lundi 20 février 2017

Karen Taieb, journaliste médicale sur RCJ (10/10)


Karen Taieb est dentiste, journaliste santé sur RCJ, "radio de la communauté juive" financée par le Fonds social Juif unifié (FSJU) dont son époux Gil Taieb est vice-président, élue parisienne socialisteconseillère de Paris depuis 2001, conseillère du XIe puis, et depuis 2014 du IVe arrondissement de Paris - ainsi qu'auteure des Aventures de TOLU le petit écolo. Invités parfois peu scientifiques dans son émission radiophonique hebdomadaire, positions "politiquement correctes" et parfois erronées (polémique sur la plaque en souvenir de Henri Dutilleux), indifférence de journaliste et d'édile à l'égard de Français Juifs spoliés tels le Dr Lionel Krief, éminent médecin nucléaire, et Eva Tanger, copropriétaire dans la circonscription de cette élue parisienne... Les choix de Karen Taieb laissent parfois perplexe.

4e partie : La réaction de Virginie Guedj-Bellaïche, journaliste à Actualité juive hebdo et Osmose
5e partie : La réaction d'Alain Granat, directeur de Jewpop 

Karen Taieb est dentiste et auteur de contes ainsi que de la pièce de théâtre Les aventures de TOLU le petit écolo. Elle revendique un diplôme de journalisme médical obtenu en 1998.


Elle s'est aussi lancée dans une carrière politique dans les rangs du parti socialiste et a été élue Conseillère de Paris en 2001, puis réélue. 

Après avoir été Conseillère d'arrondissement, déléguée auprès de la Maire du XIIe arrondissement, chargée des manifestations culturelles et de l’accueil des habitants, elle est devenue en 2014 conseillère de Paris, chargée de la santé, du handicap et des grands projets de rénovation de la Bastille et de Saint-Merri à la Mairie du IVe arrondissement de Paris.

Avec son époux Gil Taieb, elle a co-fondé en 1996 Onze Bouge, "festival pluridisciplinaire de la création artistique à Paris", dont la particularité est la gratuité des spectacles visant les "djeunes". Qui paie ? Les partenaires, surtout des collectivités locales, les contribuables. Un festival qui, comme Nuit blanche, ne saurait masquer les graves échecs de la politique culturelle de la Ville de Paris, particulièrement patents dans la gestion des conservatoires artistiques et la préférence pour des actions de communication.

Conseillère de Paris
Lors de la campagne pour les élections municipales 2014, les radios communautaires ont ouvert leur antenne aux candidats de la gauche et de la droite républicaines. 

Un journal communautaire a publié la photo, prise rue des Rosiers dans un des quartiers historiques Juifs, de Gil Taieb parlant avec Anne Hidalgo, candidate socialiste à la Mairie de Paris, et de Christophe Girard, maire du IVe arrondissement de Paris, candidat socialiste à sa succession, dialoguant avec Karen Taieb, conseillère socialiste et n° 2 sur la liste menée par Christophe Girard. 

Nul média ne s'est interrogé : quand Gil Taieb arpente un quartier parisien longtemps associé aux Juifs avec Anne Hidalgo, le fait-il à titre privé ou/et comme vice-président du CRIF ou d'une autre de ses fonctions dans le monde associatif Juif français ? Un leader communautaire français est-il astreint à un devoir de neutralité politique ? Karen Taieb, journaliste de RCJ, peut-elle soutenir Anne Hidalgo, qui s'est inclinée devant le mausolée du terroriste Arafat le 5 décembre 2013 et s'est tue devant l'incitation à la haine et au terrorisme de l'Autorité palestinienne ?


Objectif Santé
Sur RCJ, radio du FSJU (Fonds social Juif unifié), depuis quelques années, Karen Taieb anime, comme « journaliste Santé  », Objectif santé, émission hebdomadaire présentée le lundi (13 h-14 h) puis le mercredi (13 h 05-13 h 45).

L'émission avait été créée et animée par une cardiologue qui a quitté la France. Karen Taieb lui a succédé. Comment a-t-elle été recrutée ? Elle m'avait indiqué avoir été contactée par un directeur du FSJU. Curieusement, aucun processus de recrutement interne dans le groupe médiatique du FSJU n'a été lancé. 


