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« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
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mardi 14 janvier 2020

Mondrian figuratif


Le musée Marmottan Monet présente l’exposition « Mondrian figuratif ». Un double intérêt : l'histoire de l'amitié entre le peintre Pieter Cornelis Mondriaan (1872-1944) et Salomon Slijper (1884-1971), Juif néerlandais fils de diamantaire et son plus important collectionneur, ainsi que la pratique picturale de cet artiste qui a créé jusqu'au bout des oeuvres figuratives et abstraites.

« Une élite parisienne. Les familles de la grande bourgeoisie juive (1870-1939) » par Cyril Grange
De la demeure au musée. Photographies de l'hôtel particulier du comte Moïse de Camondo en 1936 
Une passion pour Delacroix : la collection Karen B. Cohen

« La peinture figurative de Piet Mondrian est longtemps restée méconnue. Pourtant, celui qui se distingue aujourd’hui comme le plus important collectionneur de l’artiste, Salomon Slijper, s’est passionné pour cet aspect longtemps oublié de son œuvre. Le soutien que Slijper apporte au peintre est de taille. Plus encore, il change sa vie. Entre 1915 et 1920, à une époque où Mondrian ne parvient pas à subvenir à ses besoins et fait des copies au Rijksmuseum pour joindre les deux bouts, les achats en nombre de son mécène lui ouvrent de nouvelles perspectives et lui permettent de financer son second séjour à Paris en juin 1919. La collection réunie par Salomon Slijper compte cent quatre-vingts peintures et dessins et retrace l’itinéraire figuratif du peintre entre 1891 à 1920 ainsi que de rares exemples de son œuvre abstraite », a écrit Patrick de Carolis, Membre de l’Institut, directeur du musée Marmottan Monet.

Et Patrick de Carolis de poursuivre : « Le devenir de cet ensemble hors pair n’est pas sans rappeler l’héritage de Michel Monet qui est l’un des fleurons du musée Marmottan Monet. Comme le fils de l’impressionniste, Slijper est resté sans enfants. Comme ce dernier, Slijper a institué un musée – le Kunstmuseum de La Haye  (anciennement Gemeentemuseum) – son légataire. Comme le fonds Monet présenté dans l’hôtel particulier de la rue Louis Boilly, la collection Slijper constitue le premier fonds mondial de l’oeuvre de l’artiste. Musée de collectionneurs ayant vocation à apporter un éclairage sur le rôle des amateurs dans la vie des arts, le musée Marmottan Monet est heureux de consacrer une exposition inédite rendant hommage à Salomon Slijper et au Mondrian figuratif, à travers une sélection de soixante-dix peintures et de dessins majeurs provenant exclusivement de la collection du mécène ».

Cette exposition présente « une étude originale et approfondie, levant le voile sur les liens qu’entretinrent Mondrian et son plus grand collectionneur, de leur rencontre en 1915 jusqu’au legs Slijper au Gemeentemuseum de La Haye en 1971 ».

Alors pourquoi ce musée n'a-t-il pas ajouté le nom du collectionneur néerlandais juif au titre de son exposition ?

« La peinture figurative de Piet Mondrian (1872-1944) est longtemps restée méconnue. Pourtant, celui qui se distingue aujourd’hui comme le plus important collectionneur de l’artiste, Salomon Slijper (1884-1971) s’est passionné pour cet aspect longtemps oublié de son œuvre. Ayant rencontré le maître aux Pays-Bas où il se réfugie pendant la Première Guerre mondiale, ce fils de diamantaire d’origine amstellodamoise réunit un ensemble unique de peintures et de dessins de l’artiste avec lequel il se lie d’amitié. Mondrian procède lui-même à la sélection d’une suite représentative de sa production exécutée entre 1891 et 1918, enrichissant l’ensemble de quelques pièces abstraites ultérieures ; les majorités des acquisitions ayant lieu entre 1916 et 1920. Le soutien que Slijper apporte au peintre est de taille. Plus encore, il change sa vie. À une époque où Mondrian ne parvient pas à vivre de son travail et fait des copies au Rijksmuseum pour joindre les deux bouts, les achats en nombre de son récent mécène lui ouvrent de nouvelles perspectives et lui permettent de financer son retour à Paris en juin 1919. »

« Le devenir de la collection de Salomon Slijper n’est pas sans rappeler l’héritage de Michel Monet qui est l’un des fleurons du musée Marmottan Monet. Comme le fils de l’impressionniste, Slijper est resté sans enfant. Comme ce dernier, Slijper a institué un musée – le Kunstmuseum de La Haye (anciennement Gemeentemuseum) – son légataire. Comme le fonds Monet présenté dans l’hôtel particulier de la rue Louis Boilly, la collection Slijper constitue le premier fonds mondial de l’oeuvre de l’artiste ».

« Musée de collectionneurs ayant vocation à apporter un éclairage sur le rôle des amateurs dans la vie des arts, le musée Marmottan Monet a noué un partenariat exceptionnel avec le Kunstmuseum de La Haye pour organiser une exposition totalement inédite rendant hommage à Slijper et au Mondrian figuratif à travers la présentation de peintures et de dessins majeurs provenant exclusivement de la collection de l’amateur. »

« Du 12 septembre 2019 au 26 janvier 2020, près de soixante-dix Mondrian ornent les cimaises de l’institution parisienne. L’exposition se distingue par le nombre et la qualité des toiles estampillées chefs-d’œuvre par le musée de La Haye. Des 67 Mondrian présentés, la moitié voyage pour la première fois à Paris. Les autres sont tout aussi rares : 12 % n’y ont pas séjourné depuis un demi-siècle, 20 % depuis près de 20 ans. Jamais vu à Paris depuis près d’une génération, l’accrochage crée en soi l’événement. Un événement unique à plus d’un titre puisque certaines pièces phares sont déplacées pour la dernière fois en raison de leur fragilité. C’est le cas de l’iconique Moulin dans la clarté du soleil (1908). L’exposition de Marmottan offre ainsi une ultime opportunité de le découvrir à Paris avant son interdiction définitive de prêt. »

