vendredi 20 octobre 2017

« La révolte du Mahdi. Naissance du Soudan britannique » de Robert Schotter


Arte diffusa le 21 octobre 2017 « La révolte du Mahdi. Naissance du Soudan britannique » (Aufstand in der Wüste. Die Herrschaft des Mahdi) de Robert Schotter. « Retour sur la destinée de l’Autrichien Rudolf Slatin (1857-1932), gouverneur déchu d’une province soudanaise et artisan de sa reconquête par l'Angleterre ».
    

Au XXIe siècle, l'Etat islamique (ISIL) ébranle les influences européennes au Moyen-Orient. Au XIXe siècle, le Mahdi, "qui doit venir à la fin des temps pour amener la justice sur Terre et répandre son enseignement dans le monde entier", fonde un califat qui lui aussi affronte l'Occident.

Etat théocratique
L'Egypte pille le Soudan en mettant en esclavage ses habitants. Le vice-roi égyptien veut s'affranchir de l'autorité du pouvoir ottoman. Le projet du canal de Suez amène l'Egypte au  bord de la faillite. Pour rembourser ses dettes, l'Egypte accroît ses pillages au Soudan.

« Dans les années 1880, le sud du Soudan est le théâtre d’une rébellion menée par le très charismatique Muhammad Ahmad. Élevé au rang de mahdi (« sauveur de l’islam », "bien guidé qui fait des miracles"), ce dernier s’attaque avant tout à l’autorité coloniale européenne et aux réformes économiques introduites par les Britanniques ». 

« Sous l’impulsion de ce nouveau chef, un État théocratique aux règles strictes est instauré : toute forme d’art et toute marque d’opulence sont interdites ». 

« Pris dans ces bouleversements, le gouverneur" Rudolf Slatin (1857-1932) dont le père juif Michaël Slatin s'était converti au catholicisme. Il "rêve d'exotisme, et le Soudan le fascine. Il est venu y chercher fortune et gloire, afin de gravir les marches de l'ascension sociale". Il trouve Khartoum très cosmopolite. Il interdit la traite des esclaves vers le monde arabe. Une décision lourde de conséquences. Il déstabilise la région. 


Le Mahdi rétablit l'esclavage. Muhammad Ahmad (1844-1885) est né à Dongola, au Soudan. Il "est issu d'un milieu modeste et fait tout pour devenir une légende vivante. Il va imiter le prophète Mahomet dans plusieurs domaines". Il a été formé dans des confréries soufies influentes au Soudan. Il "s'en éloigne et les considère comme impies". En 1881, un de ses proches, calife, déclare que Muhammad Ahmad l'a guéri de sa maladie et le proclame "Mahdi". Celui-ci impose le porte d'un costume spécial gommant les différences sociales, "martèle que le djihad comme devoir religieux, renvoie les théologiens chez eux, brûle les livres sauf le Coran, interdit le pèlerinage à La Mecque".

Il se réfugie dans les monts et "constitue une armée, comme Mahomet". Il "invente beaucoup de choses : il intègre des idées non musulmanes, il réforme l'islam à son goût". Des dizaine de milliers de personnes rejoignent les rangs de son armée. Les Égyptiens sont prêts à tout pour capturer le Mahdi. On "recueille l'eau de ses ablutions comme de l'eau bénie, et on vend ces reliques".

Malgré les efforts de Charles George Gordon durant la guerre des Mahdistes, Khartoum tombe aux mains des partisans du Mahdi le 26 janvier 1885. Le Mahdi institue un État théocratique au Soudan avec pour capitale Omdurman. Il y sera enterré.

Fait prisonnier, Rudolf Slatin "doit se convertir à l’islam et est emprisonné à la cour du mahdi ». Muhammad Ahmad décède en 1885, victime du typhus ou tué par un rival.

En 1889, les sauterelles dévorent ce qui reste des récoltes faibles en raison de la sécheresse. Des millions de Soudanais meurent de faim. 

Rudolf Slatin parvient à fuir et rentre dans une Europe qui a bien changé. Il rédige ses Mémoires qui vont modifier la perception du Soudan en Europe.

La gomme arabique est recherchée par les Européens. 

Les Britanniques créent une ligne de chemin de fer pour acheminer ses soldats et prendre une revanche afin de faire oublier leur défaite à Khartoum. Ils se présentent en libérateurs luttant contre le Mal.

« Après s'être lié d’amitié avec la reine Victoria, il va conseiller les forces britanniques qui cherchent à reconquérir Khartoum et sa région ». En 1898, l'armée britannique commandée par Lord Horatio Herbert Kitchener remporte une victoire décisive sur l'État mahdiste grâce aux mitrailleuses.

Marié, père d'une fille, Rudolf Slatin participe à la reconstruction du Soudan. "A-t-il retrouvé ses deux épouses africaines ? L'Histoire ne le dit pas".

