lundi 2 mai 2016

À triple tour. Collection Pinault



Le Centre des monuments nationaux  (CMN) a présenté à la Conciergerie l’exposition éponyme : près de 50 œuvres, souvent inédites, de 23 artistes issues de la collection de François Pinault et sélectionnées autour de la thématique de l’enfermement de l’être humain. Une exposition ambitieuse, mais problématique, politique, fourre-tout, ennuyante, gênante, sinistre, déprimante, et souvent absconse. La Bourse du Commerce aux Halles accueillera une partie de la collection d’œuvres d'art de François Pinault. 

« On sait de manière définitive depuis Michel Foucault… que parler de l'enfermement, c'est aussi parler du pouvoir et, surtout, parler de la liberté. La question de l'enfermement dépasse de beaucoup la seule question, déjà considérable et ô combien actuelle sous bien des latitudes, de la prison et de la condition pénitentiaire. Elle interroge aussi toutes les situations d'ordre politique, économique, social, ou même intellectuel, sanitaire ou technologique qui peuvent produire une aliénation et se révéler privatives de liberté. D’où ce regard dépourvu de complaisance, mais plein d'humanité et parfois même d'espoir, voire d'humour, jeté sur des formes d'enfermement aussi diverses que la prison, bien sûr, mais aussi la maladie, la dictature ou la vieillesse », écrit Philippe Bélaval, président du CMN.

Près de 50 œuvres de la collection de l’homme d’affaires François Pinault, majoritairement inédites, de 23 artistes, « proposent des points de vue variés et singuliers » sur l’enfermement dans son acception la plus large. Un triste thème qui « entre en résonnance avec le cadre de la Conciergerie » du Palais de la Cité, longtemps une prison.

« J’ai toujours souhaité assurer aux œuvres de la collection une grande mobilité, pour partager avec le plus grand nombre mes découvertes et ma passion pour l’art », a déclaré a déclaré François Pinault.

Et d’ajouter : « De même, l’an passé quand Décor  d’Adel Abdessemed a été présenté devant le retable d’Issenheim, installé, au cœur de la chapelle du musée d’Unterlinden, j’ai pu, une fois encore, mesurer à quel point l’art de notre temps entrait en résonnance avec les créations des siècles passés… Ce serait nier le principe même de la liberté de la création qui permet à un artiste, même dans un contexte atroce, de ne se livrer qu’à des recherches formelles. En revanche, quand un artiste fait le choix d’ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure et de s’engager, on est toujours impressionné par la ferveur de sa prise de position et par l’efficacité de sa protestation contre les maux qu’il dénonce ».

Peu didactique, l’exposition « s’articule autour de deux axes principaux : l’enfermement comme résultant des facteurs exogènes (crises politiques, écologiques, violences urbaines…), et l’enfermement personnel conséquence du rapport de l’homme à lui-même ».

Elle débute par « l’œuvre historique de Michelangelo Pistoletto, La Gabbia (La Cage), une installation faite de miroirs qui brouille la perception : le visiteur a l’impression presque réelle d’être enfermé sans pour autant être privé de sa liberté. Le ton est ainsi donné ».

La première partie évoque des grands bouleversements visant les sociétés : « les dangers écologiques (Diana Thater), l’impossibilité de communiquer (Bill Viola), les prisons dans tous leurs états (Boris Mikhaïlov, Mohammed Bourouissa, Ahmed Alsoudani), la guerre civile (Mona Hatoum), le terrorisme (Raphaëlle Ricol), les débordements urbains (Julie Mehretu) et enfin l’idée de résistance (Bertille Bak et Allora & Calzadilla) ».

