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jeudi 20 juin 2019

« Judith et Holopherne », par Le Caravage


Le tableau « Judith et Holopherne » peint vers 1607 par Le Caravage (1571 – 1610) devait être vendu aux enchères par Maître Marc Labarbe le 27 juin 2019, à 18 h, à la Halle aux Grains de Toulouse. On apprenait le 25 juin 2019 que l'oeuvre avait été vendue de gré à gré.


« Artiste surdoué mort à 38 ans, Micheleangelo Merisi, dit le Caravage, a révolutionné la peinture au point de donner son nom à un courant, le caravagisme. Caravage est aujourd’hui un mythe, considéré comme un des génies de la création picturale et devenu même, par son existence  aventureuse nourrie d’épisodes violents, un véritable héros de roman ».

Son style a surpris à son époque tout en étant très apprécié. Il associe le naturalisme en choisissant des modèles parmi le peuple, le réalisme dans la peinture saisissante de la psychologie des personnages, la dramatisation de l'histoire, la maîtrise d'un clair-obscur (chiaroscuro) accentuant les contrastes entre la lumière et les ombres.

Le « corpus très resserré de Caravage compte 68 tableaux, dont seulement 5 sont en mains privées ».

La « reconstitution de son œuvre est ardue tant sa vie tumultueuse a contribué à brouiller les pistes, d'autant plus que l'artiste était totalement passé de mode à la fin du XVIIe siècle, avant d'être redécouvert très récemment en 1951 grâce à Roberto Longhi ».

« Peint en 1607, perdu depuis 1617, ce grand chef-d’œuvre « Judith et Holopherne » a été retrouvé dans un grenier à Toulouse en 2014, et expertisé au terme d’un long et minutieux travail d’études et d’analyses par le cabinet Turquin ».

Ce « tableau connu par une fidèle copie attribuée à Louis Finson et parfaitement documenté, est dans un état exceptionnel. Les analyses scientifiques et l’œil des plus grands spécialistes confirment que le tableau a toutes les caractéristiques d’une œuvre de Caravage ».

Ses dimensions : 144 x 173,5 cm.

Le prénom féminin Judith vient de Yehoudit, mot féminin provenant de l'hébreu "Yehoudi" signifiant Juif. Judith se traduit ainsi en « juive » ou « judéenne ».

Livre deutérocanonique de la Bible, c'est-à-dire n'appartenant pas à la Bible hébraïque, le Livre de Judith raconte l'héroïsme de la jeune et séduisante veuve de la cité de Béthulie Judith qui "met fin à l’invasion assyrienne en tranchant la tête du général ennemi Holopherne, après l’avoir séduit. La scène se déroule dans la tente du général en chef, sous le regard de la vieille servante de Judith, Abra. L’héroïsme de Judith sera célébré par de nombreux artistes, mais jamais avec la même tension dramatique."

Ce tableau avait été présenté lors de l’exposition « Caravage à Rome, amis & ennemis » au Musée Jacquemart-André (21 septembre 2018-28 janvier 2019) couvrant « la carrière romaine de Caravage (1592 – 1606) jusqu’à l’exil ». Il y était ainsi présenté dans le dossier de presse :
« Le thème de Judith décapitant Holopherne eut un grand succès dans la Rome de la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe, au point de devenir quasiment un test pour la pittura dal naturale (d’après nature), imitée par tant de contemporains de Caravage. À l’origine de cette vogue, le tableau peint par le peintre lombard pour le banquier génois Ottavio Costa, l’un de ses commanditaires plus importants ».
« Chef-d’œuvre incontestable de la peinture, il révèle le talent de Caravage sur la scène romaine de la fin du Cinquecento. Reprenant un sujet biblique abordé par le théâtre, le peintre met en scène un drame observé de près, en gros plan. Holopherne, penché vers l’avant, saisit les draps dans un dernier geste désespéré alors qu’il succombe. La jeune et courageuse veuve qui lui coupe la tête semble à peine perturbée par le spectacle du sang et de son trépas. À ses côtés, une vieille servante pose un regard impitoyable sur la scène. Caravage oppose la jeune et la vielle femme, la beauté de la jeunesse et les signes du temps, dans un contraste destiné à perdurer dans des contextes différents ».
« Orazio Gentileschi propose différentes interprétations du sujet, en privilégiant parfois, plutôt que le moment de la décapitation, celui de la fuite de Judith en compagnie de la servante, dans une atmosphère correspondant à la suspension de l’action après le drame ».
« Carlo Saraceni, le peintre vénitien présent aux côtes de Caravage et d’Orazio Gentileschi dès les premières années du XVIIe siècle, invente quant à lui une iconographie qui rencontrera un vif succès. La belle Judith, le visage caressé par le clair-obscur et le regard tourné vers le spectateur, met la tête d’Holopherne dans le sac pendant que la servante en tient le bord ».
L'effet de dramatisation est souligné par les expressions des visages des protagonistes, accentué par la prédominance du rouge, symbolisant le sang et la couleur du drapeau des scènes théâtrales, et du noir. Cette gamme chromatique met en valeur la pâleur de la peau d'Holopherne et celle du visage de Judith déterminée et songeuse.

Ce tableau a été montré dans de nombreux pays où il « a suscité beaucoup d’intérêt auprès des historiens d’art, des conservateurs et du grand public, que ce soit chez Colnaghi à Londres, chez Kamel Mennour à Paris, où le tableau faisait face à une œuvre de Daniel Buren, ou chez Adam Williams à New York ».