Le 30 janvier 2012, l’invité est Guillaume Gérault, coauteur du livre avec Catherine Behar, Ronald Mary et Jean-Charles Sommerard « Le guide de l’olfactothérapie », paru aux Éditions Albin Michel (octobre 2011). Les « auteurs nous proposent la méthode de soins la plus simple qui soit : l’utilisation des huiles essentielles en olfaction, au flacon ou au bouchon ». Les auteurs : « Guillaume Gérault est naturopathe, aromatologue et thérapeute psycho-corporel formé aux techniques manuelles. Jean-Charles Sommerard, aromatologue, a fondé le premier bar à eaux florales du monde, à Paris. Catherine Béhar est sophro-analyste et aromatologue, spécialisée dans la gestion des émotions et du stress. Ronald Mary est journaliste ».

Le 21 mai 2012, l’invité est le « Dr Alain Delabos, auteur du livre « Mincir sur mesure grâce à la chrononutrition », paru aux Éditions Albin Michel ». La chrononutrition a été « élaborée en 1986 par le Dr Alain Delabos et testée médicalement par l’équipe des scientifiques de l’IREN (Institut de recherche européen sur la nutrition)... Cette méthode révolutionnaire permet de mincir là où il faut et sans se priver. Elle vous propose de déterminer votre propre morphotype, afin de comprendre pourquoi vos kilos superflus sont localisés sur telle ou telle partie du corps et de corriger d’éventuelles erreurs… tout aliment est bénéfique s’il est consommé en fonction de l’horloge biologique du corps. Ses principes essentiels peuvent alors parvenir jusqu’à leur site d’action cellulaire, alors que le même aliment, pris à un autre moment, s’oriente vers une voie de stockage ». Ce texte publié par RCJ omet de préciser que l'IREN a été créé à l'initiative notamment du... Dr Delabos. Le 25 mars 2013, Karen Taieb invite de nouveau le Dr Delabos, auteur de Mincir en beauté grâce à la morphonutrition (Albin Michel). Cet invité reconnait l'absence d'études scientifiques sur le bien-fondé de ses allégations. Karen Taieb cite un article récent sur le Dr Delabos publié par... Gala. Quelle source pour une émission médicale !


Le 5 novembre 2012, l'invité est Christian Brunnaturopathe et qui, contrairement aux allégations du site de RCJ, n'est pas médecin. Il est « l’auteur du livre « Nettoyer et drainer son foie naturellement », paru aux Éditions Guy Trédaniel (août 2012) ». « En suivant les conseils naturopathiques relevant du bon sens et de la logique, en adoptant une hygiène de vie globale et spécifique, vous aurez les moyens de préserver les fonctions vitales de cet organe essentiel qu’est le foie, par des moyens naturels et efficaces ».

Curieux pour une « émission médicale »...

Non signés, ces textes publiés par RCJ proviennent-ils de communiqués de presse des éditeurs ou ont-ils été rédigés par Karen Taieb ou/et RCJ ? Il est étrange qu'un site d'information soucieux de "rigueur" ne mentionne pas l'auteur de ces textes. Les éditions Albin Michel sont-elles surreprésentées ?

Les allégations de ces textes sont-elles scientifiquement ou médicalement valables ? Ont-elles été validées par des études conformes aux protocoles standards scientifiques et médicaux, et reconnus internationalement ? Si oui, lesquelles ? Ces études ont-elles la qualité scientifique suffisante pour être considérées comme valables pour la santé humaine ? L’information sur les conceptions, méthodologies et objectifs de ces études est-elle suffisante ? Curieusement, Karen Taïeb, qui se prévaut de sa qualité de "journaliste médicale radiophonique", n’a pas posé ces questions essentielles.

Certes, me direz-vous, ce ne sont là que trois invités sur 26 (11,54%) sur moins de dix mois – semaines et mois d’arrêt de l’émission en raison de vacances ou fêtes juives inclus - en 2012.

Mais il s'avère problématique que ces (non-)médecins parlent sur des thèmes dépourvus d'études conformes aux protocoles standards internationaux dans une « émission santé » à la programmation quasi-essentiellement composée d'invités médecins, sur un sujet aussi sensible que la santé humaine, et sous la responsabilité d’une "journaliste médicale radiophonique". Journaliste médicale ou journaliste santé ? Karen Taieb ne semble pas avoir choisi. Ce qui se reflète dans le choix de ses invités.

