lundi 2 mai 2016

« Fata Morgana » de Ra’anan Lévy


La Galerie Hervé Lancelin présente l'exposition « Fata Morgana », composée d’œuvres récentes du peintre israélien Ra’anan Lévy. Une peinture naturaliste, du quotidien prisant une gamme chromatique froide, réduite. Des natures mortes aux titres liés parfois à l’anatomie humaine révélant, en creux, les traces d’individus dans des intérieurs clos et inhabités.
 


Ra’anan Lévy est né en 1954 à Jérusalem dans une famille Juive qui a quitté, en plusieurs vagues, Damas (Syrie) en 1949. Son grand-père était rédacteur en chef d’un journal syrien. Cet exode familial peut être un facteur explicatif de la thématique générale de l'oeuvre de cet artiste centrée sur la présence/absence, des départs précipités suggérés, des espaces laissés à l'état d'abandon, des vides béants.


Ra’anan Lévy étudie à l’Académie des Beaux-arts de Rome et de Florence (1975-1978). Passionné par la gravure, il s’inscrit au Santa Reparata Graphic Art Center et suit parallèlement une formation étendue à toutes les techniques de cet art.


Puis, il retourne à Jérusalem en 1979 où il y complète sa formation au Département d’Histoire générale et d’Histoire de pays musulmans à l’université hébraïque.


En 1982, il obtient une résidence d’artiste de deux ans à la Rijksakademie van Beeldende Kunsten d’Amsterdam, puis une bourse de la Fondation de France lui permettant de travailler à Paris (1984-1986).


Depuis 1989, cet artiste, distingué par de nombreux Prix (Prix Eugène Kolb pour la graveur et le dessin) vit et travaille entre la France, l’Etat d’Israël et la Grande-Bretagne où, à Londres, la Crane Kalman Gallery lui a consacré plusieurs expositions individuelles depuis 1993.


A Paris, le musée Maillol a organisé la première rétrospective Ra'anan Levy en France intitulée « La chambre double » (novembre 2006-janvier 2007). « Renouant avec la grande tradition, cet artiste développe au travers de thèmes tels que le nu, les paysages, les appartements vides, une recherche sur la couleur pure et l'intensité des pigments. Cette exposition itinérante qui comprend une centaine d'œuvres a été présentée au musée d'art moderne de Tel-Aviv (mars-mai 2007), au musée d'art russe de Saint-Pétersbourg (juin-juillet 2007) » puis à la Janos Gat Gallery à New York (mars-avril 2008).


En 2009, la galerie Pièce Unique a présenté, en collaboration avec Bertrand et Olivier Lorquin, une douzaine de toiles et de dessins récents de Ra’anan Lévy, dont « L’atelier de Gulliver », autoportrait, en sa galerie rue Jacques Callot. Si quelques œuvres ont été montrées lors de la rétrospective Ra'anan Levy au musée Maillol, d’autres, dont la série des « lits défaits », sont nouvelles.

En 2012, le musée Maillol a montrél’exposition Passages du temps, composée d’une quinzaine d’œuvres récentes – peintures et œuvres sur papier – de l’artiste israélien Ra’anan Lévy.

En 2013, la galerie Maeght a présenté l'exposition Intérieurs. "Dans la concentration et l’intimité de son appartement-atelier parisien, avec une persévérance implacable, Ra’anan Levy délivre dans ses tableaux une vision de son espace, mais surtout un questionnement troublant sur l’identité et le temps. Ses espaces, vides, sont organiques. Ils sont le corps-même du peintre, avec ses ouvertures et ses incertitudes, ses obsessions. Ce faisant, ses tableaux nous perturbent, déplacent nos repères, interrogent. Qui habite ces espaces ? Et qui sommes-nous face à ces toiles ? Où est le dehors, le dedans ?"

La Galerie Hervé Lancelin présente l'exposition « Fata Morgana ». "Au Moyen Âge, des Croisés attribuèrent au pouvoir de la Fée Morgane une apparition de châteaux en mer Méditerranée. Fata Morgana est depuis lors le nom d’un mirage déformant un objet au point de le rendre méconnaissable" (Julia Beauquel, Docteur en Esthétique et Philosophie de l’art)Fata Morgana est aussi le titre d'un poème de Henry Wadsworth Longfellow en 1873.
"La science nous apprend que l’image de paysages peut être considérablement modifiée par la superposition de couches d'air chaud et froid perturbant les rayons lumineux. Du moins est-ce là l’explication scientifique d’un phénomène naturel. Le titre de l’exposition semble donner raison à Platon ; méfions-nous de l’art et en particulier des images, car celles-ci ne sont qu’ombres et simulacres de la réalité. Plutôt que de nous permettre de connaître le monde, elles nous en éloignent doublement : le lit représenté par le peintre est encore moins réel que le lit de l’artisan sur lequel je m’allonge et qui lui-même est perçu par mes sens trompeurs. 'Ra’anan Lévy le confie dans un entretien : « En tant que peintre et spectateur des grands maîtres, le sujet m’intéresse moins que la manière. » (Julia Beauquel, Docteur en Esthétique et Philosophie de l’art) 