« Composition N° IV (1914) est présenté en ouverture. Première œuvre acquise par Salomon Slijper, elle est aussi l’une des exceptions jalonnant le parcours puisque purement abstraite. L’acquisition d’une peinture récente fut sans doute un pré requis pour mettre l’artiste en confiance. Mondrian sera dès lors heureux de céder ses toiles « naturalistes » à Slijper qui s’impose sans délai comme son mécène le plus fidèle. Faisant pendant, un lièvre mort de 1891 souligne les liens qui unissent Mondrian à la tradition hollandaise à travers le genre de la nature morte. Pièce la plus ancienne de l’exposition – le peintre n’a que 19 ans quand il la signe – elle ouvre le parcours qui suit : chronologique et à dominante figurative. »

« La première section regroupe des paysages peints entre 1898 et 1905. Ce sont des vues de la région du Gooi à l’est d’Amsterdam, où l’artiste et le mécène résident un temps et se fréquentent. Ces œuvres qui décrivent des lieux connus des deux hommes illustrent les talents précoces de Mondrian : dessinateur hors pair et maître du clair obscur. Les thèmes choisis tout autant que l’attention portée au rendu de l’atmosphère le rattache à l’école de La Haye. Il est encore un héritier des « classiques ». Pourtant, la rapidité de son évolution, son renouvellement ininterrompu frappent. Bien que le peintre se limite à quelques thèmes – le moulin, l’arbre, la ferme, la fleur et le portrait – aucune œuvre ne se ressemble. Il se réinvente sans cesse. Ainsi, le parcours est-il placé sous le signe de la diversité, du contraste et de la surprise. »

« Considérant que « les couleurs de la nature ne peuvent être imitées sur la toile », Mondrian aborde dès 1907 un tournant moderne privilégiant les aplats et les contrastes colorés poussés à l’extrême. Moulin dans le crépuscule (1907-1908) explore – à travers des registres aux tonalités franches : jaune, bleu, vert – une poétique de la peinture. Avec Bois près d’Oele (1908) l’artiste passe un nouveau cap. Lignes courbes, arabesques et couleurs irréelles confinent au mystique. Membre de l’association théosophique, Mondrian se dépeint alors tel un illuminé. Trois autoportraits inédits le montrent à l’âge trente-six ans, cheveux longs, barbe noire et le regard pénétrant des êtres habités. »

« Devotion (1908) – qui fait l’affiche de l’exposition – témoigne par le biais du portrait d’enfant de la portée spirituelle de son œuvre. Certaines des toiles les plus illustres du maître lui font face. »

« Marquées par l’exemple des fauves et des divisionnistes Moulin dans le crépuscule, Dunes ou Arum (1908-1909) se font de plus en plus rayonnantes et vibrantes. Deux critères propres à définir la beauté d’une toile selon Mondrian. »

« La spectaculaire église rose de Domburg (Clocher en Zélande, 1911) et le monumental Moulin rouge (1911) éclatant sur un fond bleu profond exaltent les couleurs pures vers 1911. La géométrisation des formes des deux monuments annonce l’abstraction. Au même moment, Mondrian réinterprète d’ailleurs le cubisme de Braque et Picasso dont il adopte la palette ocre – gris comme le montrent Arbre gris (1911) et Paysage (1912). »

« Figuration et abstraction se font également face dans la section suivante. Trois exceptionnels grands formats représentant à l’huile et au fusain le moulin de Blaricum (1917) où réside Slijper et Ferme près de Duivendrecht (1916) reprenant un motif de jeunesse visible dans la première section tranchent avec trois toiles purement abstraites de 1914. »

« Terminant le parcours et en guise de conclusion, un autoportrait de Mondrian posant devant une toile abstraite en damier (1918) fait face à une œuvre du même genre : Composition avec grille 8 : composition en damier aux couleurs foncées (1919) que Slijper acquiert l’année de sa création. Les œuvres se font écho autant qu’elles font contraste : les couleurs vives – rouges et bleus – étant réservées exclusivement à la peinture en damier tandis qu’un camaïeu de bruns suffit à la représentation « naturaliste » du peintre dans son atelier. »

« En épilogue, Composition, toile néoplasticiste de 1921 voisine avec six tableaux de fleurs exécutés entre 1918 et 1921 : chrysanthèmes, roses et arums. La juxtaposition de ces œuvres achève de démontrer que l’évolution de Mondrian est plus complexe qu’il n’y paraît. Elle ne peut se définir comme un strict passage de la figuration à l’abstraction ou du noir à la couleur. Au contraire, le naturalisme reste et demeure une constante de l’œuvre de Mondrian, l’érigeant au rang – méconnu et pourtant essentiel – de grand maître de la peinture figurative du XXe siècle. »

En 2002, le musée d'Orsay avait présenté l'exposition Mondrian de 1892 à 1914, les chemins de l'abstraction. "De 1892 à 1902, Mondrian reçoit en Hollande un enseignement académique où il se confronte aux traditions picturales de son pays, laissant peu de place aux influences étrangères. Cette formation laissera une empreinte durable sur sa production. Après 1902, il se spécialise et excelle dans un genre particulier: la peinture de paysages hollandais, ce qui le porte vers 1908 à se risquer sur la voie de l'expérimentation. Cette nouvelle orientation conduit Mondrian à s'intéresser puis, dès 1912, à participer au cubisme et au modernisme. Cette exposition propose une étude approfondie des premières années de l'activité du peintre: de l'étudiant de vingt ans à la Dutch State Art Academy à l'artiste de renommée internationale, qui évolue jusqu'en 1914 dans le Paris cosmopolite de l'avant-guerre, avant de retourner en Hollande. Une sélection rigoureuse de peintures et de dessins rétablit l'importance des années de jeunesse de Mondrian et s'attache à montrer comment son évolution vers la modernité et l'abstraction puise ses racines dans la tradition picturale du XIXe siècle." L'exposition suggérait que l'abstraction se substituait entièrement au figuratif. Une thèse démentie par l'exposition au musée Marmottan Monet.

L'exposition montrait l'évolution progressive de l'artiste vers une expression uniquement abstraite.

Le commissariat est assuré par Marianne Mathieu, historienne de l’art, Directeur Scientifique du musée Marmottan Monet. La scénographie par Anne Gratadour, co-fondatrice de l’agence PLANETE.

Des ateliers pédagogiques sont prévus pour les enfants.