N’y a-t-il pas des sujets plus intéressants et pertinents, tels le déremboursement de médicaments par la Sécurité sociale, l’accompagnement des malades en fin de vie ou la circoncision si contestée depuis quelques années, notamment en Europe ? N’y avait-il pas là matière à des enquêtes, reportages ou interviews par des journalistes ? Ne vaudrait-il pas éviter les invités qui ne sont pas médecins ? Quels sont les liens entre cette « émission médicale » et la rédaction de RCJ ? Il semble surprenant qu'aucun responsable de la rédaction de RCJ ou/et du FSJU n'ait infléchi vers plus de raison les critères de Karen Taieb dans la sélection de ses invités et des thèmes abordés.

Combien d'auditeurs, comme moi, ont cessé d'écouter cette émission en raison de cette ligne éditoriale bizarre ? Combien d'auditeurs sont demeurés fidèles pour la même raison ?



Le 5 octobre 2016, par hasard, j'ai écouté cette émission. L'invitée de Karen Taieb était Céline Hess-Halpern, avocate auteur de Malbouffe, polluants, additifs… Tout ce qu’on nous fait avaler – Le guide pour mieux consommer publié par Albin Michel - encore un hasard ? -: "Les polluants sont partout : dans l air, dans l eau, dans nos produits cosmétiques, dans notre habitat, et… jusque dans nos assiettes ! L alimentation moderne n est-elle pas l une des causes de la montée exponentielle du taux de cancers, de maladies cardio-vasculaires, de diabète et de l obésité dans le monde ? Si nous ne connaissons pas l ampleur des effets du cocktail d additifs et de polluants innombrables que nous ingurgitons à notre insu chaque jour, il est urgent d y porter attention. Et face à cette folie chimique de nos denrées, de devenir des consommateurs avertis et éclairés : Quels aliments privilégier pour mieux préserver notre santé, ainsi que celle de nos enfants ? Comment repérer les additifs et aliments nocifs ? Pourquoi les éviter ? Cuissons, emballages et ustensiles : nos habitudes seraient-elles à revoir ? Manger bio : est-ce la solution ? Un vrai guide pratique pour que notre assiette soit enfin présumée… innocente : un éclairage sur les choix à faire pour manger sainement, des repères pour mieux consommer et chasser les fausses idées".

"On est ce que l'on mange", a asséné Céline Hess-Halpern à une Karen Taieb approbatrice. Devient-on un cornichon ou un navet quand on ingère ces légumes ? Et cette avocate d'imputer à des "maladies de civilisation" (?) l'épidémie de diabète, l'hypertension et j'en passe. Venant d'une avocate, même spécialiste du droit de la santé, il est permis de douter de la pertinence de ces allégations. 

L'émission a encensé l'alimentation estampillée "bio". Une agriculture raisonnée, voire "bio" permet-elle de nourrir des dizaines de millions d'habitants ? Les critères définissant une agriculture "bio" sont-ils identiques dans tous les pays européens ? Le consensus prévaut sur la nécessité d'une agriculture respectueuse de l'environnement et de la santé, permettant aux agriculteurs des rémunérations décentes, etc. Mais qui peut payer des aliments "bio" dont les prix sont le double, voire le triple de ceux non étiquetés "bio" ? Faute de produits naturels pour lutter contre les ennemis et maladies de fruits (cerises) ou légumes, doit-on perdre des récoltes ou recourir à des produits phyto-sanitaires ?


Auteure des Aventures de TOLU le petit écolo, Karen Taieb n'a pas contesté certaines idées reçues. Elle n'a pas non plus soulevé des questions pertinentes sur l'aggravation de la pollution et l'allongement de la durée des trajets en automobiles, sources de fatigue et de stress, à Paris, en raison de la politique problématique de la majorité socialiste-écologique municipale : piétonnisation des voies sur berges, changement du sens de la circulation de certaines rues au risque de créer des embouteillages, etc. Pourquoi ? Y aurait-il un conflit d'intérêts entre la fonction de Conseillère de Paris et celle de journaliste médicale ?

Il aurait été par exemple intéressant de rappeler l'épidémie de bactérie tueuse ayant causé 30 morts et intoxiqué 3 000 personnes souffrant de diarrhées sanglantes, de fièvres et de troubles neurologiques en Europe en mai-juin 2011. Après avoir imputé à tort ces décès et intoxications aux concombres espagnols, aux tomates et aux salades produits par agriculture intensive, l'Allemagne a "identifié des graines germées bio comme source de l'épidémie de diarrhée et levé l'avertissement contre la consommation de salades, concombres et tomates crus". Un faisceau d'indices concordant a désigné des graines germées de lentilles, luzerne ou soja, vecteurs de bactéries, provenant de la ferme « biologique » Gärtnerhof de Bienenbüttel

Quid du saumon bio qui n'est pas "irréprochable" selon une enquête de 60 millions de consommateurs ?

