mardi 14 juillet 2015

La Flandre et la mer


Le musée départemental de Flandre à Cassel présente l’exposition La Flandre et la mer. consacrée à la représentation de la mer dans l'art flamand des XVIe et XVIIe siècles. « Si la marine est considérée comme une spécialité de la peinture hollandaise, l’exposition rappelle que ce sont les artistes flamands qui en sont les véritables inventeurs ». Manquent une chronologie, une carte et l’évocation du rôle des Juifs, dans la cartographie, etc.


Le musée départemental de Flandre à Cassel présente une exposition dédiée à la représentation de la mer dans l'art flamand des XVIe et XVIIe siècles, ère d’intenses échanges commerciaux entre la péninsule hispanique et la Baltique au travers de ports tel Anvers. En témoignent des scènes de marchés avec des étals de poissons et de légumes – ceux-ci résultent des « mérites de l’Homme qui parvient par son travail à rendre fertile la terre », et ceux-là révèlent la variété et « les richesses du monde marin, de la mer nourricière, illustration de la grandeur divine » -, natures mortes… Dans ces étals, des phoques voisinent avec des « homards, des anguilles, des crabes, des raies énormes, des brochets, des poissons de mer et de rivière ».

Environ quatre-vingt peintures, dessins et gravures ainsi que trois maquettes de bateaux prêtés par des musées européens et américains retracent   cette relation privilégiée de la Flandre (Pays-Bas méridionaux) avec la mer – voie d’expansion commerciale, espace riche de ressources halieutiques dessinées dans des bestiaires marins édités avec succès, lieu explorable grâce aux progrès de la cartographie, source alimentant l’imaginaire oscillant entre peur, curiosité et désir de voyage, sujet biblique traité en particulier par des tempêtes/punitions divines -, « l’univers envoûtant des marines flamandes et hollandaises des XVIe et XVIIe siècles », un goût des Hollandais pour les sujets simples, et leur représentation picturale de Pieter l’Ancien à Jan Brueghel de Velours. Emerge alors le genre pictural de la marine, notamment par l’apparition du navire de guerre.

« Si la marine est considérée comme une spécialité de la peinture hollandaise, l’exposition rappelle que ce sont les artistes flamands qui en sont les véritables inventeurs. En effet, c’est à Pieter Bruegel l'Ancien que l'on doit les premières scènes en pleine mer ».

Peintures flamande et hollandaise
La « façade maritime de la Flandre qui court de Dunkerque à Anvers ouvre à l’aube du XVe siècle des perspectives de développement à cette puissance économique en pleine expansion. Certes, au Moyen âge, les voies navigables sont privilégiées mais le transport maritime par cabotage c’est-à-dire le long des côtes se développe. Les marins craignent encore de s’aventurer en pleine mer et préfèrent la navigation par cabotage même si elle n’est pas exempte de risques. On a donc recours à des bateaux à fond plat utilisés pour les rivières, les « pleit », pour éviter au maximum de heurter des rochers, les fonds marins étant peu profonds près des rivages. Dès le XVIe siècle, profitant de l’ensablement de Bruges, le port d’Anvers devient une des plaques tournantes du commerce maritime établissant des liaisons de plus en plus intenses entre l’Espagne, le Portugal et la Baltique : on échange le vin de Porto contre du bois de la Baltique ou encore les fameux draps de lin des Flamands ». Au cours du XVIIe siècle, « les vues portuaires deviennent fantaisistes et se chargent de détails aux accents pittoresques, qui s’inscrivent selon certains historiens dans l’« esprit pré-rococo », comme en témoigne l’oeuvre de Hendrik van Mindehout (1632-1696) ».

En 1492, la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb bouleverse la perception du monde. Portulans, mappemondes représentent avec force détails les villes, les ports… « Si Anvers et par la même son port ont été souvent représentés c’est justement car la rive de l’Escaut permettait d’embrasser dans un seul panorama la cité scaldienne. La représentation des ports est dépendante de la situation géographique et des angles de vue possibles à partir de la côte ».

À la charnière des XVIe siècle et XVIIe siècles, s’affirme en Europe une « nouvelle puissance politique, économique et religieuse : les Pays-Bas, République de confession calviniste avec une économie en plein développement fondée sur le commerce maritime ». La « mer faisant partie de leur quotidien, les peintres hollandais n’hésitent donc plus à embarquer sur des navires pour avoir un point de vue réaliste depuis la mer. L’exemple le plus connu est celui de C. Hendrick Vroom à cause de son célèbre naufrage au large des côtes portugaises vers 1590 ».

Peintures flamande et hollandaise se distinguent par leur « choix des sujets : pour les peintres flamands, la représentation des batailles navales sert avant tout de moyen de propagande à un État ou à l’Église. Ils s’attachent plutôt à peindre des combats illustrant la victoire de la Chrétienté sur l’Islam. Ainsi, ils s’intéressent toujours au XVIIe siècle à la Bataille de Lépante, qui s’est déroulée le 7 octobre 1571 dans le golfe de Patras en Grèce. Les Hollandais en revanche privilégient la représentation des batailles contemporaines, qui témoignent des rivalités politiques entre les Espagnols et les Hollandais associés aux Anglais. L’explication de ce point de vue divergeant » réside « dans la perception du genre et la destination des tableaux : les Hollandais, qui considèrent la marine comme le genre majeur, sont soucieux d’asseoir la renommée de leur jeune État. Tandis que pour les Flamands, les batailles navales sont essentiellement commanditées par l’Église, dans le but de glorifier la religion ».