Mondrian, Slijper, l’histoire d’une rencontre
La Rencontre
« En 1914, alors qu’il apprend à conduire, Salomon Bernard Slijper, fils de diamantaire âgé d’une trentaine d’années, échoue dans le petit village de Laren, à une trentaine de kilomètres d’Amsterdam. Séduit par le charme des lieux, il y passe quelques semaines durant l’été de 1915. Il loge dans une maison de campagne, Les Tilleuls, où Katinka Hannaart accueille des pensionnaires. »
« Cette chanteuse et comédienne a évolué précédemment dans les milieux artistiques d’Amsterdam, où elle a notamment rencontré Piet Mondrian. À Laren, elle aime partager son agréable cadre de vie avec des amis, qui cèdent la place à des hôtes payants pendant les mois d’été. Mondrian, qui s’est établi à Paris au début de 1912, est rentré aux Pays-Bas pour un court séjour à la fin de juillet 1914. Mais l’éclatement de la Première Guerre mondiale l’ayant empêché de regagner la France, Hannaart lui a proposé une chambre. En échange de son hospitalité, Mondrian a offert quelques tableaux à son hôtesse. En 1915, lorsque Slijper prend ses quartiers d’été à Laren, l’un d’entre eux – Composition n°IV (1914) – orne les murs de la salle à manger. Pour Slijper, c’est l’occasion de découvrir l’oeuvre de Piet Mondrian. »
Des goûts partagés
« Les deux hommes font bientôt connaissance. Leur passion commune pour les beaux vêtements, la bonne chair, les jolies femmes, la musique et la danse a certainement contribué à les rapprocher. »
« Installés à une encablure l’un de l’autre, l’un à Laren, l’autre à Blaricum, les deux hommes se retrouvent régulièrement pour danser et jouer au billard à l’hôtel Hamdorff, « un véritable petit Paris », selon Mondrian. Ils se lient ainsi d’amitié. Slijper jouissant d’une confortable fortune vient en aide à son camarade qui peine à joindre les deux bouts. Il lui prête son smoking en 1915 permettant à Mondrian de faire bonne impression au Deuxième Congrès Artistique Général et lui offre chaque année l’un de ses costumes. D’ailleurs, le peintre demande parfois à se faire payer en vêtements de haute qualité certaine des toiles qu’il cède à son nouvel ami. »
Un mécène providentiel
« Car l’amitié des deux hommes est indissociable du rôle d e mécène que Slijper endosse dès leur rencontre. Après avoir acquis Composition n°IV auprès de Katinka Hannaart, Slijper se tourne directement vers Mondrian dont il achète les oeuvres en bloc. Il en réunira près de 180 qu’il acquiert en majorité entre 1916 et 1920. En décembre 1916, il possède déjà dix Mondrian. En 1917, il lui passe commande de trois vues du Moulin de Blaricum, le village où il réside et dont le maître donne une interprétation monumentale. En 1919, alors que l’artiste est dans le besoin, il n’hésite pas à acquérir deux toiles en damier dont personne ne veut. Plus encore, il s’engage à acheter, sans les voir et à un prix à déterminer ultérieurement, toutes les oeuvres restées dans l’atelier parisien de Mondrian depuis l’été de 1914, soit une soixantaine de peintures et de dessins. Il acquiert également la majorité des tableaux que Mondrian avait stocké chez ses amis néerlandais notamment les icônes Dévotion et Moulin dans la clarté du soleil. Cet ensemble, qu’il continuera d’enrichir par la suite, lui vaut d’accéder immédiatement au statut de principal collectionneur de Mondrian. »
Une collection à quel prix ?
« Mondrian fixe le prix des oeuvres, en moyenne 100 euros par tableau. Il reçoit ainsi 6 000 euros (1000 florins de l’époque) pour son fonds d’atelier. « Le prix de certains des tableaux est beaucoup trop bas, concède le peintre, mais je préfère quelque chose tout de suite que davantage plus tard ». De fait, cette somme lui permet de financer son retour en France en août 1919, de poursuivre ses recherches autour de l’abstraction et même d’épargner un temps quelque argent ! Mondrian sera gré à Slijper de son aide et lui confiera dix ans plus tard au sujet de ses toiles : « j’apprécie beaucoup que tu les conserves ensemble. (…); tu me les a payées à l’époque avec ce dont tu pouvais te passer, ce n’était pas grand-chose, mais aucun autre ne l’a fait ».
Destination de la collection : de la cave au musée
« A partir de 1922, Slijper cesse d’acheter en direct à Mondrian. Il continue toutefois à défendre son oeuvre qui peine à s’imposer aux Pays-Bas. Il organise ainsi une Rétrospective d’oeuvres de Piet Mondrian en l’honneur de son cinquantième anniversaire et prête 45 des 125 oeuvres à la rétrospective de 1946 présentée au musée municipal d’Amsterdam. Durant une longue période, il conserve ses oeuvres dans sa cave ce qui inquiète Mondrian : « chez toi, dans cette ferme, elles risquent d’être attaquées par des moisissures. […] Enfin, tu vois, j’ai toujours peur qu’elles ne soient détériorées par l’humidité. ». Ce lieu est selon Slijper le plus sûr pour préserver sa collection. »
« Il se cloître dans sa ferme durant la seconde guerre mondiale sauve sa vie mais aussi l’oeuvre de son ami taxée d’art dégénéré. Quelles que fussent les offres qu’il reçut, Slijper refusa toujours de se séparer de cet ensemble. Il le lègue en effet au musée municipal de La Haye où il entre à son décès en 1971. L’institution devient dès lors le dépositaire du premier fonds mondial d’oeuvres de Mondrian. »

