lundi 18 juillet 2016

Amadeo de Souza-Cardoso (1887-1918)


Le Grand Palais présente une rétrospective du peintre portugais d'avant-garde Amadeo de Souza-Cardoso (1887-1918). Né dans une famille aisée, cet artiste forge, entre Manhufe et Paris, son style influencé par l’impressionnisme, le  cubisme, les primitifs et le futurisme, puis évolue vers l’abstraction. Il a noué une profonde amitié avec Amadéo Modigliani et d’autres artistes de l’école de Paris tel le couple Robert et Sonia Delaunay.

« Il me semble intelligent celui qui, quand il aime intensément une œuvre d’art, se garde d’autant plus de l’imiter ! » (Lettre d’Amadeo de Souza-Cardoso à son oncle Francisco, Paris, 1910).

« J’utilise différentes manières, comme l’huile, la gouache, l’émail, la cire, etc. Il m’arrive aussi d’utiliser plus d’une manière sur un même tableau, de la même façon que je peins plusieurs tableaux simultanément car il m’est complètement impossible de travailler sur une seule et unique toile. » (Interview d’Amadeo de Souza-Cardoso à João Fortunato de Sousa Fonseca, Jornal de Coimbra, Coimbra, le 21 décembre 1916).

« Nous, la nouvelle génération, il n’y a que l’originalité qui nous intéresse. / Suis-je impressionniste, cubiste, futuriste, abstractionniste ? Un peu de tout. / Mais rien de tout cela ne constitue une école. » (Amadeo de Souza-Cardoso en 1916)

Peu d’artistes majeurs du XXe siècle sont aussi méconnus qu’Amadeo de Souza-Cardoso. Ce qu’a formulé ainsi l’historien d’art américain Robert Loescher en 2000 : « L’un des secrets les mieux gardés du début de l’art moderne ». 

Brève, intense, la vie de Souza-Cardoso s’articule autour d’une césure caractérisée par le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914 : la période de Paris (1906-1914) et le retour à Manhufe, Portugal (1914-1918). Lors de sa carrière artistique de plus d’une décennie,  refusant tout enrôlement dans une quelconque école artistique, Amadeo de Souza-Cardoso établit le lien entre ces deux mondes : la capitale à l’effervescence artistique stimulante et le village portugais. Il oscille entre deux espaces : « d’un côté son monde rural, paysage naturel et mental, de l’autre la vie moderne et urbaine, dans une même dynamique et sans hiérarchie ».

En « un parcours chrono-thématique, l’exposition réunit environ 300 œuvres : peintures, dessins, gravures, photographies, ainsi qu’une sculpture et deux masques africains. Parmi elles, quelques œuvres d’artistes contemporains d’Amadeo dont il fut proche » tels Brancusi, Modigliani rencontré en 1909, Robert et Sonia Delaunay dont il fait la connaissance en 1911. « Dans la rotonde un triptyque vidéo, commandé spécialement par la Fondation Calouste Gulbenkian à l’artiste Nuno Cera, consacre les lieux chers à Amadeo (Manhufe au Portugal, la Bretagne et Paris) ».

Manhufe/Paris
Les noms Souza et Cardoso sont aussi portés par des Juifs sépharades. 

« Fils d’une famille traditionnelle de la riche bourgeoisie rurale, Amadeo part pour Paris dans une situation financière confortable, loin de la condition de boursier qui est celle de nombre de ses compatriotes – qu’il ne fréquente d’ailleurs sur place que pendant une courte période. Il fait ses adieux à sa mère en lui affirmant qu’il lui faut accomplir son destin ».

Il découvre une ville fascinante et cosmopolite  pour des artistes soucieux de rompre avec les standards académiques. Amadeo se lie en 1908, à la Cité Falguière (quartier de la gare Montparnasse), avec Modigliani et Brancusi. Il rencontre Archipenko, le couple Robert et Sonia Delaunay, Otto Freundlich, Boccioni, « entre autres, et prend contact avec des agents artistiques, des éditeurs ou des commissaires d’exposition, comme Walter Pach, Wilhelm Niemeyer, Ludwig Neitzel, Herwald Walden, Adolphe Basler, Harriet Bryant ». 