Un « art du questionnement »

Les sujets des œuvres de cet artiste israélien ? Des pièces vides d’appartements, des espaces ou fenêtres clos, des portes ouvertes sur des lieux inhabitées, l’eau qui coule d’un tuyau flexible… Un eau qui s’écoule comme le temps qui fuit ?

Ra’anan Lévy lie intimement des contraires : présence/absence, plein/vide. Multipliant les perspectives de diagonales, il capte un présent anodin aux teintes du passé, aux couleurs défraîchies, ternes, réduisant sa palette aux nuances de gris d’où contraste un chiffon rouge (« Wet Rag »).

La présence humaine, à la fois proche – détectable par la fuite d’eau - et passée, lointaine ou invisible, se devine aux creux des coussins, aux plis de draps, aux lunettes et autres objets dans la poubelle de la cuisine (« Cloaqua maxima »), aux traces sur les murs d’objets ôtés, aux fentes et croûtes dégradant le plafond. Quant à l’extérieur animé, il est aperçu vaguement, derrière des vitres granuleuses, quasi-opaques qui tamisent les lumières.

Ra'anan Levy prise les lignes géométriques - verticales des portes rompant la monotonie de l’horizontale du parquet ou une oblique de porte déposée – et mises en perspectives.

On retrouve dans ses œuvres un côté mélancolique, bizarre, incongru et énigmatique : Pourquoi la pièce est-elle inhabitée ? S’agit-il d’un déménagement ou d’un emménagement ? Pourquoi cette fuite d’eau ou cette eau stagnant sur le parquet ?

« L’autoportrait » saisit le regard aigu, grave et songeur de l’artiste, dont le bas du visage semble se fondre dans le paysage de pots de pigments généralement vides, en équilibre instable occupant la partie supérieure du tableau.

En 2012, « s’il poursuit son travail sur une série de sujets qui lui sont depuis longtemps familiers – lavabos sales, bouches d’égout, appartements vides – ses dernières œuvres révèlent une très forte intensification du thème de l’eau. Eaux qui s’écoulent des robinets, eaux se répandant sur les lattes des parquets, glissant le long d’escaliers à peine entraperçus et qui s’épandent en taches, halos mystérieux. Circulations étranges suintantes de substances troubles que le peintre cadre dans des perspectives de diagonales, vues en plongée qui provoquent le vertige – la chute ? – de celui qui regarde. Il pénètre alors – tombe, littéralement, sur ces sols instables et humides – dans des dédales de pièces aux portes et fenêtres multiples toujours entrouvertes ».

Et le musée Maillot d’ajouter : « Ces habitations désertées des hommes s’assimilent à des organismes vivants, les bouches et plaques d’égout, les bondes des éviers se font bouches humaines ou œil, orifices corporels qui nous regardent ou nous absorbent. Qu’il s’agisse des toiles de très grandes dimensions ou de formats plus réduits, qu’il utilise l’huile ou le fusain, la tempera ou le pastel, Ra’anan Lévy nous invite chaque fois à plonger dans les eaux abyssales de ces vestiges d’existences humaines, ces empreintes de l’usure du temps écrites sur les parois des maisons délaissées comme elle s’écrit de même sur la peau des êtres qui les ont un jour habitées ».

Ra'anan Levy a reçu les insignes de Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres le 5 juin 2013.

A la Galerie Hervé Lancelin, des œuvres sont consacrées à des lits défaits, dont de drap enroulé sur lui-même, tout en courbes, laisse deviner les pressions et mouvements d'un corps humain. Souligné par son écume, un large filet d'eau serpente entre les pièces.
"La France m’a toujours fasciné. J’ai étudié la langue française au centre culturel français de Tel-Aviv et dans ma famille, juive syrienne, la culture française n’était pas étrangère. La Syrie était un protectorat français.
Lorsque j’ai étudié à l’Université hébraïque de Jerusalem (ndlr entre 1980 et 1982) je me suis intéressé au jansénisme, un mouvement catholique complexe et j’ai étudié la littérature arabe".