PARCOURS DE L’EXPOSITION
« La peinture figurative de Piet Mondrian (1872-1944) est longtemps restée méconnue. Pourtant, celui qui se distingue aujourd’hui comme le plus important collectionneur de l’artiste, Salomon Slijper (1884-1971) s’est passionné pour cet aspect longtemps oublié de son oeuvre. Ayant rencontré le maître aux Pays-Bas pendant la Première Guerre mondiale, ce fils de diamantaire d’origine amstellodamoise réunit un ensemble unique de peintures et de dessins de l’artiste avec lequel il se lie d’amitié. Mondrian procède lui-même à la sélection d’une suite représentative de sa production exécutée entre 1891 et 1918, enrichissant l’ensemble de quelques pièces abstraites ultérieures ; la majorité des acquisitions ayant lieu entre 1916 et 1920. »
Piet Mondrian, Composition No.IV, 1914
© Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands
« Ce tableau est le premier Mondrian que Slijper ait jamais vu. Il le découvre en 1915 dans le salon d’une amie du peintre : Katinka Hannaart installée dans le village de Laren. Des années plus tard, le collectionneur confessera : « J’ai eu un certain mal à m’habituer au premier tableau de Mondrian qui m’est tombé sous les yeux […] car c’était le premier tableau abstrait que j’aie jamais vu […] ou même dont j’aie entendu parler. » Pourtant, Slijper l’achètera peu après. Par ce biais, il gagnait la confiance du peintre dont il rechercherait dorénavant des pièces plus anciennes et en majorité figuratives. »
Piet Mondrian, Lièvre mort, 1891
© Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands
« Peinte à dix-neuf ans, Lièvre mort est une des premières toiles connues de Mondrian. L’artiste en devenir s’inscrit ici dans la tradition de la peinture hollandaise du xviie siècle dont il reprend l’un des genres iconiques – la nature morte –, la composition et le rendu réaliste.
Illustration d’un talent précoce, cette œuvre est le plus ancien Mondrian issu de la collection Slijper. »

« Le soutien que Slijper apporte au peintre est de taille. A une époque où Mondrian ne parvient pas à vivre de son travail et fait des copies au Rijksmuseum pour joindre les deux bouts, les achats en nombre de son mécène lui permettent de financer son second séjour à Paris en juin 1919. Le devenir de la collection Slijper n’est pas sans rappeler l’héritage de Michel Monet qui est l’un des fleurons du musée Marmottan Monet. Comme le fils de l’impressionniste, Slijper est resté sans enfant.Comme ce dernier, Slijper a institué un musée, le Kunstmuseum de La Haye, son légataire. Comme le fonds Monet, la collection Slijper constitue le premier fonds mondial de l’œuvre de l’artiste. »
« Musée de collectionneurs ayant vocation à apporter un éclairage sur le rôle des amateurs dans la vie des arts, le musée Marmottan Monet a noué un partenariat exceptionnel avec le Kunstmuseum de La Haye pour organiser une exposition totalement inédite rendant hommage à Slijper et au Mondrian figuratif à travers la présentation de peintures et de dessins majeurs provenant exclusivement de la collection de l’amateur. La moitié des œuvres sont exposées pour la première fois ensemble, aucune n’a été montrée en France depuis plus de 20 ans. »

PEINDRE DANS LA TRADITION (1898-1906)
« Salomon Slijper apprécie particulièrement l’oeuvre de jeunesse de Mondrian. Ses premiers paysages rappellent l’école de La Haye, un groupe de peintres néerlandais influents, recherchés des amateurs locaux et dont la démarche rejoint en partie celle des français de Barbizon. Les motifs du moulin et de la ferme à Duivendrecht, un village proche d’Amsterdam, s’imposent durablement dans l’œuvre du peintre et révèlent, à travers leur composition épurée, un intérêt précoce pour les horizontales et les verticales. Captés au crépuscule ou par temps de brume, ces « paysages atmosphériques » se distinguent par une palette sourde qualifiée, à l’instar de celle de ses aînés, de « peinture grise ».
« Les très petits formats sont considérés par l’artiste comme ses oeuvres les plus personnelles. A travers ses panneaux, Mondrian ne cherche pas à dépeindre un instant précis mais l’expérience spirituelle de la nature. Bien que proche du motif, ces toiles dites « paysages intérieurs » attestent dès ses débuts de la démarche intellectuelle du peintre. »
Piet Mondrian, Crépuscule, 1906 © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands
« La première toile figurative acquise par Slijper n’est pas précisément identifiée. Les 200 lettres que Mondrian a adressées à son ami fournissent toutefois quelques informations. Il s’agirait d’un motif typiquement hollandais : un moulin ou comme on le voit ici une ferme. »
« On ignore la somme payée par Slijper mais on lui reprochera plus tard d’avoir donné une somme dérisoire. Lui-même incriminera le manque d’esprit commercial de l’artiste: « Il était tout sauf un marchand, il demandait toujours trop peu. Ce premier tableau, je l’ai payé des clopinettes ». Toutefois, Slijper ne spécule pas. Au contraire, il nourrit dès les années 1920 l’espoir de faire entrer l’ensemble de ses Mondrian dans un musée. Dans cette perspective, il ne vendra aucune de ses toiles quelque fut le prix qu’on lui offrit plus tard. »

VERS LA MODERNITÉ : LE CHOIX DE LA COULEUR (1907-1908)
« Vers 1907-1908, Mondrian aborde un tournant décisif. Si la palette sombre et nuancée des premières années est encore visible dans des toiles comme Paysage de soir Le Gein, Champ avec arbres au crépuscule, Arbres au bord de l’eau, Le Gain : arbres au bord de l’eau, Mondrian opte bientôt pour des couleurs pures, vives, fortement contrastées et posées en aplat. Grand Paysage et Moulin dans le crépuscule en sont les exemples les plus probants. Ils témoignent de considérations nouvelles de l’artiste pour qui « les couleurs de la nature ne peuvent être imitées sur la toile ». Cherchant par ce biais à rendre compte de l’essence même de la nature (et pas seulement de sa perception), il se détache du visible et rompt avec les couleurs naturalistes. Il est dorénavant considéré comme un peintre moderne. »
Piet Mondrian, Moulin dans le crépuscule, vers 1907-1908 © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands
« Quand Slijper et Mondrian se rencontrent en 1915, la guerre fait rage. Réfugié aux Pays-Bas pendant le conflit, Mondrian a laissé la plupart de ses toiles à Paris. Slijper se procure ainsi ses premières oeuvres auprès d’amis du peintre. Anna Bruin et Simon Maris lui cèdent en 1916 huit toiles qui constituent le véritable point de départ de sa collection. Ce paysage est l’unique toile du groupe, identifiée avec certitude. La plupart des peintures sont transportées chez Slijper à Amsterdam par chaland et protégées par de simples couvertures. Les prix pratiqués sont toujours aussi bas. Anna Bruin demande 100 florins par tableau soit environ 800 euros actuels. »