« Au vu du vif intérêt soulevé par notre tableau auprès des collectionneurs en Asie, nous avons jugé positif d’organiser son  exposition pendant le Printemps Asiatique Paris où il nous sera possible aussi de mettre en valeur l’important travail de recherche effectué par le cabinet Turquin » explique Marc Labarbe.

« Je me réjouis de voir ce tableau exposé à l’hôtel des ventes de Drouot avant sa vente à Toulouse » commente Eric Turquin.

Un « catalogue de 170 pages et un site web dédié avec de nombreuses vidéos, rassemblent les explications des experts dont Keith Christiansen (directeur du département des peintures européennes au Metropolitan Museum of Art, New York), Nicola Spinosa (ancien conservateur en chef du Musée de Capodimonte, Naples), Rossella Vodret (auteur de plusieurs ouvrages sur le Caravage et commissaire de l’exposition « Dentro Caravaggio » au Palazzo Reale de Milan en 2017), David Stone (professeur d’histoire de l’art Université de Delaware, USA), Jean-Pierre Cuzin (ancien conservateur en chef du département des peintures au Musée du Louvre), Arnauld Brejon de Lavergnée (historien d’art et conservateur de musée), John Gash (Université d’Aberdeen), Guillaume Kientz (directeur du département d'art européen au Kimbell Art Museum) ».

"L'Etat qui avait classé le Caravage toulousain trésor national en 2016 pour empêcher l'oeuvre de sortir du territoire pendant trente mois, s'est finalement retiré du jeu, au vu du prix astronomique demandé pour ce qui est peut-être une simple copie ou le travail d'un élève du maître"

Le « tableau de Caravage Judith et Holopherne est estimé 100 à 150 millions d’euros par le Cabinet Turquin et sera mis à prix 30 millions d’euros par la maison de ventes Marc Labarbe. La vente aux enchères dirigée par Maître Marc Labarbe avec l’expertise du Cabinet Turquin est une vente réalisée sans prix de réserve. Elle se tiendra dans la salle de la Halle aux Grains de Toulouse, dans la ville où le commissaire-priseur a retrouvé le tableau, oublié dans un grenier depuis plus de 100 ans ».

La maison de vente Marc Labarbe et le cabinet Turquin ont annoncé "la vente de gré à gré du tableau à un acheteur étranger. Cette transaction est couverte par une clause de confidentialité. La toile, estimée 100 à 150 millions d’euros, a donc été cédée à un prix qui demeurera secret, tout comme le nom et la nationalité de l’acheteur. Seule information : celui-ci serait « un collectionneur proche d’un grand musée » selon Éric Turquin, qui évoque cette raison pour expliquer l’annulation de la vente aux enchères. Encore un parfum de mystère autour d’un tableau qui n’a pas fini de faire parler de lui".

« Nous avons reçu une offre qu’il était impossible de ne pas transmettre aux propriétaires du tableau. Le fait que cette offre provienne d’un collectionneur proche d’un grand musée a convaincu les vendeurs de l’accepter », a commenté Eric Turquin.

Le 27 juin 2019, la « Gazette Drouot » et le « New York Times » "ont levé le voile sur l’identité de l’acheteur qui ne serait autre que le gestionnaire de fonds et collectionneur d’art américain Tomilson Hill, lequel aurait proposé une somme bien supérieure à la mise de départ de 30 millions d’euros. Si le montant exact de la vente de cette toile, estimée entre 100 et 150 millions d’euros (et dont l’authenticité fait pourtant encore débat), n’a pas été divulgué, la maison Marc Labarbe, obligée par un contrat de confidentialité, se refuse également à confirmer l’identité de son acquéreur".

"Vice-président du groupe Blackstone, le milliardaire Tomilson Hill s’intéresse aussi bien à l’art ancien qu’à la création contemporaine et prête régulièrement des pièces de sa collection à des institutions muséales, telles que la Frick Collection où il avait présenté sa collection de bronzes en 2014. En février dernier, il a ouvert son propre musée dans le quartier de Chelsea à New York, The Hill Art Foundation, et est également membre du conseil d’administration du Metropolitan Museum of Art, dont le conservateur en chef des peintures européennes, Keith Christiansen, est un défenseur de longue date de l’attribution de la toile de Toulouse au Caravage. Nul doute que Keith Christiansen a ici conseillé le collectionneur dans l’idée, peut-être, de voir le tableau présenté dans les salles de peintures européennes du musée en cours de rénovation. Que l’on se rassure donc, l’œuvre (contrairement à un certain Sauveur qui voguerait actuellement sur un yacht…) devrait être offerte à la délectation du public, que ce soit au Met, à la Frick Collection ou pourquoi pas, comme le suggère le « New York Times », à la National Gallery of Art de Washington ou au Getty Museum de Los Angeles. La toile suivrait en cela le destin du Portrait d’un jeune homme avec un chapeau rouge (1530) de Pontormo, acquis en 2015 par Tomilson Hill pour £30 millions, et qui, une fois l’autorisation de sortie du territoire britannique obtenue, a pu être prêtée à la Galerie des Offices, au Palais Pitti ou encore au Getty Museum".


Le 27 juin 2019 à 18 h
A la Halle aux Grains
1, place Dupuy. 31000 Toulouse

Visuel
Michelangelo Merisi, dit il Caravaggio ou le Caravage (1571-1610)
Judith et Holopherne (vers 1607)
Toile 144 x 173,5 cm
© Cabinet Turquin

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