Quand je représente les appartements je pense au corps humain. Les portes sont des organes ou des objets abstraits. Quand je travaille j’ai toujours un livre d’anatomie. Je l’ouvre au hasard.
Les portes sont un sujet que j’ai commencé il y a 10 ans à peu près. Je n’avais pas d’idée de ce que je voulais peindre. Je me baladais dans Paris au début du mois d’août, devant une agence immobilière, et j’ai vu en vitrine les photos des appartements vides. Je me suis dit que c’était un bon sujet pour exprimer ce que je voulais, pour raconter une histoire. Ce vide est comme une pièce de théâtre dans laquelle je pourrai mettre ce que je veux.
Alors je suis entré dans l’agence et j’ai demandé à visiter un appartement. L’agent a pensé que j’étais un acheteur. Je lui ai demandé quelques croquis et je lui ai fait croire que je devais les envoyer à ma femme pour qu’elle puisse voir l’appartement etc… Petit à petit j’ai développé cette habitude et j’ai trouvé que c’était un excellent sujet. Je peux arriver à donner la sensation de se promener dans le tableau et en même temps c’est très abstrait. Mon ambition est d’inviter le spectateur dans le tableau et le laisser penser et imaginer ce qu’il veut.

Quand j’étais jeune, pour aller à l’école, je devais prendre le bus. Le trajet durait une heure environ alors j’ai développé un jeu, regarder les mains des voyageurs et deviner ce qu’ils faisaient dans leur vie. J’ai gardé ce jeu.
D’autres part, il y a quelques années, un de mes meilleurs amis, le président du Musée Maillol (ndlr Olivier Lorquin) avait des douleurs aux mains et il est allé chez un spécialiste. En sortant, il m’a appelé et il m’a suggéré ce sujet que je n’avais jamais représenté. J’ai commencé à faire cette série sur les mains.
Plus tard, à l’imprimerie de la galerie Maeght, j’ai produit 7 gravures sur les mains.

Comme je partage mon temps entre Florence et Paris, j’ai des amis en Italie et une fois j’ai vu un tonneau pour faire de l’huile d’olive, un tonneau devenu un refuge pour les renards. Par ses formes, ce vieil objet abandonné dont la fonction avait changé me correspondait totalement. J’ai été fasciné. Ce tonneau ressemblait à la chair humaine.
De même d’autres sujets me fascinent telles les bouches d’égout. Pour moi ces bouches sont comme des nombrils."

Jusqu'au 15 mai 2016
7, rue Michel Rodange

L-2430 Luxembourg

Grand-Duché de Luxembourg

Tél. : +352 28.777.771

Du lundi au samedi de 9 h à 19 h & sur rendez-vous

Passages du temps. Ed. Musée Maillol. 143 pages. 30 €

La galerie Maeght était présente à Art Paris au Grand Palais du 28 mars au 1er avril 2013. (stand E14)
Du 28 février au 13 avril 2013
42, rue du Bac. 75007 Paris
Tél. : 01 45 48 45 15
Le lundi de 9 h 30 à 18 h. Du mardi au samedi de 9 h 30 à 19 h.
Vernissage le 28 février 2013 de 18 h à 20 h 30 en présence de l'artiste


Jusqu’au 12 février 2012
Au musée Maillol
Au deuxième étage
61, rue de Grenelle, 75007 Paris
Tous les jours de 10 h 30 à 19 h. Nocturne le vendredi jusqu'à 21 h 30.
Tél. : 01 42 22 59 58

Visuels de Ra’anan Lévy de haut en bas :

Ra’anan Lévy
Réflexions
2011/2012
© J.L. Losi, Paris

Ra’anan Lévy
Passage dans le temps
2011
© J.L. Losi, Paris
  
Ra’anan Levy
Nombril, 2010
Huile sur toile, 76 x 85 cm
Collection particulière
© Ra’anan Lévy


Ra’anan Lévy
Couple
2013
© J.L. Losi, Paris

Ra’anan Lévy
Femme, 2010
Huile sur toile, 210 x 240 cm
© Ra’anan Lévy

Ra’anan Lévy
Crépuscule
2012
© J.L. Losi, Paris

Ra’anan Lévy
Éruption, 2008-2009
Pastel, fusain, crayon Conté et tempera sur toile,
168 × 198 cm
© Ra’anan Lévy

Ra’anan Lévy
Angles glissants
2012/2013
 © J.L. Losi, Paris 


L'artiste Ra‘anan Levy devant son oeuvre (Sans titre, 2016)  

Ra'anan Levy -  Sans titre, 2016

Ra'anan Levy - Sans titre, 2016


Ra'anan Levy - Sans titre, 2016 

Ra'anan Levy
Fata Morgana, 2015


Articles sur ce blog concernant :






Cet article a été publié en une version concise par L'Arche et sur ce blog le 1er février 2012 et les 26 février, 5 avril et 31 mai 2013.
   

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire