jeudi 6 juillet 2017

De Watteau à David - La Collection Horvitz


Le Petit Palais présente l’exposition De Watteau à David - La Collection Horvitz. Environ 200 tableaux, sculptures et dessins du XVIIIe siècle français de cette collection extraordinaire constituée en trois décennies par un amateur éclairé juif américain. L’opportunité d’admirer l’épure, la délicatesse du trait des œuvres des « artistes les plus célèbres du XVIIIe siècle français, de Watteau, Boucher et Fragonard à Greuze ou David ».

De Watteau à David - La Collection Horvitz

Né en 1950, Jeffrey E. Horvitz « grandit à Cleveland. Après avoir suivi des études de sociologie et de psychologie, il devient, de 1974 à 1980, marchand d’art moderne et contemporain à Los Angeles. Puis, il part en Floride rejoindre l’entreprise immobilière familiale. Celle-ci est vendue en 1987 et Jeffrey E. Horvitz devient alors investisseur financier privé. Il peut ainsi s’adonner pleinement à sa passion pour les dessins français ». 

Sa collection a réuni des dessins de maîtres italiens et français, des porcelaines vietnamiennes, des bronzes khmers et de l'art contemporain. De 1991 à 1993, une exposition itinérante a présenté un florilège de dessins italiens. En raison de la part croissante des dessins français dans sa collection et de la rareté de beaux dessins italiens, Jeffrey E. Horvitz a décidé de focaliser sa collection sur le dessin français. En janvier 2008, il a vendu ses dessins italiens de Parmigiano, Giulio Romano, Lelio Orsi, Federico Barocci, Annibale Carracci, Guercino, Giambattista et Giandomenico Tiepolo chez Sotheby’s New York. Le montant total de la vente aux enchères s'élève à 4 963 850 dollars.

Depuis les années 1980, amateur d’art francophile, ancien marchand d'art contemporain, Jeffrey E. Horvitz a constitué « la plus importante collection privée de dessins français du XVIIIe siècle au début du XIXe siècle à l’étranger. Riche d’œuvres de premier plan de Watteau, Boucher, Fragonard, Greuze et David... Cette collection offre aussi une vue d’ensemble de tous les artistes notables de la période, d’Oudry à De Troy, de Natoire à Bouchardon, d’Hubert Robert à Vincent, toujours à leur meilleur ».
        
Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'Honneur en mars 2017, Jeffrey E. Horvitz « a su bâtir un ensemble de référence, en s’attachant à réunir de façon encyclopédique des feuilles de tous les autres maîtres de la période. Chacune répond à des critères raisonnés, privilégiant la qualité de l’œuvre, son format, son état de conservation et son caractère significatif pour l’histoire de l’art ». 

Ainsi la Collection Horvitz « n’a cessé de s’enrichir au fil des années pour devenir la plus importante conservée en mains privées aux États-Unis pour le dessin français du début du XVIIe siècle au début du XIXe, forte de plus de 1 800 œuvres avec les tableaux et les sculptures ».

La Collection Horvitz, « par la qualité de ses pièces très bien documentées et en parfait état, est devenue une référence pour la période. Sa présentation à Paris constitue un événement majeur et parfaitement complémentaire, par son caractère précieux et intimiste, avec l’exposition Le Baroque des Lumières, chefs-d’œuvre des églises parisiennes consacrée aux grands formats oubliés de la peinture religieuse du XVIIIe siècle ».

Le Petit Palais montre « un florilège de près de 200 tableaux, sculptures et dessins du XVIIIe siècle français de la Collection Horvitz située aux États-Unis ». 

Concentrée sur le XVIIIe siècle français, l’exposition conçue pour le Petit Palais propose une sélection « inédite d’environ deux cents œuvres qui permet de dresser un panorama exhaustif de la peinture et du dessin français de la Régence jusqu’à la Révolution enrichi d’un choix raffiné de quelques sculptures (de Lemoyne à Pajou et Houdon), de la période » en une présentation thématique : « portraits, sujets d’histoire, scènes galantes, paysages, études académiques, projets décoratifs, scènes de la vie quotidienne… » Ses commissaires : Alvin L. Clark, Jr., The Horvitz Collection and The J.E Horvitz Consultative Curator Department of Drawings, Division of European and Americain Art, Harvard Art Museum et avec le concours d’Isabelle Mayer-Michalon, docteur en histoire de l’art, et Christophe Leribault, directeur du Petit Palais.

« L’accrochage s’articule autour d’une quinzaine de sections thématiques ou monographiques organisées de manière chronologique. Dans une scénographie élégante, l’exposition permet d’appréhender toute la créativité d’un siècle riche en renouvellements stylistiques ». La scénographie « s’inspire de la disposition architecturale d’un intérieur du XVI I Ie avec ses enfilades de salons, de cabinets et d’alcôves ». 

Le parcours débute « par des portraits de Rigaud, Largillière et Jean-François de Troy avant d’aborder la peinture mythologique et religieuse au début du XVIIIe siècle avec des œuvres de François Lemoyne ou Charles de la Fosse ». 

Il « se poursuit par la fête galante avec des dessins de Watteau et Lancret, puis le paysage et la peinture animalière avec Oudry et Desportes ». 

L’exposition traite aussi « de l’architecture et du triomphe de l’ornement à travers les compositions pleines de fantaisie de Oppenord ou de Lajoüe. Une section entière est consacrée à François Boucher ». 

« Vient ensuite un ensemble de nus académiques et études de tête, dessinés par Coypel, Lépicié, Vien... »

La « section suivante est dédiée à la peinture d’histoire au milieu du siècle représentée par Natoire et Carle Van Loo ». 

La visite « continue avec des dessins de sculpteurs tels Bouchardon et Pajou ». 

Une « autre section monographique est dédiée ensuite à Fragonard ». 

Puis, le visiteur « découvre les évocations de ruines et paysages par Hubert Robert et Joseph Vernet ». 

« Tandis que des œuvres de Greuze, Prud’hon et Boilly suggèrent une inflexion plus sentimentale, l’exposition se termine par l’affirmation du néo-classicisme avec Jacques-Louis David, Perrin et Vincent ».

Des conférences, concerts, ateliers de gravure et poésie et visites guidées sont proposés en lien avec l’exposition.

L’art du portrait
A la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles, « émerge une génération de portraitistes exceptionnels qui excellent dans la présentation de figures élégantes et majestueuses. Le parti pris de composition – à mi-corps, debout ou assis – permet de donner au modèle un caractère officiel ou plus intime. Les artistes, qui rivalisent de maîtrise dans le rendu des étoffes, s’attachent à transposer avec fidélité le caractère de leurs modèles, courtisans, magistrats ou dames de qualité ».

La peinture d’histoire au début du XVIIIe siècle
« Théorisée à l’Académie royale, la hiérarchie des genres picturaux donnait la primauté aux artistes capables de représenter des personnages dans des actions tirées de l’histoire religieuse, ancienne ou moderne. La Bible et les textes de l’Antiquité ont ainsi été les principales sources d’inspiration des peintres d’histoire ».

Le paysage
Dès les années 1720, les « artistes vont davantage étudier sur le motif ».
Cette « nouvelle pratique bouleverse le choix des paysages ». 
Les « peintres ne justifient plus leurs tableaux par des références mythologiques ou historiques, et abordent le paysage de façon moins conventionnelle, laissant davantage de place aussi à leur imaginaire ».

La scène galante
Watteau « est à l’origine d’un nouveau genre pictural, la peinture de fêtes galantes, inspiré par les pastorales vénitiennes et flamandes des XVIe et XVIIe siècles ».

« L’artiste, fortement influencé par le théâtre, met en scène les sentiments amoureux, les jeux de séduction, et les plaisirs frivoles autour de la danse ou de la musique dans un décor idyllique et raffiné ».

Ces « élégants motifs inspireront notamment Lancret, Pater, Boucher et Fragonard ».

Études académiques
Le « dessin de nu d’après le modèle vivant a constitué la base de l’enseignement à l’Académie royale jusqu’à la Révolution. La maîtrise des figures était fondamentale pour composer des tableaux d’histoire, complétée par l’étude de l’expression des passions, rendues à la fois par les visages et par un vocabulaire de gestes ».

L’architecture et les arts décoratifs
Les « arts décoratifs connaissent un immense succès au XVIIIe siècle. Les décors de grotesques ou d’arabesques envahissent les murs, tandis que, des costumes aux porcelaines, triomphent partout les chinoiseries, les guirlandes de fleurs et les motifs végétaux asymétriques. La diffusion par l’estampe des modèles de l’art rocaille français donna à ce dernier une dimension européenne ».

