset de plâtre.

A la fin de la Première Guerre mondiale, en 1917, décède d’un cancer Berthe Haskil. Devenu autrichien, l’oncle Avram se trouve dans un camp de réfugiés.

La solitude de Clara Haskil, qui vise une perfection à l’égale de celle de Mozart ou Beethoven, s’accompagne d’un trac inhibant allié à une insatisfaction artistique quant à ses concerts. Signe vraisemblablement d’un manque de confiance en elle, d’une excessive modestie, d’une sous-estimation de ses prestations de virtuose.

Après ce conflit mondial, Clara Haskil retrouve Paris. Le  compositeur , violoniste virtuose, chef d'orchestre, pianiste et pédagogue roumain Georges Enesco s’entremet auprès de l’Etat roumain pour que Clara Haskil puisse terminer ses études musicales.

Sur les conseils de Mme Paul Desmarais, mécène au salon réputé, Clara Haskil se rend en Suisse avec une infirmière. Elle y découvre son oncle Avram dont le tempérament est devenu plus maussade. Pendant des décennies, la Suisse demeure le seul pays à avoir reconnu le génie de cette pianiste qui consacre du temps à veiller sur son oncle Avram atteint de la maladie de Parkinson.

Malgré les succès critique et public de ses concerts à Vienne, à Bruxelles et en Amérique du nord, en dépit de l’appui de mécènes, en particulier Mme Gélis et de la princesse de Polignac, la carrière de Clara Haskil stagne, ne prend pas l’envol espéré.

Clara Haskil décline la proposition financière de la maison Gaveau car elle n’apprécie pas ses pianos.
La Deuxième Guerre mondiale vient encore freiner la carrière de Clara Haskil. 

Persécutée comme juive, elle rejoint, avec l’aide de sa sœur Jeanne, membre de l’Orchestre national de France et de son chef d’orchestre Désiré Inghelbrecht, la zone libre. Là, elle est hébergée au manoir de la comtesse Lily Pastré qui accueille nombre d’exilés, de fugitifs souvent juifs tels Norbert Glanzberg, Claude Lévi-Strauss, Darius Milhaud, Lily Laskine.
    
La santé de Clara Haskil décline en raison d’une tumeur de l'hypophyse qui comprime le nerf optique diagnostiquée par le Dr Jean Hamburger, membre du réseau des résistants du musée de l'Homme et réfugié à Marseille. Une maladie qui risque de rendre aveugle la pianiste. La comtesse Lily Pastrée cofinance l’opération, de neuf heures effectuée à Marseille, sous anesthésie locale, par un célèbre neuro-chirurgien parisien.

Rétablie, Clara Haskil se réfugie en Suisse en novembre 1942, peu avant l’invasion de la zone libre par l’armée allemande nazie.

« Secouée par les deux conflits mondiaux et freinée par une santé fragile, elle peine à percer malgré les critiques dithyrambiques ». Lui manque aussi un entourage professionnel, avec notamment un talentueux agent artistique.

« Ce n’est qu’à son arrivée en Suisse, où elle se réfugie après avoir échappé au nazisme, qu’elle peut montrer l’étendue de son talent », en étant entourée d’une famille de mécènes mélomanes. 

Genève, Zurich, La Chaux-de-Fonds, Ascona, Angleterre… Clara Haskil y donne des concerts devant un public qui l’acclame. 

Pour la BBC, elle enregistre des sonates de Scarlatti, et pour la firme Decca, en 1947, le quatrième concerto de Beethoven avec Carlo Zecchi.

Citoyenne helvète en 1949, Clara Haskil acquiert un piano Steinway tant désiré, et joue aux Pays-Bas, après moultes hésitations en Allemagne, et en France. 

Elle « joue aux côtés des plus grands, de Furtwängler à Lipatti en passant par Grumiaux ».

En 1956, « la Grande Dame de la Musique », à la mémoire prodigieuse et au « pouce le plus rapide d’Occident », effectue une tournée européenne en hommage à Mozart avec l’Orchestre philharmonique de Londres sous la direction du chef d’orchestre Herbert von Karajan, et se produit lors de festivals prestigieux.

Suit une tournée aux Etats-Unis. Mais ces tournées affaiblissent Clara Haskil.
    
De 1956 à 1958, pour la firme Philips, Clara Haskil enregistre avec le célèbre violoniste Arthur Grumiaux les sonates de Mozart pour piano et violon K.301, K.304, K.376, K.378, K.454, et K.526, ainsi que les sonates pour piano et violon de Beethoven no 1 à 10 (l'intégrale). 

Elle décède prématurément, le 7 décembre 1960 à Bruxelles (Belgique), à la suite d’une chute accidentelle dans la gare du Midi. Voulant protéger ses mains, elle tombe brutalement et tragiquement sur la tête. Elle est enterrée au cimetière du Montparnasse, à Paris, auprès de ses deux sœurs, Lili et Jeanne.

En 1963, est fondé le Concours international de piano Clara Haskil. « Le concours a pour but de découvrir un jeune talent à même de représenter les valeurs du concours : sensibilité, humilité, remise en question permanente, recherche perpétuelle de l’excellence, écoute des partenaires, respect du compositeur, musicalité plutôt que virtuosité, modestie et discrétion. Ces valeurs sont inspirées de la vie et de la carrière de Clara Haskil ». 
    
« Sur les 42 concours de piano répertoriés dans la Fédération Mondiale, notre concours est le seul à n’offrir qu’un seul prix et l’un des rares à axer le répertoire sur la musique de Schubert, Schumann, Mozart et Beethoven. Le répertoire, très large, va des Sonates de D. Scarlatti aux œuvres de Debussy ou de Ravel et correspond au répertoire de concert de Clara Haskil qu’elle a présenté dans le monde entier de 1905 à 1960. Rares sont également les concours qui présentent une épreuve de musique de chambre dans le programme ; dans notre concours, cette épreuve a toute sa raison d’être du fait de la riche activité de Clara Haskil dans ce domaine où l’écoute, le partage et le regard vers les autres sont des qualités essentielles à la réussite d’une interprétation de qualité ».

« Vibrant et fouillé, ce portrait condense des éclairages artistiques et intimes (le chef d’orchestre Christian Zacharias, les pianistes Michel Dalberto et Éliane Reyes, le violoncelliste Pablo Casals, le critique musical Alain Lompech…), des archives radio inédites, d’innombrables photos », des lettres de Clara Haskil « et un enregistrement privé exceptionnel : réalisé par Charlie Chaplin, qui fut son ami, et exhumé par son fils Eugène, il offre une émouvante illustration de son jeu si unique ».

Pourquoi une diffusion si tardive de ce documentaire sur cette « interprète de génie » ?


« Clara Haskil - Le mystère de l'interprète  » par Pierre-Olivier François et Pascal Cling
Seppia Films, Louise Productions , Arte, RTS, SSR/SRG, 2017, 55 Min
Voix off de Clara Haskil : Miruna COCA-COZMA
Sur Arte le 27 août 2017 à 23 h 40

Visuels : Clara Haskil © DR

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Les  citations sont extraites du site d'Arte.

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