MONDRIAN THÉOSOPHE
« En 1909, Mondrian rejoint la société théosophique fondée en 1875. Cette dernière s’appuie sur les religions orientales, la philosophie et la science dans le but d’atteindre la vérité inhérente à toute chose. Particulièrement animé par ces principes, le comportement de Mondrian frappe son entourage qui décrit, non sans ironie : « ce dingue de Mondrian dans la position du Bouddha au beau milieu de la plage » (Charley Toorop). Il est probable que son changement d’apparence soit lié à la théosophie. Il adopte le genre bohème : se fait pousser la barbe et porte un collier de perles ainsi que des chemises froissées aux manches retroussées. »
« Trois saisissants autoportraits au fusain datent de cette période. Mondrian se concentre sur son visage. Dans le plus grand, cerné de noir, sa face semble flotter telle une apparition. Le cadrage des deux autres est plus serré : l’un enserre rigoureusement le visage, l’autre ne donne à voir que son regard perçant et habité. Ces effigies annoncent son oeuvre symbolique. »
Piet Mondrian, Tournesol mourant I, 1908
© Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands
Piet Mondrian, Tournesol mourant II, 1908
© Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands
« En 1909, Mondrian organise avec les peintres Cees Spoor et Jan Sluijter une exposition au Stedelijk Museum d’Amsterdam au terme de laquelle il accède au rang d’artiste moderne de premier plan.
Moulin dans la clarté du soleil, Dévotion, Bois près d’Oele ainsi que Tournesol mourant I et II y figurent. Ces panneaux de fleur s’inspirent, comme ses autres toiles, de la théorie théosophique de l’évolution, selon laquelle le changement d’une forme est considéré comme un changement positif, comme le passage d’un stade à un autre, supérieur. Dans ces deux panneaux, l’abandon de couleurs « naturelles » pour des tonalités «pures », selon les termes employés par Mondrian illustrent ce concept. Mondrian se détache progressivement de la représentation du visible pour rendre symboliquement compte « des fondements même de l’existence ».

LUMINISME (1908-1911)
« A partir de 1908, Mondrian trouve un nouveau procédé pour traduire ses aspirations théosophiques. Sous l’impulsion du peintre Jan Toorop, il se tourne vers les écoles européennes : symbolistes, divisionnistes et fauves alors peu connues en Hollande. Mondrian en donne une interprétation libre érigeant la profusion de la lumière au rang de sujet, c’est le luminisme. Dans Bois près d’Oele ce sont les rayons perçant à travers les nuages qui embrasent le bois. Dans Dévotion, l’embrasement est lié au dessin en méandre : traduction de l’état d’esprit de la petite fille en prière et dans Moulin dans la clarté du soleil, il résulte d’une frappe frontale. À travers ces différents procédés, Mondrian exalte la couleur et son rayonnement – un principe ayant pour objectif de rendre visible le spirituel dans l’art. Pour Mondrian, la notion de « rayonnement » s’impose dès lors comme le critère propre à définir la beauté d’une toile, qu’elle soit figurative ou abstraite… »
Piet Mondrian, Dune II, 1909
© Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands
Piet Mondrian, Dune III1909
© Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands
« La démarche de Mondrian devenant de plus en plus intellectuelle, son rapport au motif évolue. S’il s’inspire de la nature, il ne la copie pas. C’est ce qu’illustrent ces tableaux de Dunes qui appartiennent à un ensemble dont son ami, Albert van den Briel, a été témoin de la création. Ce dernier s’étonne que certains panneaux soient peints alors qu’il faisait déjà sombre. Le témoin rapporte « J’étais là, et je l’ai vue naître dans l’obscurité ». Les larges touches de bleu ont été appliquées pour certaines dans la pénombre, plus ou moins à l’aveuglette. Elles sont davantage l’expression d’une concentration intérieure que d’une perception visuelle. »
Piet Mondrian, Phare à Westkapelle, 1909
© Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands
« C’est dans la station balnéaire de Domburg que Mondrian poursuit l’essentiel de ses recherches entre 1908 et 1918. Au terme de son dernier séjour, il abandonne les vues panoramiques des débuts. « Si l’on ne se concentrait pas sur quelques objets, de toute cette beauté, on en pourrait rien mettre au jour, n’est-ce pas ? » précise l’artiste. Dès lors, sa peinture se simplifie et privilégie les motifs isolés au cadrage serré. Les différentes versions qu’il donne du Phare à Westkapelle en sont un parfait exemple et illustrent l’intérêt croissant de Mondrian pour l’étude des lignes (verticales de l’architecture) et des couleurs pures. »

LE CUBISME EN QUESTION : FIGURATION OU ABSTRACTION ? (1910-1911)
« Vers 1910, Mondrian découvre à travers des comptes-rendus d’expositions le cubisme. Il n’a pas encore vu l’oeuvre de ses peintres pourtant leur influence est immédiate. Le néerlandais interprète librement ses lectures. Ainsi, tout en restant figuratif, ses formes évoluent. Elles sont plus simples, géométriques et monumentales comme en témoignent deux des plus grands formats qu’il ait jamais peints : Clocher en Zélande et Moulin. Les couleurs – toujours vives, contrastées et posées en aplat – tracent à présent des formes angulaires qui animent l’arrière plan de ses tableaux. »
« En 1911, il est enfin confronté aux toiles de Braque et Picasso à Amsterdam d’abord puis à Paris où Mondrian séjourne pour la première fois. À 40 ans il aborde un tournant majeur. C’est le début de l’abstraction. À l’exemple des français, il adopte leur palette d’ocres gris et renonce un temps aux couleurs éclatantes. Les formes se fragmentent et se géométrisent. Toutefois, Mondrian s’inspire toujours du réel et ses motifs restent identifiables. Ainsi, l’arbre s’impose – aux côtés de rares figures et de paysages – comme son motif de prédilection. »