Pourquoi Karen Taieb n'interroge-t-elle pas des infirmières parisiennes sur les difficultés d'exercice de leur métier : problème pour trouver une place de stationnement, PV d'une "politique du chiffre" infligés à ces professionnelles dévouées levées dès 5 h du matin pour exercer un métier difficile, etc.

Spoliations actuelles de Français juifs 
Depuis le déclenchement de l'Intifada II, un "gouvernement des juges" ruine et spolie des Français Juifs.

Médecin nucléaire réputé dans deux centres d'imagerie médicales situés à Creil et à Compiègne, le Dr Lionel Krief a été ruiné et spolié par ce "gouvernement des juges" antisémite. Caractéristique alarmante : sous les présidences Sarkozy et Hollande, aucune autorité publique - Premiers ministres, ministres de la Santé, Agence régionale de Santé (ARS) de Picardie, etc. - n'a mis un terme à cette affaire d'Etat. Hormis Joël Mergui, président du Consistoire israélite de France, soutien par intermittences et inefficace, aucun dirigeant communautaire, notamment pas Gil Taieb, vice-président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), n'a aidé le Dr Lionel Krief.


Quant à Eva Tanger, elle a été ruinée et spoliée de ses appartements dans le Marais juif, par ce même "gouvernement des juges" antisémite. Elle était copropriétaire dans ce IVe arrondissement dont Karen Taieb est la conseillère chargée de la santé, du handicap et des grands projets de rénovation de la Bastille et de Saint-Merri. Originaire du Maroc comme Karen Taieb. Juive comme Karen Taieb. Française comme Karen Taieb.

Karen Taieb défile contre la violence aux côtés des Français d'origine chinoise, mais n'invite pas le Dr Lionel Krief à son émission radiophonique, et ne manifeste aucun intérêt pour Eva Tanger, électrice dans l'arrondissement dont elle est élue !?

A l'instar de dirigeants d'associations juives françaises, Karen Taieb ne semble pas avoir pris conscience que, pour nombre de partis politiques, des candidats/élus juifs français ne représentent d'intérêt que s'ils sont audibles auprès de leurs coreligionnaires.

Henri Dutilleux
Le compositeur français Henri Dutilleux (1916-2013) a été, en mars 2015, au centre d'une polémique ternissant à tort son honneur, révélant un « mélange d'inculture et d'ingratitude » (Thierry HillériteauLe Figaro, 18 mars 2015), et à laquelle étaient mêlés Christophe Girard, maire du IVe arrondissement de Paris, et Karen Taïebune de ses adjoints et conseillère de Paris.


Né en 1916, Henri Dutilleux est le compositeur français, mondialement admiré, des Métaboles, d’Ainsi la nuit (1977), Timbre, espace, mouvementLa Geôle, en 1944, sur un sonnet du poète résistant Jean Cassou – une œuvre dédiée à son frère prisonnier en Allemagne, et Le loup, la musique d'un ballet de Roland Petit. Un résistant  éminent qui aida notamment des compatriotes Juifs, tel Darius Milhaud, et refusa de jouer pour Radio Paris, collaborationniste.

Distingué par de grands prix internationaux, Henri Dutilleux a été professeur de composition à l'École Normale Supérieure en 1961 puis au Conservatoire de Paris en 1970. Henri Dutilleux a présidé l’association  Les Amis d’Alexandre Tansman  (1897-1986), compositeur français Juif né en Pologne.

En novembre 2013, Jean-Pierre Plonquet, candidat UDI aux élections municipales (2014) dans le IVe arrondissement, a suggéré la pose d’une plaque en hommage à Henri Dutilleux  sur l’immeuble du 12 rue Saint-Louis en l’Ile, où cet artiste a longtemps vécu. Christophe Girard, ancien adjoint à la culture du maire de Paris, alors Bertrand Delanoë, et nouveau maire socialiste de l’arrondissement, a soutenu cette idée.