Nulle surprise « de trouver dans l’Œuvre d’Andries Van Eertveld, né à Anvers en 1590, pas moins de quatre tableaux montrant » la Bataille de Lépante (actuelle Grèce), le 7 octobre 1571 qui se conclut par la défaite de la puissante marine ottomane, dirigée par Selim II (1524-1574), 11e sultan ottoman, fils et successeur de Soliman le Magnifique et de son épouse Roxelane, vaincue par une flotte chrétienne constituée d’escadres vénitiennes et espagnoles ainsi que de galères génoises, pontificales, maltaises et savoyardes, agissant pour la Sainte Ligue créée à l'initiative du pape Pie V. « Le plus célèbre d’entre eux n’est autre que celui conservé par le musée des Beaux-Arts de Gand. Sur une mer tumultueuse, qui se démarque à peine en termes de coloris d’un ciel tout aussi agité, les vaisseaux et les hommes sont en pleine tourmente. L’inscription portée sur le pont d’avant du navire situé à gauche renforce la portée religieuse du sujet : « God sij met on allen » ou « Dieu soit avec nous ».

Pour la première fois, est montrée hors d’Italie Bataille navale dans le golfe de Naples, chef d’œuvre de Pieter Bruegel l’Ancien conservé à la galerie Pamphilj de Rome.

La « tempête séduit les peintres maniéristes flamands à l’instar de Frederick van Valckenborch ou de Paul Bril par les effets irréalistes de la lumière et du mouvement qu’elle incite. La tempête, sujet à haute consonance dramatique, est représentée comme une punition divine, comme un moyen de montrer la grandeur de Dieu et de la Nature face à l’homme. C’est pourquoi elle est associée dans un premier temps à une scène religieuse ou mythologique. Ainsi Jonas et la baleine est considéré comme l’un des premiers sujets qui permit aux peintres flamands d’exprimer le déchaînement des éléments en pleine mer » animée par des monstres supposés.

Au vu du succès - plus  de 25 000 visiteurs ont vu cette exposition -, les plages horaires d'ouverture du musée ont été élargies.


Du 4 avril au 12 juillet 2015
26, Grand’Place - BP 38 - 59 670 CASSEL FRANCE
Tél. : 00 33(0) 3.59.73.45.59
Tous les jours de 10 h à 18 h.

Visuels
Affiche
Pieter Bruegel l’Ancien (1528-1569)
Vue sur la baie de Naples
Huile sur bois
Rome, Galleria DoriaPamphilj
© Galleria Doria Pamphilj, Rome,Italy Giraudon/Bridgeman Images

Joachim Beuckelaer (Anvers, ca. 1530 – ca. 1575)
Marché aux poissons
Huile sur toile, 174,5 x 239,5 cm
Ferens Art Gallery, Hull Museums, UK, inv. KINCM 2005.4745
© Ferens Art Gallery, Hull Museums, UK

Pieter Bruegel l’Ancien, attribué à (Breda ?, 1525/1530 – Bruxelles, 1569)
Gravé par Frans Huys (Anvers, 1522 - 1562)
Combat naval dans le détroit de Messine
Gravure au burin, 42,5 x 71,5 cm Louvain-la-Neuve,
Musée de Louvain-la- Neuve, inv. n° ES 97 (Fonds Suzanne Lenoir, donation E. Rouir).
© Jean-Pierre Bougnet Musée de Louvain-la-Neuve

Simon de Vlieger (Rotterdam, 1601 – Weesp, 1653)
Dunes avec pêcheurs par temps de pluie (Scheveningen ?)
Huile sur bois, 37,8 x 53,1 cm
Amiens, musée de Picardie, inv. M.P.Lav.1894-59
© Marc Jeanneteau - Musée de Picardie

Gillis Neyts (Grand, 1623 – Anvers, 1687)
Une Vue d’Anvers au-delà de l’Escaut 1680
Plume et encre indienne sur vélin, 249 x 348 mm
Cambridge, The Fitzwilliam museum, inv. PD. 513.1963
© Fitzwilliam Museum, Cambridge

Pieter Bruegel l’Ancien, attribué à (Breda ?, 1525/1530 – Bruxelles, 1569)
Gravé par Frans Huys (Anvers, 1522 - 1562)
Navire marchand hollandais à trois mâts
Gravure au burin, 23,8 x 19,2 cm Liège,
Collections artistiques de l’Université, inv. 26872
􂡋 Collections artistiques de l’Université de Liège

Jan Peeters (Anvers, 1624 - ?, 1677)
Combat de vaisseaux hollandais contre des galères turques
Huile sur toile, 107 x 210 cm
Valenciennes, musée des Beaux-Arts, inv. P.46.1.129
©  Musée des Beaux-Arts de Valenciennes /
Photo C. Thériez

Pieter Bruegel l’Ancien, attribué à (Breda ?, 1525/1530 – Bruxelles, 1569)
Bataille navale dans le golfe de Naples
Huile sur bois, 41 x 70 cm
Rome, Palazzo Doria-Pamphilj, inv. fc 546
© Trust Doria Pamphilj

Paul Bril (Anvers, 1554 – Rome, 1626), d’après
Gravé par Justus Sadeler (Anvers, ca. 1583 – Venise, 1620)
Jonas et la baleine
Gravure, 21,3 x 27,4 cm
Cassel, musée départemental de Flandre, inv. 2014.2.1
© Cassel, musée départemental de Flandre

Aert Anthonisz (Anvers, ca.1579/1580 – Amsterdam, 1620)
Embarcations à IJselmonde
1617
Huile sur bois, 42,2 x 80 cm
Amsterdam, Rijksmuseum, inv. SK-A-1446
© Amsterdam, Rijksmuseum

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Les citations proviennent du dossier de presse.

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