dimanche 17 septembre 2017

Frans Krajcberg, peintre et sculpteur


Le musée de l'Homme présente l'exposition "Frans Krajcberg, un artiste en résistance"En 2003-2004, un double hommage a été rendu à cet Frans Krajcberg né en 1921 dans une famille juive polonaise, engagé dans la défense de la nature au Brésil. Une exposition temporaire et l’Espace Krajcberg ont présenté ses sculptures (arbres-totems), dessins, empreintes et photographies conjuguant amour de la forêt et témoignage sur la Shoah (Holocaust). Une œuvre – bois brûlés sculptés - « hantée par le feu destructeur ».


Un conseil : commencez par le documentaire « Frans Krajcberg, portrait d’un révolté » diffusé dans l’Espace Krajcberg, puis voyez les expositions, permanente dans cet Espace et temporaire au Musée du Montparnasse. On comprend mieux le parcours et les œuvres de cet homme.

Art et révolte
Frans Krajcberg est né en 1921 dans une famille Juive polonaise de modestes commerçants.

Enfant, il subit l’antisémitisme.

Après l'invasion de la Pologne par les Allemands nazis, il découvre en 1939 le cadavre de sa mère, militante communiste pendue par les nazis à Radom, puis la disparition de sa famille de sa ville natale de Kozienicé.

Prisonnier à l’âge de 18 ans, il s’évade, se réfugie dans une forêt, rejoint l’Armée Rouge sur la Vistule. En route vers la Roumanie, il est fragilisé par le froid, et est hospitalisé. Il commence à peindre.

Frans Krajcberg se rend à Leningrad, rencontre Natacha, suit les cours d’une école d’ingénierie hydraulique et à l’Ecole des Beaux-arts. Une formation chaotique, bouleversée par les bombardements qui tueront Natacha.

En 1941, il est incorporé dans la Première, puis Seconde armée polonaise où, officier, il participe à l’édification de ponts. Sous le choc d’un bombardement, il devient partiellement amnésique.

Dans l’Armée rouge, il contribue à libérer les camps nazis, dont celui de Majdanek, près de Sobibor, en juillet 1944. « Je suis reparti dans un état de choc indescriptible, muet d'horreur. Chaque jour que je vis, ces images insoutenables me sont plus présentes et plus insoutenables, cette blessure ne peut pas guérir », confie Frans Krajcberg.

Résistant, il découvre à l’issue de la guerre que sa famille a péri dans la Shoah.

Frans Krajcberg décide d’étudier aux Beaux-arts de Stuttgart en 1945. Il bénéficie de l’enseignement de Willy Baumeister, ancien professeur au Bauhaus

Muni d’une recommandation d’un professeur, il se rend en 1947 à Paris où il est accueilli par Chagall, dont il a connu la famille à Vitebsk.

Mais, sans travail, il décide de partir au Brésil dont il va acquérir la nationalité en 1958.

« Prophète des Tropiques » 
Frans Krajcberg rencontre les « peintres autodidactes » de la Familia Artistica Paulista.

Ses œuvres aux dominantes noire et grises reflètent ses épreuves personnelles, et ne se vendent pas.

Lasar Segall lui achète un dessin en 1952, et le recommande auprès de la papèterie gérée par la famille Klabin à Porto Alegre, dans le Paranà.

Ingénieur-dessinateur, Frans Krajcberg s’isole alors dans la forêt brésilienne (Mata Atlantica), découvre émerveillé une multitude de formes et de couleurs et réapprend la vie.

Il crée des céramiques – poteries, azulejos -, peint des paysages et des végétaux aux couleurs vives, photographie et sculpte.

En 1956, à Rio, il peint ses « Samanbaias » (1956-58) et expose.


La consécration vient en 1957, lors de la Biennale de Sao Paulo qui expose ses peintures. Frans Krajcberg est distingué par le Prix du meilleur peintre brésilien – Pollock remporte le Grand prix.

Depuis, Frans Krajcberg partage sa vie entre ses ateliers du passage du Montparnasse (Paris) et au Brésil. Il s’intéresse aux grands débats historiques, politiques – guerre d’Algérie -, artistiques – controverse autour de l’abstraction, crise de l’Ecole de Paris…

Pour préserver sa santé, il s’oriente vers les collages, xylogravures sur papier japonais, des « empreintes directes » de bois, la photographie de la nature, ses empreintes de rochers et de terres » (1959), ses « tableaux de terres et de pierres » (1959-1967) qui lui valent le Prix de la ville de Venise à la Biennale (1964).

Il s’impose comme un précurseur de l’arte Povera et du Land Art.