Le 21 juillet 2014, présidé par Danielle Tartakowsky, le Comité d’Histoire de la Ville de Paris a émis un avis positif, tout en notant « des faits de collaboration avec le régime de Vichy. Henri Dutilleux, alors qu'il était chef de chant de l'Opéra de Paris, a composé la musique du film de propagande Forces sur le stade (1942). Le film fut commandé par le Commissariat général à l’Education générale et aux Sports au réalisateur Marcel Martin (1908-1983) ; il fut produit par l’Union Technique Cinématographique et distribué par Pathé-Consortium-Cinéma. Un film de propagande réalisé en direction des patrons d’usines pour les inciter à construire des terrains de sports près des lieux de travail des ouvriers ». Un film prônant à la pratique intensive du sport pour l'entretien du corps et le développement de la force de travail, commandé par les services du Maréchal Pétain. Toutefois, le Comité soulignait que « l'implication de Henri Dutilleux dans une politique active de collaboration n'est pas autrement documentée, il ne semble pas jusqu’à preuve du contraire avoir directement nui ou pourchassé des persécutés ».

Et de rappeler la polémique suscitée par le projet de plaque en hommage au compositeur Jean Martinon (1910-1976), « ayant composé la musique d’un film de propagande nazie » Le Maire, alors Bertrand Delanoë « avait demandé le retrait de la plaque » rendant hommage aux chefs d’orchestre Jean Martinon et Pierre Monteux, et d’apposer une plaque rappelant uniquement la mémoire de Pierre Monteux, au 189 rue Ordener (75018).

Le 2 mars 2015, lors du Conseil d’arrondissement, Christophe Girard, « accompagnée de Karen Taïebconseillère de Paris, a fait part de son choix de suspendre la pose de la plaque pour le moment, en raison du contexte « marqué par les attentats de janvier et la commémoration de l'anniversaire de la libération des camps de concentration d'Auschwitz et Birkenau ». Une décision soutenue par la mairie de Paris », dont le Maire est la socialiste Anne Hidalgo. Bref, l'avis positif du Comité d'Histoire n'a pas été respecté.

Christophe Girard, qui « a bien connu Henri Dutilleux, nous étions tous deux originaires du même village d’Anjou. C’était un immense musicien et j’ai donc voulu honorer sa mémoire  » - a expliqué ainsi sa position : « Dans le contexte actuel, entre les manifestations, le plan Vigipirate, le mémorial de la Shoah qui est sous surveillance dans l’arrondissement, il n'est pas question d'avoir des manifestations devant la rue d'Henri Dutilleux contre la pose d'une plaque, ce serait d'une violence inouïe, donc Anne Hidalgo et son cabinet m'ont réitéré que ça n'était pas opportun pour le moment lorsque j'ai posé la question. J'avais souhaité qu'on apaise tout et qu'on laisse passer un peu le temps dans l'émotion actuelle, et voilà que les réseaux sociaux se sont enflammés en disant que je ne respectais pas la mémoire d'Henri Dutilleux. On mettra la plaque, mais le temps n’est pas opportun ». On comprend mal le lien entre la situation actuelle et ce célèbre compositeur résistant.

Lors du décès de Henri Dutilleux, la Ville de Paris avait pourtant salué  le 22 mai 2013 « la richesse de son parcours, la qualité de ses compositions mais aussi son talent d’enseignement et de transmission ont marqué et marqueront encore des générations de musiciens et de mélomanes. En tant que compositeur contemporain parmi les plus joués au monde, chef de chœur à l’Opéra de Paris, professeur de composition à l’Ecole Normale de Musique de Paris mais également professeur au Conservatoire, il a contribué à la vitalité musicale de la Capitale et à son rayonnement international. Poète inspiré, résolument moderne et avant-gardiste, il a su explorer avec audace de nouvelles voies musicales, autant de voyages intenses et lumineux qu’il nous a légués ».

Et la mairie du IVe arrondissement avait rendu hommage à cet artiste : ainsi, le 20 décembre 2013, cette mairie et l’association Figures harmoniques ont organisé l’exposition, me projection d’Henri Dutilleux , à portée de voix, documentaire de Michel Van Zele et un concert de musique de chambre.

Selon le site du magazine Diapason, Christophe Girard aurait twitté  : « Je ne fais que suivre les recommandations du Comité d'histoire de la Ville. Louis-Ferdinand Céline est un grand écrivain mais…» Retiré depuis, ce Tweet a alimenté  la polémique  naissante.