Née à Beyrouth en 1962, Mona Hatoum vit et travaille à Londres depuis 1975 - c'est-à-dire depuis le début de la guerre provoquée par les "Palestiniens" de l'OLP et autres factions au Liban -, et « puise son inspiration dans les dimensions personnelle et politique de l’exil qu’elle vit, l’engagement et le détachement. Suivant le courant minimaliste, elle a su passer ses messages avec le minimum d’objets nécessaires. De la performance à la vidéo et de la sculpture à l’installation, elle a démontré son profond scepticisme quant à la possibilité de se sentir chez elle, où qu’elle soit dans le monde. Elle se sent essentiellement palestinienne et, de ce fait, dans un exil permanent. Ses objets et installations évoquent la tension permanente de cette communauté, et la nécessité de la lutte, que ce soit à un niveau individuel ou de groupe. Elle propose aussi de transformer des éléments du quotidien en œuvres d’art, rendues accessibles à tous ». Elle présente Bourj II (2011), un ensemble de tuyaux allégorie d’un immeuble bombardé ? Y'en a marre des plaintes de ces "Palestiniens" en "exil". Pourquoi Mona Hatoum ne s'installe-t-elle pas à Beyrouth ou à Ramallah, par exemple ? Pourquoi ne pas indiquer que le Liban interdit à ce jour de très nombreuses fonctions aux "réfugiés palestiniens" ? Quand les commissaires de l'exposition évoquent la "tension permanente de cette communauté, et la nécessité de la lutte, que ce soit à un niveau individuel ou de groupe", qu'entendent-ils par cette "lutte" ? Les islamikazes ? Le Hamas ? S'agit-il d'une justification du terrorisme islamiste contre l'Etat Juif ?

Née en 1973 à Lyon, Raphaëlle Ricol est « une artiste autodidacte qui peint avec l’énergie de la rue et de la vie. Elle évolue vers une maîtrise toujours plus grande de la peinture, et ses images, presque caricaturales, corps pleins d’empâtements de couleurs, révèlent un monde grinçant et son goût pour une certaine crudité. Si l’humour reste omniprésent dans ses œuvres, toujours empreintes d’une légère distance critique, elle travaille la figuration autour de sujets forts comme l’enfermement ». Elle présente le tableau Malgré la différence (2009) : le vêtement blanc ressemble à celui du Ku Klux Klan, et celui en noir est le niqab imposé par les salafistes. Le titre semble susciter cette suite : « Malgré la différence... des points communs ». Mais lesquels ? Ce parallèle n'est pas pertinent : au-delà de la dissimulation du corps de la femme méprisée, le salafisme vie à soumettre le monde à l'islam.

La deuxième partie est focalisée « sur l'individu confronté à lui-même et à ses démons : l’angoisse de la vieillesse (Sun Yuan et Peng Yu), la phobie de la maladie et de la décadence (Damien Hirst), la folie (Javier Tellez, Maria Marshall), la peur de la solitude (Llyn Foulkes), la culpabilité (Kristian Burford), le verrouillage mental (Friedrich Kunath, Tetsumi Kudo), ou corporel (Justin Matherly, Alina Szapocznikow) ».

Née en 1972 à Pekin, Sun Yuan et Peng Yu, né en 1974 dans la province d’Heilongjiang, « travaillent ensemble, à Pekin, depuis la fin des années 1990. Après avoir étudié la peinture à l’huile à l’Académie des beaux-arts de Pekin, Sun Yuan et Peng Yu sont rapidement devenus les leaders controversés de la scène artistique chinoise en créant des sculptures et des installations à partir de matériaux non conventionnels, tels que cadavres, tissus adipeux du corps humain ou déchets. Ils s’interrogent sur la perception, la mort et la condition humaine, mêlant leur obsession constante de la mort à un intérêt presque comique pour le macabre ». Leur œuvre Old Persons Home (2007) est constituée de 13 sculptures grandeur nature d’hommes âgés circulant, sans fin, sans but, en fauteuils roulants dynamo-électriques, revêtus de vêtements signifiant leurs fonctions lorsqu'ils étaient en activité : l'ancien militaire arbore ses décorations, un vieillard fait penser à Makários III, archevêque et primat de l'Église orthodoxe de Chypre (1950-1977) ainsi que président de la république de Chypre (1974-1977), un autre porte le keffieh, etc. Une réflexion sur la vieillesse d'anciens puissants ?
Né en 1974 à Waikerie (Australie), Kristian Burford « vit et travaille à Los Angeles. Diplômé en arts plastiques à l’Art Center College of Design, Pasadena, il réalise des sculptures de personnages hyperréalistes de taille réelle, qu’il met minutieusement en scène dans un environnement domestique. Nus ou très partiellement vêtus, ces personnages ont tous perdu ou abandonné pour un moment la maîtrise d’eux-mêmes. Plus que l’art, Kristian Burford veut que nous regardions la vie qu’il propose, nous plaçant ainsi dans la situation inconfortable et embarrassante de témoins de scènes intimes ». Son œuvre : « Last night you brought a man up to your room after having a late drink at the hotel bar. Knowing that you are HIV positive you had sex which caused him to bleed. After a day of meetings you now return to your room » (2011). Traduction du titre : « La nuit dernière, vous avez amené un homme dans votre chambre après avoir bu un dernier verre au bar de l’hôtel. Sachant que vous êtes séropositif, vous avez fait l’amour, ce qui l’a amené à saigner. Après un jour de rencontres, vous retournez maintenant dans votre chambre ». L'apparence factuelle renforce le caractère effrayant : nulle mention de préservatif, et le risque de contamination par le Sida. Aucun commissaire d'exposition ne s'interroge sur le message de cette œuvre ? Dérangeant.