En 1959, il se rend en Amazonie. En 1967, il débute ses « ses muraux monochromes à ombres découpées (1967-82). Ce sont des assemblages de bois naturels (lianes ou racines de palétuviers) et de bois découpés, uniformément teintés par des terres. Dans les premières pièces, la découpe oppose une géométrie dure, « constructive » ou « concrétiste » au baroquisme des lignes naturelles. Puis la découpe suit l'ombre portée des bois naturels, que projette, telle une épure, un éclairage latéral. Le chef d'œuvre en est peut-être le mur monochrome blanc (1967) occupant à Rio le hall de la TV Manchete ».

" Je cherche des formes à mon cri contre la destruction de la nature, Mon oeuvre est un manifeste ! ", s'exclamait Frans Krajcberg. 

Dans les années 1970, Frans Krajcberg défend les forêts brésiliennes incendiées et co-signe avec le critique d’art Pierre Restany le « Manifeste du Rio Negro » (Manifeste du naturalisme intégral, 1978), une déclaration artistique. Il milite avec Chico Mendès, par des films, des colloques...

Frans Krajcberg réalise en 1974 ses « empreintes de sable », en 1982-1983 ses monumentaux « tressages de vannerie » transparents à la lumière, et en 1987 débute ses « bois brûlés ».

Pierre Restany, Sepp Baendereck et Frans Krajcberg "remontent ensemble le Rio Negro, affluent de l’Amazone, en 1978. Ce voyage donne lieu à une vive prise de conscience de la part des trois  hommes  sur l’urgence de défendre la nature amazonienne et d’allier enfin l’éthique à l’esthétique. Cette expédition aboutit à la rédaction par Pierre Restany du Manifeste du Naturalisme Intégral ou Manifeste du Rio Negrocosigné par les deux artistes. À leur retour, les  conférences  de lancement à Rio, à Sào Paulo et à Brasilia déchaînent une polémique".

En 1986, est publié son livre de photographies, Natura.

En 1998, Frans Krajcberg participe à la sauvegarde de ce passage parisien dans le quartier de la gare Montparnasse.

« Chaque fois, dit-il, que je vois l'entassement des arbres d'Amazonie brûlés par les hommes, je ne peux m'empêcher de penser à la cendre des fours crématoires: les cendres de la vie, les cendres du feu des hommes devenus fous… Le feu, c’est la mort. Il est en moi depuis toujours. Mon message est tragique : je montre le crime », déclare Frans Krajcberg.

En grands formats, ses œuvres sont constituées d’éléments végétaux (lianes calcinées, feuilles), découpés, assemblés et colorés avec des pigments naturels, aux tons rouille et gris. Comme les cendres.

En 2001, Frans Krajcberg fait don à la Ville de 25 œuvres - sculptures, tableaux et photographies - présentées depuis 2003 au public à l’Espace Krajcberg.

« Ici à Montparnasse, dans cette cité singulière où Roger Pic créa le Musée du Montparnasse, que nous offrons à Frans Krajcberg, avec la ville de Paris, son espace. Paris sera sa ville ; ce fut déjà le lieu où il prit conscience de son travail et de ses combats : protéger la nature, exalter la vie. Dès 1964, Venise salue son œuvre ; dorénavant les « ennuis » planétaires ne le lâcheront plus et son cri fera résonner sa révolte pour maintenir le cap qu’il s’est donné : celui de l’art, porte-parole de la vie. Dans ce but, il veut lier, exprimer et relier les révolutions technologiques, le vide politique et les blessures du monde. Les alertes du siècle trouveront ici, dans ce creuset qui est d’abord le sien, de quoi animer, en compagnie de ceux qui suivent la même voie, un dialogue permanent fait de rencontres, d’initiatives originales et de confrontations fructueuses », écrit Jean Digne, président du Musée du Montparnasse.

Depuis peu, l'Espace Krajcberg est indépendant du Musée du Montparnasse. Il est géré par l'association des amis de Frans Krajcberg.

Le 7 décembre 2012, à 15 h 15, dans les salons de l'Hôtel de Ville, Frans Krajcberg recevra la Médaille de Vermeil de la Ville de Paris des mains de Bertrand Delanoë, maire de Paris.


L'espace Krajcberg a présenté l'exposition "Manifestes !autour des œuvres et des manifestes engagés de Frans Krajcberg. "Trente-cinq ans ans après le Manifeste du Rio Negro de Pierre Restany, Frans Krajcberg et Seep Baenderck", est lancé "Un Nouveau Manifeste refondé et radicalisé pour faire appel à l'engagement des artistes qui mettent la nature au cœur de la création ! Une condamnation de la marchandisation et de la mondialisation réductrice et destructrice de l'art. Un cri de révolte contre la destruction de la nature. Présenté en France le 18 janvier 2013, le Nouveau Manifeste est lancé à Rio de Janeiro le 12 avril 2013 au Jardin botanique, à l'occasion d'une exposition de Claude Mollard, "Le Jardin parallèle". Un Manifeste qui doit être entendu, lu, diffusé et signé ! Le Nouveau Manifeste du Naturalisme intégral veut contribuer à faire bouger les consciences, et à développer un mouvement artistique sur le thème de la nature. Il veut peser sur les comportements des responsables politiques trop souvent inertes face aux menaces croissantes contre la planète. Il est un appel à tous les acteurs du monde de l’art".