La mémoire de Henri Dutilleux  a été défendue par Hugues Gall, Jean-Claude Casadesus et divers compositeurs. Indigné, le violoniste Renaud Capuçon a loué son œuvre caractérisée « en trois traits: raffinement, foisonnement d'idées et une singularité de son univers sonore, d'une poésie infinie  ».

Lancée le 16 mars 2015, la pétition « Non à la calomnie pour le compositeur Henri Dutilleux  » en faveur de ce compositeur a recueilli, au 22 mars 2015, 5963 signatures, dont Etienne Kippelen, compositeur, musicologue, lauréat du Concours Dutilleux 2012, Matthieu Stefanelli, compositeur, pianiste, et Régis Campo, compositeur, Premier Prix du Concours Dutilleux 1996. Cette pétition est adressée au maire du IVe arrondissement de Paris :
« Lors du conseil d'arrondissement du 2 mars 2015, en réponse à la demande formulée par un élu d'apposer une plaque commémorative sur l'Ile Saint-Louis, où Henri Dutilleux  a passé la majeure partie de sa vie, M. Christophe Girard, Maire du 4ème arrondissement, et Mme Karen Taïeb, Conseillère de Paris, ont accusé le compositeur en des termes peu mesurés de graves faits de collaboration, s'appuyant exclusivement sur la réalisation d'une musique d'un film documentaire en 1942 "Forces sur le stade". (http://lindependantdu4e.typepad.fr/arrondissement_de_paris/2015/03/refus-dune-plaque-%C3%A0-la-m%C3%A9moire-dhenri-dutilleux-un-petit-cours-dhistoire-pour-les-%C3%A9lus-de-la-majorit.html). S'il s'agit effectivement, d'après l'historien du cinéma Jean-Pierre Bertin-Maghit, d'un film de propagande, vantant les mérites du sportif et de l'ouvrier-modèle selon Vichy - et non d'un film à proprement parler collaborationniste -, il est d'une totale malhonnêteté intellectuelle de souiller la mémoire d'un homme dont la vie et l'œuvre témoignent d'un engagement humaniste et universaliste.
Premier Grand Prix de Rome en 1938, Henri Dutilleux adhère dès 1942 au Front national des musiciens, organisation de résistance, à laquelle participent également des noms prestigieux tels que Francis Poulenc, Georges Auric, Manuel Rosenthal, Roland-Manuel et Charles Munch. En 1944, il compose dans la clandestinité "La Geôle", sur un sonnet de Jean Cassou, un poète résistant qui fut emprisonné à Toulouse ; cette œuvre sera créée quelques mois après la Libération de Paris. En 1974, lorsque le violoncelliste Mstislav Rostropovitch fuit précipitamment l'URSS de Brejnev, il est accueilli à bras ouverts par son ami Henri Dutilleux et sa femme Geneviève Joy, chez lesquels il passe sa première nuit en France. Le compositeur a été depuis l'un des musiciens français les plus récompensés pour son œuvre, qui s'est toujours épanouie hors des modes de son siècle et a gagné ainsi - fait exceptionnel dans la musique contemporaine - le cœur de nombreux mélomanes.
Acclamé dans le monde entier, il est pourtant inhumé en 2013 dans un quasi-anonymat en France, en l’absence de tout représentant officiel, et maintenant se voit sali par des accusations malhonnêtes, témoignant d'une lecture de l'histoire bien peu objective. Nous demandons que soit mis un terme à cette ignominieuse calomnie, que son talent et l'universalité de son œuvre soient honorés par la pose officielle d'une plaque à l'endroit de l'immeuble qu'il a longtemps habité, sur l’Ile Saint-Louis ».
Proche du compositeur, le musicologue Claude Samuel a considéré ces attaques contre Henri Dutilleux comme « une connerie absolue. Dutilleux était un modèle de vertu, de probité et de rigueur morale. Surtout, c'était un homme qui avait choisi son camp. Il n'y a jamais eu la moindre histoire à ce sujet. S'il avait dans sa jeunesse eu un quelconque écart de pensée, il ne l'aurait pas caché: son honnêteté a toujours été sans faille. Venir salir sa mémoire alors qu'il n'est plus là pour s'expliquer, est une honte ! »

Professeur en études cinématographiques à Paris III, membre de l’Institut universitaire de France, Jean-Pierre Bertin-Maghit a adressé à Christophe Girard un texte argumenté en faveur de Henri Dutilleux et publié le 18 mars 2015 par Pierre Assouline

Le 19 mars 2015, l’Académie des Beaux-arts  a protesté « vivement contre cette décision précipitée de la Mairie de Paris qu’elle juge injuste et insultante pour la mémoire de ce grand musicien, internationalement reconnu et respecté ». 