François Boucher
« L’un des artistes les plus doués de sa génération, Boucher (1703-1770) a suivi toutes les étapes du parcours académique, depuis le Grand Prix remporté en 1723 jusqu’à son élection à la tête de l’Académie en 1765 et le titre de premier peintre du roi. Il a abordé tous les genres, sa verve et son inventivité s’appliquant aussi bien au décor de scène qu’aux tapisseries, en partie grâce à son exceptionnelle habileté de dessinateur ».

Dessins de sculpteurs
« Certains sculpteurs dessinent peu mais, pour d’autres, le dessin est un outil essentiel, depuis les recherches préliminaires jusqu’au rendu du projet définitif à l’intention du commanditaire ». 
La sanguine « est la technique privilégiée par ces artistes dont les feuilles les plus abouties ont en commun précision et sûreté de trait ». 
« Certains sculpteurs, tels Bouchardon ou Pajou, dessinateurs hors pair, exposent même, avec succès, des dessins autonomes au Salon ».

Jean-Honoré Fragonard
« Élève de Boucher, Fragonard (1732-1806) manifeste très tôt un vif intérêt pour l’étude des maîtres, italiens et nordiques. De son séjour à Rome en 1756-1761, il rapporte de magnifiques paysages à la sanguine. Après son agrément à l’Académie (1765), il délaisse une carrière de peintre d’histoire au profit d’une clientèle privée qui apprécie la virtuosité de son pinceau et ses lavis très spirituels ».

Paysages de la moitié du siècle
Le « regain d’intérêt pour l’Antiquité renouvelle l’esthétique du paysage ».
Hubert Robert « est l’un des plus illustres représentants de cette poétique des ruines propice à l’imagination ». 
« Tandis qu’une nouvelle relation sentimentale rapproche l’homme de la nature, la théorie du sublime suscite des sujets tels que les naufrages et les tempêtes de Vernet qui présentent au contraire une nature dominant l’homme ».

La peinture d’histoire du milieu du XVIIIe siècle
La peinture d’histoire « connaît un formidable développement au XVIIIe siècle ». 
« Si les thèmes religieux alimentent toujours une bonne partie de la production, les sujets illustrant l’histoire ancienne et les amours des dieux se multiplient et permettent aux artistes de laisser libre cours à leur imagination ».

Le renouveau des études académiques
« Au milieu du siècle, plusieurs théoriciens, alarmés par la « petite manière » où était tombée la peinture française, publient des essais qui visent à la réformer et revalorisent l’étude d’après le modèle vivant ».
Ce mouvement conduit « l’Académie à créer, en 1759, le prix de la tête d’expression ». 
« L’étude des passions devient à nouveau la base du travail des artistes ».

La peinture d’histoire à la fin du XVIIIe siècle
Dès les années 1760, « marqués par les découvertes d’Herculanum et de Pompéi, les artistes opèrent un retour à l’Antique ». 
« Certains restent attachés à l’esthétique baroque, mais d’autres cherchent dans ce courant un renouvellement à la fois des sujets et des formes ». 
« L’Antiquité permet la mise en scène de sujets moraux dans un décor épuré, répondant à l’idéal de vertu promu par le mouvement philosophique ».

Fêtes et réjouissances
« À la faveur des grands événements, les dessinateurs sont souvent appelés à en devenir les historiographes ». 
« Une production particulière de grands dessins très finis est destinée à la reproduction sous forme d’estampes commémoratives, sous Louis XV comme sous l’Empire ».
Mais « les artistes nous livrent aussi des témoignages plus personnels des festivités auxquelles ils assistent, en badaud parisien comme en voyageur en Italie ».

Scènes de genre
Les scènes de genre, « intimistes, présentent des images familières puisées dans la vie quotidienne ». 

« Mais au-delà de l’anecdote, elles nécessitent souvent une seconde lecture qui permet de percevoir un sous-entendu moralisateur ou, bien au contraire, sentimental ou libertin qui était évident pour les contemporains ».

La fin d’un monde
« Privés par la Révolution des commandes royales, du clergé et des nobles, ou de financiers émigrés, les artistes se consacrent à des œuvres de format plus modeste, paysages, scènes de genre ou d’histoire, pour satisfaire une nouvelle clientèle d’amateurs ».

« Celle-ci aspire aussi à davantage de reconnaissance et le portrait devient pour les peintres un élément essentiel pour subsister durant cette période ».
Du 21 mars au 9 juillet 2017
Au Petit Palais
Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill - 75008 Paris
Tél. : 01 53 43 40 00
Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Nocturne le vendredi jusqu’à 21 h. Fermé le 14 juillet.