Si l’on observe finement la chronologie de son compagnonnage avec Amedeo Modigliani ou Constantin Brancusi, c’est bien souvent lui qui fait figure d’inventeur de formes.

Le « petit village de Manhufe au Nord du Portugal imprègne l’univers visuel d’Amadeo et se retrouve au long des multiples étapes de son travail. Il ne s’agit pas seulement de paysages ou de représentations de la nature ; ce lieu renferme ce qu’Amadeo considère comme sien, un paysage naturel mais aussi mental. Il intègre dans tout son processus créateur ce qui pourrait être perçu comme des thèmes traditionnels : objets du quotidien, paroles de chansons populaires et poupées folkloriques, instruments de musique régionaux, montagnes, forêts, châteaux imaginaires et intérieurs familiers ».

Ces « éléments sont représentés selon des solutions stylistiques où se combinent cubisme, futurisme, orphisme et expressionnisme. Amadeo confronte des fragments du monde rural et du monde moderne dans une même dynamique et, sans hiérarchie, il opère une fusion entre sa région d’origine et le vertige des machines, des mannequins mécaniques, des fils télégraphiques et téléphoniques, des ampoules électriques et des panneaux publicitaires, des émissions de radio, des moulins à eau, des parfums, du champagne, etc. »

« Devenu urbain par choix, l’artiste garde le lien avec le mouvement ondulatoire de ses montagnes, qu’il peint à maintes reprises et qui servent de fond à des tableaux de phases diverses. Et c’est d’ailleurs devant ces montagnes qu’il trace son autoportrait, habillé en peintre, à la manière du Greco ».

La « simple représentation, même augmentée par les moyens du cubisme, ne lui suffira pas. Il procède par représentation et par « incorporation », ses œuvres intégrant – notamment par collage – de nombreux objets régionaux ou urbains ».

Les « lettres/mots, appliqués à l’aide de pochoirs en carton ou en zinc (qu’il fait lui-même ou commande), sont autant de nouveaux éléments de polysémie – références à la publicité industrielle (Barrett, Wotan) et commerciale (Coty, Brut, 300, Eclypse) mais sans rôle narratif ou illustratif dans la peinture ». 

Amadeo « détourne les significations, ainsi que les formes : ses disques chromatiques peuvent être des cibles colorées ou des assiettes en faïence populaire sur lesquelles tombent des insectes... Curieusement, son histoire familiale rapporte que l’artiste compose sa toute première peinture sur deux battants d’une armoire de la salle à manger ; le très jeune Amadeo y reproduit, vers 1897, les couvercles de boîtes à biscuits de la marque Huntley & Palmers. Tous ces indices d’incorporation du monde nouveau dans son œuvre montrent qu’Amadeo a une conscience aiguë de ce que signifie « être moderne », qui se traduit non seulement dans ses thèmes (exaltation de la mécanisation), mais aussi dans ses méthodes et techniques ou encore dans sa volonté de se faire connaître en promouvant personnellement son identité d’artiste. Cette stratégie est mise en œuvre très tôt avec la publication d’une édition de ses XX Dessins et des 12 Reproductions, et s’exprime encore dans l’emploi du tampon de sa signature ».

Amadeo de Souza-Cardoso expose au Grand Palais en 1912, montre au Salon d’Automne Avant la Corrida, une toile présentée ensuite à la célèbre exposition de l’Armory Show aux Etats-Unis en 1913. Elle « y est vendue immédiatement comme presque tous les autres envois de l’artiste qui fait sensation. C’est ainsi que plusieurs de ses chefs-d’œuvre sont conservés aujourd’hui aux Etats-Unis, en particulier à l’Art Institute de Chicago ».

Au début de la Première Guerre mondiale, Amadeo de Souza-Cardoso quitte l’avant-garde artistique parisienne dont il incarnait une des figures les plus originales. Il « entretient une correspondance fournie avec les Delaunay qui perdure jusqu’à leur installation au Portugal en 1915 autour d’un projet artistique, « la Corporation Nouvelle ».