Le 18 mars 2015, Catherine Vieu-Charier, adjointe à la Maire de Paris en charge de la Mémoire et du Monde combattant, correspondant Défense, a signé un communiqué indiquant : « La Ville de Paris a donc décidé de surseoir à la rédaction de la délibération afin de demander des précisions qui clarifieront les activités de M. Henri Dutilleux durant l’occupation. La Ville de Paris est dans l’attente de cette expertise complémentaire, et les conclusions qui seront apportées lui permettront de prendre une décision dans la clarté et dans la sérénité. La Ville de Paris est dans son rôle, chaque fois qu’elle rend hommage à une personnalité, de s’assurer de conseils argumentés et scientifiques, afin d’éviter toute polémique, et ce, quels que soient la femme ou l’homme honorés. »

Le 22 mars 2015, Jack Lang, président de l'IMA (Institut du monde arabe) et ancien ministre de la Culture sous la présidence de François Mitterrand, a déclaré : "« On est abasourdi par ce mélange d’incompétence et de veulerie ».

Karen Taieb n’a rien publié sur son blog pendant des mois sur cette polémique. Son texte le plus récent louait alors l’ouverture du jardin de l’Hôtel de Ville… 

Le 12 mai 2015, en Conseil d'arrondissement du IVe arrondissement, Karen Taieb a déclaré :
"Lors du conseil d’arrondissement du 3 mars dernier, j’ai eu la délicate tâche de vous rapporter des éléments pour le moins inappropriés du comité d’Histoire de la ville à propos d’Henri Dutilleux.  Les mots ayant un sens, ceux à l’endroit du compositeur et notamment « faits de collaboration » écrits noir sur blanc par le comité auquel nous avons, auquel j’ai fait confiance, auquel nous nous sommes référés, ont fait jaillir un trouble qui n’aurait jamais dû exister.Shakespeare a écrit Beaucoup de bruit pour rien, et bien nous avons eu la preuve du contraire et je veux remercier mais aussi m’excuser auprès de toutes celles et de tous ceux qui, connaissant le parcours de l’immense compositeur, ses amis de Paris tout comme ceux très nombreux à travers le monde entier, nous ont alertés, il est vrai, par des mots durs, voulant crier la vérité, une vérité abîmée et que nous réparons aujourd’hui.  J’ai entendu et compris leur colère.  Tout comme le maire Christophe Girard et Catherine Vieu Charrier, adjointe à la maire de Paris, j’ai aussitôt fait part de mon incompréhension et demandé au comité d'Histoire de la Ville qu’un nouveau rapport retraçant la vie d’Henri Dutilleux, mentionnant les nombreux faits de résistance, son adhésion au front national des musiciens, organe de résistance, notamment, soit écrit en lieu et place du précédent. Rien de tout cela ne figurait dans le document que nous avons eu.  Aujourd’hui, nous pouvons nous féliciter de voir la vérité rejaillir sur cette grande figure de la musique, sur celui qui fut Premier Grand Prix de Rome en 1938, composa en 1944 la Geôle, mélodie avec orchestre sur un sonnet du poète résistant Jean Cassou, qui fut professeur au Conservatoire de Paris de 1970 à 1984, reçut le grand prix national de la musique pour l'ensemble de son œuvre, le prix international Maurice Ravel en 1987 et en 1998, le Royal Philharmonic Society Awards pour The Shadows of TimeVoilà ce que nous devons retenir de la vie d’Henri Dutilleux dont la vie fut associée à celle de son épouse Geneviève JOY, tous deux résistants pendant la seconde guerre mondiale. Une vie entièrement dédiée à l’œuvre musicale qui honore le 4ème arrondissement dans lequel il a vécu, Paris et la France".
Bref, ce n'est pas de sa faute, mais celle du texte du Comité... Il est curieux que cette élue n'ait pas eu le réflexe journalistique de s'informer sur ce célèbre artiste avant sa position initiale. Ce qui aurait pu vraisemblablement contribuer à épargner cette polémique en informant le maire de l'arrondissement.

J'ai interrogé Karen Taieb et le FSJU. Je publierai leurs réponses dès réception.

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