mercredi 10 mai 2017

« Requiem pour la vie », de Doug Schulz


Toute l’Histoire rediffusera le 10 mai 2017 « Requiem pour la vie » (Defiant Requiem), documentaire de Doug Schulz (2012). Talentueux compositeur, pianiste et chef d'orchestre roumano-tchécoslovaque d'origine juive, Rafael Schächter (1905-1944 ou 1945) a contribué à la vie culturelle au camp de concentration nazi de Theresienstadt (Terezín), où il avait été envoyé en 1941, en dirigeant le Requiem (Messa da requiem ou Requiem de Manzoni) de Verdi créée en 1874.

« La Croix-Rouge sous le IIIe Reich, histoire d’un échec » de Christine Rütten 
Karel Ančerl (1908-1973), chef d’orchestre tchèque

Le documentaire retrace l'histoire méconnue de Rafael Schächter (1905-1944), chef d'orchestre et pianiste tchèque né à Brăila (en Valachie, Roumanie). 

Il est arrêté et envoyé au camp de concentration nazi de Theresienstadt (Terezín), près de Prague, en 1941. Rapidement, il s'affirme en pionnier dans l'animation de la vie culturelle de ce camp. Avec Karel Švenk (1917-1945), artiste de cabaret, comédien, compositeur et écrivain tchécoslovaque, Gideon Klein (1919-1945), compositeur, pianiste et musicologue tchécoslovaque, et d'autres il sollicite instrumentistes et chanteurs pour des activités culturelles.

En dix-huit mois, il réussit un exploit. Il réunit 150 chanteurs, dont  Edgar Krasa, et quatre solistes prisonniers de ce camp pour monter, « grâce à une partition introduite clandestinement », le Requiem de Verdi. Une commande des Nazis. Tous ces déportés répètent lors de répétitions dans une cave sombre après des journées de travail forcé épuisants, et malgré les déportations de choristes. Le Conseil des Juifs du camp reprochent à Rafael Schächter le choix d'une oeuvre catholique romaine pour l'édification de ses coreligionaires.

Le Requiem a été représenté à seize reprises devant un public composé des déportés juifs. Le texte de la messe de Requiem (Messa da requiem) les a rendus capables, comme Schächter l’a dit au chœur, de « chanter aux Nazis ce qu’ils ne pourraient pas leur dire ». L'oeuvre de Verdi s'achève sur un "Libera me (Délivre-moi)" chuchoté.

Sur ordre du chef du camp nazi, l’ultime représentation a lieu le 23 juin 1944 devant les officiers SS de Berlin, dont Eichmann, et les représentants de la Croix-Rouge pour donner l'illusion que les prisonniers étaient bien traités. « Je raconterai comment le ciel a pu se perdre en enfer et comment l'enfer est monté au ciel », s’était écrié Schächter. En raison des "départs vers l'Est", le chœur était réduit à 60 personnes.

Le 16 octobre 1944, Rafael Schächter quitte Terezín pour le camp nazi d’Auschwitz. Il a été tué dans une chambre à gaz en 1944 de ce camp ou lors de marches de la mort induites par l’évacuation de ce camp en 1945.

Dans Le Requiem de Terezín (Terezinské rekviem, 1963), Josef Bor (1906-1979), juriste et écrivain tchèque déporté à Terezín puis Auschwitz, et dont la mère, l’épouse et les enfants avaient été assassinés lors de la Shoah, « raconte cette histoire vraie en s'inspirant des versets du Requiem et en associant sa réflexion sur l'histoire à une méditation sur la musique ».

Grâce à des témoignages de membres survivants de ce chœur, d’extraits du concert, de scènes reconstituées et d’évocations animées, ce documentaire explore comment les interprètes de Verdi ont perçu cette œuvre : un défi et un acte de résistance aux Nazis.

Fondateur de la Defiant Requiem Foundation qui a créé le Rafael Schächter Institute of Arts and Humanities à Terezín et coproducteur de ce documentaire, le chef d'orchestre Murray Sidlin a interprété le "concert/dramaDefiant Requiem à  Terezín en 2006, avec le chœur et l'orchestre de l'Université catholique d'Amérique. Il est pour le moins regrettable que l'affiche d'un des concerts du concert/drama présente un chef d'orchestre vêtu, de manière erronée, de la veste et du pantalon rayé que les détenus de ce camp ne portaient pas. Musicologue, James Loeffler a critiqué cette oeuvre car elle véhiculerait, involontairement, le cliché antisémite que les Juifs ne savent s'exprimer artistiquement que par des créations de la musique chrétienne européenne qu'ils corrompent. Il a aussi fustigé le fait qu'une page du site Internet du Defiant Requiem destinée aux élèves des collèges et lycées américains liait Terezín à des thèmes tels l'Afrique du sud, l'ex-Yougoslavie ou le rejet par les Etats-Unis de la Cour criminelle internationale. Cette page a été supprimée du site Internet.

"A travers Edgar [Krasa - celui-ci est un survivant du camp de Terezín ], j'ai appris que le requiem était un code. Il parle de la fin du monde et de ce qu'il advient à ceux commettant le Mal. Alors même qu'ils affrontaient leur destruction, les Juifs de ce chœur disaient aux Nazis comment le Troisième Reich était condamné, voué à l'échec", observe Murray Sidlin.

Defiant Requiem réalisé par Doug Schulz a été distingué comme meilleur documentaire de long métrage au Festival de film de New York et de Los Angeles.


« Requiem pour la vie », de Doug Schulz
2012
Sur Toute l’Histoire les 22 juillet 2016 à 9 h 37, 10 mai 2017  à 13 h 59

Visuels :
DR
Affiche du concert-drama par Gut Instinct Creative
Maestro Murry Sidlin rehearses the orchestra, chorus and soloists for the Anchorage Concert Chorus performances of Defiant Requiem: Verdi at Terezín on April 8, 10, 2016

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Les citations sont extraites du site de Toute l'Histoire. L'article a été publié le 22 juillet 2016.

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