Piet Mondrian, Moulin, 1911 © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands
« Le moulin est une des autres oeuvres provenant de l’atelier de Mondrian à Paris qui ait été identifiée. Slijper n’apprécie que peu la toile qui figure parmi les pièces les plus imposantes qu’il ait reçues. Mondrian répond : « Selon moi, il faut une lumière très vive pour le mettre en valeur » et de continuer : « je n’abandonne jamais une chose avant de la juger bonne », une idée à laquelle finit par se ranger Slijter puisqu’il l’inclut en 1922 dans la rétrospective qu’il organise pour les cinquante ans de Mondrian au musée municipal d’Amsterdam. »

Piet Mondrian, Portrait d’une dame, 1912
© Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands
« Cette première toile cubiste de Mondrian est aussi l’une des rares oeuvres provenant du fonds d’atelier acquis par Slijper qui ait été identifiée. Mondrian exprime sa joie à l’idée que son ami possède cette toile : « Le portrait de la dame noire (cubiste) me paraît également très bien. Encore meilleur que le nu avec un seul œil, qui est pourtant bien aussi ». Payée en juin 1919, elle figure parmi les soixante oeuvres livrées à l’amateur en novembre. Mondrian sera gré à Slijper de son aide et lui confiera dix ans plus tard au sujet de ses toiles : « j’apprécie beaucoup que tu les conserves ensemble. (…); tu me les a payées à l’époque avec ce dont tu pouvais te passer, ce n’était pas grand-chose, mais aucun autre ne l’a fait ». »
Composition ovale en plans de couleurs 2, 1914
© Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands
« En 1923, Slijper lance une souscription pour acheter une toile à Mondrian et lui permettre de prolonger son séjour à Paris en lui payant son loyer deux ans durant. L’objectif était d’offrir cette toile à un musée. Le choix se porte sur une composition ovale de 1914 proche de cette peinture. Encore peu apprécié des amateurs et des historiens de l’art néerlandais, ce type d’oeuvre peine à trouver sa place. Le Rijksmuseum refuse le don, le musée municipal d’Amsterdam l’accepte finalement mais dans le cadre restreint d’un prêt à long terme. L’épisode souligne les difficultés que rencontre Mondrian et le caractère exceptionnel du soutien de Slijper. Ce dernier acquiert cette composition pour son compte. L’oeuvre est unique en ce qu’elle présente en bas à gauche les lettres KUB : un jeu de mot se référant à la fois au célèbre bouillon mais aussi aux peintres cubistes (« kubists » en néérlandais). »

ABSTRACTION ET FIGURATION : UNE COEXISTENCE PACIFIQUE (1913-1919)
« En 1913, à Paris, ses recherches s’intensifient. Sa palette évolue vers des gris bleuâtres, ocres flous et magentas amortis. Ses toiles deviennent de plus en plus abstraites et s’organisent autour d’un réseau de verticales, horizontales et obliques. Mondrian procède à une simplification extrême des formes, peint des suites de lignes, réduit ses motifs à l’essentiel. Pour autant, il n’oppose pas figuration et abstraction. Ses toiles « cubistes » sont toujours inspirées du réel. Mondrian peint à Paris à partir de croquis naturalistes qu’il a réalisés au Pays-Bas ou s’inspire du motif nouveau que lui offrent les façades des immeubles parisiens. Vers 1916-1917, il n’hésite pas à renouer avec le style naturaliste. A la demande de Slijper, Mondrian exécute cette exceptionnelle suite représentant le Moulin de Blaricum, le village où réside son mécène. De même, il reprend le motif de Ferme à Duivendrecht qu’il avait traité pour la première fois au début du siècle. »

VERS LE NÉOPLASTICISME (1919)
« En 1919, Mondrian produit ses premières oeuvres purement abstraites. Ces peintures ne s’enracinent plus dans le réel : ni l’arbre, ni la façade n’offre un point de départ à son travail. La démarche de Mondrian est purement spirituelle. Sur des toiles au format proche du carré, il trace des damiers colorés. Le rythme et le rayonnement émanant des lignes et des couleurs définissent un vocabulaire pictural nouveau - le néoplasticisme - dont l’objectif est de révéler « la beauté absolue », « l’essence de toutes choses » un principe auquel l’artiste est attaché depuis ses débuts. À ce stade de sa carrière, Mondrian a formalisé la théorie qui l’élève aujourd’hui au rang de père de l’abstraction. Pour autant, lorsqu’il entreprend son autoportrait en 1918, il ne fait pas voler son image en éclat. Il reste fidèle à la tradition naturaliste et au genre établi du portrait d’artiste posant en buste devant l’une de ses toiles en damier. Mondrian peint la rencontre de la figuration et de l’abstraction. »
Piet Mondrian, Autoportrait, 1918
© Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands
« En 1916, Mondrian dessine pour Slijper un autoportrait, qu’il lui échange contre un costume. Jusqu’à présent, il a toujours été admis que Slijper lui avait en même temps passé commande de cet autoportrait peint en 1918 dans sa cabane-atelier près de Blaricum. Il semble cependant que ce ne soit pas le cas, ce tableau ayant été emporté par Mondrian à Paris et vendu à contrecoeur à Slijper en août 1920. »
Piet Mondrian, Composition avec grille 8 : composition en damier aux couleurs foncées, 1919
© Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands
« En juin 1919, lorsque Slijper promet à Mondrian d’acquérir sans même les avoir vues les oeuvres restées dans son atelier parisien, il achète à Mondrian deux oeuvres récentes, peintes dans la cabane atelier que Mondrian occupe entre Blaricum et Laren. Il s’agit de deux compositions en damier dont la version aux couleurs foncées est ici exposée. L’acquisition est de taille puisqu’elle marque l’entrée de l’abstraction géométrique dans la collection Slijper. »
Piet Mondrian, Composition avec large plan rouge, jaune, noir, gris et bleu, 1921
© Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands
« Slijper possédera trois compositions néoplaticistes dont cet exemplaire voyage pour la première fois en France. Toutefois, son goût se porte davantage sur l’oeuvre figurative de Mondrian. Quand en 1930, il demande au peintre de mettre entre parenthèses ses recherches autour de l’abstraction pour lui peindre une oeuvre « à l’ancienne », Mondrian décline l’offre. « Je n’ai absolument pas le temps de produire une oeuvre dans l’esprit dont tu me parles, ce qui me désole. Mais cette œuvre me prendrait beaucoup de temps, et je n’en ai pas. ». Ce refus aurait marqué la fin d’une relation privilégiée, Slijper renonçant dès lors à acheter en direct à son ami. »