Le musée de l'Homme présente l'exposition "Frans Krajcberg, un artiste en résistance". Cet événement s'inscrit dans le cadre de "Empreintes : l’humanité a rendez-vous au musée de l’homme". Le Musée de l’Homme "invite l’artiste brésilien Frans Krajcberg pour un parcours artistique en partenariat avec l’espace Krajcberg et la Mairie de Paris. Son œuvre est un manifeste, pour l’art, pour l’Homme, pour la sauvegarde de la planète dont il traque la moindre parcelle d’ombre ou de lumière, le plus petit morceau de racine ou de pigment".

"Ses sculptures, tableaux et photographies entrent en résonance avec les thématiques de la Galerie de l’Homme sur l’empreinte écologique de l’Homme sur la Terre : la déforestation, les peuples autochtones, l’extraction des ressources… Elles jalonnent un parcours en trois temps – l’artiste, l’homme et le militant - dans les différents lieux d’accueil du musée et la troisième partie du parcours permanent « Où allons-nous ? ». Plus d’une vingtaine d’œuvres, majoritairement issues de l’Espace Krajcberg, de collections privées et d’institutions culturelles seront exposées. Elles témoignent de plus de 40 ans de travail sur l’observation de la forêt amazonienne".

Frans Krajcberg, "artiste brésilien né à Kozienice le 12 avril 1921, a un parcours hors normes. La Seconde guerre mondiale, durant laquelle toute sa famille périt victime de l’holocauste, fait basculer sa vie. Il a 18 ans quand les armées allemandes envahissent son pays. En 1945, il quitte Varsovie et s’installe à Stuttgart où il étudie les Beaux-arts. Après un bref passage à Paris où il côtoie Léger et Chagall, il émigre au Brésil en 1948. Intégrant peu à peu les milieux artistiques, il s’isole pour travailler dans la nature brésilienne dont il fera sa source d’inspiration et sa cause. En 1957, il emporte le Prix du meilleur peintre brésilien et prend, un an plus tard, la nationalité brésilienne. La forêt amazonienne est au centre de son œuvre et de son combat. La forêt devient son domaine .

Au "geste artistique Krajcberg associe la parole et l’action pour que l’art s’engage à défendre la planète. En 1978, il remonte le Rio Negro en compagnie de Sepp Baendereck et du critique d’art Pierre Restany. Ce voyage donne lieu à une prise de conscience et à l’écriture du « Manifeste du naturalisme intégral du Rio Negro ».

"Constatant, 35 ans plus tard, que cet appel a été peu entendu, Krajcberg publie en 2013 avec Claude Mollard : « Le Nouveau Manifeste du Naturalisme intégral », un appel à tous les acteurs du monde de l’art, pour réveiller les consciences, initier un mouvement artistique pour la défense de l’environnement et au-delà aider les peuples amérindiens à préserver leurs territoires et leur culture".

"Dans le cadre de l’exposition, l’Espace Krajcberg accueillera des photographies et des objets du Musée de l’Homme relatifs à la vie dans les forêts primaires".


« Art et révolte, Krajcberg », de Thérèse Vian-Mantovani. Ed. Le musée du Montparnasse et Materia Prima

Du 12 octobre 2016 au 18 septembre 2017
Au musée de l'Homme
17, place du Trocadéro. 75016 Paris
Tél. : 01 44 05 72 72
Tous les jours, sauf le mardi, de 10 h à 18 h. 

Du 24 novembre 2015 au 30 mars 2016
A l'Espace Krajcberg
21, avenue du Maine, 75015 Paris
Tél. : 01 42 22 91 96
Du mardi au dimanche de 12 h 30 à 19 h

Visuels :
(c)Claude Mollard
Boules de Palétuviers - Frans Krajcberg, 1991 ©MNHN - JC Domenech
Les Lianes Blanches - Frans Krajcberg, 1991 ©MNHN - JC Domenech

Tableau écorce d'Amazonie - Frans Krajcberg, s.d. ©MNHN - JC Domenech

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié en une version plus concise par Actualité juive. Il a été publié sur ce blog le 7 décembre 2012, puis les 17 mars et 11 octobre 2016. 

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