Visuels :
Affiche
François Boucher, Femme nue allongée, vers 1740. Sanguine,pierre noire et craie blanche sur papier crème.
© The Horvitz Collection – Photo : M.Gould

Carle Van Loo, Figure de fantaisie tenant une épée, 1748,
Sanguine brûlée
© The Horvitz Collection – Photo : M. Gould

Marie-Gabrielle Capet, Autoportrait, vers 1790.
Pierre noire, rouge et blanche sur papier vergé
© The Horvitz Collection – Photo : M. Gould

Augustin Pajou, Madame de Bonnard, 1780.
Terre cuite.
© The Horvitz Collection – Photo : M. Gould

Michel-François Dandré-Bardon, Le repas à Emmaüs, vers 1736. Huile sur toile.
© The Horvitz Collection – Photo : M. Gould

Nicolas de Largillière, Louise-Marguerite Bertin de Vaugien, Comtesse de Montchal, 1735. Huile sur toile.
© The Horvitz Collection – Photo : M. Gould

Louis-Michel Van Loo, Portrait d’un gentilhomme,
1734. Huile sur toile
© The Horvitz Collection – Photo : M. Gould

Charles Coypel, Étude de tête pour la femme de Putiphar
© The Horvitz Collection - Photo : M.Gould

Jean-Antoine Watteau, acteur debout, vers 1718. Trois crayons avec touches de graphite
sur papier vergé
© The Horvitz Collection – Photo : M. Gould

Jean-François-Pierre Peyron, Académie d’homme, 1780. Pierre noire et estompe sur papier vergé.
© The Horvitz Collection – Photo : M. Gould

Jean-Honoré Fragonard, Jardin d’une villa italienne avec un jardinier et deux enfants, vers 1780.
Lavis brun sur léger tracé à la pierre noire.
© The Horvitz Collection – Photo : M. Gould

François-André Vincent, Renaud et Armide, vers 1787. Huile sur toile.
© The Horvitz Collection – Photo : M.Gould
"Morceau de Réception de l'artiste à l'Académie en 1734, ce tableau est inspiré de La Jérusalem délivrée du Tasse, récit romancé de la première Croisade. Armide retient Renaud dans son palais enchanté. Venant délivrer leur compagnon, Carlo et Ubaldo, dissimulés à droite, le surprennent éperdu d'amour aux pieds de la belle.
Le moment d'amour
Boucher a choisi l'instant où les deux amis de Renaud - que l'on aperçoit à droite, entre les deux colonnes du temple en ruines qui abrite le couple amoureux - le surprennent, encore en armure, fasciné par la beauté d'Armide. À droite, Cupidon darde une flèche vers Renaud, rappelant les liens amoureux que la jeune Armide vient d'établir avec le jeune croisé, éperdument amoureux de cette jeune femme ensorcelante.
Sortilège
L'histoire racontée par ce tableau est tirée d'un épisode de La Jérusalem délivrée du Tasse, ouvrage paru en 1581. Le chevalier croisé Renaud, en route pour Jérusalem, est séduit par Armide, jeune sarrasine, dépitée d'avoir rendu amoureux tous les croisés sauf le jeune Renaud. Grâce à un sortilège, elle parvient à le rendre amoureux et le garde prisonnier de ses charmes, mais elle sera alors partagée entre l'amour qu'elle porte au jeune homme et la fureur d'avoir dû utiliser un charme pour parvenir à ses fins. Deux amis de Renaud, Carlo et Ubaldo, tentent de le délivrer. L'architecture en ruines qui sert de décor à la scène, symbolise le palais enchanté dans lequel Armide retient Renaud prisonnier de ses charmes.
Morceau de réception
Ce tableau est le Morceau de réception de Boucher à l'Académie royale en 1734. Demeuré tout au long du XVIIIe siècle dans les collections de l'Académie, il entra 1793 au Muséum central des arts de la République, futur musée du Louvre." (Vincent Pomarède)

Jean-Baptiste Greuze, La Marchande de marrons,
vers 1760. Pinceau, lavis gris et brun sur papier vergé
© The Horvitz Collection – Photo : M. Gould

Louis-Léopold Boilly, Conversation dans un parc,
1800-1810. Huile sur toile.
© The Horvitz Collection – Photo : M. Gould

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Les citations sont extraites du dossier de presse et du site du Louvre.

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