PEINDRE UNE FLEUR CHAQUE JOUR
« La fleur est sans doute l’unique motif que Mondrian aborde sa vie durant, sans interruption.
Ne parvenant pas à vivre de la vente de ses toiles néoplasticistes - combinaisons de verticales et d’horizontales noires et d’aplats de couleurs primaires - il produit des dessins de fleurs que ses amis – tel Slijper – proposent à une clientèle d’amateurs férue de tradition. C’est le cas par exemple de cette suite de Chrysanthèmes, invendue à une loterie organisée pendant la Première Guerre mondiale et rentrée après coup dans la collection de Slijper. Outre ces oeuvres destinées au marché, Mondrian – à la manière d’un musicien qui commence sa journée en faisant ses gammes – peindra chaque matin des aquarelles florales. Rose dans un verre et Deux roses appartiennent à cet ensemble et illustrent, si besoin est, le rôle clé de la figuration dans l’œuvre de Mondrian que l’on ne saurait résumer à une stricte évolution allant du gris à la couleur et de la figuration à l’abstraction. »

Repères chronologiques

1872 Naissance de Piet Mondrian à Amersfoort le 7 mars.
1892 Entrée à l’Académie nationale des beaux-arts d’Amsterdam.
1894 Mondrian reste inscrit à la « petite classe de dessin du soir » de l’Académie.
1896-97 Il se forme à la gravure.
1897 Il participe à ses premières expositions.
1899 Rencontre du peintre Simon Maris.
1903 Voyage en Espagne avec Maris.
1903-1904 Séjours dans le Brabant.
1909 Mondrian devient membre de la Société théosophique à Amsterdam.
Il expose son oeuvre au Stedelijk Museum.
1910 Il participe à la fondation du Cercle de l’art moderne.
1911 Premier séjour à Paris en mai. Première exposition du Cercle de l’art moderne au Stedelijk Museum en octobre. Rupture de ses fiançailles avec Greta Heijbroek.
1912 Installation à Paris dans un atelier au 33, avenue du Maine, puis déménagement en mai au 26, rue du Départ.
1913 Son envoi au Salon des indépendants est remarqué par Guillaume Apollinaire.
1914 Premiers tableaux abstraits. Mondrian revient aux Pays-Bas fin juillet.
1915 Il s’installe à Laren. Rencontre avec Salomon B. Slijper.
1916 Rencontre avec Theo van Doesburg.
1917 Fondation de la revue De Stijl.
1919 Retour à Paris.
1920 Mondrian publie Le Néoplasticisme.
1922 Rétrospective au Stedelijk Museum d’Amsterdam.
1923 Exposition du mouvement De Stijl à la galerie « L’Esprit moderne » de Léonce Rosenberg.
1938 Mondrian s’exile à Londres.
1940 Il quitte définitivement l’Europe pour les États-Unis.
1944 Mort à New York le 1er février.