Mahdi et Ahmadinejad
Daniel Pipes a écrit "La menace mystique de Mahmoud Ahmadinejad" (New York Sun10 janvier 2006) :
Grâce au président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, un nouveau terme est apparu dans le vocabulaire politique: mahdaviat.
Il s'agit, comme on pouvait s'y attendre, d'un terme technique religieux. Mahdaviat est un dérivé de mahdi, un terme arabe signifiant «le bien guidé» et désignant un personnage central de l'eschatologie islamique. Comme l'explique l'Encyclopedia of Islam, il est «le restaurateur de la religion et de la justice, celui qui régnera avant la fin des temps». Ce concept trouve son origine dans les premières années de l'Islam et, avec le temps, a été plus particulièrement associé à sa branche chiite. Alors qu'«elle n'atteignit jamais le rang d'élément essentiel dans la doctrine religieuse sunnite», poursuite l'encyclopédie, «la croyance en un mahdi de la famille du prophète devint un aspect central de la foi chiite radicale», où elle est également connue sous l'appellation de «retour du douzième imam».
Le mahdaviat désigne donc la foi en la venue du mahdi et les efforts pour préparer son retour.
Dans un reportage d'une grande qualité, Scott Peterson, de Christian Science Monitor, expose toute l'importance du mahdaviat dans les ambitions d'Ahmadinejad et explore les incidences de cette foi dans sa politique.
Par exemple, en 2004, alors qu'il était maire de Téhéran, Ahmadinejad semble avoir discrètement incité le Conseil municipal à construire une grande avenue en guise de préparation à la venue du mahdi. Une année plus tard, en tant que président, il alloua 17 millions de dollars à l'érection d'une mosquée en carrelage bleu, intimement associée au mahdaviat, à Jamkaran, au sud de la capitale. Il initia également la construction d'une ligne ferroviaire directe entre Téhéran et Jamkaran. Il aurait plongé une liste des membres de son cabinet dans un puits adjacent à la mosquée de Jamkaran pour bénéficier d'une supposée influence divine.
Il aborde fréquemment le sujet, et pas uniquement avec des Musulmans. À l'occasion de son discours aux Nations unies de septembre dernier, Ahmadinejad déconcerta les dirigeants mondiaux composant son auditoire en concluant son exposé par une prière pour la venue du mahdi: «Ô Seigneur tout-puissant, je te prie de hâter la venue du dernier dépositaire de tes secrets, le Promis, cet être humain parfait et pur qui remplira ce monde de justice et de paix.»
À son retour en Iran depuis New York, Ahmadinejad évoqua en ces termes l'effet de son discours:
"Un membre de notre groupe me dit que lorsque je commençai à dire «Au nom de Dieu, le tout-puissant, le miséricordieux», il distingua une lueur autour de moi et j'étais dés lors placé à l'intérieur de cette aura. Je l'ai senti moi aussi. J'ai senti l'atmosphère changer tout à coup et, durant ces 27 à 28 minutes, les leaders mondiaux ne clignèrent plus des yeux. (…) Et ils étaient captivés. C'était comme si une main s'étaient emparés d'eux et maintenait leurs yeux ouverts pour recevoir le message de la République islamique".
Ce que Peterson appelle l'«obsession présidentielle» du mahdaviat inspire à Ahmadinejad «une certitude qui ne laisse que peu de place au compromis. Le comblement du fossé entre riches et pauvres en Iran, le défi lancé à l'Amérique et à Israël et la création d'un programme d'armement nucléaire – toutes ses initiatives s'inscrivent dans la préparation du retour du mahdi.»
«Le mahdaviat est un code désignant la révolution [islamique iranienne], c'est l'esprit même de la révolution», indique le directeur d'un institut dédié à l'étude et à l'accélération de la venue du mahdi. «Ce type de mentalité vous rend très fort», relève Amir Mohebian, le responsable de la rubrique politique du quotidien Resalat. «Si je crois que le mahdi va arriver d'ici deux, trois, quatre ans, pourquoi agirais-je avec ménagement? C'est le moment de se montrer fort, pur et dur.» PBS relate que certains Iraniens «s'inquiètent de ce que leur nouveau président n'a aucune crainte de l'effervescence internationale, qu'il peut simplement la considérer comme un signe de Dieu».
Le mahdaviat a des implications directes et préoccupantes pour la confrontation entre l'Amérique et l'Iran, comme le déclara Hamidreza Taraghi, un supporter d'Ahmadinejad et membre de la Coalition islamique, un groupe partisan d'une ligne dure. Cela suppose en effet de considérer Washington comme le rival de Téhéran, voire comme un faux mahdi. Pour Ahmadinejad, la première priorité consiste à défier l'Amérique, et plus spécifiquement à lui opposer un modèle puissant créé sur la base de la «démocratie islamique». Hamidreza Taragui prévoit de graves problèmes, à moins que les Américains ne changent fondamentalement leur approche.
Je préfère la formulation inverse. Les plus dangereux dirigeants de l'histoire moderne sont ceux qui (comme Hitler) disposaient d'une idéologie totalitaire et d'une foi mystique en leur propre mission. Ahmadinejad remplit ces deux critères, comme le révèlent ses commentaires sur son discours aux Nations unies. Cette combinaison, ajoutée à un projet d'arsenal nucléaire, en fait un adversaire qu'il faut absolument stopper. De toute urgence".


« La révolte du Mahdi. Naissance du Soudan britannique » de Robert Schotter
Allemagne, 2017, 53 min
Sur Arte le 21 octobre 2017 à 21 h 40

Visuels
Dans les années 1880, le sud du Soudan est le théâtre d’une rébellion menée par le très charismatique Muhammad Ahmad. Élevé au rang de mahdi ("sauveur de l’islam"), ce dernier s’attaque avant tout à l’autorité coloniale européenne et aux réformes économiques introduites par les Britanniques

© Bastian Barenbrock

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Les citations sur le film sont d'Arte et du film.

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