Il décède à trente ans victime de l’épidémie de grippe espagnole.

« Parler, dans ce cas, d’imitation de la part de l’un des deux [artistes, Modigliani ou Souza Cardoso] serait absurde. Cardoso a été pour Modigliani non seulement son seul ami intime de cette période, mais le seul vrai compagnon de travail de toute sa vie artistique. […] Quand, en 1918, arriva à Paris la nouvelle qu’Amadeo de Souza-Cardoso était mort à trente ans de la grippe espagnole, Modigliani pleura comme un enfant », analyse la fille de Modigliani.

Amadeo sombre dans l’oubli sauf au Portugal. Il « a pourtant eu le temps de laisser une œuvre étourdissante, à la fois en prise avec toutes les révolutions esthétiques de son temps et ne ressemblant à aucune autre ». 


Du 20 avril au 18 juillet 2016
Au Grand Palais 
Galeries nationales
Entrée square Jean Perrin
3, avenue du Général Eisenhower. 75008 Paris
Tél. : 01 44 13 17 17
Du jeudi au lundi de 10 h à 20 h, mercredi de 10 h à 22 h

Visuels
Affiche
Amadeo de Souza-Cardoso
Lévriers
vers 1911
huile sur toile
100 x 73 cm
Lisbonne, CAM / Fundação Calouste Gulbenkian
Photo Paulo Costa
© Affiche Rmn-Grand Palais, Paris 2016

Amadeo de Souza-Cardoso
s.d.
ASC 01/70, Fonds Amadeo de Souza-Cardoso,
FCG - Biblioteca de arte

Amadeo de Souza-Cardoso
Caricatures
s.d.
aquarelle, crayons de couleur et graphite sur
papier
26 x 33,5 cm
collection particulière
Photo Paulo Costa

Amadeo de Souza-Cardoso
La Détente du cerf
(dessin 14 pour l’album XX Dessins)
vers 1912
lavis, encre de Chine et mine graphite sur papier
25 x 32,2 cm
Lisbonne, CAM / Fundação Calouste Gulbenkian
Photo Paulo Costa

Amadeo de Souza-Cardoso
Titre inconnu (Bellevue)
vers 1911-1912
huile sur toile
46 x 33 cm
Lisbonne, CAM / Fundação Calouste Gulbenkian
Photo Paulo Costa

Amadeo de Souza-Cardoso
Titre inconnu (Clown, cheval, salamandre)
vers 1911-1912
gouache sur papier
23,80 x 31,8 cm
Lisbonne, CAM / Fundação Calouste Gulbenkian
Photo Paulo Costa

Amadeo de Souza-Cardoso
Canard violon insecte
vers 1916
huile sur toile
50 x 40 cm
collection particulière
Photo José Manuel Costa Alves

Amadeo de Souza-Cardoso
Titre inconnu (La Maison de Manhufe)
vers 1912-1913
huile sur bois
50,8 x 29,3 cm
collection particulière
en dépôt au Museu Municipal Amadeo de Souza-
Cardoso / Câmara Municipal de Amarante
Photo Paulo Costa

Amadeo de Souza-Cardoso
La Cuisine de la maison de Manhufe
1913
huile sur bois
29,2 x 49,6 cm
Lisbonne, CAM / Fundação Calouste Gulbenkian
Photo Paulo Costa

Amadeo de Souza-Cardoso
Tableau G
vers 1912
huile sur toile
51 x 29,5 cm
Lisbonne, CAM / Fundação Calouste Gulbenkian
Photo Paulo Costa

Amadeo de Souza-Cardoso
Chanson populaire
vers 1916
huile sur toile
50 x 50 cm
collection particulière
Photo José Manuel Costa Alves

Amedeo Modigliani
Cariatide
vers 1911
technique mixte sur carton
80 x 50 cm
collection particulière
© Studio Sébert - Photographes

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Les citations sont du Grand Palais.

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