Un ensemble d’œuvres inédites réunies à Paris

1. Piet Mondrian, Moulin à vent près de grands arbres, vers 1906-1907, huile sur toile, 122 x 64 cm
2. Piet Mondrian, Lièvre mort, 1891, huile sur toile, 80 x 51 cm
3. Piet Mondrian, Génisse marron et blanc dans la prairie, 1904-1905, huile sur papier sur panneau, 26,5 x 32 cm
4. Piet Mondrian, Saules sur le Gein, 1902-1904, huile sur toile sur carton, 48,5 x 52 cm
5. Piet Mondrian, Canal d’irrigation et vaches, vers 1900-1901, huile sur toile, 20,5 x 38,5 cm
6. Piet Mondrian, Pâturage avec vaches, 1902-1905, huile sur papier sur carton, 25,5 x 32,5 cm
7. Piet Mondrian, Moulin Oostzijdsel, 1905-1906, huile sur toile, 27,5 x 45,5 cm
8. Piet Mondrian, Deux figures, 1908-1909, huile sur toile sur panneau, 34 x 31,5 cm
9. Piet Mondrian, Arbre, 1908, huile sur toile, 50 x 35,5 cm
10. Piet Mondrian, Portrait d’une jeune fille, 1908, huile sur toile sur panneau, 49 x 41,5 cm
11. Piet Mondrian, Arum ; fleur bleue, 1908-1909, huile sur toile, 46 x 32 cm
12. Piet Mondrian, Clocher en Zélande, 1911, huile sur toile, 114 x 75 cm
13. Piet Mondrian, Moulin à vent le soir, 1917, huile sur toile, 103 x 86 cm
14. Piet Mondrian, Deux arums, 1918, huile sur toile, 46 x 32 cm
15. Piet Mondrian, Chrysanthème dans une bouteille, vers 1917, aquarelle sur papier, 72,5 x 38,5 cm
16. Piet Mondrian, Chrysanthème, vers 1916, fusain et crayon sur papier, 72 x 47 cm
17. Piet Mondrian, Chrysanthème, vers 1916, aquarelle et gouache sur papier, 69 x 26,5 cm
18. Piet Mondrian, Rose dans un verre, après 1921, aquarelle, crayon et encre à pochoir, 27,5 x 21,5 cm
19. Piet Mondrian, Deux roses, après 1921, aquarelle, crayon et encre à pochoir, 27,5 x 25,5 cm
20. Piet Mondrian, Composition avec large plan rouge, jaune, noir, gris et bleu, 1921, huile sur toile, 59,5 x 59,5 cm
21. Ferme à Duivendrecht, vers 1905, crayon et fusain sur papier, 23,3 x 34 cm
22. Piet Mondrian, Paysage du soir sur le Gein, 1907, huile sur toile, 76 x 135,5 cm
23. Piet Mondrian, Jeune enfant, 1900-1901, huile sur toile, 53 x 44 cm
24. Piet Mondrian, Eglise d’Oostkapelle, 1908-1909, huile sur toile, 76 x 65,5 cm
25. Piet Mondrian, Autoportrait, 1912, fusain sur papier, 65 x 45 cm
26. Piet Mondrian, Portrait d’une dame, 1912, huile sur toile, 115 x 88 cm
27. Piet Mondrian, Autoportrait, 1918, huile sur toile, 88 x 71 cm
28. Piet Mondrian, Autoportrait, 1908, fusain et crayon sur papier, 79,5 x 53 cm
29. Piet Mondrian, Moulin sous le soleil, 1917, fusain sur papier, 104 x 87 cm
30. Piet Mondrian, Moulin le soir, 1917, fusain sur papier, 103 x 83,5 cm
31. Piet Mondrian, Eucalyptus, 1912, fusain sur carton, 47 x 39,5 cm
32. Piet Mondrian, Champ avec arbre au crépuscule, 1907, huile sur toile, 78 x 91 cm
33. Piet Mondrian, Arbres au bord de l’eau, 1907, huile sur toile, 100 x 136 cm
34. Piet Mondrian, Bosquet de saules sur le Gein, 1902-1904, huile sur toile, 54 x 63 cm
35. Piet Mondrian, Chemin de campagne longeant une rangée de maison, vers 1898-1899, huile sur papier sur panneau, 39 x 29,5 cm
36. Piet Mondrian, Ferme à Duiventdrech, vers 1905, huile sur toile, 46 x 59 cm
37. Piet Mondrian, Avond (crépuscule), 1906, fusain, crayon de couleur et gouache sur papier, 74 x 98 cm
38. Piet Mondrian, La Ferme Geinrust dans la brume, vers 1906-1907, huile sur toile, 32,5 x 42,5 cm
39. Piet Mondrian, Moulin dans le crépuscule, vers 1907-1908, huile sur toile, 67,5 x 117,5 cm
40. Piet Mondrian, Grand Paysage, 1907-1908, huile sur toile, 75 x 120 cm
41. Piet Mondrian, Le Gein : arbres au bord de l’eau, 1906-1907, huile sur toile, 46 x 66 cm
42. Piet Mondrian, Tournesol mourant I, 1908, huile sur carton, 63 x 31 cm
43. Piet Mondrian, Tournesol mourant II, 1908, huile sur carton, 65 x 34 cm
44. Piet Mondrian, Autoportrait, 1908, fusain sur papier, 28 x 23,3 cm
45. Piet Mondrian, Dévotion, 1908, huile sur toile, 94 x 61 cm
46. Piet Mondrian, Bois près d’Oele, 1908, huile sur toile, 128 x 158 cm
47. Piet Mondrian, Moulin dans la clarté du soleil, 1908, huile sur toile, 114 x 84 cm
48. Piet Mondrian, Phare à Westkapelle, 1909, huile sur carton, 39 x 29,5 cm
49. Piet Mondrian, Dune II, 1909, huile sur toile, 37,5 x 46,5 cm
50. Piet Mondrian, Paysage, 1912, huile sur toile, 63 x 78 cm
51. Piet Mondrian, L’arbre gris, 1911, huile sur toile, 79,7 x 109,1 cm
52. Piet Mondrian, Moulin, 1911, huile sur toile, 150 x 86 cm
53. Piet Mondrian, Composition ovale en plans de couleurs 2, 1914, huile sur toile, 113 x 84,5 cm
54. Piet Mondrian, Dune IV, 1909, huile sur carton, 33 x 46 cm
55. Piet Mondrian, Autoportrait, 1908, fusain sur papier, 30 x 25,5 cm
56. Piet Mondrian, Phare à Westkapelle, 1908, huile sur toile, 71 x 52 cm
57. Piet Mondrian, Composition No.IV, 1914, huile sur toile, 88 x 61 cm
58. Piet Mondrian, Tableau N°.4 / Composition N° VIII / Composition n°3, 1913, huile sur toile, 98 x 65 cm
59. Piet Mondrian, Composition avec grille 8 : composition en damier aux couleurs foncées, 1919, huile sur toile, 84 x 102 cm
60. Piet Mondrian, Dune III, 1909, huile sur carton, 29,5 x 39 cm
61. Piet Mondrian, Dune I, 1909, huile sur carton, 30 x 40 cm


Du 12 septembre 2019 au 26 janvier 2020
Au Musée Marmottan Monet –
2, rue Louis-Boilly. 75016 Paris
Tél. : 01 44 96 50 33
Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Nocturne le jeudi jusqu’à 21 h. Fermé le lundi.
Visuels :
Affiche
Piet Mondrian – Dévotion – 1908 Huile sur toile – 94 x 61 cm – © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – Grand Paysage – vers fin 1907-1908
Huile sur toile – 75 x 120 cm – © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – Maison – 1898-1900 – Aquarelle et gouache sur papier – 45,6 x 58,4 cm – © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – La Ferme Geinrust dans la brume vers 1906-1907 – Huile sur toile – 32,5 x 42,5 cm © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – Moulin dans la clarté du soleil 1908 – Huile sur toile – 114 x 84 cm – © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – Portrait d’une jeune fille – 1908. Huile sur toile sur panneau – 49 x 41,5 cm. © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – Bois près d’Oele – 1908 – Huile sur toile – 128 x 158 cm – © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – Dévotion – 1908 Huile sur toile – 94 x 61 cm – © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – Eglise à Domburg – 1909. Huile sur carton – 36 x 36 cm – © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – Arum : fleur bleue – 1908-1909, Huile sur toile – 46 x 32 cm – © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – Ferme près de Duivendrecht vers 1916 – Huile sur toile – 85,5 x 108,5 cm. © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – Moulin dans le crépuscule, vers 1907-1908 – Huile sur toile – 67,5 x 117,5 cm. © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – Tournesol mourant I – 1908 Huile sur carton – 63 x 31 cm – © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – Dune I – 1909 – Huile sur carton – 30 x 40 cm – © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – Clocher en Zélande – 1911. Huile sur toile – 114 x 75 cm – © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – Moulin – 1911 – Huile sur toile – 150 x 86 cm – © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian – Composition avec large plan rouge, jaune, noir, gris et bleu – 1921 – Huile sur toile, 59,5 x 59,5 cm – © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

Piet Mondrian, Rose dans un verre, après 1921 © Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands

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Les citations sont extraites du dossier de presse.

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