Trois œuvres de Chen Zhen « dans un même élan embrassent toutes les formes d’enfermement : depuis l’exil jusqu’à la maladie ».

Enfin ! La visite se termine « avec une œuvre spécifiquement réalisée pour l’exposition par les deux artistes belges Jos de Gruyter et Harald Thys, qui proposent une conclusion teintée d’humour ».
Comment et pourquoi un collectionneur d'art a-t-il pu acquérir la plupart de ces œuvres lugubres, absconses, morbides ? Ces œuvres - photos, tableaux, sculptures, installation, etc. - constitueraient la "crème" de la création artistique contemporaine ?! Un best !?

L’été 2014, la collection Pinault a été exposée au Grimaldi Forum Monaco. Une autre sélection d’œuvres de cette collection ?

La Bourse du Commerce aux Halles accueillera une partie de la collection d’œuvres d'art de François Pinault. "Propriété de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Paris-Ile-de-France avec laquelle la Ville a procédé à un échange foncier, la Bourse du Commerce va être concédée pour 50 ans à la Fondation Pinault moyennant une redevance. La fondation financera les travaux nécessaires à la transformation de l'édifice et assurera les dépenses de fonctionnement du nouveau musée". Ce musée ouvrira ses portes au public à l'automne 2018.

A triple tour. Collection Pinault. Textes de Marie Darrieussecq et Thierry Grillet. Editions du Patrimoine CMN, 2013. 242 pages. 104 illustrations. ISBN : 978 2 7577 0295 6
Jusqu’au 6 janvier 2014
A la Conciergerie

2, boulevard du Palais. 75001 Paris
Tous les jours de 9 h 30 à 18 h
Visuels :
Michelangelo Pistoletto (1933- )
La Gabbia,
1962-1974
Sérigraphie sur acier inoxydable poli
9 éléments,
230 x 1080 cm (dimensions totales)
© Michelangelo Pistoletto
Courtesy Galleria Christian Stein, Milano
Photo : Maniscalco Milano

Mona Hatoum (1952- )
Bourj II,
2011
Série : « Bunker »
Tuyaux en acier doux
180 x 50 x 75 cm
Raphaëlle Ricol (1974- )
Malgré la différence,
2009
Acrylique sur toile
97 x 130 cm
Sans titre (gaz et téléphone), 2013
Acrylique sur toile
147 x 114 cm
Sun Yuan (1972- ) & Peng Yu (1974- )
Old Persons Home,
2007
13 sculptures grandeur nature et 13 fauteuils roulant dynamo-électriques
Dimensions variables
Kristian Burford
Last night you brought a man up to your room after having a late drink at the hotel bar. Knowing that you are HIV positive you had sex which caused him to bleed. After a day of meetings you now return to your room,
2011
Plaques de fibre de verre et technique mixte
986,2 x 734,1 x 304,8 cm
Courtesy Kristian Burford and Nye + Brown, Los Angeles
© Robert Wedemeyer

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Les citations proviennent du dossier de presse.
Cet article a été publié le 2 janvier 2014.

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